‹ Culture des Tissus et CancerChapitre 15 sur 31 · RE · texte numérisé non relu

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non par généralisation, donc tumeur moins maligne. Ici encore les fibroblastes sont dénués de malignité, les cellules amiboïdes étant les seuls agents malins. Ces recherches, faites par la culture des tissus, démontrent mieux que toute autre

méthode que la malignité est liée, dans une tumeur donnée à une seule race cellulaire.

Myxosarcome de la poule.

Le myxosarcome de la poule, tumeur expérimentale familière, est cette tumeur transmissible par principe filtrant décrite par FuyJINAMI et INAMOTO en 1910. Elle a été cultivée par KIMURA. Cette tumeur, très proche de celle de Rous, s'apparente aussi aux tumeurs humaines de même type, montrant un tissu conjonctif abondant et produisant de la mucine. KIMURA à employé la méthode classique de culture, la lumeur ne liquéfiant que peu le milieu ; cependant, il a ajouté de temps en temps un fragment de tissu normal, la croissance étant ainsi stimulée. KiIMURA aussi remarque l’abondance des cellules amiboïdes après le premier jour. Les cellules amiboïdes disparaissant après quelques jours, laissant des cultures pures de fibroblastes, difficiles à distinguer des fibroblastes normaux in vitro, mais produisant de la mucine démontrable in vitro. Ces cultures de fibroblastes sont malignes. Il est encore difficile d’aventurer une opinion concernant le rôle des cellules amiboïdes dans les tumeurs malignes, ou même dans les sarcomes de la poule, mais un fait est certain : c'est que toute tumeur mise en culture laisse émigrer des cellules macrophagiques.

Sarcome 10 de la Fondation Crocker

Cetle tumeur est représentative de la grande famille des tumeurs des mammifères, chez lesquels on n’a pas pu retrouver un principe filtrant capable de provoquer la transmissi-

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bilité acellulaire. Dans ce sarcome, et les autres de ce groupe, c’est l’élément fibroblastique qui paraît être l’élément malade, et non la cellule amiboïde, qui disparaît vite de la culture. D'ailleurs, on n’a jamais pu isoler ces cellules amiboïdes en culture pure. Tout ce qu’on sait est que les éléments conjonctifs qui restent, comme les éléments épithéliaux des carcinomes, sont les éléments malades qui transmettent la maladie.

Ce sont CARREL et EBELING qui ont le mieux étudié cette tumeur, pendant près de deux ans, dans un milieu hétérologue dilué et contenant peu d’extrait embryonnaire, isolant des cultures pures de cellules et les comparant avec des fibroblastes normaux de rats, et aussi, plus tard, avec ceux d’une autre tumeur, celle de JENSEN. C’est la culture de ces deux tumeurs qui avaient donné lieu à la controverse qu’on ne peut distinguer entre cellules malignes et normales, sous le microscope, tant ces cellules ressemblent à des cellules normales. Quoi qu’il en soit, ces cellules cancéreuses ressemblent bien aux cellules qu’on retrouve dans les tumeurs, et les contrôles faits après disparition des cellules amiboïdes et pendant 1 an 1/2, donnent des tumeurs déjà visibles après 8 jours, prouvant une fois de plus, que la cellule cancéreuse in vitro en culture pure, conserve sa malignité. D’ailleurs. c’est l’élément vivant qui est le porteur de la malignité, les cultures mortes ne donnant pas lieu à des tumeurs.

Le sarcome de Jensen

CARREL et EBELING, FELL et ANDREWS ont cultivé cette tumeur, qui est l’une des premières tumeurs expérimentales dont on a réussi les greffes en série. D'ailleurs, depuis 1902, quand JENSEN à obtenu 6 % de réussites de greffe, ce nombre est augmenté à presque 100 % aujourd’hui. Il est certain qu’une tumeur peut ainsi s'adapter, le même phénomène s'étant vu pour le sarcome de Rous et la plupart des autres tumeurs transplantables. G. COSTE résume les recherches expérimentales qui ont été failes avec cette tumeur. Les

F1G. 10. — Culture de sarcome de Jensen à un faible grossissement. Remarquer les grandes cellules amiboïdes, les petites cellules rondes, réfringentes et mortes, et les cellules fusiformes. (D'après VERKNE.)

