‹ Cultures du Midi, de l'Algérie, et de la TunisieChapitre 103 sur 167 · COGNASSIER · texte numérisé non relu

COGNASSIER

et on greffe avec de bonnes variétés de marrons en flûte à œil poussant ou en fente anglaise. La distance à observer entre les plants varie suivant la fertilité du sol entre 8 mètres et 20 mètres pour les meilleurs sols. La mise à fruit dans les terrains cultivés annuellement commence à la septième année de greffe : ce produit peut atteindre 2000 kilogrammes par hectare à trente ans dans les terres profondes. Dans les sols ingrats et non cultivés la production se fait attendre très longtemps.

La greffe du châtaignier sur le chêne, notamment sur le Quercus Mirbeckii, à feuilles de châtaignier, indiquée autretois par Naudin, puis encore conseillée tout dernièrement, n'est pas une opération pratique confirmée par une expérience tangible.

Parasites. — Un mal peu défini, la maladie du châtaignier, dite aussi du pied noir ou de V encre , à cause des exsudations noirâtres qui s'écoulent du tronc et des racines, est une des causes de destruction du châtaignier, sans compter que, d'une part, dans certaines régions, des cultures nouvelles plus avantageuses tendent à se substituer au châtaignier et, d'autre part, l'extraction des produits tanniques entraîne la destruction d'un grand nombre de vieux sujets (1).

Gasparin, Cours d'agriculture (culture, greffage, rendement), t. IV, p. 740. — Le ch&taignier et sa crise (Revue de viticulture, no» du 31 décembre 1903 au 3 mars 1904). — Journal d'agriculture pratique, 4 décembre 1902. Le greffage du ch&taignier sur le chêne n'est pas pratique. — E. Sauvaigo, Les cultures sur le littoral de la Méditerranée. Paris, 1894, p. 221 .

4. Cognassier {Cydonia), — Un petit arbre des Pomacéca, Cydonia communis Lin., à fruit gros, plus ou moins cotonneux à la surface, jaune doré et parfumé, qui a produit plusieurs variétés.

(1) Voy. dans le Bulletin mensuel de rOffice des i enseignements agricoles du Ministère de ^agriculture (janvier 1904) une étude sur la disparitiDn du châtaignier en France, avec une note bibliographique sur le châtaignier.

Rivière et Lecq. — Cultures du Midi, 22

Cognassier de Chine, à fruit volumineux, mais dur el sans saveur.

Cognassier (Ju Japon, fruil petit, oviforme, très parfumé.

Cognassier du Portugal, à fruit allongé renflé au milieu (fig. 47) et considéré comme la meilleure variété du Cy-

Fig. 47. — Cognassier du Portugal.

donia commun; on le greffe en écusson à œil dormant sur ce dernier pour les terrains frais. L'aubépine est employée pour les sols secs : dans ce cas, les fruits sont moins gros.

Tous les Cognassiers mûrissent bien leurs fruits dans le bassin méditerranéen, surtout en terre profonde. Les coings ne sont pas comestibles à l'état frais ; ils exigent diverses préparations dans lesquelles le sucre ne doit pas être ménagé.

La cueillette se fait en automne et on laisse les fruits mûrir complètement sur tablettes, en lieu sec.

Le Cognassier commun est très employé en pépinière fruitière comme porte-greffe de beaucoup de Pomacées, des Poiriers notamment.

Dans la zone méditerranéenne, son bouturage est facile par tronçon de 0™,40, fiché en terre en février. On peut greffer au printemps. On peut même greffer sur table.

Maladies et parasites. — Les Cognassiers sont atteints par beaijrçoup de parasites.

Parmi les insectes : le Cossus gâte-bois, la chenille du Zeuzera œscidiy des Lépidoptères, etc.

Parmi les cryptogames, Sphœropsis cyilonicœ atrophie les jeunes fruits; Ramularia lucans altère les feuilles. Les bouillies cupriques et légèrement arseniquées sont efficaces.

