LES CELLULES MALIGNES
Nous avons l'intention de passer en revue ici les différents types de cellules malignes isolées jusqu'ici des tumeurs cancéreuses, pour étudier leurs caractères cytologiques ou biologiques, tels que les font ressortir la culture in vitro. Nous avons à considérer des cellules épithéliales, éléments malins des tumeurs d'EHRLICH, de WALKER, et de PÉTROFF, les cellules conjonctives, éléments malins des sarcomes du type du sarcome de CROCKER ou de WALKkER, et enfin, la cellule amiboïde maligne, telle du sarcome de Rous.
La cellule épithéliale maligne
Les renseignements les plus intéressants ont été fournis jusqu'ici par l’étude de l’adéno-carcinome d'EHRLICH que FIscHER cultive depuis 1927 dans ses laboratoires sans interruption, le repiquant en goutte pendante sur lame tous les 3 jours ou 125 fois par an, et en flacon de CARREL tous les 2-4 semaines, soit 15-20 fois par an. Cette régularité de croissance atteste à l’immortalité potentielle de ces cellules, comme il en est pour les cellules normales.
BiscEGLiE fournit quelques précisions concernant les dimensions cellulaires, indiquant que les cellules peuvent varier entre 400 et 1.100 mu, les noyaux entre 192 et 306 mu, donc sans différences caractéristiques d’avec les celluïes normales. FISCHER a confirmé ces mensurations. CHLOPIN fait remarquer, en cultivant la souche de FISCHER et aussi celle de PÉ- TROFF, que bien que la moyenne soit la même, il y a une proportion plus grande des grandes et petites cellules, ce qui
pie
fail que l'aspect de la membrane épithéliale est un peu irrégulier. D’après ce dernier auteur, l'aspect des cellules est aussi très polymorphe, les proportions du noyau et du cytoplasme basophile pouvant varier d’une cellule à lautre, le eylo-
plasme clair et finement granuleux, pouvant contenir des quantités variables de granules éosinophiles, vacuoles ou dé-
Fi. 19. — Cellules épithéliales cancéreuses de la tumeur d’Ehrlich.
Sept mitoses sont visibles dans ce champ. (D’après FISCHER.)
Lrilus de cellules phagocylées. Aussi, dans les cultures colorées, les noyaux peuvent avoir des contours nets ou indistincts. Le nucléoplasme peut être très clair, homogène ou finement granuleux. Les chromosomes ou plasmosomes peuvent atteindre de très grandes dimensions.
La durée des miloses est très comparable à celle des cellu-
les normales (FISCHER, LEWIS, CRAGIUN, EPHRUSSsI). Ces faits sont confirmés par LEWIS et STRONG qui ont examiné 52 tumeurs du sein de souris. Ces tumeurs, plus ou moins comparables au carcinome de WALKkER, sont caractérisées in vitro par l’irrégularité d'aspect des chromosomes. La mitose atypique est la règle, la mitose entièrement normale l'exception, et on voit des cellules en mitose tri-, telra- et multipolaires, qui donnent 3, 4 ou plus de noyaux en une cellule multinucléée et géante. Ils n’observent ni centrosphère ni astre, à l’état vivant. Le fuseau n’est pas visible à la prophase, mais l'aire qu’il aurait occupé à la métaphase, plus clair, est visible à ce stade. La gélification (réversible), en milieu acide, provoque cependant l’apparition de fibres colorables.
Pour la tumeur d'EHRLICH, FISCHER a observé de très près les mitoses et nombres chromosomiales. Prenant comme normal le nombre de 40 chromosomes universellement accepté pour la souris, il trouva : que la mitose est, dans la majorité des cas, normale ; la mode de division habituelle est la mitose, l'amitose l'exception ; sur toutes les mitoses observées, il n’y eut que deux mitoses anormales pour cent. Il a dénombré soigneusement les chromosomes, acceptant un nombre de 32-38 chromosomes visibles comme normal. Dans quelques rares cas, il a pu compter, dans de très grandes cellules, à partir de 80 chromosomes, indiquant un nombre triploide ou tétraploide.
