‹ Cultures du Midi, de l'Algérie, et de la TunisieChapitre 15 sur 167 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

îles voi^ines de l'ancien continent jouissent à un titre égaJ, sinon davantage, des n>êmes privilèges que nous, grâce à la clémence du climat, des ressources en terres et en eau, des facilités de transport, et grâce aussi à Tabondance d'une main-d'œuvi^ habile et à bon marché. Et cette concurrence semble devoir aller sans cesse en grandissant, car chaque jour s'élargit le cercle des pays producteurs de ces mêmes denrées que les progrès réalisés dans les moyens de transport et de conservation permettent d'apporter sur les marchés des pays de consommation. Aussi ne pouvons-nous, dans cette question des primeurs, négliger le côté économique.

Mais l'agronome ne doit pas seulement indiquer ce qu'il faut faire pour maintenir l'agriculture dans la voie du progrès : il doit aussi dire ce qu'il ne faut pas faire, en vertu de ce principe, vrai surtout en agriculture, que l'argent le plus sûrement gagné est celui que l'on ne dépense pas inutilement.

Estimant que l'expérience acquise par ceux qui nous ont précédés, doit proOter au moins à ceux qui pensent que l'agriculteur ne doit pas entrer en lutte avec la nature, mais la prendre pour alliée, on signalera chemin faisant les erreurs économiques et culturales de ceux qui ont voulu implanter dans le bassin méditerranéen, pourtant si bien pourvu, des végétaux qui ne lui conviennent pas.

11 se peut en outre que dans ce livre on heurte de front certaines idées généralement admises, des légendes habilement entretenues, des conceptions théoriques condamnées par la pratique. Mais n'est-ce pas un devoir impérieux pour tout auteur d'exprimer nettement et sans réticence son opinion quandelle est basée sur l'expérience?

Éclairer et servir plutôt que plaire, telle doit être la devise de tout homme préoccupé avant tout d'être utile. C'est ainsi que l'on soutient le plus efiicacement les intérêts généraux de l'agriculture et d'un pays.

XIÏ PRÉFACE.

Ce traité présente un résumé des connaissances utiles à l'agriculteur du Midi de la France et du littoral africain pour la mise en valeur lucrative du sol.

Après avoir exposé dans leurs principales lignes la climatologie des régions méditerranéennes, encore insuffisamment étudiée au point de vue agronomique et si mal connue, et avoir indiqué à grands traits les conditions économiques de la production méridionale, les auteurs, sans négliger les cultures propres à la région, cultures fourragères, cultures industrielles, etc., décrivent les cultures maraîchères de primeur qui, avec les productions fruitières et florales ont, dans ces dernières années, pris une si grande extension dans le Midi, en imprimant à son agriculture un caractère spécial. L'arboriculture fruitière des pays méridionaux, telle que celle de l'olivier, du figuier, de l'oranger, etc., est complétée par celle d'un caractère plus exotique et représentée par le bananier, le dattier, etc. La production commerciale des fleurs et des végétaux d'ornement, qui alimente un trafic d'exportation si considérable, avait sa place indiquée dans cet ouvrage qui, après un exposé des améliorations à apporter dans les systèmes d'abris employés pour assurer la précocité des produits, se termine par quelques considérations générales sur les conditions de transport des primeurs et sur la concurrence qui s'exerce entre les pays de production.

Limitant notre exposé aux cultures spéciales du bassin méditerranéen, nous renvoyons le lecteur aux autres volumes de cette Encyclopédie agricole pour plus de détails relatifs à l'irrigation, à l'entomologie, à la botanique, à la viticulture, etc.

Ch. Rivière, H. Lecq.

Alger, octobre 1905.

Le climat du littoral de la Méditerranée et de ses iles a exercé, depuis la plus haute Antiquité, une attraction instinctive sur les peuples circumvoisins et même sur ceux du Nord européen : cette séduction dure toujours. C'est à peine si les sciences physiques commencent à intervenir pour préciser les éléments météoriques vrais de ce milieu dans leurs actions favorables ou nuisibles à la culture économique. On se borne encore à constater le nombre des beaux jours, aux ciels purs et ensoleillés pendant l'hiver et la rareté des pluies, oubliant facilement les périodes de neige et de grêle, et l'on ne considère que comme accidentels des météores violents comme le mistral et le siroco.

Cependant, en outre de l'insuffisance pluviale, des vents secs et des insolations trop vives, l'agriculture souffre l'hiver et jusqu'au printemps, période de végétation naturelle, de météores nocturnes caractérisés par le refroidissement à glace de l'atmosphère, surtout aux Rivière et Lecq. — Cultures du Midi, 1

i CLIMATOLOGIE GÉNÉRALE.

environs du sol; c'est quelquefois un froid vif, prolongé, dû dans la majorité des cas au rayonnement, phénomène le plus redoutable pour la végétation, mais qui ne se produisant que la nuit attire d'autant moins l'attention que les instruments météorologiques, ordinairement mal placés, ne peuvent le révéler.