5. Figuier. — Le figuier, Fîc*/s carica Lin., Artocarpée, est spontané dans le bassin méditerranéen (fig. 48). 11 est avec l'olivier l'un des arbres les plus précieux, au point de vue de l'alimentalion humaine. Moins sensible au froid que l'olivier, il présente sur lui cet avantage de mûrir ses fruits là où ce dernier n'arrive pas à maturité. Dans la région de Paris, le figuier, abrité en hiver contre les froids, fructifie; il produit aussi sur les côtes de Bretagne (RoscofT).

Dans l'Afrique du Nord et particulièrement dans la Kabylie, qui, avec les montagnes soumises au climat marin, est le pays de prédilection du figuier, on voit les indigènes multiplier cet arbre bien plus que l'olivier et étendre chaque année leurs vergers pour lesquels ils défrichent les terres laissées incultes jusque-là. Dans ces régions, la figue joue en partie, pour l'alimentation, le rôle des céréales dans d'autres pays de culture.

En effet, au point de vue alimentaire, la figue sèche contient presque autant de matières azotées que le pain (1*^,033 de figues sèches éauivaut à 1 kilogramme de

pain] ; aussi, dans certaines régions, ce fruit à Tétat sec sert-il de base à 1 alimentation des indigènes.

Pendant le temps de la récolte des figues de conserve, c'est-à-dire pendant deux mois et demi, du 15 août à fin

Fig. 48. — Figuier el rameaux fiuctifères. by c, fleurs màle et femelle; Oïd, section de la figue ; e,f, fruit et gi-aine.

octobre, c'est de figues fraîches que se nourrit presque exclusivement le Kabyle.

C'est grâce à ces deux arbres, olivier et figuier, que la population a pu acquérir une aussi grande densité dans certaines régions de TAlgérie où cependant l'étendue des

terres incultivables l'emporte sur celle des terres fertiles.

En Kabylie, dans les communes mixtes de Fort-National et du Djurdjura, où l'olivier et le figuier sont cultivés côte à côte, la densité de la population est d'un habitant et demi à deux habitants par hectare, approchant de celle du département du Nord (2,82 habitants par hectare).

Dans d'autres régions à population berbère, telles que les communes de Tababort et Collo où le figuier et l'ofivier ne jouent plus le même rôle économique, on ne compte plus qu'un habitant par 2 ou 3 hectares.

Supprimer en Kabylie ces deuxarbres, olivier et figuier, ce serait y réduire la population des deux tiers. C'est, du reste, par la menace de couper leurs arbres bien plus que par la puissance de leurs armes que de tout temps les armées envahissantes ont réduit les montagnards de la Kabylie.

Aire de culture. — Grâce à la douceur des hivers, le figuier se montre à l'état presque spontané dans la région de l'olivier et dans le sud-ouest de la France.

Dans l'Afrique du Nord, il est cultivé sur tout le littoral, plaines, ravins et montagnes sous l'influence du climat marin : on le trouve sur les coteaux pierreux et secs comme dans les terres profondes et fraîches des vallées, mais sa productivité est en rapport avec la fertilité du sol. Bien que les racines du figuier puissent aller chercher dans les profondeurs du sol l'humidité nécessaire à son développement, elles sont plutôt traçantes de leur nature. Aussi le figuier s'accommode- t-il bien d'irrigations modérées ne faisant qu'entretenir la fraîcheur du sol et, d'autre part, ses racines sont-elles plus nuisibles aux cultures que l'on fait sous son ombrage que d'autres espèces à racines plus pivotantes telles que le châtaignier.

En Kabylie, le figuier monte jusqu'aux altitudes

-extrêraes de i 100 à 1 200 mètres, tandis que l'olivier reste plus bas et ne dépasse guère 800 mètres. Les Hauts-Plateaux de l'Algérie, avec leurs froids accentués et répétés, ne lui conviennent pas ; dans les oasis, il se montre moins fructifère.

