‹ Culture des Tissus et CancerChapitre 28 sur 31 · HO · texte numérisé non relu

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thèses. Les facteurs qui président à ces opérations cellulaires sont des fonctions catalytiques. L'équilibre entre une cellule et son milieu sera en fonction des ferments sécrétés par la cellule et appropriés à accomplir les phénomènes chimiques que comporte la vie cellulaire harmonieuse. S’il survient un changement de milieu, extérieur ou intérieur, tel qu’un déséquilibre en résulte, la cellule doit s’adapter ou mourir. Et en effet, le plus souvent, la cellule meurt. Si la cellule s'adapte, et nous savons que cette adaptation se fait encore assez souvent, elle apprend à utiliser son nouveau milieu. Cependant, cette nouvelle capacité de la cellule peut être différente de celle des autres cellules de l’organisme, ce qui fait que la cellule qui se trouve ainsi modifiée peut être différente, de ce point de vue des autres cellules.

Ce processus de modification cellulaire est bien plus complexe qu’on ne le pense, à première vue, et atteint toute la cellule. Quels sont les facteurs qui peuvent changer le milieu extérieur de la cellule. D’un point de vue étiologique, nous voyons facilement toutes les causes qui ont été énumérées pour le cancer : goudron, benzopyrène et substances cancérigènes, arsénic, parasites, bactéries, virus, traumatisme, etc. Les rayons X et le radium atteindront les colloïdes cellulaires directement. Les rayons ultra-violets, la lumière, peuvent ainsi changer le milieu. Les substances toxiques de la senesence, circulant dans l’organisme peuvent avoir le même effet. Pour des organismes soumis à des changements d’activité alternants, tels le sein, l’utérus, etc, et encore les tumeurs présentant un aspect héréditaire, les cellules de ces organes trouvent leurs milieux changés sous l’effet de sécrétions internes.

Cependant tout ceci n’est qu'hypothèse. Ce qui est plus intéressant est de regarder,, d’un point de vue physico-chimique, les changements de milieu qui peuvent provoquer le déséquilibre en question. Tous les phénomènes physico-chimiques s’imbriquent pour produire cet effet. Le phénomène le plus important est le changement de la tension superficielle, avec son influence sur la perméabilité cellulaire, qui, nous l’avons vu, est capable de provoquer l’apparition de tous les aspects cancéreux. L'augmentation ou diminution du pH du milieu aura sa répercussion sur Îles points isoélectriques des colloïdes cellulaires et extra-cellulaires, sur la dissociation des sels et la distribution de ces sels, sur la viscosité du cytoplasme et du nucléoplasme, sur l’activité des ferments cellulaires. Nous croyons que la cancérisation n’est pas un phénomène brusque, mais plus ou moins lent. Avec SOKOLOFF nous voyons deux étapes dans ce phénomène : 1) une étape de déséquilibre, de cancérisation, dans lequel la cellule s’efforce à s’adapter à des conditions changées, ou meurt par suite des changements qui sont provoqués dans son système colloïdal ; 2) Un état où la cellule, non seulement

a appris à utiliser son nouveau milieu, mais est en équilibre pius ou moins parfait, un nouvel équilibre qui bouleverse cependant toute la cellule, l’état de cancer. Et c’est peut-être pour cette raison que la cellule cancéreuse est ainsi une cellule fragile.

Nous ne pouvons pas entrer dans cette thèse, en très grand détail concernant les théories du cancer, fondées en plus ou moins grande partie sur des travaux de culture de tissus. Elles contiennent toutes beaucoup d’hypothèses en ce qui concerne la nature de la vie cellulaire normale, encore à élucider en borne partie. Nous pouvons cependant indiquer deux des théories les plus probables, toutes les deux basées sur la croissance normale, parallèle l’une à l’autre, bien qu’attaquant la question de points de vues différents. La première, celle de DES LIGNERIS et son école, élargit l'hypothèse déjà émise dans les lignes précédentes. DES LIGNERIS voit dans la cellule cancéreuse une cellule normale du corps qui, placée dans des conditions changées par rapport au milieu intérieur ou extérieur, a dû s'adapter à tel point qu’elle est devenue une cellule « étrangère » à l’organisme. Par ce processus, on peut expliquer tous les changements entre la cellule normale et la cellule maligne, comme on peut aussi expliquer la différence entre cellule de tumeur bénigne et de tumeur maligne. Cette hypothèse prévoit que la cellule, ayant appris à élaborer des ferments capables d’attaquer le milieu nouveau, mais se trouvant toujours dans des conditions défavorables de croissance, devient de plus en plus atypique, métabolisant de plus en plus vite pour s’alimenter suffisamment, dans sa lutte pour l'existence.

