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régénération, malgré quelques différences dans les proportions des divers éléments (granules plus fins, noyaux plus petits par rapport à la dimension cellulaire, dans les cellules en régénération). De même, pour BEUTTNER, il n’existe pas de cellules cancéreuses se distinguant par des particularités structurales.
Il y a ici une contradiction apparente entre deux thèses, l’une qui veut que les cellules tumorales possèdent des caractères modifiés, l’autre qui veut qu’elles n’en aient pas. Les deux thèses peuvent être accordées par la culture des tissus. I existe bien des différences morphologiques entre cellules cancéreuses et cellules normales, mais ces différences ne sont pas l'expression du caractère essentiel de la cellule cancéreuse. Nous avons vu qu’il y a des cancers qui sont caractérisés par l'absence presque complet de changements morphologiques, comme il y a des cancers où ces changements sont très frappants. Qu’on parle de tissus cancéreux ou de tissus normaux, l'aspect n’est que fonction du métabolisme de la cellule. Dans les cellules cancéreuses où le métabolisme est très changé, les changements morphologiques seront plus frappants.
Depuis von HANSEMANN, l’idée génétique ou nucléaire du cancer a prévalu, exprimée de différentes façons mais se résumant toujours dans la transmission de mutations de mitoses anormales. Von HANSEMANN avait prétendu que le cancer prend son origine dans des mitoses asymétriques.
BOvÉRI modifiait peu cette conception en disant que le cancer est un tissu aberrant produit par la multiplication anormale héréditaire. FARMER, MOORE, WALKER, HEINBERG croyaient, eux aussi, que la modification du nombre de chromosomes est le fait important dans la génèse du cancer.
LEWIS, POLITZER et d’autres ne peuvent pas accepter ce point de vue. IIs admettent que le tissu cancéreux montre bien des nombres ou aspects de chromosomes aberrants, mais ils voient aussi des cellules avec un nombre de chromosomes normal et lypique. Ceci, couplé avec le fait qu’ou cultive d’une part des tumeurs dont le caractère est de montrer des cellules
possédant toujours des chromosomes normaux, tandis que d’autres tumeurs donnent des cellules qui sont modifiées, fait croire que l’altération du nombre chromosomial serait sous la dépendance d’un autre facteur, tel le métabolisme modifié, symptomatique des conditions nouvelles de la vie cellulaire, el non une cause du cancer. Même, il parait très probable que dans les cultures contenant des cellules ainsi modifiées, que ces cellules soient profondément modifiées et changées, el qu’elles soient vouées à la mort. Si on trouve dans les cultures de ces cellules bouleversées des sécrétions caractéristiques de la glande thyroïde, de la bile, ne serait-il pas plutôt probable que ces substances soient sécrétées par des cellules dont le noyau ne soit pas encore atteint et changé par la maladie de la cellule ?
D’après la définition d’une mutation, il est certain qu’on devrait trouver dans les cellules filles un nombre ou aspect anormal de chromosomes, tel qu’observé dans ces cellules modifiées, ce qui n’est pas toujours le cas. Le cancer peut alors être une mutation sans changements évidents dans la structure ou nombre de chromosomes, mais ceci est chose différente et écarte en tous les cas l’hypothèse que le cancer est dû à une mutation du nombre de chromosomes ou à l’existence d’hypoploïdies ou de polyploïdies.
La cellule binucléée, par exemple, n’est pas un fait normal, pour ces mêmes classiques. Pourtant MUNTZER, dans le foie de rongeurs trouve jusqu’à 26 % de cellules binucléées, 11 % chez l’homme, 1 % chez le cheval. Dans les cultures, d'autre part, LyNcH en démontre dans le foie, FISCHER dans le muscle lisse, le rein, STRANGEWAYS pour le cartilage, l'iris, LEWIS el WEBsTER trouvent des cellules plurinueléées contenant jusqu’à 60 noyaux, sans que pour cela Îles cellules soient changées. J. ZWEIBAUM et Y. SZEJMAN ont étudié in vitro les influences qui peuvent provoquer lapparition de ces cellules binucléées; ils trouvent que l'accumulation des produits de métabolisme cellulaire, l’augmentation de CO? dans la culture, loxydation diminuée, l'augmentation de l’acidité du milieu, le dessèche-
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ment, l’hypertonie et l’abaissement de la température sont aulant de facteurs qui peuvent produire des cellules binucléées, qui se forment par amitose, leur formation étant aussi liée à une augmentation de la viscosité du cytoplasma.
Ce qui est très démonstratif est la longue série de travaux iniliés ou instigués par les Lewis. M. R. Lewis faisant agir le rouge neutre réduit de Clarke sur des cellules normales, observe des modifications mitotiques réversibles, survenant surtout au moment de la métaphase. La mélaphase est prolongée, il y a adhésion anormale des chromosomes, donnant lieu à des chromosomes aberrants, qui forment quelquefois des vésicules chromosomiales libres dans le cytoplasme, et parfois explusion de 1 ou de 2 chromosomes, produisant ainsi un nombre hypodiploïde de chromosomes. En 48 heures, le temps que met le fluorescent-X à s’oxyder de jaune en rouge, tout rentre dans l’ordre. On ne connaît pas l’évolution des cellules qui ont expulsé des chromosomes ; ces cellules ne se divisent pius.
