CHAPITRE V Entretien des caféières. — Taille du caféier. — Ecimage
Voici donc la plantation faite; il convient à partir de ce moment de la surveiller soigneusement.
Dès qu*ils sont enracinés, les caféiers ne supportent plus du tout la présence des herbes.
Au Brésil, la nécessité d'entretenir les plantations très propres a été si bien reconnue, que dans les bonnes fazendas on donne jusqu'à huit et neuf sarclages par année.
Si Ton veut bien se souvenir que le climat de l'État de Sao-Paolo est loin d'être très humide et très chaud, que, par conséquent, il ne favorise pas outre mesure la croissance des mauvaises herbes, on conclura facilement que les bonnes plantations paulistes sont maintenues dans un état de propreté rigoureuse.
Il m'a été donné d'apprécier l'influence que la présence des mauvaises herbes a sur les caféiers, dans la région de Riberao-Preto. Là, j'ai vu deux plantations appartenant à deux propriétaires différents et séparées par un simple chemin.
L'une des plantations reçoit régulièrement sept sarclages par année, l'autre en reçoit trois appliqués en temps plus ou moins opportun.
Les caféiers ont le même âge, 12 à 15 ans environ.
Les arbustes de la première plantation sont splendides, garnis, de la base au sommet, de longues ramilles portant de larges feuilles vertes et une quantité considérable de fruits.
Les caféiers de la seconde sont chétifs, toutes les brindilles sont mortes, il ne reste que les grosses branches portant un feuillage clairsemé et quelques fruits seulement.
Cette différence de végétation ne peut être expliquée autrement que par l'influence des soins d'entretien, mieux et plus complètement appliqués dans la première plantation que dans la seconde,
car le sol est le même dans les deux plantations, et elles ne reçoivent pas plus d*engrais Tune que Fautre.
Tous les planteurs de l'Etat de Sao-Paolo s*accordent parfaitement pour dire que les plantations doivent être tenues dans un état de propreté constant, que la moindre mauvaise herbe suffit pour nuire aux arbrisseaux.
Ces sarclages sont toujours donnés à la main, à l'aide d'une sorte de houe à long manche avec laquelle l'ouvrier racle la partie supérieure du sol. Il faut éviter de remuer profondément la terre pour ne pas blesser les racines superficielles. Nulle part je n'ai vu employer d^instruments à traction animale pour Tapplication de ces sarclages.
Dans quelques plantations, après que les herbes ont été coupées à la houe, on les ramasse au râteau pour en former des lignes dans les rangées, elles se décomposent et on répand le terreau qui en provient autour du pied des caféiers, après la récolte. Naturellement, on doit distribuer ce terreau en tenant compte de la vigueur de chaque pied ; les plus faibles en reçoivent une plus grande quantité.
Les cultures intercalaires de maïs reçoivent les soins qu'elles nécessitent, mais, en raison de la composition physique du sol extrêmement favorable, elles n'obligent jamais à des labours. On sème le maïs comme on a semé le café, en ouvrant simplement, à la houe, un trou à la place voulue dans lequel on dépose les semences de maïs ou de haricot.
Dans chaque interligne on cultive plusieurs lignes de maïs, 3 ou 4 suivant que Técartement est plus ou moins grand et suivant aussi, le développement qu'ont pris les caféiers ; dans l'année qui suit la plantation on peut en mettre davantage ; si Técartement des caféiers est de 3"* 80, on met au moins 5 ou 6 lignes de maïs.
Les planteurs sérieux soumettent ces cultures intercalaires à une sorte d'assolement. Ils ne cultivent chaque année qu'un interligne sur deux. La première année les interlignes impairs sont complantés de maïs, la deuxième année ils ne le sont pas et la culture intercalaire est faite dans les interlignes pairs.
La photographie prise à la fazenda Barrinha, dans la région de Cravinhos, présente un exemple de ce mode de culture.