Fi. 11. + Sarcome de Jensen après quelques Passages. Remarquer la lâcheté du réseau, le peu de nombre des cellules et l'abondance des cellules rondes. (D’après VERNE.)

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auteurs ont démontré la malignité des fibroblastes de cette tumeur.

Sarcome de Walker du rat n° 338

Nous connaissons déjà la controverse qui règne entre pathologistes concernant le diagnostic différentiel entre cellules malignes et cellules normales. Les deux LEwis et d’autres (BORREL, CARREL), pensent que la cytologie de toutes les cellules malignes diffère, plus ou moins, de celle des éléments homologues normaux ; c’est pour démontrer plus nettement cette différence qu’on a entrepris l’étude de cette tumeur, dont les cellules s’éloignent le plus du lype normal. Cette tumeur est un sarcome à cysticerques, découvert en 1930 et transplanté depuis tous les 15 jours. Ce cancer tue en 6 semaines avec métastases intra-hépatiques et pulmonaires. Les coupes de tissu cancéreux montrent nettement les cellules malignes et de nombreuses cellules amiboïdes.

En culture, employant un milieu hétérologue, la liquéfaclion est peu prononcée. Les cultures montrent de la façon la plus nette toutes les variétés de modifications chromosomiales qui ont été décrites pour les cellules cancéreuses, mitoses triet multipolaires, nombre haploïde el polyploide des chromosomes, amitoses. On trouve des cellules de toutes les dimensions et formes, grandes et petites, régulières et irrégulières. La forme montre des changements continuels avec déplacement cellulaire, au moyen de pseudopodes longs et agiles. En général, les cellules sont caractérisées par leur grande taille et la densité de leur protoplasme, la grandeur du centrosome, augmentation du nombre de chromosomes et l’irrégularité de la mitose. Les fibroblastes sont les éléments malins.

Sarcome de Waïiker du rat n° 319

Ce sarcome à cellules fusiformes provient de la région anovaginale d’une rate blanche, découvert en 1929 et transplanté

depuis. Il a été bien étudié par W. ScHoppE. Le plasma de rat est fortement liquéfié mais non le milieu mixte de plasmas de rat et de poule, qui donne de bons résultats. Dans ce sarcome, les fibroblastes malins ressemblent beaucoup à des fibroblastes banaux, à part leur dimension plus grande et leur vie plus active (mitoses plus abondantes, apparence très polymorphe, phagocytose, amiboïsme).

Les sarcomes humains

Les études des tumeurs animales ont beaucoup ajouté à nos connaissances, mais on veut de plus en plus que les travaux soient faits directement avec les tumeurs humaines, d’une part parce que la conduite in vitro des tumeurs animales peut différer de celle des tumeurs humaines, d’autre part, parce que les tumeurs animales peuvent n’être pas comparables aux tumeurs humaines, et enfin chez les mammifères on ne retrouve pas de principe filtrant. Nous avons déjà montré que ces objections ne sont pas valables. Il convient aussi de remarquer que les sarcomes humains ont été cultivés depuis les débuts de la technique par CARREL et BURROWS, BURROWS, LOSEE et EBELING, ALBRECHT et JOANNOVICS, Fis- CHER et KIAER, BUCKLEY. Dans ces dernières années, avec le perfectionnement de la technique, on a commencé à isoler des souches pures de cellules embryonnaires et adultes pour comparaison avec des souches pures de cancers humains in vitro, entretenues en culture permanente. G. O. GEY, du laboraloire du JOHNS HOPkiNS University Hopital entretient depuis plusieurs années des souches pures de cellules cancéreuses. PINKUS a commencé l'étude des cellules sarcomateuses humaines en culture pure et entretient depuis 9 mois les éléments malins de myxosarcome et de glioblastome humains. Jusqu'ici on n’a pas pu prévoir si les études de tumeurs humaines vont conduire à de nouvelles appréciations du problème du cancer humain, autres que celles déjà fournies par l'étude des tumeurs animales.

