DUT NE
La culture des tissus est bien une méthode d'analyse, la seule méthode biologique qui soit en même temps une méthode de précision, de par son objectivité et sa simplicité. Pour la première fois en physiologie, en exprimant les termes : croissance, stimulation, inhibition, on se trouve en présence de facteurs dosables, permettant de préciser jusqu'aux erreurs de tolérance chiffrées en pourcentage. L'étude de l’élément vivant, la cellule, tout comme celle de lélément chimique, ouvre un horizon où il n’y a plus seulement des conjectures. Et en analysant la définition que nous donnons en tête de chapitre, qui démontre la vie et dynamisme du tissu extraordinaire qu'est le cancer, nous voyons pourquoi les études anatomo-pathologiques et histologiques de la morphologie ne suffisent plus, les phénomènes en jeu étant essentiellement dynamiques : prolifération et croissance, métabolisme cellulaire, sécrétion, influences réciproques de la communauté cellulaire. L'étude de tels phénomènes se fait de la façon la plus claire en culture des tissus.
On pourrait, naturellement, poser l’objection que l'étude de la cellule et l’analyse des problèmes de la croissance cellulaire in vitro, se font dans des conditions artificielles, sur des cellules isolées et soustraites aux influences vasculaires et nerveuses introduisant une série d’erreurs possibles dans la translation nécéssaire pour comprendre l’être vivant, organisé et complexe, dont le comportement peut ne pas être la simple addition de ses éléments. Puisque le but de l’auteur est de démontrer les contributions de la culture des lissus à l’étude du cancer, il ne peut s’attarder à répéter ici les démonstrations de la culture générale des tissus. Il suffit que le lecteur qui parcourt ces pages se rende compte qu’en ce qui concerne le cancer, l'interprétation des résultats est une suite logique aux expériences. Les cellules, in vitro, possédent une sociologie qui s'accorde très bien avec celle des lissus dans l’organisme. Les tropismes cellulaires et les conditions physico-chimiques du milieu remplacent, on peut le voir, les actions générales ou spécifiques de l’innervation ou
de la vascularisation. On peut essayer, dans des expériences
particulières, de subvenir à la vascularisation, en fournissant un courant de perfusion ; on peut préparer des milieux compliqués, contenant des vitamines, des hormones, Îles substances chimiques les plus diverses el même, on peut soumettre les cultures à l'influence de faibles courants électriques, mais on retombera toujours dans la simplicité de la technique primitive.
Nous allons entreprendre dans ce travail, une étude générale des tumeurs cultivées en dehors de l’organisme et montrer les caractères généraux de la croissance tissulaire cancéreuse et de la cytologie cellulaire. Par une étude comparalive de la cytologie et du métabolisme cellulaire normaux et cancéreux, nous espérons mettre en relief les caractères qui font toute la distinction entre Île normal et le cancéreux. EL en faisant cette synthèse, l’auteur voudrait, en incorporant des faits et surtout des opinions récents, démontrer l'utilité de cette discipline expérimentale nouvelle dans l’étude du cancer. Elle contribue largement à linterprétation des conditions auxquelles nous assistons pendant l’évolution du cancer. L’attitude des travailleurs modernes, ayant recours à la culture des tissus pour l'étude du cancer exprime bien, dans son ensemble, tout ce qu’il y a de plus vraisemblable dans les hypothèses qui sont aujourd’hui travaillées.
Pour le reste, environ un millier de travaux traitant de l’étude du cancer par la culture des lissus a été publié jusqu’à présent ; un grand nombre de faits a été vérifié et remis en lumière sur des bases fermes, tandis que d’autres faits, entièrement nouveaux, bases de théories nouvelles, sont issus de ces études. La mise au point de ces connaissances n’est faite qu’en partie, et de façon sporadique, dans les articles des auteurs ou dans les livres de généralités, où un petit chapitre est donné pour ne pas négliger une méthode de travail.
La question était revue pour la première fois, dans son ensemble, par Albert Fiscer en 1925, dans son livre sur la culture des tissus en général, et dont la 3äme édition « Gewebezüchtung », parue en 1930, constitue un véritable traité des connaissances générales acquises par la culture des tis-
sus el auquel le lecteur s’adressera pour toute question élémentaire, Le livre de Emile C. Craciun, paru en 1931, avec une préface du Professeur Roussy, intitulé « Culture des issus en biologie expérimentale », contient lui aussi, un chapitre important consacré à l'étude du cancer. Boris ÉPHRUSSI, dans son livre « La culture des tissus » de 1932, ne néglige pas de signaler les travaux les plus importants, out en leur appliquant un esprit de critique et d’analyse remarquables. G. Levi (1934), passe en revue une importante partie des {ravaux accomplis dans ce domaine. Enfin, le livre de mon Maitre le Professeur Jean VERNE (1937), intitulé « La vie cellulaire hors de l'organisme » constitue un ouvrage clair el pratique de la culture des tissus en général et pose tous les problèmes de la culture des tissus cancéreux.
Avant d'entrer dans le détail de ce sujet, nous voudrions exprimer le sentiment qu'on ne travaille pas assez par la méthode de la culture des tissus. Si BORREL a pu dire qu’un an d'observation sur les souris est un siècle de vie humaine, nous devons nous rendre compte que la culture des tissus est capable souvent de rendre les mêmes résultats en l’espace de quelques jours seulement. Et en culture des tissus, les faits prennent une valeur qui ne peut pas être contestée. Dans toute expérience, l'abondance des facteurs incertains rend les conclusions instables. Pour les rendre plus stables el certaines, on se doit de procurer les moyens de contrôler les changements qui peuvent intervenir depuis le commencement jusqu'à la fin d'un processus. Ce sont ces changements, Sous contrôle, qui forment les moyens d'investigation employés pour la première fois pour l'étude du cancer, par la méthode de la culture des tissus en dehors de l'organisme.