D autres planteurs, rares il est vrai, ne permettent pas les cul*
ENTRETIEN DES CAPÉIÈRES 61
tures intercalaires. A la fazenda San Martinho, propriété de M. Antonio Prado, préfet de Saolo-Paolo, les colons italiens ne sont pas autorisés à cultiver de maïs dans les caféières.
Lorsque les arbustes sont devenus adultes, que leur système radiculaire occupe tout le sol, il n y a évidemment que des avantages à ne pas faire de cultures intercalaires.
Dans toutes les jeunes plantations, au contraire, ce serait, à mon sens, une faute de laisser le sol nu exposé à Faction du soleil et des fortes pluies.
Dans rÉtat de Sao-Paolo, Tentretien des caféières se fait à la tâche. Les colons italiens prennent un certain nombre d*arbustes à soigner et reçoivent de 70 à 75 mil reis par 1.000 pieds entretenus, et par année.
Les récoltes intercalaires leur appartiennent. A San Martinho, on paie 80 milreis par 1.000 arbustes entretenus, mais les colons ne sont pas autorisés à faire de cultures dérobées dans les caféiers. On leur donne, pour faire leurs cultures vivrières, une surface de terre égale au tiers de la superficie couverte par les caféiers qu*ils entretiennent.
Pour les prix indiqués ci-dessus, les colons doivent donner au minimum 6 ou 7 binages par année aux plantations.
Naturellement, la cueillette n'est pas comprise dans les prix d'entretien.
Dans les bonnes fazendas, Schmidt et Dumont, on compte qu'une famille composée du père, de la mère et d'un enfant peut entretenir 4.000 pieds de caféiers. V ^
Dans les cultures ombragées, les sarclages n'ont pas besoin d'être aussi fréquents : à la Guadeloupe^ dans les vieilles plantations, on sarcle deux fois. Dans les jeunes caféières, on ne donne pour ainsi dire pas de sarclages spéciaux ; les soins d'entretien donnés aux cultures intercalaires suffisent pour entretenir la plantation dans \m état de propreté satisfaisant.
Dans les climats à saison sèche bien marquée et longue, il y aurait certainement avantage à donner un sarclage juste avant l'arrivée de la saison sèche et à répandre imiformément les herbes qui en proviennent sur le sol, autour des jeunes plants pour former une sorte de paillis qui empêche, dans une certaine mesure, le dessèchement.
Si on a abrité les jeunes plants à Taide de bananiers, il faut sur-
veiller ceux-ci pour qu'ils ne prennent pas un développement trop considérable, on doit avoir soin d'enlever fréquemment les tiges qui ont fructifié, pour qu'elles ne s'abattent pas sur les caféiers.
Les arbres d'ombrage doivent être dirigés, taillés et émondés, quand le besoin s'en fait sentir; si leur ombre est 'trop intense, il
Caféier du Brésil ayanl conservé la « saia »
ne faut hésiter à les faire éclaircir. Les rigoles de drainage et d'irrigation doivent, au moment des binages, être revues et réparées, s'il est besoin.
La lutte contre les insectes et les maladies qui s'attaquent au caféier, entre dans les soins à donner aux plantations, un chapitre spécial sera consacré plus loin aux maladies; il est, par suite, inutile de s'y arrêter ici.
ENTRETIEI^ DES CAPÉIÈRES 63
Taille, — Au Brésil, dans presque toutes les plantations, les arbustes se développent à leur gré, leur taille est une chose inconnue.
Les toufFes de caféiers ainsi abandonnées à elles-mêmes prennent un aspect spécial.
Elles atteignent 3 à 4 mètres de hauteur, leur base se garnit d une foule de petites branches, qui s'allongent démesurément et retombent sur le sol, où elles forment un fouillis inextricable auquel les brésiliens donnent le nom de » saia » (jupe). La jupe absorbe souvent la plus grande partie de la sève, et la tête des arbustes ainsi abandonnés à eux-mêmes présente souvent des signes prématurés de décrépitude.
