ASPECT BIOLOGIQUE
Nous avons résumé, jusqu'ici, les faits saillants qui peuvent être dégagés de l’étude de la cytologie des cellules malignes in vitro. A vrai dire, il ne faut pas vouloir trop insister sur des différences bien tranchées entre ces deux types de cellules. Il reste pourtant un fait patent, la malignité de la cellule, à expliquer. Si nous ne pouvons pas trouver quelque chose de neuf dans ces cellules, pour expliquer leur caractère nouveau, il ne nous reste qu’à attaquer avec plus de force les vieux faits de la biologie, pour voir si en les interprétant à la lumière de la culture des tissus, ils ne se révèlent pas plus significatifs.
Nous savons, de toutes les études faites sur les tissus normaux (CARREL, CARREL et EBELING, LEVI, OLIVO, VERNE), que les conditions de vie en culture amènent la cellule qui y est placée à subir certaines modifications d'aspect, de métabolisme et de comportement. Ces modifications ne traduisent que le réveil de toutes les capacités métaboliques de la cellule. La plupart des cellules de l’organisme sont au repos, ne montrant ni mitose ni vie métabolique considérable. Les cellules nerveuses adaptées pour une fonction très spécialisée, sont très exemplaires de cette catégorie de cellules. On meurt avec le même nombre de cellules nerveuses qu’on avait au moment de sa naissance. Les cellules des glandes ou de la peau se trouvent à l’autre extrémité, se renouvelant constamment, une certaine proportion des cellules se tlrouvant toujours en mitose. Enfin, dans une catégorie intermé-
Tue
diaire se trouvent les cellules conjonetives, capables d’un réveil métabolique et mitotique sous des circonstances spéciales, telle que la régénération à la suite de blessure, elc.
Les cellules épithéliales, mises in vitro et soumises à l’aclion des substances excito-formatrices (extrait embryonnaire), montrent une augmentation du nombre de mitoses et un métabolisme plus actif (plus grande glycolyse, respiralion) que dans le corps. Les cellules reviennent donc à une vie activée, se conformant à de nouvelles conditions d’ambiance; cette activation peut correspondre à la perte momentanée de certaines des fonctions cellulaires, telles la <écrétion et l’organisation, mais non définitive. Car si on supprime lextrait embryonnaire, ou si on réduit la température, le nombre de mitoses diminue, et on peut assister in vitro a une organisation des cellules telle qu’on pourrait la voir dans une coupe de cet organe dans l’organisme. Ceci ne fait que démontrer nettement l'influence de l’ambiance, du milieu dans lequel la cellule se trouve et duquel elle prend sa nutrition et avec lequel cette cellule se maintient en équilibre. De ce point de vue, la cellule nerveuse est un peu spéciale. Cette cellule, transportée in vitro, ne montre pas d’augmentalion de mitose ni de métabolisme. Cette cellule paraît avoir perdu la faculté de réaction, gardant uniquement sa spécialisation de réaction nerveuse, au détriment de sa reproduction. C’est à ceci qu'on doit attribuer le fait que ces cellules ne forment jamais de vraies tumeurs, les tumeurs du système nerveux n'étant que des tumeurs de son système de soutien.
La cellule normale ne perd donc jamais sa spécificité, et sa vie dépend uniquement de son équilibre dans certaines conditions de nutrition. Qu'on greffe les cultures, possédant une croissance rapide in vitro, chez l’animal : la remise de ces cellules dans des conditions où elles ne reçoivent plus le même stimulus à la croissance rapide, fait que si ces cellules sont acceptables à l'organisme, la croissance se ralentit el les cellules deviennent des cellules normales de l’organisme. Si au contraire, ces cellules sont inacceptables, elles
meurent el sont bientôt résorbées. EL dans la régénération, les cellules qui sont stimulées à la multiplication, à la suite d'une blessure, reviennent à l’état de repos, après avoir passé par une période de multiplication très active. C’est ici qu’on trouve un des faits les plus remarquables du cancer. La cellule cancéreuse se comporte toujours comme une cellule en culture. Elle ne connaît pas cette vie alternante (CAR- REL, FISCHER), d'activité et de repos. Une culture cancéreuse, greffée dans un organisme continue à y vivre comme si les cellules se trouvaient dans une culture in vitro. À aucun moment les cellules ne marquent un arrêt, revenant à une une vie moins active, comme font les cellules normales greffées dans l'organisme ou les cellules en régénération. La cellule semble avoir appris un certain comportement, à tel point, qu’imitant la cellule nerveuse, aucun moyen ne peut la faire rétrograder ; la cellule cancéreuse maintient son taux de croissance élevée. Comme l’ont observé ZAKRZEWS- KI, d’une part, et van BEVERIJH, d’autre part, la cellule cancéreuse ne connait pas de vie en ralentie, et ces deux auteurs qui ont appliqué ce procédé à la culture de cellules “ancéreuses, ont trouvé que la cellule cancéreuse maintient ses caractères de croissance. Si les conditions de croissance deviennent défavorables, elle meurt, mais ne change pas.
Ce maintien de la croissance à un taux élevé constitue une bonne définition du cancer, mais remarquons tout de suite, qu'ici encore, nous pouvons obtenir in vivo une croissance continue à un taux élevé sans cancérisation, au moyen de blessures répétées, de même que dans les cultures. Néanmoins, l'examen de la régénération s'impose dans l’étude de la croissance par le rapprochement des deux phénomènes.
Un premier renseignement intéressant est fourni par l’étude de la limite de croissance des cultures. CARREL et EBE- LING, qui avaient étudié la biologie et la croissance des cultures de tissus normaux, in vitro, avaient trouvé que cette croissance peut être représentée par une courbe (figure 20), prenant en abscisse le temps de culture en jours et en or-