LA CANCERISATION IN VITRO
La cancérisation in vitro semble capable de fournir une solution directe du problème du cancer. Pour accomplir de telles expériences, cependant, il faut d’abord des tissus cancérisables et des mécanismes cancérisants. Ceci fait, on aurail de plus grandes chances de trouver une thérapeutique plus rationnelle et directe.
Depuis vingt-cinq ans qu’on étudie des cellules in vitro, malgré les conditions de vie très actives des cellules, qui semblent être aussi celles de la régénération continue, on n’a jamais observé de cancer spontané. Il est vrai qu’on peut observer, in vitro, certains aspects qui ont reçu le nom de cataplasie, dans lesquels les cellules peuvent prendre un aspect atypique. C'est ainsi que CHampy et Coca, étudiant leur adénome bénin, le voient devenir plus atypique. VERRATI donne la même observation pour l’adénome qu’il cultiva. FISCHER signale quelques atypies pour l’épithélium d’iris normal, et CHLOPIN pour l’épithélium vésical. ZYMBAL note des atypies pour la glande parotide. De nombreux auteurs signalent, et de plus en plus, de rares amitoses, des cellules géantes ou binucléées, etc, sans que ces caractères constituent un degré d’aberration du normal.
Maximow a signalé jusqu’à quel point ces atypies peuvent simuler des aspects cancéreux, dans l’étude de la glande mammaire in vitro. En effet, dans les cultures de cette glande, il apparait, spontanément, des mitoses multipolaires, des cellules géantes et la formation de globes cornées. Les cellules de ces cultures se montrent capables d’infiltrer des fragments de tissus normaux ajoutés (la glande parotide possède aussi cette propriété, d’après ZyYMBAL), mais les greffes sont néga-
lives et on pense, comme MaxiMOw, que ces cultures ne sont que paranormales, leur disposition étant expliquée par l’excitation mécanique ou chimique, et l’absence d’inhibition normale.
Les expériences faites dans le but de provoquer du cance: in vitro suivent classiquement deux voies : les expériences failes avec les substances cancérigènes extraites des tumeurs dites à principe filtrant, et les expériences faites avec des substances chimiques de composition connue, ou sous l’influence des rayons X, etc.
S'il y a un moyen sûr de provoquer la cancérisation in vitro, c’est en faisant subir à des cultures de macrophages du sang, l'influence de l’extrait de sarcome de Rous. Nous avons eu plusieurs fois l’occasion de parler de ce « virus » du sarcome de Rous, en présence duquel des cellules peuvent se cancériser. Cet extrait, acellulaire, injecté à lui seul à l’animal, provoque des tumeurs absolument identiques aux tumeurs d’origine. CLAUDE et d’autres chimistes ont essayé d'isoler ce principe, qui se conduit comme un principe chimique. CLAUDE a réussi à concentrer la substance à un point très poussé; il trouve que cette substance n’est ni une proléine, ni un lipoïde, ni une graisse. MurPHY, DURAN et REY- NOLS trouvent que le principe de Rous est fixé et inactivé par le tissu mésodermal de poules susceptibles mais non duns le cas de tissus d'animaux non susceptibles. Cette substance, qui se comporte comme une substance chimique par ses réactions de précipitation et de solution, manque de similitude avec le virus vivant dont l’infectivité augmente au contact des tissus.
GATES, comparant l’activité des virus filtrants, des phages et du principe de Rous, en les soumettant à l’action des ‘ayons ultra-violets, trouve qu’il faut une énergie énorme pour inactiver le principe de Rous, par rapport aux phages et virus vivants, énergie qui est de l’ordre de celle nécessaire pour détruire les ferments.
CARREL rend d’abord cette substance incapable, dans l’exail desséché, de provoquer une tumeur chez la poule en
inoculation. Il met ensuite la substance de Rous en contact avec des cultures pures de macrophages du sang de poule. Ces cellules, nous l’avons vu, sont de grandes cellules amiboïdes, longues et agiles, à protoplasma clair, qui émigrent dans le coagulum en colonies peu denses, sans jamais former de tissu. Le milieu reste homogène et transparent, ne se liquéfiant que peu ou pas. Les cellules mortes (arrondies el à cytoplasme sombre, granuleux), sont très rares. Les cellules envahissent le milieu entier d’un flacon CARREL en deux-trois semaines; leur transformation en fibroblastes est exceptionnelle dans des conditions normales et favorables pour leur croissance. Les cultures de macrophages normales, comme toutes les cultures de tissus normaux, ne donnent pas de tumeur quand elles sont greffées à des poules.
Mais avec la substance de Rous atténuée, les cultures pures de macrophages acquièrent les propriétés suivantes:
1) Maladie et mort des macrophages. — Les macrophages peuvent se multiplier pendant plusieurs semaines et envahir le milieu entier sans que leurs caractères soient allérés de facon sensible. Mais déjà l’inoculation à la poule donne une tumeur, cependant moins maligne que d'ordinaire. Mais souvent on trouve déjà certaines altérations, à partir du cinquième jour, quelques cellules rondes et sombres s’agglomérant en petites masses parmi des macrophages actives. Les macrophages à pseudopodes actifs se chargent de granulations. Les îlots nécrosés augmentent de nombre et de volume, le coagulum perd son aspect homogène, et il y a un début de digestion de la fibrine en quelques points.