Aussi en attendant d'avoir trouvé une taille rationnelle, M. Germain Vert, inspecteur d'agriculture du premier district de l'État de Saolo-Paolo, conseille la suppression de la saia. Plusieurs planteurs intelligents ont écouté son enseignement, M. Schmidt notamment taille tous ses caféiers, il supprime, lorsqu'ils ont 4 ou 5 ans, les branches de la base sur une longueur de 30 à 35 centimètres, la saia se trouve ainsi enlevée.
L'influence de cette suppression se fait nettement sentir, la tête des arbustes ainsi traités ne présente pas de brindilles mortes. Du reste, M. Schmidt qui est un esprit ouvert à tous les progrès, se propose maintenant de tailler régulièrement ses caféiers.
Evidemment, avant d'arriver à un résultat parfait, il y aura des tâtonnements, mais la suppresion de la saia donne de trop bons résultats pour que l'on s'arrête en route et que l'on ne continue pas les recherches dans le but d'arriver à trouver une taille parfaite.
11 ne semble pas que la taille puisse, au Brésil, augmenter beaucoup la production, car les caféiers produisent énormément ; mais elle la régularisera et augmentera certainement la longévité des arbustes.
A la Guadeloupe, la taille n'a d'autre but que de donner une forme spéciale aux caféiers. Tout d'abord l'étêtage est pratiqué partout dans les plantations du Camp-Jacob et du Matouba, ainsi que dans toutes celles établies à une certaine altitude.
On donne aux caféiers ainsi traités, le nom de caféiers arrêtés.
Dans les bas, le caféier ne subit pas l'étêtage, on le désigne sous le nom de caféier gauleite.
Les caféiers sont étêtés à 1*" 25 de hauteur, puis toutes les branches latérales que portent les tiges, sont enlevées, à Texception des quatre ou cinq étages supérieurs.
Les branches conservées s*allongent considérablement, retombent vers le sol, et donnent aux arbustes la forme caractéristique d'un parapluie ouvert.
L'écimage a lieu dans le courant de la troisième ou de la quatrième année.
Il convient de le faire dès que les arbustes ont atteint la taille à laquelle ils doivent être étêtés. En leiu* laissant prendre trop de développement on leur laisserait dépenser inutilement une somme d'énergie qui serait perdue par suite de la suppression du sommet de la tige.
A la Jamaïque, dans le massif de la montagne Bleue, de même qu'à la Guadeloupe, on écime le caféier. Dans les situations ordinaires on étête à 5 pieds, soit environ 1" 45.
Cette hauteur varie suivant que le sol est plus ou moins riche et que les arbustes sont placés dans des situations plus ou moins exposées au vent.
Si le sol n'est pas bien fertile, l'arbre peut être étêté à quatre et même troi^ pieds de hauteur. Dans les parties les plus pauvres des plantations, il n'est pas rare de voir des caféiers écimés à deux pieds (environ 0"* 65).
Le sol étant d'égale fertilité, la hauteur conservée aux arbustes diminue pour les partiel les plus exposées aux vents.
La taille commence à la Jamaïque comme à la Guadeloupe, les arbustes ne sont plus ensuite conduits de même.
Pour plus de clarté dans les lignes qui vont suivre, disons que toutes les ramifications qui naissent directement sur la tige seront désignées sous le nom de ramifications primaires. Celles qui prennent leur point d'attache sur ces ramifications primaires seront appelées ramifications secondaires. Les branches naissant sur les tiges secondaires seront désignées sous le nom de ramifications tertiaires.
Il n'est pas inutile non plus de dire que les ramifications du caféier naissent ordinairement par verticille de deux branches, elles sont opposées par conséquent.
Les rameaux d'un verticille se développent dans un plan perpendiculaire au plan qui passerait par les deux branches du verticille situé immédiatement au-dessous.
ENTRETIEN DES CAFÉIÈRES 65
Donc, VUS en plan, deux verticilles voisins forment une croix.