Si certaines variétés de figuiers s'accommodent de tous les sols, des plus secs comme de ceux qui sont frais, c'est, bien entendu, dans les terrains riches, profonds et suffisamment pourvus d'eau que cet arbre est d'un meilleur rapport. Comme nous l'avons vu, les racines du figuier, tout en étant capables de plonger dans le sous-sol pour y puiser l'humidité, tracent aussi au loin et au bout de quelques années rendent impossible toute culture sous le couvert des arbres. Le figuier absorbe, en outre, avec avidité toutes les matières fertilisantes mises à sa dispe^ sition et profite dans la plus large mesure des fumures qu'on applique : il rend sans compter les avances en engrais qui lui sont faites.

Variétés. — Le nombre des variétés du figuier est considérable.

Un spécialiste,M. de Suffren de Salon avait, dans une monographie du figuier, décrit et représenté par des figures, 360 variétés de Provence, d'Italie et d'Espagne, pour la plupart réunies et cultivées par l'auteur. Dans son cours d'agriculture, M. de Gasparin énumère 35 variétés recommandées à des titres divers et appropriées aux différentes conditions culturales de la région méridionale delà France. M.Sauvaigo (1) indique les variétés les mieux adaptées à cette région. En Algérie, Hanoteau et Letourneux, dans la Kabylie et les cultures kabyles, donnent la nomenclature des 28 variétés de figuiers que distinguent les Kabyles, sans compter les caprifiguiei^. Feu M. Nicolas, inspecteur de l'agriculture, avait réuni dans sa ferme de Boudaroua, près de Bône, une coUec-

(1) E. Sauvaigo, Les cultures sur le littoral de la Méditerranée.

tion de figuiers d'Afrique comprenant 37 variétés. Cette même étude a été entreprise aussi par feu M. Ch. Bourlier, agriculteur à la Réghaïa.

Nous renvoyons le lecteur aux auteurs précités, en faisant remarquer que la classification des variétés de figuiers cultivés dans le bassin méditerranéen est encore à faire, si toutefois elle est possible en raison des variations à l'infini que l'on observe dans toutes les espèces de culture ancienne, telles que le figuier, l'olivier, le dattier, etc. En outre, des types identiques souvent portent des noms différents suivant les localités et telle variété présentée comme nouvelle dans une région y existe déjà sous un autre nom.

Toutefois l'expérience démontre que, dans une région déterminée, ce sont toujours en principe les variétés indigènes qu'au point de vue cultural il faut préférer : celles-ci, acclimatées et adaptées au milieu, se montrent supérieures aux espèces importées : chaque variété a ses exigences particulières, au point de vue du sol et du climat ; aussi doit-on agir avec prudence dans les tentatives de substitution d'une espèce à une autre. A citer comme exemple, le figuier de Smyrne qui ne donne les produits estimés désignés sous le nom de figue de Smyrne que dans une région de l'Asie Mineure bien délimitée, constituant une spécialité, une sorte de cru, et plus du tout dans les régions limitrophes, ni dans l'ile de Chypre, pourtant voisine de son pays d'origine, ni en Californie où cette variété a été importée depuis vingt ans et où elle n'a, parait-il, malgré l'emploi des méthodes decaprilication usitées dans le bassin méditerranéen, donné des résultats complètement satisfaisants. Les figues de Smyrne produites en Californie sont désignées sous le nom de Calymirnnj pour les distinguer des fruits d'origine bien supérieurs (1).

(1) Voy. le rappoit du consul général de San Francisco : La Californie agricole de 190 S.

En Algérie, le figuier de Smyrne ne s'est pas non plus montré supérieur aux variétés déjà cultivées.

On classe les figuiers d'après la coloration de leurs fruits, figues blanches ou verdàtres, figues grises ou rougeâtres, figues noires ou brunes.

Dans les figues blanches ou verdàtres il faut signaler le Col des dames, VAubique blanche,l8L Pittalusse, la, BarnissoUe blanche, la Marseillaise,

Parmi les figues grises ou rougedtres : la Rolandine qui est pour la Provence la meilleure des figues à sécher, YObse)^antine, la Coucourelle.