Les séductions du climat pendant le jour où domine la luminosité ont de tout temps incité les peuples, sans notions de climatologie comparée — dont on ne saurait se passer à notre époque — à vouloir introduire dans le bassin méditerranéen des végétaux d'origine exotique, tropicale tout au moins.

^ 11 est vrai que dans cet ordre d'idées la nature avait donné dans ces derniers siècles une indication assez mal interprétée par l'homme. La subspontanéité de quelques espèces américaines, Opuntia Ficus indica et Agave americana, considérées avec raison comme appartenant aux végétations des régions intertropicales, pouvait induire en erreur; mais ces plantes d'altitudes ont une constitution particulière leur permettant de résister aux plus grandes sécheresses, comme aux abaissements marqués et répétés de la température bien au-dessous de zéro.

Dans l'Antiquité l'agriculture méditerranéenne avait été déjà dotée d'un grand nombre de végétaux de haute valeur parvenus jusqu'à nous, dont l'origine est absolument inconnue et qui paraissent provenir des obtentions raisonnées d'une agronomie fort avancée, à traces perdues, car les livres nabathéens n'en donnent qu'une vague indication. Quelques-uns de ces végétaux, d'après des découvertes archéologiques, notamment celles de de Sarzeg dans les palais chaldéens, monuments les plus anciens, étaient déjà à cette époque à un degré de perfectionnement tel qu'on le retrouve aujourd'hui : en effet, le Dattier suvioui, puis les Aurantiacées, l'O/iuier, le Figuier ^ toutes ces plantes à variétés si nombreuses et dont les types naturels n'ont jamais été trouvés, se sont bien

adaptés au climat méditerranéen qu'ils caractérisent d'ailleurs.

Cependant le désir de faire plus se rencontre déjà chez les Arabes à partir des premiers siècles de notre ère et surtout dès le xii® siècle. On voit le Cotonnier et la Canne à sucre être cultivés sur divers points, la Colocase des Égyptiens, plante océanienne, remonter vers l'ouest du bassin (il y en a encore une station subspontanée aux environs de La Galle) et on retrouve le Bananier dans les jardins d'Alger au moment de la conquête, et même bien avant. Au XII® siècle, un agronome arabe Ibn-al-Awam décrivait la culture du bananier d'après des données laissées par d'autres auteurs arabes dont nous ne connaissons ni l'époque à laquelle ils vivaient, ni les titres de leurs ouvrages qui ne nous sont pas parvenus. Les mêmes observations sont à consigner pour les parties méridionales de la Sicile et de l'Espagne. On sait que sur ces points, comme à Gabès (Tunisie), la culture de la canne à sucre était pratiquée, et qu'elle a même subsisté jusque dans ces derniers temps, grâce à des conditions exceptionnelles, sur le littoral andalous, d'Alméria à Gibraltar.

La Provence maritime, surtout cette merveilleuse Côte d'Azur, de Toulon à la Ligurie italienne, avait attiré l'attention des anciens gouvernements monarchiques qui y rêvaient l'obtention de produits d'outre-mer ; au XV® siècle le roi René y cultivait la canne à sucre et diffusait le mûrier séricicole ; mais c'est surtout au moment du blocus continental que de sérieux essais furent faits pour acclimater (1) les plantes fournissant les produits coloniaux. On connaît l'insuccès forcé de ces tentatives qui hantent encore l'esprit de certains acclimateurs. Cependant, la douceur de ce climat était assez connue pour que Gels, un peu antérieurement, en l'an VIU de la

(1) Par le mol acclimatation nous entendons la transportation pure et simple d'un végétal dans un autre pays et non pas les modifications heureuses que le climat ferait subir à ce végétal.

République, dans sa préface au livre que Gaudichaud consacrait à ses belles cultures de Paris, signalât comme intéressante en Provence la plantation des Eucalyptus et du Néflier du Japon.

Dans ses éditions successives du commencement du siècle dernier, le Bon Jardinier^ ouvrage qui sous ce titre modeste a rendu, grâce à la science et à la pratique incontestables de ses auteurs, tant de services au monde agricole, donne de précieuses indications sur les cultures à entreprendre dans le Midi, et il y traite notamment des Eucalyptus à exploiter pour leur bois à cause de leur rapide croissance. Il ne semble pas inutile de rappeler que cette idée a été reprise comme nouvelle un demi-siècle après, mais avec tant d'exagération que la plantation et l'exploitation des Eucalyptus furent considérées, en Algérie surtout, comme l'entreprise la plus rémunératrice. Cette illusion n'a duré qu'un temps bien court, suffisant cependant pour causer quelques déceptions ruineuses.