Le premier étage de branches primaires est conservé à 28 ou 30 centimètres au-dessus du sol, toutes les ramifications poussant plus près de terre sont supprimées.
La taille peut naturellement être commencée de bonne heure. Lorsque les arbustes ont atteint 0"* 50 ou 0*** 60 de hauteur on peut enlever les rameaux qui sont trop bas.
Si le jeune caféier se développe avec beaucoup de vigueur, la distance qui sépare les différents étages est suffisante, et il est inutile d*en supprimer.
Quand la végétation est plus lente, il arrive que les verticilles de rameaux primaires se développent très près les uns des autres, dans ce cas, il y a intérêt à les éclaircir, de façon qu'il reste au moins une distance minimum de 12 à 15 centimètres entre deux verticilles voisins.
Sur ces branches primaires naissent des branches secondaires, on supprime toutes celles qui apparaissent trop près du tronc. Entre le tronc et le premier verticille de branches secondaires on réserve 15 à 20 centimètres, de façon que Tintérieur de Tarbre soit toujours bien dégagé, on peut appliquer la même règle aux ramifications tertiaires.
Parmi les ramifications qui poussent sur la surface supérieure des branches primaires et secondaires^ il en est qui se développent verticalement avec beaucoup de vigueur, elles menacent de devenir des gourmands, il faut les pincer ou les supprimer.
La taille proprement dite ne va pas au delà de la suppression des ramifications du 3® degré qui apparaissent trop près de celle de i" degré.
Cependant, chaque année, il est utile de venir enlever les ramifications qui embarrassent l'intérieur de l'arbuste, les brindilles mortes, et surtout les gourmands qui se développent souvent en grand nombre sur la tige des caféiers étêtés.
La taille, telle que la pratiquent les planteurs de la Jamaïque, permet le remplacement facile des ramificationsde premier et de second degré qui ont pu être brisées, ainsi que de la tige.
Si une branche primaire, par exemple, a été brisée, il suflîra'de procéder ainsi pour la remplacer : on coupera cette branche primaire juste au-dessus d'un verticille de second degré situé entre la partie brisée et le tronc.
L'un des rameaux de second degré de ce verticille supprimé, le deuxième sera coupé immédiatement au-dessus du verticille de 3« degré le plus rapproché de sa base. Un des rameaux tertiaires de ce verticille sera enlevé, l'autre laissé libre remplacera la branche primaire. Si le choix des branches a été bien fait, cette ramiOcation tertiaire doit se développer dans la même direction que la branche primaire, on peut Ty aider, au besoin, à laide d'une baguette.
Sur les avantages de Técimage les avis sont partagés, on ne peut nier cependant que cette pratique facilite beaucoup la cueillette. Au Brésil, on cueille, nous le verrons plus tard, d'une façon spécialement rapide, de sorte que la hauteur des arbustes ne gène guère les cueilleurs. Il en est autrement dans la plupart des pays, où les cerises sont cueillies une à une, à mesure que la maturité se produit.
Chaque arbuste est visité un grand nombre de fois, on comprend facilement quel surcroît de besogne et de dépense entraînerait la nécessité de se servir d'échelles pour ces visites successives.
L'arbuste étêté est moins exposé au vent, et en tout cas plus facile à abriter. Eniin, en arrêtant le développement en hauteur de la tige, on la force à s'épaissir et, par conséquent, à augmenter sa force de résistance aux cyclones.
Si la tige a été coupée immédiatement au-dessus d'uq verticille, il peut arriver que le poids des deux branches supérieures, chargées de fruits, la fasse éclater et se fendre verticalement du haut en bas. On obvie à cet inconvénient en suppriniant une de ces branches ou en écimant au-dessus d'un étage que Ton sacrifie. ' Le principal inconvénient de Técimage est de faire développer, sur le tronc de l'arbuste étêté, une foule de gourmands qu'il faut avoir soin de supprimer avant qu'ils aient pris trop de développement.