Dans un autre travail, le même auteur avait étudié la solation réversible du fuseau mitotique, employant un milieu dilué. Elle à trouvé que le fuseau se dissout et se répand dans le milieu pour une concentration de 0,9 à 0,6 % et que la mitose est inhibée., Ce phénomène est réversible.
M. R. Lewis oblient des figures mitotiques anormales en faisant agir la chaleur. ROSENFELD trouve des phénomènes semblables en faisant agir l’éther ou lammoniaque. WHITMAN reproduit la plupart des phénomènes avec le radium, KEMP avec les rayons X, MOTrrRAM avec les rayons X et le radium.
Ajoutons à ces faits les modifications de l'aspect du cytoplasme. Le Professeur VERNE avait remarqué pour des cellules normales que l’acide carbonique et d’autres substances provenant du métabolisme cellulaire, suffisaient avec le manque d'oxygène, à amorcer des modifications dans les colloïdes du plasma qui se traduisent par l'apparition de granules dans un système préalablement homogène. Les granules de graisse qui apparaissent dans les cellules de cultures âgées, ne traduisent que la souffrance cellulaire dans des conditions chimiques
du milieu. BasrTA, OLIVO, WiLLMER et d’autres auteurs ont examiné l'influence du milieu sur l’aspect cellulaire et trouvent des modifications qui dépendent directement de la composilion du milieu.
Nous croyons fermement dans la théorie colloïdale du protoplasma et l’existence d’une membrane cellulaire séparant le milieu intérieur du milieu extérieur. L'observation directe sur des cellules normales in vitro montre que la modification de la mitose et l’aspect morphologique est chose facile par des substances modificatrices de la tension superficielle. Toutes les observations semblent confirmer que les substances ou mécanismes agissent en fluidifiant ou en épaississant le cytoplasme et le nucléoplasme, phénomène réversible. Lewis et Lewis ont montré, pendant l’exposiltion aux vapeurs d’ammoniaque une augmentation du pH intracellulaire, par observation directe des granules de rouge neutre.
Or, les chromosomes ne sont que des particules, dans le système colloïdal protoplasmique, soumis à tous les changements intervenant dans ce système, quant à leur forme et leur arrangement. Le fait que tout l’appareil mitotique, qui ne paraît que par cristallisation dans un milieu préalablement homogène, puisse être influencé, de cette façon par des substances qui ne sont que des modificateurs de la tension superficielle et de la perméabilité cellulaire, semblent indiquer que les changements en question sont de simples effets colloïdaux, causés par les changements de métabolisme et la présence de substances dans la présence desquelles les cellules n’ont pas l'habitude de vivre. Cette hypothèse semble s’appliquer aux aspects qu’on observe pour Îles cellules concéreuses, et dans ces conditions, nous tendons à rejeter la possibilité d’une mutation d’après la définition que nous connaissons. L'aspect chromosomial dans le cancer est un effet concomitant de la maladie. Tous ces aspects se retrouvent au maximum de leurs effets avec l’action du 1-2-5-6 benzopyrène, substance hautement cancérigène dans l’organisme, compliqués par un facteur de photosensibilité troublant. M. R. LEwis, pratiquant des cultures de tissus normaux, avec des con-
centrations de cette substance jusqu’à 0,1 %, non toxiques, trouve qu’à l'abri (relatif) de la lumière, les cultures montrent un aspect normal. Mais en examinant les cultures à l'éclairage d’une lampe normale (100 bougies), il survient des phénomènes de photosensibilisation des cellules. Il y a deux actions : phénomènes immédiats survenant dans les 2-10 minutes après l'exposition à la lumière, et des phénomènes retardés, quand l'exposition à la lumière n’a pas été trop longue et que les cellules ont été remises à l’étuve.
En ce qui concerne les effets immédiats, on voit une augmentation du mouvement brownien des globules graisseux, les mitochondries, en filaments, deviennent moins régulières d'épaisseur et plus actives. Dans les cellules en mitose, les fuseaux se raccourcissent et ce terrain est gagné par le chondriome et les granulations. Les chromosomes se répartissent en anneau tel que dans une prophase avancée. La mitose s’arrête. Dans les cellules au repos, le nucléole est granuleux, le noyau trouble et la paroi nucléaire est réfringente.
Dans le cas d’action remise, on trouve des chromosomes retardataires l’addition de 1 ou 2 chromosomes avec manque de chromosomes dans les cellules sœurs correspondantes. On voit des mitoses tripolaires et multipolaires. Du point de vue de l’évolution des cellules, l’action paraît semblable à celle de la chaleur, de l’éther, de l’'ammoniaque, déjà signalée.