Parmi les figues noires ou brunes, la BeHone, la figue de Nice, V Auhique noire et la Barnissotte noire.

En Kabylie, les variétés les plus estimées pour le séchage sont, comme figues blanches : Thaamriouth, Thar'animth, Thaharchaouth, Thabouyabouth, etc.

Comme figues noires : Ajenjar, Thaberkant, etc.

Multiplication. — Le semis n'est guère employé ; on reproduit cet arbre au moyen de boutures mises directement en place ou, mieux, élevées préalablement en pépinière arrosable. On emploie aussi les marcottes et les rejetons, mais les figuiers issus de rejetons rejettent beaucoup eux-mêmes.

Pour faire une plantation en plein, il est préférable de défoncer le sol complètement à 0",50 de profondeur comme pour la vigne, que de planter à trou : mais ces plantations en massif ne se font guère que dans les pays Kabyles; en général, surtout en Provence, ces arbres sont plantés en bordures ou au milieu d'autres plantations : vignes, oliviers, amandiers, etc.

Pour modifier la fructification d'un figuier déjà développé et seulement dans ce cas on a recours à la greffé : on pratique en février, mars, avant la sortie des bourgeons, la greffe en fente sur la tige ou entre deux terres sur le sujet étêté ; on peut aussi greffer en écusson sur les grosses branches jusqu'au milieu de l'été, en ayant soin

de laisser écouler le suc laiteux avant la pose de Técusson. Espacement. — La distance à laisser entre les pieds dans le cas de plantation en massif est proportionnelle au développement présumé des arbres, développement qui est en rapport avec la fertilité du sol. D'après M. de Gasparin, les figuiers atteignent le maximum de développement et de production lorsque leur ombrage recouvre le quart de la surface qui leur est affectée; il conseille, en Provence, de les planter à 6"*,23 ; en Algérie, où les arbres atteignent un développement beaucoup plus grand dans les terres riches d'alluvions, cette distance peut être portée à 8™,10 et même 12 mètres. La disposition en quinconce est à préférer parce qu'elle laisse aux racines une plus large place.

Si dans les bons terrains le figuier commence à rapporter à la quatrième année de plantation, il n'atteint son maximum que vers la vingtième année. Pendant les premiers temps, on fait sous le figuier des cultures diverses qui paient la rente du sol et en même temps l'arbre profite des façons données à ces cultures. Mais au bout d'une dizaine d'années il est préférable de ne plus ensemencer, tout en continuant les façons culturales, Soins culturaux. — La taille à appliquer au figuier consiste seulement à enlever, de préférence à la fin de février, les bois morts et les rameaux gourmands qui se développent sur le tronc et au pied. La tête doit être tenue assez élevée pour que les animaux de labour puissent passer par-dessous ; mais les arbres ainsi traités sont moins productifs que ceux dont les branches retombant abritent à la fois le sol et le tronc contre l'insolation directe. On donne dans les figueries au moins deux labours, fun à l'automne, l'autre au printemps.

Une excellente pratique, usitée aussi bien en Provence qu'en Kabylie, est de déchausser le pied de l'arbre en hiver et de disposer le sol en godet où viennent s'emmagasiner les eaux pluviales. Ainsi on augmente la réserve

d'eau absoi^ée par le sous-sol et dont profitera l'ai4>re pendant la saison sèche. Dans les pays où les gelées sont à craindre, on butte le pied de l'arbre.

Pai* la même opération de déchaussage on détruit les racines sup^ficielles qui se développeraient au détriment des racines plus profondes. C'est dans ces cuvettes que Ton met le fumier et les autres matières fertilisantes à appliquer wa figuier.

Pendant l'été les façons superficielles telles que les binages exercent une heureuse influence sur la récolte^ Quand les arbres sont isolés on se contente de piocher le sol autour du pied deux ou trois fois.