Du reste les gourmands doivent toujours être supprimés sans pitié, qu'ils se développent sur le tronc ou sur les branches.
Recepage. — Lorsque les caféiers vieillissent et commencent è se décrépir, il faut les reformer; on recoure dans ce cas au recepage ou rabattage.
Receper un arbre ou un arbuste, c'est couper la tige à quelques centimètres au-dessus du sol. Autour de la plaie il se développe une grande quantité de gourmands, dès qu'ils ont atteint 25 à
ENTRETIEiV DES CAFÉIÈRES 67'
30 centimètres de hauteur on les enlève tous, à Texception des deux ou trois plus vigoureux, dont on facilitera la croissance ; ce sont ces deux ou trois gourmands qui formeront une nouvelle tête.
Lorsque, comme au Brésil ou à la Guadeloupe, on met plusieurs caféiers dans la même touiFe, il est inutile de laisser trois gourmands sur chacune des tiges rabattues, un seul, deux au plus, sufiBront amplement pour reformer une nouvelle touffe.
Il n'y a pas d'âge Oxe pour commencer le rabattage, les plantsne s*épuisent pas tous aussi vite les uns que les autres. Cette opération doit être faite chaque fois qu'un arbuste s'épuise et ne produit plus assez.
Cependant au Brésil, dans les bons terrains, on estime que le rabattage doit commencer 20 ou 2S ans après rétablissement de la plantation.
Il est bon de fumer les caféiers aussitôt après le recepage pour activer la pousse des bourgeons adventifs.
On ne rabat pas deux fois; lorsque les arbustes recepés dépérissent, on les arrache et on les remplace par de jeunes plants, si le sol est assez fertile.
Au Brésil, j'ai vu essayer une méthode de reconstitution des plantations qui mérite d être signalée.
On sait que dans ce pays les distances conservées entre les caféiers sont toujours grandes. Lorsque les arbres atteignent la période du déclin, on plante, au milieu des intervalles qui les séparent, de jeunes plants ; dès que ceux-ci ont atteint une taille suffisante on détruit les anciens.
L'expérience n'était qu'à son début et je n'ai pu me rendre compte des résultats qu^elle a produits ; il me semble cependant que les jeunes plants placés dans de telles conditions auront toujours de la peine à se défendre contre les racines des vieux caféiers, qui ont certainement envahi toute la surface de la plantation et qui viendront épuiser le sol dans les trous réservés aux nouveaux arbustes.
La taille, Télagage, la direction à donner aux arbres d'ombrage rentrent dans les soins d'entretien de la plantation. Ces opérations doivent être faites en temps voulu, il est inutile de recommander de faire en sorte de ne causer aucun préjudice aux. caféiers en les appliquant.
Fumure, — Avant de rabattre un caféier, il est sage d'essayer d'enrayer le dépérissement dont il est atteint à l'aide de fumures. Les planteurs paulistes fument leurs caféiers avec des parches et des pulpes provenant de la décortication et du dépulpage des cerises.
J ai visité plusieurs fazendas où ce moyen de fumure est employé. Les arbustes, dès qu'ils présentent des signes de fatigue, reçoivent 50 kilogrammes de pulpe que Ton enterre, par un labour léger, autour du pied, dans un cercle d'environ un mètre de rayon.
A Campinas, à la fazenda Lapa, le propriétaire, M. Antonio Alvaro de Souza Camargo a fait des essais comparatifs de fumure à Taide de parche et de fumier de ferme. L'action du fumier de ferme est beaucoup plus rapide que celle des parches et M. de Souza Camargo entretient, sur son domaine, un fort troupeau pour la production du fumier.
11 est, du reste, bien reconnu que les fumures organiques ont une influence des plus heureuses sur le caféier et Dafert, dans son ouvrage « Culture rationnelle du café au Brésil », insiste beaucoup sur ce fait que les engrais minéraux ne donnent de bons résultats qu'à la condition d'être employés en même temps que les fumures organiques, mais il conseille aussi de compléter les fumures organiques par l'application d'engrais minéraux appropriés.