Les rayons X et le radium constituent de bons moyens expérimentaux pour la culture des tissus. BURROWS, AMATO, FRIK et POSENER, CANTI et SPEAR, SPEAR, FLUM, HOLMES, STRANGEWAYS ont examiné les cellules normales soumises à des irradiations. En général, on trouve une action de l’irradiation plus ou moins semblable à celle du benzopyrène. Après 5 minutes d'irradiation, il ÿ à une diminution dans le nombre de prophases. Après 10 minutes, on à aussi une diminution dans le nombre des phases avancées. Après 1/2 heure les mitoses sont rares. Quand on remet les cellules à l’étuve, on trouve des phénomènes de latence qui varient directement avec la dose de l’irradiation. Après 5 minutes d'irradiation, les cellules déjà en prophase continuent leur mitose et on ne distingue pas de changements. Après
10 minutes, il y a une modification définitive dans les chromosomes, modification qui s’observe à partir de la mélaphase. La métaphase est allongée, pouvant durer une heure et dans l’anaphase, les mouvements des chromosomes sont tellement lents que les deux phases n’en forment qu’une seule. Une des cellules sœurs peut recevoir dans ces condilions, plus de chromatine que l'autre. Les chromosomes, d’ailleurs, montrent des varicosités, sont fragmentés et dégénérés. Mais malgré une division inégale de matériel chromatinique, les cellules paraissent saines (quoique de dimensions inégales, en rapport avec la quantité de chromatine reçue). On trouve des cellules binucléées.
Ces cultures peuvent être repiquées, mais beaucoup sont vouées à la mort. Après une petite dose, il y a une période de latence ; la vie paraît plus ou moins illimitée. Après une forte dose, on trouve une hypertrophie des cellules avec fragmentation marquée des chromosomes, suivie de la mort cellulaire. Quand les cellules sont peu modifiées par les rayons X, on peut obtenir des divisions multipolaires, donnant des cellules polynucléées. |
Les cellules ainsi modifiées paraissent altérées de façon permanente et quand laltération n'est pas survenue de facon trop brusque et violente, leur viabilité et capacité reproductive ne sont pas atteintes. STRANGEWAYS conclut que des cellules de type nouveau peuvent être produites qui, pendant un nombre de générations indéfinies, vont se reproduire d’après une formule qui ne paraît pas celle des cellules génératrices.
Ces cellules ne sont pas cancéreuses, mais leur aspect Îles rapproche certainement de ces cellules. HOLMES a essayé de voir, in vitro, les facteurs métaboliques pendant lirradiation cellulaire, qui peuvent être responsables de tels changements. La théorie suggérée est que lirradiation provoque une destruction générale de la cellule, destruction s’accompagnant aussi de celle des ferments intracellulaires, les plus solubles étant les premiers détruits. L'auteur trouve que des cellules normales, sous l'influence des rayons gamma, montrent une inhibition de la glycolyse. Le métabolisme des protéines
paraît aussi influencé, mais moins régulièrement, cette fonction paraissant plus résistante. L'auteur a vérifié ses résultats en soumettant des cellules à des températures très basses, auxquelles il y a formation de cristaux de glace et désorganisation de la structure colloïdale. Ici encore, la glycolyse est réduite, montrant que les rayons X ont bien une action destructive, non seulement sur la structure colloïdale, mais aussi sur les ferments intracellulaires.
FRIK et POSENER, d’autre part, en irradiant des tissus, ont trouvé que bien que la glycolyse soit très réduite, la respiration aérobique peut atteindre des chiffres plus considérables qu’à l’état normal, et ils se demandent, si dans ces conditions, les cellules ne s'adaptent pas pour utiliser les protéines ou autres substances qui peuvent remplacer les hydrates de carbone pour la production de l'énergie. HOLMES a démontré, d’ailleurs, qu’en l'absence d’hydrates de carbone, appropriés à l’utilisation cellulaire, le mouvement cellulaire dans des cultures se fait aux dépens des protéines, comme le témoignent l’augmentation de l’excrétion de l’urée et de lammoniaque dans un milieu contenant du xylose, sucre inoxydable in vitro.
Comment peut-on interpréter toutes les expériences qui ont été faites sur les tissus normaux et cancéreux en vue d’éclaircir le problème du cancer ? Tout mène à croire que le cancer ne peut s'expliquer que sur la base de la croissance normale mais pervertie. Qu’une cellule se trouve dans un organisme, Où ses processus métaboliques se trouvent plus ou moins réduits, ou que cette même cellule se trouve in vitro, en culture où les processus métaboliques sont beaucoup plus actifs, l'aspect de cette cellule n’exprime que l’équilibre entre le milieu intérieur de la cellule et son milieu extérieur, aux dépens duquel elle doit se nourrir. Ceci, au moins, est un axiome qui ne demande pas de preuve. Or, il est évident que la cellule sait s'adapter à de nouvelles conditions changées. Il faut admettre, dans ces conditions, que le milieu extérieur a changé par rapport au milieu intérieur, mais nous pouvons aussi dire que le milieu intérieur de la cellule se trouve changé par rapport au milieu extérieur dans lequel cette cellule avait pris l’habitude de vivre.
La vie d’une cellule n’est qu’une succession d'analyses et de syn-