Fructification. — Certaines variétés de figuier donnent des fruits à deux saisons différentes : au printemps, à la place des feuilles de l'année précédente et avant la pousse des nouvelles feuilles, il se montre des fruits qui mûrissent au commencement de l'été (figues-fleurs) ; puis, à Faisselle des feuilles qui se développent ensuite, apparaissent des figues de maturitéautomnale (secondesfigues). La.cueillette des figues-fleurs a lieu en juin et juillet; ces fruits se consomment à l'état frais ; quant aux figues qui mûrissent à l'automne et qui sont produites en plus grande abondance, elles sont en grande partie séchées et conservées.

Caprification. — Pour assurer le développement normal des fmits on a recours, en certains pays et pour certaines espèces seulement, à une pratique appelée caprification et qui consiste à suspendre dans l'arbre des fruits du caprifiguicr ou figuier sauvage, finiits du reste incomestibles.

Voici l'explication qui est donnée du rôle de la caprification :

Certains figuiers cultivés donnent des figues à fleurs exclusivement femelles ou présentant autour de l'œil trop peu d'organes mâles pour assurer la fécondation des fleurs femelles situées au fond du réceptacle.

L'insecte du ca.pr\ûguier [Blastophaga grossorum), en pas. sant des fruits du liguier sauvage dans les fruits du figuier cultivé, introduit dans ceux-ci le pollen des organes mâles de la figue sauvage, ce qui assurerait la fécondation du moins dans les espèces où le fruit est dépourvu d'organes mâles. Grâce à cette fécondation, le fruit se développerait et mûrirait. C'est cette explication que donnait déjà, après d'autres, Ibn-el-Awam dans le chapitre XIU de son traité d'agriculture, qui semble avoir été écrit au VI* siècle de l'Hégire.

Cette opinion n'est pas admise par tout le monde : on fait observer qu'il n'est nullement nécessaire qu'un fruit ait des graines fécondes pour arriver à son complet développement. Exemple, certaines variétés de poires, la banane et la datte, diverses variétés d'oranges, de plaquemines, etc.

Certaines pratiques horticoles telles que la piqûre de la figue au moyen d'une aiguille enduite d'huile, ou le simple dépôt d'un peu d'huile sur l'œil du fruit, comme cela se fait en Provence, provoquent le grossissement et la maturation du fruit, sans cependant féconder les graines.

D'après Soms Laubach (1 , l'insecte, dam le cas où son action^st utiUj agit sur le développement du fruit à la fois par ta fécondation qu'il favorise et par l'excitation que piXKluit sa piqûre.

Le célèbre naturaliste Olivier, à la fin de 1700, contestait déjà l'utilité de la caprification dans les iles du Levant.

Cueillette et séchage. — La cueillette des figuesfleurs a lieu en juin-juillet. Les figues de seconde saison ou figues ordinaires, celles qm sont conservées à l'état sec, mûrissent à partir d'août. La récolte se continue jusqu'en octobre.

Le séchage des figues se fait par exposition des fruits

(1) Voy. Tétude de Soms Laubach, Gottingen, 1882.

au soleil pendant la journée : déjà en partie séchées sur l'arbre avant la cueillette, elles sont disposées sur des claies que l'on recouvre la nuit et qu'on étale de nouveau le matin jusqu'à dessiccation suffisante. Les variétés de figues dans chaque région doivent être choisies de telle façon qu'elles mûrissent environ un mois avant la saison des pluies : ce laps de temps est nécessaire pour la cueillette qui est successive et pour le séchage. Sur le bord de la mer, là où l'air conserve à l'arrière-saison une certaine humidité, là où les pluies sont précoces, la dessiccation de la figue ne peut se faire dans de bonnes conditions et la culture du iiguier à fructification automnale n'est pas à conseiller.

Le séchage à la chaleur artificielle des fours ne vaut pas le séchage à l'air libre ; au moyen de l'étuve on détruit sans doute les larves qui vivent dans les fruits, mais on diminue la valeur marchande du produit : aussi n'est-elle pas employée.

Après le séchage les figues sont triées, mises en caisses et fortement pressées.