Le planteur de caféier soucieux de conserver longtemps sa plantation devra donc posséder un troupeau important et soigner tout particulièrement ses fumiers. Les pulpes et les parches ne donnent pas des résultats rapides lorsqu'elles sont employées seules, ce serait cependant une lourde faute de les laisser perdre, comme on le fait dans beaucoup de plantations du Brésil ; elles contiennent une notable quantité d'azote, de potasse et d'acide phosphorique qu'il y a intérêt à restituer au sol.
On pourra, au lieu d'employer les pulpes seules, les mélanger aux fumiers, qui en hâteront la décomposition.
Dafert conseille, pour les terres pauvres en calcaire, l'emploi de la chaux et du plâtre dans les fumiers ; cet auteur donne, dans son travail déjà cité plusieurs fois, des formules d'engrais composés, qu'il a établies à la suite des études faites à la station de Campinas.
Les planteurs désireux de traiter rationnellement leurs caféières sous le rapport des engrais, consulteront cet opuscule avec profit. J'ajoute cependant que les planteurs brésiliens ne semblent pas,
ENTKETIEiN DES CAFÉIÈRES 69
jusqu'à présent, décidés à entrer dans la voie de la culture intensive et à employer les engrais minéraux.
Dans beaucoup de fazendas brésiliennes les fumures sont à peu près complètement inconnues, on ne récolte même pas toujours les débris de pulpe pour les porter dans les plantations.
L'emploi des engrais verts, préconisé par quelques auteurs, ne parait pas avoir fait beaucoup de progrès. Avant de se lancer dans cette Voie, il serait nécessaire de faire des expériences sérieuses pour déterminer exactement les avantages qui pourraient résulter de l'enfouissement des récoltes vertes. Les plantes à employer, comme engrais verts, doivent appartenir à la catégorie de celles dites améliorantes, et par conséquent, à la famille des légumineuses.
Les composts formés de matières organiques, fumier, détritus végétaux, pulpes de café etc., additionnés de cendres et de chaux paraissent être Tengrais de prédilection du caféier.
La pratique de la fumure régulière des caféières est surtout recommandable pour les plantations moyennes et petites. Elle permettrait d'élever considérablement la production et d'augmenter beaucoup la durée des plantations. A ce sujet disons que la méthode suivie par quelques planteurs brésiliens, qui consiste à ne fumer que lorsque les arbustes commencent à dépérir, est défectueuse à plusieurs points de vue.
Il vaudrait beaucoup mieux, semble- t-il, commencer l'application des engrais peu de temps après la mise en terre des plants.
On ferait, de cette façon, atteindre plus vite Tâge de la pleine production aux caféiers ; ensuite, en fumant régulièrement tous les deux ans, par exemple, on maintiendrait constamment une production plus élevée et plus régulière.
A la Guadeloupe, où les plantations sont en général d'étendue modeste, les fumures sont appliquées régulièrement.
Il est utile d'ajouter qu'en raison de l'étendue considérable des fazendas brésiliennes, la culture intensive semble peu facile à pratiquer dans l'État de Sao-Paolo.
Resterait à savoir si les planteurs paulistes n'auraient pas avantage à cultiver plus intensivement des surfaces plus restreintes, c'est ce que mon rapide passage dans l'Etat ne m'a pas permis de juger et je me garde bien de condamner leurs méthodes culturales.
En agriculture, le dicton « La fin justifie les moyens » est par-
faitement vrai. Les planteurs de caféier du Brésil ont jusqu'à présent gagné énormément d'argent. Il est par conséquent indiscutable qu'ils ont su tirer un bon parti des conditions spéciales dans lesquelles ils se sont trouvés ; donc ils ont été intelligents, et il n'est pas douteux, pour moi, qu'ils sauront avantageusement transformer leurs méthodes de culture, pour faire face aux nouvelles conditions économiques faites par la baisse des prix du café à la culture du caféier.