FiscHEr a pu observer dans ses cultures un aspect curieux des cellules épithéliales. Les cellules à la périphérie des cultures paraissent confluer, leurs limites sont imperceptibles, donnant l'impression de cellules très grandes. On distingue de petits pseudopodes très actifs, qu'il décrit battant comme un voile au vent, où comme si le protoplasme bouillait. Les cellules les plus petites sont homogènes, hyalines, sans granules. Le même phénomène s’observe aux parties distales des cellules situées plus à l’intérieur de la culture. FISCHER pense, bien que la signification de ce phénomène soit malaisée à interpréter, que ce n’est pas un caractère essentiel cancéreux. Il croit que l'effet du bord libre, de la polarisation sont
STERN o
2e LDDIeS
combinées ici avec la capacité de phagocytose des cellules. N'oublions pas qu’on a fait phagocyter des cellules normales au moyen de l’uréthane et de l’oléate de soude, chez lesquelles on voit à peu près ce même aspect. STRANGEWAYS a remarqué cet aspect dans des cultures irradiées. L’uréthane et l’oléate de soude sont des modificateurs de la tension superficielle et FIiSCHER pense que ce phénomène n’est que la traduction de changements rapides de la tension au niveau des membranes cellulaires.
Dans une longue série de travaux, FISCHER et LASER ont recherché les conditions de croissance de cette tumeur par la méthode du fragment ajouté et sans fragment ajouté, en milieux homologue et hétérologue, sans et avec extrait embryonnaire. Ils ont trouvé, d’une façon générale, que la croissance a lieu en membrane dans le milieu, avec croissance adénomateuse dans le fragment, bien que cette dernière puisse s’observer aussi dans le milieu. La liquéfaction est réduite en c?s de milieu hétérologue. Que les fragments ajoutés soient petits ou grands, les cellules cancéreuses l’emportent toujours sur les cellules normales. La croissance des cellules cancéreuses est meilleure sans extrait embryonnaire, que celle des tissus normaux, mais les cellules normales poussent mieux en milieu normal, (plasma avec extrait embryonnaire). Le fail que les cellules cancéreuses vivent très bien en milieu dépourvu d'extrait embryonnaire explique que les cellules cancéreuses doivent tirer leur nutrition du milieu, se servant des protéines (fibrine) qu’elles y trouvent ou des protéines des cellules mortes et liquéfiées.
Cependant, le problème de la culture du carcinome et de la cellule épithéliale maligne est assez trouble, car la distincüon entre cellule maligne et cellule normale est assez délicate, reposant sur des distinctions quantitatives. Aucun des caractères observés pour les cellules cancéreuses n’est uniquement un attribut de ces cellules. L'aspect cellulaire, la phagocytose, voire la liquéfaction peuvent se retrouver pour les cellules normales sous certaines conditions ou y être induites. Mais le fait que la cellule épithéliale dérivant des cancers épithéliaux
soit l'élément malin, la malignité restant attachée à cette cellule tant qu’elle reste en vie est déjà un fait important, et la détermination certaine de la malignité de la cellule épithéliale facilite, dans une certaine mesure, le problème du cancer.
Le fibroblaste malin
Le fibroblaste malin a été mieux étudié que la cellule épithéliale, un plus grand nombre de sarcomes ayant été cultivés, pour lesquels le fibroblaste, entretenu en culture permanente, est indéniablement l'élément malin. Un fragment de sarcome de JENSEN ou de CROCKER, mis en culture, donne une colonie qui ne diffère pas sensiblement de celle de fibroblasles normaux. La croissance n’est peut-être pas aussi dense, mais l’aspect radiaire, réticulaire est le même. Les cellules ne paraissent pas connaître les mêmes empêchements que les cellules normales et peuvent émigrer et proliférer très loin dans le milieu, donnant ainsi des colonies bien plus grandes mais moins peuplées. Dans les sarcomes on retrouve, comme pour les carcinomes, les mêmes aspects divers pour les différentes tumeurs, mais beaucoup plus divergents à cause du plus grand nombre de sarcomes qui à été cultivé. À côté de tumeurs comme les sarcomes de JENSEN ou de CROCKER, où les celiules ont un aspect presque normal, où on ne retrouve pas de mitoses atypiques, on trouve des sarcomes de VVALKER dans lesquels les mitoses atypiques sont la règle. Chaque tumeur est donc soumise à un mécanisme plus ou moins différent en ce qui concerne ce phénomène, mais les phénomènes sont constants pour la même tumeur, et on trouve tous les types, d’une extrémité (aspect normal) à l’autre (aspect anormal).
