APTITUDE DU CANCER À PROLIFERER IN VITRO
Avant d'aborder l’étude des diverses tumeurs qui ont été les plus employées dans les recherches expérimentales, il serait intéressant de considérer l’aptitude des cancers à proliférer in vitro. Nous avons déjà remarqué la différence entre la culture des tissus normaux et les tissus cancéreux, les premiers se caractérisant par la facilité de leur culture, les derniers par la difficulté qu’on a à les entretenir indéfiniment. Néanmoins, on a triomphé d’un grand nombre de tumeurs dont la culture s’est réalisée avec le moins de diffi-
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culté, et on ne pourra pas s'empêcher de remarquer, en les étudiant plus en détail, plus loin, que ces tumeurs représentent toutes les variétés de tumeurs, non seulement de la pathologie animale, mais aussi de la pathologie humaine. Cependant, on trouve petit à petit, une prédominance de travaux portant sur les tumeurs des animaux de laboratoire, connues depuis longtemps, et dont l’histologie et le développement s'étaient démontrés pareils à ceux des tumeurs humaines. D'ailleurs les mêmes arguments qui ont prévalu pour la médecine expérimentale sont aussi valables pour la culture des tissus. D’abord, on n’a aucun contrôle de la malignité pour les tumeurs humaines, la transplantation étant impossible. Les tumeurs humaines sont difficiles à cultiver à cause de la nécrose abandonte, de l'infection très souvent présente, du stroma abondant qui gêne la culture, des difficultés de culture en milieux humains (piasma et extrait embryonnaire humains) si on voulait expérimenter avec des milieux homologues. De plus, les malades sont difficiles à suivre. Au contraire, les tumeurs animales proviennent de la médecine expérimentale, où elles ont été travaillées depuis 30 ans dans certains cas (sarcome de JENSEN, 1902, carcinome d'EnrLicH, 1905, sarcome de Rous, 1910). Ces tumeurs paraissent s'être adaptées dans ces animaux et leur évolution est toujours constante, avec aujourd’hui, d’ailleurs, presque 100 % de réussites de greffes. On peut les prendre assez jeunes pour éviter la liquéfaction, nécrose ou formation de stroma abondante, ou l'infection ; on peut préparer des milieux homologues ou hétérologues suivant le cas ; tous les caractères biologiques, aspects et conditions de leur vie dans l’organisme sont très bien connus, étudiés depuis maintes générations sur la même espèce animale. Un point important est que le porteur peut être préparé selon les besoins de la technique, avant la mise en culture, ce qui n’est pas toujours possible pour l’homme. Enfin, nous résumons, avec le Professeur Roussy, que le cancer est une maladie commune aux hommes et aux animaux et que tous les faits observés pour les tumeurs d'animaux, se rapportent aussi bien aux tumeurs de l’homme.
Il n’est donc pas surprenant que la tumeur de Rous, bien qu’étant moins représentative du groupe des tumeurs cance reuses (puisque tumeur nettement à principe filtrant, mais dont les caractères de croissance et de malignité ne diffèrent point de ceux des autres tumeurs malignes), soit si largement adoptée pour les études de la culture du tissu cancéreux. C'est une tumeur, provenant d’un animal domestique, qui donne une croissance abondante et facile ; elle est facile à entretenir, se cultivant assez bien, pendant un certain temps, par la technique la plus courante (plasma et extrait embryonnaire de poule, donc milieux homologues) ; d’ailleurs, c’est une tumeur qui survient encore assez fréquemment d’une façon spontanée dans les laboratoires faisant l’élevage des poules, comme c’est le cas pour la leucémie.
Il faut admettre aujourd’hui néanmoins, que toute tumeur, animale où humaine, est susceptible, après élaboration d’une technique appropriée (dont on ne connît pas toujours les variations), d’être cultivée in vitro ; c «te assertion est encore plus valable pour le cancer que pour les tissus normaux, et FISCHER remarque, avec raison, que ceux qui débutent maintenant dans la technique, suivant les principes rendus classiques pour la culture des tumeurs mises au point, tel son carcinome d'EHRLICH, qu'il cultive bientôt 10 ans in vitro, trouvent la culture de ces cancers plus facile que celle des tissus normaux. Les tissus cancéreux, ressemblant en ceci aux tissus embryonnaires, se trouvent sous l'influence d’une stimulation continue d’un très haut degré, et doués d’un potentiel de croissance très élevé, ils peuvent donner des cultures énormes, comme témoigne la figure 7, culture d’un adénocarcinome d'ÉHRLICH, dont la masse s’est augmentée de 4.600 % après 13 jours de croissance.
Les travaux de W. H. LEwIs, de ce point de vue sont exemplaires, depuis les années qu’il travaille ce problème. Son laboratoire a essayé de cultiver in vitro un nombre très élevé de tumeurs de rats et de souris. Après la mise au point de techniques témoignant d’un travail d'adaptation incessante, il a pu cultiver 27 de ces tumeurs en culture permanente,
en oblenant une croissance vigoureuse. Et il entretient, en culture permanente, dans ses laboratoires, 6 souches de sarcomes de rats el de souris (3 sarcomes à cellules rondes, 1 sarcome à cellules fusiformes, 1 rhabdo-mycesarcome et 1 sarcome polymorphe), depuis des périodes allant de 1 an 1/2 jusqu’à 6 ans, ayant gardé leurs caractères essentiels cytolo-
FiG. 7. — Culture de carcinome d’Ehrlich, après 13 jours de culture dans du sérum, ayant donné une augmentation de masse de 4600 %. (D’après FISCHER.)
giques de culture et de malignité pendant toute la durée de la culture. Lui aussi remarque que ce sont des tumeurs bien étudiées, ayant été transplantées in vivo depuis 3-20 ans. Des études très poussées ont établi leurs caractères et on connaît à fond leur croissance dans l’organisme. Pourtant les essais
de culture d’autres tumeurs transplantables de rat et de souris n’ont pas abouti, et il affirme que les cellules en culture meurent uniquement à défaut d’un milieu convenable, expressément étudié. Il admet que toutes les celluies malignes doivent pousser in vitro. Il applique, in vitro, les principes énoncés par Robert KOCH pour la culture des germes, ce qui fait une comparaison parfaite avec la bactériologie, tout en rendant les travaux de la culture des tissus aussi sûrs
1) Culture de la cellule cancé- 1) Culture pure du germe. reuse en culture pure.
2) Transplantation à l'animal, 2) Inoculation à l’animal, pro-
reproduisant la tumeur primitive.
3) Ré-isolement en culture pure des cellules malignes.
duisant la maladie primitive.
3) Ré-isolement du culture pure.
germe en