Suivant les pays de production, la figue sèche subit certaines manipulations ayant pour but d'en assurer une meilleure conservation, de la rendre plus agréable à l'œil, telles que exposition aux vapeurs de soufre, immersion dans une solution salée bouillante, addition de poudre de sucre et de feuilles de laurier, etc. Une pratique ancienne et la plus courante consiste à plonger rapidement les figues sèches dans un bain d'eau de mer bonifiante ou dans une solution de sel brut (une poignée par litre d'eau) (1).

Rendement — Le figuier, dans l'Afrique du Nord, commence à rapporter à quatre ou cinq ans de plantation, mais il n'atteint son plein rendement qu'à quinze-

(1) Voy. pour 'a préparation et le conditionnement des figues en Australie et §n Californie, TAe agricultural Gazette of New South Wales, mars 1901, et The Smyme Fig at home and abroad, Fresno, 1903.

vingt ans ; on peut, dans de bonnes conditions de culture, arriver à obtenir par arbre un quintal de figues sèches. En Kabylie, le figuier supplée en partie aux céréales dont la culture est moins bien appropriée au sol et au climat que celle de l'arbre. Le rendement en argent peut être évalué à 3 francs par arbre, mais il peut s'élever dans les meilleures conditions à 300 et 350 francs par hectare en plaine. Malgré ces avantages, la plantation du figuier est peu pratiquée par l'Européen, à cause de la main-d'œuvre considérable qu'exigent la cueillette et le séchage des fruits, opérations qui ne peuvent être confiées qu'à des indigènes qui prélèvent, malgré toute surveillance, une forte dîme sur la récolte. Cette production n'est avantageuse que si l'on dispose d'une main-d'œuvre gratuite et sûre, telle que celle des membres de la famille. Lorsque des Européens plantent des figuiers, ils trouvent plus lucratif de louer à prix d'argent le verger ou de vendre sur pied la récolte à des indigènes qui se chargent des travaux de cueillette, de séchage et de triage, etc., que de confier ce travail à des mercenaires. Aussi la culture du figuier estelle presque exclusivement entre les mains des indigènes.

Les figues sèches sont pour la plus grande partie consommées en nature par le producteur ; une certaine quantité, environ 100000 quintaux, est exportée, surtout pour être consommée en nature. Les qualités inférieures sont demandées par l'étranger pour la fabrication d'un pseudo-café qui n'est autre chose que la figue torréfiée et pilée ; ce pseudo-café est estimé dans les pays allemands et surtout en Autriche. En France et en Algérie, malgré diverses tentatives, on n'a pu le faire accepter du consommateur qui préfère l'amertume de la chicorée au goût douceâtre du café de figue.

Maladies et parasites. — Le figuier dans les sols

humides et imperméables peut être tué par le pourridié ;

aussi faut-il éviter de le planter dans de tels terrains, à

moins de les assainir par le drainage. Le parasite le plus

Rivière et Lecq. — Cultures du Midi. 33

répanda et île plms dangereux est la cochenille Ceroplastes Rusci qui envahit parfois toutes les branches, les feuilles et les fruits du figuier. Le pou du figuier ainsi que d'autres cochenilles provoquent le développement delà /timagine qui couvre écorce et feuilles d'un enduit noir.

Mais sur des arbres bien soignés, bien aérés, les cochenUles, qui sent du reste attaquées par divers parasites, ne lent guère de mal.

Les figues au moment de la récolte sont quelquefois infestées par ane teigne dont les œufs donnent naissance à use larve que Ton trouve quelquefois dans les ligues mal .préparées.

Dans le Midi de la France, le figuier n'est plus guère cultivé que pour la production du fruit frais dont la vente est foujoors rémunératrice aux abords des grands marcTiës. Ijb sédhage des fruits a été presque abandonné et n'est plus guèi*e pratiqué que par quelques cultivateurs pour satisfaire à leurs besoins personnels ; aussi, tandis que la production de la figue à sécher augmente dans TAfriqiae du Nord, elle diminue et tend à disparaître dans le Midi de la France.