On peut citer quelques chiffres de CARREL concernant le fibroblaste malin du sarcome 10 de la Fondation Crocker, comparé avec les fibroblastes normaux
Fibroblaste normal Fibroblaste malin CéTIUlér Re re URLS EU 39 X 126. mu NOVALIS CE RER RER EEE 8,5 x 19 mu 1 PS es Ke nu
La tumeur de CROCKER est une tumeur dont les cellules se distinguent un peu des cellules normales. Les cellules du sarcome de JENSEN, se rapprochent encore plus des cellules normales. Pourtant, dans le sarcome de WALKER, on trouve réuni un ensemble de modifications qui semblent assez caractéristiques pour les cellules sarcomateuses, d’après CARREL, BORREL, FISCHER, POLICARD et LEWIS. Grâce surtout à une méthode spéciale, celle d’étalement des cellules vivantes en couche mince sur verre (méthode de BORREL), on arrive à reconnaître une cellule maligne, sans avoir un seul caractère bien tranché entre le malin et le normal. Comme le fait remarquer LEwIs (1935), toute la cellule paraît altérée, sans qu'on puisse découvrir un élément nouveau. L’altération est plutôt une altération générale et constitutionnelle. J’emprunte la description de LEWIS pour faire mieux ressortir les différences que l’œil habitué est susceptible de relever.
L'architecture générale du fibroblaste malin est analogue à celle des cellules normales et se voit le mieux dans les cellules étalées sur verre. Le fibroblaste normal, étalé, au repos, a un cyloplasme délicat et transparent. Il est souvent difficile de voir ses bords à certains endroits, plus faciles à d’autres. Le noyau, plus où moins excentré, ovale, est clair et transparent, les petits nucléoles étant seuls visibles. La membrane nucléaire est extrêmement délicate. Au centre de la cellule se trouve le centriole, pas toujours visible dans la cellule vivante et rarement visible dans les photographies. Autour de ce noyau el du centriole, se trouve quelques granules et des mitochondries, el un peu plus loin, des globules de graisse et d’autres milochondries. Les granules, globules de graisse et mitochondries se trouve aussi dispersés dans tout l’exoplasme périphérique et les processus cellulaires. Les filaments mitochondriaux montrent une tendance à se disposer d’une façon radiaire autour du centriole. Ceci est le tableau que montre
un fibroblaste normal, vivant, étalé sur verre dans une culture fraiche et jeune, âgée de 24 heures au plus. Toute cette disposition est bien plus marquée dans les cultures plus âgées. La zone centrale, finement granuleuse, entourant le centriole, s'agrandit. Autour se trouve une zone de granules colorables au rouge neutre et de petites vacuoles. Plus en dehors se forme une forte zone de globules graisseux ; à la périphérie l’exoplasme reste clair par comparaison.
Les mitochondries ne sont pas limitées à une seule zone, mais sont plus ou moins dispersées radiairement par rapport à l’aire centrale et le centriole. Le noyau est refoulé d’un côté, contre la zone de globules graisseux, par la zone centrale augmentée.
