‹ Cultures du Midi, de l'Algérie, et de la TunisieChapitre 31 sur 167 · POIVRE · texte numérisé non relu

POIVRE

9.Koïâ. Sterculia acMwiinaia P. de Beauv. ; Cola acuminnta R. Br. — Sterculiacée arborescente, originaire du voisinage de l'Equateur dans l'Afrique occidentale, très appréciée à cause des propriétés médicamenteuses et alimentaires de ses fruits, et confinée dans une aire de végétation assez étroite. Théoriquement son essai n'était pas indiqué en Algérie, ce que la pratique a confirmé. Des jeunes plants ont péri dans une serre à + 1^°-

10. Litchi, Nephelium Litchi Camber (Euphoria). — Sapindacée de la Chine, à fruit délicieux et se conservant 3ec, mais impossible à cultiver sur le littoral africain.

Le Longanier, Nephelium longanum Camber, est plus rustique, mais son fruit est peu appréciable.

11. Manguier, Mangifera iniica Lin. — Anncardiacée dioïque des parties chaudes de l'Asie méridionale, des plus délicates dans la zone. Des plants élevés en caisse à la Martinique, greffés, envoyés à plusieurs reprises au Jardin d'Essai d'Alger, ont tous dépéri après quelques mois de séjour.

Le sujet de semis est encore moins rustique.

12. Maté, llex paraguariensis Saint-Hil. — Le Thé du Paraguay est une Ilicinée dont les feuilles à propriétés toniques et reconstituantes sont l'objet d'un commerce assez considérable dans l'Amérique du Sud.

Cet arbrisseau, originaire de localités tempéréeschaudes, s'il résiste sur le littoral africain, n'y est cependant pas de végétation vigoureuse : les deux extrêmes de température ne lui sont pas favorables.

13. Niaouli. Melaleuca viridiflora Gaertner. — Myrt icée arborescente de la Nouvelle-Calédonie, etc., de nature délicate, dont la plantation a été conseillée à tort en Algérie comme arbre incombustible, à cause de la superposition de ses feuillets corticaux et pour ses feuilles contenant une huile essentielle égale à celle du Cojeput.

14. Poivre, Piper nigrum Lin. — Cette Liane des PipcracéeSy originaire de Malabar, mais répandue dans toute

la zone chaude et humide, n'est pas à sa place sous le climat méditerranéen et encore moins sous le climat saharien. On avait préconisé sa culture dans les plaines d'Oran.

15. Quinquina. — Cinchona divers, arbres des Bubiao!es croissant aux altitudes, sans extrêmes, des Andes du Pérou et de la Bolivie.

Quand la crainte de voir disparaître le quinquina engagea plusieurs nations européennes à tenter des peuplements de diverses espèces de Cinchona , C. officinaliSy. calisaya, succiruhra, etc., dans des milieux à peu près analogues au centre de leur végétation naturelle, de timides^ essais furent entrepris en Algérie sur le littoral, puisdans les parties montagneuses encore sous l'influence duclimat marin : ils ne pouvaient être heureux.

La plante craint beaucoup le siroco, surtout dans son? jeune âge, et l'insolation directe ; puis, comme il n'y a aucune partie en Algérie où la température ne s'abaisse assez fortement au-dessous de zéro, la première gelée ne laissa pas un Cinchona vivant.

Les plantations faites dans un ravin des gorges de la. (^hifl'a (Blida) pour les soustraire au siroco, périrent la première année par un froid de — 6°. Plus tard, on constata une plus forte chute du thermomètre.

Les Remijiùy autre genre de Cinchonées, furent encore moins rustiques (Ch. Rivière, 1884. Algérie agricole,. Rapport au gouverneur).

16. Théier. Thea chinensis Lin., Camellia Thea Link. — Petit arbrisseau des TernstrcemiacéeSy de l'Asie orientale,^ à variétés diverses cultivées de temps immémorial en Chine et au Japon, mais dont la culture a été étendue ces dernières années dans l'Océan indien.