Dans le Nord de l'Afrique, l'indigène et particulièrement le Kabyle est le seul producteur de figues sèches. Actuellement les fruits non consommés sur place sont livrés à des intermédiaires qui les exportent après les avoir triés et conditionnés suivant les exigences du commerce. 11 serait utile, dans l'intérêt de notre trafic d'exportation et de nos populations indigènes, d'initier celles-ci aux exigences du consommateur européen, de leur apprendre à faire le triage et l'emballage du produit suivant les sortes, les destinations et les affectations : figues à manger, figues à distiller, figues pour la préparation du café de figues, etc., de les former à conditionner et emballer les produits en caisses, en couffins, en sacs, etc., après leur avoir fait .subir les traitements et la stérilisation qui

assurent la conservation de la marchandise et la font mieux agréer par Tacheteur : en un mot, il s'agirait de faire bénéficier le producteur des avantages d'une meilleure présentation des fruits de sa récolte ef d'augmenter la valeur marchande de celle-ci, comme pour l'olive, par une meilleure fabrication de l'huile. Ce but est aisé à atteindre, car le producteur kabyle dispose pour ces manipulations de la main-d'œuvre utile et il sait se plier aux exigences et aux innovations qui lui assurent des avantages tangibles.

Leclerc, Caprification en Kabylie (Fort National) (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1858, 2« trimestre, p. 330). — Culture du figuier de Smyrne aux États-Unis, Yearbook of the U. S. dep*. of agriculture, 1900. — H. Lecû, Importance économique de la culture du figuier en Algérie (Bull. Soc. géog. Alger, 1901, 2* trimestre, p. 230) .— H. Lecû, Le figuier en Algérie, 1901. — Basch, consul. Le café de figues en Autriche (Société de géographie d'Alger, 7 mai 1901).

6. Framboisier, liubus Idœus Lin. — Cette Rosacée , sorte de ronce des parties montagneuses de l'Europe et de l'Asie, n'est guère à sa place dans la zone africaine. Quelques ravins frais et abrités de la Kabylie, à une certaine altitude, pourraient convenir à cette culture qui présente bien peu d'intérêt.

7. Groseiller, Cassis à maquei^eau, — Ces petits arbrisseaux des hibesiacéeSf des parties montagneuses de l'Europe et de l'Asie centrale, se plaisent peu dans les régions basses du littoral méditerranéen.

Dans le Nord de l'Afrique, on en trouve quelques cultures aux altitudes, dans les terrains frais exposés au nord, à Médéa, aux environs de Constantine, en Kabylie.

Les principales espèces sont :

Ribes rubrum Lin. Groseiller commun avec ses variétés surtout blanches.

Ribes nigrum Lin. Cassis, moins productif.

Ribes grossularia Lin. Groseiller à maquereau, craignant la sécheresse de l'air et du sol : à mettre au nord et à arroser.

Multiplication par bouture de bois d'un an ou par division de jeunes touffes.

Plantation compacte à i",50 en tous sens ou en lignes d'écartements divers. Taille en cépées pour former un vase ou un gobelet. La fructification a lieu sur les rameaux de l'année : on pince les rameaux à fruits.

Au bout de cinq ou six ans la touffe s'épuise : on la rajeunit en ne laissant que quelques rejets vigoureux que l'on recèpe, puis on la supprime.

Le groseiller est attaqué par de nombreux cryptogames et insectes dont la nomenclature est fort longue.

8. Hovénie, Hovenia dulcis Thunb. — Rhamnée arborescente de la Chine et du Japon, à feuillage caduc, rustique

dans tout le bassin et aux altitudes.

A vrai dire, la partie comestible n'est pas un fruit, mais un pédoncule épaissi et devenu charnu, rouge, assez tendre étant jeune, ayant une certaine analogie avec du raisin sec, mais à teneur en sucre assez forte, 22.80 p. 100, d'après les analyses de MM. G.

Rivière et Baillache.

Page 1