Les cellules malignes ont le même aspect général. Quelques cellules sarcomateuses, même dans les cultures de 24 heures, ont de larges zones endoplasmiques tandis que d’autres cellules ont de grandes zones de graisse et encore d’autres très peu de graisse. D’autres encore ont une zone peu marquée au rouge neutre, d’autres une zone fortement colorée ; en général, on peut dire que la zone colorable au rouge neutre est moins marquée que dans les cellules normales. Ce polymorphisme d’aspect, pour un même âge de culture, est très frappant. En général, le fibroblaste malin, tel qu’on le voit en culture, a un cytoplasme moins transparent, et plus granuleux, avec un noyau plus grand par rapport au cytoplasme, que la cellule normale, la cellule elle-même étant plus grande. La membrane nucléaire est épaissie, plus réfringente, et les nucléoles sont plus grands, plus irréguliers que dans les fibroblastes normaux. La dispersion des globules graisseux est souvent un peu différente. La cellule cancéreuse en accumule moins, et les granules colorables au rouge neutre sont plus petits, plus nombreux. Le noyau est fortement échancruré du côté central. La poche ainsi formée peut être considérable et à première vue, on penserait qu’un tel noyau est très granuleux, puisque le noyau fait double coque autour d’une poche remplie de cytoplasme granuleux, comme une balle enfoncée d’un côté.
Le matériel nucléaire est parfois si abondant et désagrégé que
le noyau peut bien prendre un aspect granuleux mais beaucoup de nucléoplasme est encore visible.
Les cellules malignes sont presque toujours plus grandes que les cellules normales homologues. Par l’uniformité de l’étalement qui se fait sur verre, la certitude peut être obtenue en mesurant les cellules devenues sphériques. Les cellules de quelques tumeurs sont assez uniformes de dimensions, tandis que d’autres montrent des variations énormes, de telles variations formant un des caractères de la tumeur en question.
Les cellules malignes ont souvent des fronces curieuses, comme des pseudopodes, quelque peu ressemblant à celles des macrophages, mais différant des bords ondulants des fibroblastestes normaux. Ce sont les organes de la phagocytose, habitude commune aux cellules sarcomateuses et aux macrophages. La pinocytose, nom qui désigne que la cellule boit, s’observe rarement chez la cellule normale, Lewis l’a observé, chez les macrophages et les cellules cancéreuses.
On pourrait bien trouver d’autres caractéristiques différentielles, quantitatives, mettant toujours en relief les mêmes vieux caractères de la cellule, réhaussés ou amoindris, el pourtant, fait curieux, il n'y a pas un seul caractère qui distingue vraiment la cellule cancéreuse de la cellule normale. Il ÿ à quelque chose de difficile à définir là, mais la manière dont les cellules normales et malignes s’étalent sur verre est tellement typique que l'œil expérimenté voit immédiatement la différence entre normal et malin, mieux que ne pouvait l'indiquer une longue description.
Cette description n’est pas spéciale aux cellules sarcomeleuses. Nous voyons très bien comment elle s'accorde aux cellules épithéliales normales et malignes, d’après FISCHER, CHLOPIN, EARLE, et nous verrons qu'elle s’applique aussi aux cellules macrophagiques, normales et malignes.
La cellule amiboïde maligne.
On trouve dans toute culture de tissu normal, de grosses cellules amiboïdes, phagocylaires, qui ont été identifiées comme dérivant des histiocytes du tissu conjonc-
tif. On trouve les mêmes cellules dans les cultures de leucocytes, dérivant des cellules mononueléaires. CARREL el EBE- LING ont pu démontrer que macrophages hématogènes et his- Liocylaires sont identiques. Leur croissance et leur physiologie les opposant entièrement aux cellules fixes, les cellules conjonctives et cellules épithéliales. En effet, ces cet lules ne forment pas de tissu cohésif, chaque cellule restant isolée. Elles paraissent se diviser par amitose souvent. Des colonies de fibroblastes voisines ne montrent pas de limites inter-coloniales. Les colonies de macrophages ne $e pénètrent pas. Les cellules formant tissu montrent une cerlaine organisation et semblent agrandir dans une certaine fonction du diamètre du fragment et de l'étendue du milieu. Les macrophages s'étendent dans le milieu jusqu'aux limites extrêmes. Les cellules sont hautement phagocytaires, amiboïdes. Par leurs caractères cytologiques, aussi bien que leur métabolisme, elles s’apparentent aux cellules cancéreuses. En effet, on retrouve une division très marquée en trophoplasme et kinoplasme, un grand noyau, une membrane ondulante : ces cellules peuvent vivre dans un milieu dépourvu d'extrait embryonnaire, démontrant qu’elles peuvent s’avantager des protéines du milieu. L'extrait embryonnaire est même nuisible à leur bonne croissance. Parmi les cellules normales, ce sont les macrophages qui liquéfient Île plus le plasma.