2) Digestion de la fibrine du milieu. — La digestion de la fibrine du milieu est comparable à celle que l’on observe dans une culture de sarcome primitive. La surface du milieu a l'aspect d’une étoffe rongée par les mites, ou d’une carte géographique, avec des géodes ou des cratères. Les trous deviennent plus ou moins grands, les cellules autour meurent en grand nombre.
3) Transformation des macrophages en fibroblastes. —- Ceci s’amorce autour des masses amorphes. Le cytoplasme
est plein de vacuoles et de granulations, le noyau petit, l’activité faible. Ce fibroblaste est semblable au fibroblaste des cullures de sarcome primaire (nous avons vu que FISCHER avait trouvé ces fibroblastes sans malignité). A ce moment (21 jours), l’inoculation des cultures polymorphes à la poule donne des tumeurs malignes à évolution rapide. Les cellules amiboïdes disparaissent après deux-trois semaines, se transformant toutes en fibroblastes. La nécrose qui accompagne ces transformations est considérable et s'accompagne de prolifération intense.
4) Reproduction du principe de Rous. — Le principe de Rous se multiplie dans ées cultures, puisqu'elles en contiennent beaucoup plus à la fin qu’au début.
Ces expériences montrent que les macrophages sont sensibles au principe de RoUs, au contact duquel elles se transforment en cellules malignes. Les macrophages sont donc loin de posséder toujours le rôle de défenseur de l’organisme. N'est évident que dans la génèse d’un sarcome de Rous, leur rôle est opposé, qu’elles empêchent la destruction spontanée du virus dans les humeurs, permettant sa multiplication et devenant elles-mêmes des cellules propageant la maladie. Il semble paradoxal que des cellules malades, dont la résistance est moindre (comme témoigne la mortalité augmentée des macrophages dans ces cultures), et la vie plus courte que celle des cellules normales, puissent donner dans l'organisme naissance à des tumeurs douées d’un pouvoir illimité de croissance. Cependant, le développement d'un sarcome de Rous peut s'expliquer facilement par les propriétés que constate CARREL dans les cellules malignes. On sait que les macrophages (ou tréphocytes de Carrel) sont les cellules qui fabriquent les substances excilo-formatrices ou tréphones, qui provoquent in vitro la stimulation à la division cellulaire, Ces substances sont libérées sous certaines conditions, certainement après la mort des cellules. La mort d’un élément détermine donc la stimulation à la multiplication d’autres éléments. Ceci est d'autant plus probable, depuis les recherches de HALLAUER, qui démontre dans le sang leucémique humain des substan-
ces stimulantes, probablement les tréphones, qui sont responsables de la régulation du nombre des leucocytes en circulation dans le sang. Cet auteur trouve que le sérum normal (comme le démontrèrent FISCHER, CARREL et Al), exerce une action inhibitrice sur les cultures normales. Le sérum de sang leucémique, au contraire, est stimulant. Dans les leucémies aleucémiques ou les leucémies traitées par les rayons X, l’action revient à celle du sérum normal.
La maladie donnée aux macrophages par le principe de Rous, possède trois caractères : 1) de se propager indéfiniment; 2) de ne pas empêcher la multiplication cellulaire; 3) de tuer lentement les cultures.
CARREL a comparé l’action de l'extrait de sarcome de Rous avec celui d’un sarcome produit par le goudron, le sarcome de McFauL, ajoutant ces extraits à des fragments de rales en flacon de CARREL. Quant au sarcome de McFaAUL, cette tumeur est bien la plus maligne des sarcomes connus, tuant en quatre-cinq jours, le principe filtrant étant lui aussi très toxique et tuant l’animal; les tumeurs sont de croissance rapide, les hémorragies très abondantes. Après avoir ajouté les extraits de ces deux sarcomes à des fragments de rates, on trouve, 24 heures après, quelques cadavres de macrophaves. La digestion de la fibrine commence après huit jours. A ce moment l’inoculation à l’animal peut produire une tumeur maligne. En comparant les évolutions des deux transformations, on trouve
Sarcome de McFaul. Sarcome de Rous Digestion de la fibrine en peu Petits anneaux à contours irréd’endroits, 2-3, creusant de larges guliers et blanchâtre. Débute en trous, à bords irréguliers et brus- plusieurs régions par des raréfacques, non garnis de masses nécro- tions autour desquelles se trouve
sées. L'aspect rappelle beaucoup le tissu nécrosé. La digestion de-
celui de cultures de rate traitées vient plus profonde en même temps
par de faibles quantités de gou- que d’autres points apparaissent.
dron. La surface se présente en carte de géographie, une mer parsemée d'îles nombreuses, à contours irréguliers.
L’addition de plasma retarde la L’addition de plasma ne retarde Jigestion de la fibrine. pas la digestion de la fibrine.