Carcinome d’Ehrlich

Cette tumeur épithéliale est connue en médecine expérimentale depuis 1906, quand EHRLICH et APOLANT réussirent à établir la transmissibilité par greffe d’un adénocarcinome du sein de souris donnant une proportion très élevée de succès (80 %) pour l’époque en question. Cette tumeur avait donné de très bons résultats au début de la technique, en milieu mixte, mais FISCHER avait obtenu de meilleurs résultats en lui appliquant sa technique d'infiltration. Il cultive cette lumeur depuis bientôt dix ans, mais il a aussi pu entretenir ce cancer par la technique ordinaire pendant plusieurs années. Les cellules amiboïdes, moins nombreuses que dans les tumeurs polymorphes, disparaissent dès le début, et le stroma disparait rapidement aussi, laissant une culture pure de cellules épithéliales cancéreuses. Ces cellules, en culture pure sans addition de fragments pendant 1 an 1/2 gardent leur malignité. La malignité est liée à cette seule race cellulaire et le stroma ne joue aucun rôle dans la virulence de la tumeur. Cette tumeur à servi à de nombreuses expériences comparatives entre cellules malignes et normales, les cultures épithéliales se prêtant bien à l'observation. CHLOPIN a poursuivi de nombreuses expériences avec cette souche, d’après les méthodes de CARREL, el aussi avec une souche russe de PETROFF, qui est semblable à la tumeur d'EHRLICH in vivo et in vitro.

Le carcinome de Flexner-Jobling

Cette tumeur est connue en médecine expérimentale depuis 1907, et fut d’abord décrite comme un sarcome, provenant de la vésicule séminale du rat albinos. Son intérêt fut qu’elle donnait 95 % de réussites de greffe. On devait bientôt reconnaître que cette tumeur n’était pas un sarcome mais un carcinome. Aujourd’hui encore, on n’est pas entièrement d'accord sur sa nature, certains prétendant que cette lumeur est un

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endothéliome. La tumeur a ceci de particulier, c’est qu’elle donne, dans l’organisme une très forte nécrose et liquéfaction, qui se traduisent in vitro par une liquéfaction extrêmement intense et la mort prématurée de la culture. LASER (1927) a cultivé cette tumeur par la méthode de FIscHER. Seulement, l'addition de fragments normaux est rendue indispensable à de courts intervalles, à cause de la très forte liquéfaction du milieu par cette espèce cellulaire. LASER confirme les conclusions de FISCHER, à savoir que la malignité est conservée in vitro et qu’elle est liée aux éléments épithéliaux.

Il convient de remarquer qu’'ULESKO-STROGONOWA a démontré, par la culture des tissus, que cette tumeur est probablement un endothéliome., Elle trouve in vitro plusieurs lypes de cellules qu’elle pense n’être que les stades échelonnés d’une même cellule, capable de donner des formes endothéliales et épithéliformes, les deux étant malignes.

Le carcinome du rat de Walker n° 256

Cette tumeur épithéliale est de plus en plus étudiée. Elle donne une croissance régulière et active, et en flacon CARREL, des cultures pures épithéliales poussant en membrane typique. La tumeur est bien connue en médecine expérimentale, ayant été isolée par WALkER, en 1928, chez une rate enceinte, âgée de 10 mois, au niveau de l'abdomen inférieur. La lumeur à rétrogressé légèrement après la mise en bas, mais est devenue encore plus grande après le sevrage. Le diagnostic apporté est adéno-carcinome mammaire. Réinoculée à des rats, la greffe prend bien, tuant les rats en 5 semaines. WALKER n'a observé que 4 cas de régression sponlanée de ces tumeurs. D’ailleurs, la même tumeur est survenue de façon spontanée dans les 3°, 5°, etc. générations de la progéniture de cette rate.

ATIE VAN BEVERWIH a cultivé cette tumeur en culture pure pendant 12 mois dans des flacons CARREL à sec, en vie ralenüe. W. R. EARLE a cultivé la même tumeur en culture épithé-

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liale pure, en goutte pendante el en flacons de CARREL pendant 1 an. L’emploi de cette tumeur, dans les études du “ancer, par la culture des tissus, serait très intéressant. En effet, M. R. Lewis et STRONG, étudiant 52 cancers spontanés, chez autant de souris, trouvent que toutes les tumeurs du sein de ces souris, sauf deux, ressemblent à la tumeur de WALKER, qui serait le type des carcinomes mammaires,

Les tumeurs épithéliales humaines

Ce qu’on a déjà signalé pour les sarcomes humains pourra se dire aussi bien ici. Les mêmes raisons poussent aujourd’hui les travailleurs à cultiver les carcinomes humains in vitro. Mais le début de ces études remontent au début de la technique (MACCABRUNI, BURROWS et BURNS, etc...). Il suffit de rappeler que GEY entretient en culture permanente plusieurs souches de cellules épithéliales cancéreuses. PINKUS entretient en culture pure un épendymome.