Nous avons déjà vu la versatilité de ces cellules. Sans entrer dans des discussions de la théorie uniciste ou dualiste, nous devons prendre connaissance de toutes ces transformations. CARREL et Maximow avaient vu la transformation de macrophages en fibroblastes survenir spontanément. FISCHER a réussi la culture pure de fibroblastes à partir de macrophages (sous l'influence d’un fragment de muscle mort). Plus récemment, un auteur (NOEN), a pu entretenir en culture permanente des fibroblastes obtenus à partir d’une seule cellule macrophagique. Nous-mêmes, nous avons observé cette transformation dans des cellules d’exsudat.
Le phénomène inverse à été moins conclusivement démontré, mais CARREL et ÉBELING disent l'avoir vu, de façon spon-
lanée, deux fois en 14 ans de leur culture de fibroblastes. Fis- CHER à observé celte transformation, signalant la présence de membranes ondulantes typiques. EPHRussr et HUGuEs apportent des observalions de transformations de fibroblastes en macrophages qui semblent indiscutables, étant donné qu'ils ont observé la transformation d’un bout à l’autre. EPHRUSSI à aussi vu cetle transformation dans des cultures d'endothélium de foie. Les travaux d'Epxrusst semblent indiquer que ces cellules sont identiques aux cellules formées à partir de monocytes ou histiocytes.
Les faits suivants ne sont pas moins significatifs en démontrant combien ce problème est entremélé à présent pour la moelle osseuse FOOT démontre la transformation des éléments lymphocytaires en myélocytes et en polynucléaires. Les petites lymphocytes peuvent donner des polyblastes (MAxIMOwW), les myélocyles des fibroblastes et des macrophages (ERDMANN). Les ganglions lymphatiques laissent émigrer des Iymphoblastes, des cellules réticulaires et des fibroblastes (MaxIMOw), dont les secondes sont identiques aux macrophages ; les petites et grandes lymphocytes paraissent être des étapes d’une même cellule, mais la petite peut donner directement des plasmocytes, les grandes des polyblastes, des promyélocytes, des myélocytes (MAxIMOW, BaARTA). MaxIMOW prétend que ces changements ne sont qu'une tendance naturelle de la cellule à prendre telle ou telle forme, mais il semble que dans bien des cas, les propriétés du milieu ambiant doivent être de la plus grande importance.
Ayant ainsi préfacé notre étude de la cellule amiboïde maligne, nous devons constater que les cellules amiboïdes avaient pris, depuis les premières recherches sur le sarcome de RoOus, une signification spéciale, En effet, après que Fis- CHER pour le sarcome de Rous, el CARREL, pour les sarcomes de ROUS et de la paroi thoracique de la poule, confirmérent la malignité de ces éléments et la non malignité des fibroblastes, les différents auteurs se sont mis à éludier ces cellules amiboïdes, dont Ja présence est signalée en plus ou moins grande abondance dans toutes les tumeurs mises en
cullure : sarcomes humains (LOSÉE el EBELING), sarcomes du rat (POLICARD, LEWIS), gliosarcome humain et carcinome (FISCHER). Leur présence à élé aussi constatée dans les coupes de tumeurs in vivo (CASTREN, ROSKIN). Mais pour ces autres tumeurs, on n’a pas pu les isoler et il manque des renseignements concernant leur malignité où non-malignité. Ces cellules présentent un autre intérêt. LAMBERT et HANES, CARREL et BURROWS, CARREL et EBELING, FISCHER, LEWIS et GEY, BORREL, DREW, VERATTI, POLICARD, signalent tous que ces cellules ressemblent très fortement aux cellules nommées différemment monocytes, macrophages, histiocytes, clasmatocytes, cellules rhagiocrines, polyblastes, etc.