Mais c'est principalement vers l'Algérie, dont le climat, longtemps tout à fait inconnu, est encore assez mal déterminé à notre époque, que se sont portées, dès le début même de la conquête, toutes les tentatives d'acclimatation et certainement le pays n'aurait pas assez d'espace pour contenir toutes les cultures exotiques, intertropicales notamment, prônées, encouragées même et dont, il faut bien le reconnaître — car c'est un grand enseignement à retenir — aucune n'a survécu. La remarquable collection du Bulletin de la Société nationale d'acclimatation de France renferme de curieux et d'utiles renseignements sur le nombre considérable des espèces dont l'introduction dans la colonie était conseillée.

Cette tendance a peu changé : les partisans de l'exoticité et de l'acclimatation, « cette douce chimère », au dire de Dupetit-ïhouars, sont encore nombreux dans le nord de l'Afrique et semblent avoir toule la sollicitude admi-

nistrative et bénéficier quelque peu de Tengouement public, malgré des insuccès tangibles el complets, parfois onéreux sinon ruineux, que la théorie explique et que la pratique confirme.

Cependant l'agronomie algérienne est restée ce que les Arabes Favaient faite ; l'acclimatation n'y a ajouté aucune branche de plus malgré ses efforts réels.

Le climat nord-africain n'esl simplementméditerranéen que dans la bande étroite de sa région marine exclusivement et n'a aucune analogie avec celui des zones chaudes et humides du globe. Le reste est steppien et désertique ; si la météorologie tarde à établir cette différence, les échecs des essais culturaux la démontrent depuis longtemps.

L'horticulture s'est enrichie ^n Algérie depuis l'occupation française, cela est incontestable; mais si de remarquables collections y ont été introduites, elles ont plus servi la botanique, l'enseignement académique, l'art horticole et la curiosité de l'amateur que l'agriculture, et de ce fait l'exoticité n'est pas encore venue apporter un contingent de végétaux utiles, exploitables et à rendement appréciable.

11 serait injuste de ne pas rappeler que les jardins des consuls, aux environs d'Alger, renfermaient, au moment de la conquête, d'intéressants spécimens par leur âge et leur beauté, quoique, d'après diverses traditions, ils aient eu bien à souffrir de l'année de la neige (1799).

Aujourd'hui les principaux éléments de l'agriculture sont donc les mêmes dans le bassin méditerranéen et dans le Nord de l'Afrique, l'Algérie prise comme exemple, que ceux qui existaient au moment de la décadence du monde musulman : mêmes productions : Céréales, Olivier, Oranger, Dattier, Vigne, Caroubier, Tabac, Vergers d'arbres à pépins et à noyaux greffés. Culture maraîchère. Culture industrielle, puisque jusqu'avant 1830 le Cotonnier était cultivé en grand dans les plaines d'Oran, Sériciculture maintenant dans l'oubli. Quanta l'élevage, il était

6 CLIMATOLOGIE GÉiNÉRALE.

alors plus prospère qu'aujourd'hui : la production chevaline n'était pas à son déclin ; le troupeau ovin qui paraissait avoir un affectif de 20 millions de têtes avant 1830, resté longtemps aux environs de 10 millions, est réduit actuellement au-dessous de 7 millions et dans une situation tellement préoccupante qu'un arrêté du 1'^'' août 1904 interdit l'exportation et l'abatage des brebi§ pleines ou non.

L'agronomie arabe avait un principe bien affirmé, c'était d'éviter la monoculture, ainsi que le démontre la diversité des végétaux de choix répandus sur son domaine. Par contre, l'agronomie française, après ses essais infructueux de cultures coloniales, s'est jetée en pleine monoculture.

La viticulture en Algérie comme en Tunisie, plutôt à l'état de spéculation que d'exploitation, a absorbé tous les efforts et lescapitaux et maintenant elle se trouve, par la reconstitution du vignoble français, à la merci des fluctuations du marché des vins dans la métropole, subissant de ce fait dans ces dernières années de fortes crises : c'est la monoculture avec tous ses dangers !

Est-ce à dire que la production algérienne n'est pas en progrès et que l'effort colonial ait été stérile? Cette conclusion ne concorderait pas avec le mouvement du commerce général qui s'élève à environ 600 millions de francs. Nous ne faisons pas toutefois entrer en ligne de compte les sacrifices considérables en milliards de francs consentis par l'administration et par les particuliers.

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