L'autre théorie, de WADDINGTON, est basée sur les recherches embryologiques de SPEMANN et voit, dans le cancer, une réaction à deux termes : primo, un stimulus (ou évocateur) ; peuvent être classés comme stimulus tous les agents pouvant provoquer le cancer : les virus, les substances chimiques spécifiques, les agents irritants ou des changements spontanés dans le métabolisme des cellules, liés aux fonctions générales de l’organisme. Ce stimulus correspondrait, à l’état normal, à la substance de SPEMANN qui déclenche, chez l'embryon, l’individualisation d’un groupe de cellules indifférenciées. Mais ces cellules doivent être dans un état « compétent », second terme de la réaction, ce qui veut dire que les cellules doivent être dans un état réactif tel qu’elles se trouvent cancérisables par le stimulus. De même que dans les expériences de LoeB, Peau de mer peut déclencher la division parthénogénétique de l’œuf, le methylcholanthrène ou le benzopyrène est capable de déclencher lindividualisation d’une aire de cellules indifférenciées chez l'embryon (à l’état blastula ou gastrula, par exemple). Malheureusement, on n’a pas encore pu démontrer le contraire, c’est-àdire, que la substance de SPEMANN soit cancérigène.

Les deux théories sont basées sur la croissance normale, ce qui ne doit pas nous étonner. Elles sont intéressantes, en ce qui concerne la culture des tissus parce que nous avons déjà montré le manque de caractères tranchés entre cellules normales et cellules malignes ou encore entre cellules bénignes et cellules malignes.

Cependant, nous préférons rester dans le domaine de la pratique et nous adoptons la définition de W. H. Lewis, qui résume, en peu de lignes, la théorie base, à laquelle veut tenir les travailleurs ayant étudié la question. Il dit que la cellule maligne est une cellule malade, altérée de façon permanente, une espèce nouvelle de cellule, qui prend naissance dans le corps à partir de cellules normales ; cette cellule est altérée par des influences d'ambiance ou des changements métaboliques. Cet aspect est irréversible dans le corps et in vitro, dans les conditions ordinaires, dans lesquelles ces cellules ont appris à vivre et à se multiplier. Mais si sous certaines conditions, des cellules normales peuvent subir un cerlain changement qui les altèrent et qui donnent naissance à la cellule maligne, il paraît tout aussi possible que, par le même mécanisme d’action d’ambiance ou changement de métabolisme, la cellule cancéreuse puisse subir des changements capables de la modifier en une cellule normale ou en un autre type de cellule maligne. Ceci est le problème qui peut être étudié par la méthode de la culture des tissus.

Les faits que nous avons déjà énumérés. dans les autres chapitres, contribuent largement à soutenir cette hypothèse. La cellule cancéreuse est bien restée une des cellules de lorganisme, comme le démontre la spécificité des réactions antitissulaires in vitro. Du point de vue cytologie el morphologie, la cellule cancéreuse n’est pas anarchique ; elle présente des aspects qui sont entièrement d'accord avec ce qu'elle est, une cellule à multiplication réhaussée, vivant vite, mourant vite. Les seuls facteurs qui peuvent être er cause, d’après FISCHER, sont des facteurs physico-chimiques, certainement des facteurs de tension superficielle. LæB et Nor-

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THROP ont trouvé que la vie de la mouche Drosophile est réduite de moitié par une augmentation de la température de 10° C., d’après la formule de van’HOFF, qui montre que la vie est une fonction monomoléculaire de la température dans cet exemple.

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