FISCHER a observé ces cellules de très près dans le sarcome de Rous et dans deux tumeurs humaines. Il en décrit trois variétés : petites, moyennes et grandes, les petites n'étant pas plus grandes que des bactéries où des plaquettes sanguines, les grandes atteignant les dimensions de 150 mu. leurs noyaux seuls dépassant de plusieurs fois la dimension de la petite cellule entière. Les petites et moyennes cellules se colorent plus fortement que les macrophages normaux ; les petites sont très fortement granuleuses, le noyau ne pouvant pas être distingué à l’état non fixé. Les grandes au contraire, sont très vacuolisées, et fait caractéristique, les vacuoles forment une couronne autour du noyau ovale, laissant un espace clair entre couronne et noyau, d’une part, et entre couronne et exoplasme, d'autre part. Les pseudopodes des petites sont longs, très actifs, des grandes épais et peu motiles. L'aspect des cellules répondant à cette description se retrouve dans nos figures 13 et 14.
Le noyau est souvent très grand par rapport à la cellule ; la fragmentation du noyau est assez commune el des nombres haploïdes, triploïdes et polyploides des chromosomes sont fréquents. Bien que la mitose soit la plus fréquente, les différents auteurs signalent la division par amitose comme très fréquente. FISCHER pour le sarcome de Rous et l’adénocarcinome d’EHRLICH, POLICARD pour le sarcome de Rous el un sarcome de rat, aussi bien que pour un carcinome,
LSUTA
signalent le pouvoir des cellules de se fusionner. Il parail y avoir immiscion réelle. Ce phénomène est très bien décrit par FISCHER pour les grandes cellules amiboïdes du sarcome de Rous. Il dit que deux cellules s’approchent et se fusionnent et que dans l’espace de deux minutes, cette cellule se divise ; cette division est suivie d’une autre, donnant lieu à des cellules plus petites. FISCHER signale aussi une sorte de lutte entre les cellules, où par exemple une cellule amiboïde moyenne s'enfonce dans un fibroblaste, laissant une sorte d’encoche.
On se rappelle que ces cellules ont la propriété commune aux cellules cancéreuses d’infiltrer les tissus normaux, comme l’avaient démontré FISCHER. MAXIMOW, CHLOPIN, ZyM- BAL ont démontré que certains tissus glandulaires normaux, la glande mammaire, par exemple, possèdent aussi cette propriété). Il a trouvé aussi, en colorant un fragment normal infiltré de cellules amiboïdes ou sarcomateuses, avec du rouge neutre à 1/20.000, que la portion non infestée est fortement colorée, la portion infestée n'étant pas colorée ; avec le vert Janus à 1/10.000, au contraire, la portion non infestée devient bleue, celle infestée rouge. LUDFORD a trouvé un phénomène semblable en employant le bleu Trypan. ROFFO a confirmé les résultats de FISCHER.
Les cellules amiboïdes cancéreuses sont très activement phagocytaires, comme d’ailleurs les cellules sarcomateuses el carcinomateuses, et ce phénomène est beaucoup plus marqué que chez les macrophages du sang (LAMBERT et HANES, FISCHER, Lewis). De plus, les cellules cancéreuses, parmi lesquelles la cellule amiboïde (CARREL), possèdent toutes, la propriété de protéolyse, qui est responsable de la liquéfaclion du milieu de plasma coagulé. Les cellules amiboïdes isolées s’entourent d’une sorte de halo, au milieu duquel la la cellule finit par mourir, perdant ses attaches, s’arrondissant el flottant dans le liquide produit. Le milieu finit par prendre l'aspect d’une étoffe rongée par les mites ou d’une carte géographique. Quand le fragment est entouré par cette liquéfaction, la croissance ne se poursuit plus (fig. 5).