Il est intéressant de noter le travail de KanL HÔFER, qui a mis en culture 60 épithéliomas de la peau, sur une période de deux ans, avec contrôle par la cinématographie. Sur plus de mille cultures de tumeurs baso- et spino-cellulaires, il en à obtenu 500 de non-infectées, dont 65 % ont donné une bonne croissance. Il n’a trouvé aucune différence entre les croissances de tumeurs baso et spino-cellulaires, ni entre tumeurs à croissance lente ou rapide. On trouve de nombreuses cellules amiboïdes grandes et petites. Les membranes épithéliales sont entièrement semblables à celles de cultures d’épithélium normal ; les cultures des tumeurs spino-cellulaires montrent in vitro la formation de globes cornés. Pour toutes ces tumeurs, la croissance a été soit mixte, soit épithéliale pure d'emblée. La liquéfaction est assez rapide même dans un milieu mixte. L'âge du malade ne joue aucun rôle.

Les cellules épithéliales, en mouvement continuel, polygonales ou arrondies, forment des membranes mono-cellulaires ; elles ont un hyaloplasme et des ponts intercellulaires, comme

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il est décrit pour les cellules normales et par lesquelles on peut voir passer les granules intracellulaires. La durée des mitoses est normale.

Les tumeurs mélaniques

Les tumeurs mélaniques présentent, pour leur étude, un intérêt de plus. Elles posent les mêmes problèmes que les autres tumeurs, conjonctives ou épithéliales, mais en plus il y ‘a les problèmes énigmatiques de nosologie ; on voudrait savoir si ce sont des tumeurs épithéliales ou sarcomateuses proprement dit, ou mélanoblastiques. Ces tumeurs ont aussi un gros intérêt du point de vue biologie pure, en ce qui concerne la formation de la mélanine. La culture produit in vitro le même pigment qui diffuse, est moins concentré, permettant de mieux voir les cellules elles-mêmes. Dans les coupes histologiques ordinaires, on ne voit qu’une grosse tache noire, se laissant à peine traverser par la lumière. La dopa réaction est exécutée sous les yeux.

CHLOPIN el ZYMBAL ont cullivé in vitro une tumeur mélanique de la peau d’une femme el ont suivi la croissance in vitro pendant 15 jours. Ils pensent que dans cette tumeur les cellules cancéreuses, formant de la mélanine, sont des cellules épithéliales. GULDBERG cultive un mélanome de cheval pendant un temps relativement court et ne réussit pas non plus à isoler les cultures de cellules dont on peut démontrer la malignilé ou le potentiel mélanique. GRAND, CHAMBERS et CAMERON ont adopté pour leurs études le mélanome de Har- DING-PASSY, Lumeur de souris bien connue. Ils ont d’abord mis au point une technique permettant la culture illimitée de la tumeur, dont la croissance $s’arrêtait in vitro par alcalinisation du milieu. Ils ont trouvé que l’addition d’un fragment de tissu réduit le pH du milieu et laisse obtenir des cultures permanentes, qui conservent leur malignité.

Il faut espérer que cette tumeur donnera de meilleurs résultats dans ce domaine. Les auteurs n’ont pas encore pu

préciser l'identité des cellules malignes. Les éléments mésenchymateux, qui paraissent non-cancéreux, contiennent du pigment par phagocytose. Seules les mélanoblastes, cellules rameuses dont la prolifération est tardive, donnent la dopa réaction. Dans un autre travail sur la même tumeur (GRAND, 1936), on étudie sommairement les types de cellules observées. On distingue : 1°) Des macrophages, à mouvements actifs, peu granuleux, gonflés, contenant seulement quelques granules de pigment ; 2°) Des fibroblastes, qui paraissent normaux ; 3°) Des mélanoblastes, à noyau sphérique, cellules rameuses, petites avec dendrites grêles, et cellules grandes avec dendrites trapues et hérissées. La mélanine se trouve en abondance dans ces deux dernières cellules. Les auteurs continuent leurs expériences sur cette tumeur intéressante.

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