Ce fait parait en rapport avec la nutrition de ces cellules, qui n’ont pas besoin d'extrait embryonnaire ; dans quelques cas, même, cette substance parait gêner leur croissance, mais on peut les accoutumer lentement à cette substance ; dans ces conditions la croissance obtenue est bonne. Les cellules amiboïdes malignes, comme les cellules sarcomateuses et épithéliomateuses, semblent pouvoir vivre très longtemps uniquement avec les substances nulritives qu’elles peuvent tirer du plasma ou du sérum. La digestion du plasma, déjà en rapport avec la capacité des cellules de vivre sans extrail embryonnaire ou avec de l'extrait embryonnaire chauffé, doit cependant avoir un rapport avec la glycolyse augmentée des cellules cancéreuses. En ious les cas, KRONTOWSKI et BRONSTEIN ont confirmé la loi de Warburg qui ne voit pas de croissance sans glycolyse. Ici encore nous ne sommes en présence que de facteurs quantitatifs. Nous pouvons résumer en indiquant qu'on trouve toutes les transitions de métabolisme. Si les cellules amiboïdes peuvent subsister sans extrait embryonnaire du tout, les cellules de quelques autres tumeurs font des demandes encore assez rigoureuses pour leur nutrition, et les fibroblastes du sarcome de JENSEN ne savent pas utiliser même les produits inférieurs de digestion des protéines, à moins qu’elles ne proviennent du foie, tandis que d’autres cellules cancéreuses peuvent bien vivre avec des protéoses et des acides aminés.
Nous voulons faire remarquer ici que CARREL, en soumeltant des macrophages normaux du sang à l’action de Pextrait de Rous rendu au préalable incapable de provoquer une tumeur dans l’organisme, observe la transformation de ces cellules en cellules amiboïdes malignes, entièrement semblables aux cellules décrites pour le sarcome de Rous. Les symptômes remarquables à noter sont la mort et la maladie des cellules, la digestion du milieu, la transformation de macrophages en fibroblastes (cette méthode est d’ailleurs la plus certaine pour opérer celle transformation) et enfin la malignité des cellules amiboïdes.
Fischer, cultivant des cellules amiboïdes malignes de sar-
come de RoUs en culture pure, trouve un fait assez remarquable, à savoir que ces cellules, en se transformant en fibroblastes, dans des conditions encore mal connues (mais qui paraissent en rapport avec la mort cellulaire), produisent des fibroblastes qui ne sont plus malins. Les cultures de fibroblastes obtenues à partir de ces cellules cancéreuses ne provoquent plus de tumeurs en greffes. Le fait de transformation s’accompagne aussi par la perte de la malignité.
Enfin, différents auteurs ont essayé de cancériser in vitro des cultures de fibroblastes ou de cellules épithéliales sans y parvenir, en employant l'extrait de sarcome de Rous, qui paraît sans action sur les autres genres de cellules.
Quelle place va-t-on donner à cette cellule amiboïde Sont-ce des cellules cancéreuses, au même titre que des cellules fibroblastiques ou épithéliales cancéreuses, formant alors l'intermédiaire entre leucémie et sarcome ? Mais FISCHER. BORREL, CARREL, POLICARD ne pensent pas que la cellule sarcomateuse fuso-cellulaire soit une cellule spécifique ou une cellule fibroblastique normale du corps transformée en cellule maligne, mais plutôt un macrophage malignisé et transformé en fibroblaste malin. FISCHER attribue à ce fail le polymorphisme de beaucoup de sarcomes et aussi la plus grande malignité des sarcomes à cellules mixtes ou rondes. BAKKER et FISCHER surtout, ont essayé de “approcher les cellules macrophagiques malignes et normales, en dressant un lableau de leurs caractères communs, tableau qui les rapproche bien et qui les écarte de tous les autres types de cellules normales
Les cellules macrophagiques normales et malignes se ressemblent par
1° Leur architecture cellulaire :
2° Leur amiboïsme :
3° Leur tendance à former des tissus non cohésifs :;
4° La possibilité de transformation des deux types en fibroblastes
9° La faculté de multiplication, même à l’état isolé ;
6° Le pouvoir d'utiliser les protéines du sérum pour cons-
tituer leur propre proioplasme, et les protéines, même hétérogènes ;
7° Leur très forte glycolyse ;
8° Leurs propriétés phagocytaires ;
9° Leur capacité accentuée de liquéfier la fibrine 10° La possibilité de cancériser seules les cellules macrophagiques normales en cellules malignes.