Le bassin méditerranéen ne convient pas à cette plante qui y craint les extrêmes météoriques.

Le plus grand essai de Théier fut fait en Algérie en 1850^ sous les auspices du gouvernement, au village de Dal-

TUBERCULES ET KAGINES EXOTISQUE. 5ri.

matie, au pied de TAtlas (Mitidja), par le D'' Liautaud, qu» avait étudié la question en Chine et au Brésil. Après, plusieurs tentatives on reconnut que le soleil, comme le froid, étaient la cause de la mortalité rapide du végétaL

De 1867 à 1872 des essais de même nature furent renouvelés aux gorges de la Chiffa, conjointement avec des^ essais portant sur le Quinquina : ils furent tout aussi infructueux.

Le climat africain est tellement défavorable au Théier que sa conservation est impossible dans les collections.

17. Vanille. Vanilla aromatica. — Cette Orchidée grimpante cultivée dans les zones chaudes et humides, est pour notre région une plante de serre chauffée Thiver; elle craint les vents secs de l'été comme l'insolation directe et elle ne serait pas à citer si Ton n'avait pas préconisé à tort son introduction dans l'île Djerba, golfe de Oabès.

18. Tubercules et racines exotiques. — Rien à retirer, au point de vue économique, du groupe exotique, même de la Patate dont la culture est en complète décadence.

Dans la famille des Aroidées, les Taro ou Caladium divers craignent le froid et sont peu riches en fécule ; leur place n'est pas dans les pays de céréales.

Marantacées et Zinzibéracées se trouvent dans un sol trop froid l'hiver pour être productives.

Les racines tuberculeuses de quelques Labiées, Coleus Coppini Corn., Soudan, donnent de bien maigres résultats, même en champs d'essais.

Les diverees Ignames elles-mêmes ne sont que des. fantaisies maraîchères.

Dans les pays où poussent encore avec un rendement convenable la pomme de terre, la betterave et les racines^ alimentaires usuelles, l'exoticité n'a aucune place, même dans les régions du Sud privées en grande partie desdernières plantes précitées qui sont surtout rebelles au climat saharien.

Celte documentation établit que notre Nord-africain ne comporte pas une production coloniale dans le sens du mot, c'est-à-dire telle que celle empruntée aux régions intertropicales : son agriculture y est à peine méditerranéenne, car elle perd ce caractère dès que cesse l'in- Uuence du climat marin.

Les végétaux exotiques n'ont aucune place dans ces régions aux durs extrêmes, à pluie insuffisante et où rirrigation ne pourra jamais être établie ou n'y sera qu'une infime exception.

Les essais stériles des végétaux précités ne révèlent donc qu'une fausse pratique agricole, d'autant plus regrettable qu'on leur a sacrifié l'étude des plantes vivrières les plus nécessaires et que jamais le moindre eflbrt ne s'est porté, pour ne citer qu'un exemple, sur l'étude de la pomme de terre de primeur ou de consommation courante.

Le terme colonial appliqué à l'agriculture et à l'enseignement dans le Nord de l'Afrique, n'est qu'un euphémisme.

Les écoles d'agriculture de Tunis et d'Alger qualifiées de coloniales ne peuvent avoir la prétention, dans un milieu qui s'y prête si peu, d'enseigner la pratique de la culture des végétaux in ter tropicaux. Ce qualificatif doit être interprété, dans ce sens, que c'est la colonie qui fait les frais de l'institution; ce n'est donc qu'une appellation administrative comme celle de départementale ou de communale.

Le programme des écoles précitées, n'est d'ailleurs que celui des écoles nationales d'agriculture de France, de l'école de Montpellier, notamment.

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Sur les deux rives opposées de la Méditerranée, Fagriculture pratiquée par les Français et les autres Européens présente les plus grandes analogies. Ce sont, de part et d'autre, les mêmes productions du sol obtenues par des procédés culturaux analogues. Mais dans l'Afrique du Nord, à côté de cette agriculture Européenne qui a importé quelques cultures spéciales (vigne à vin, primeurs,, plantes à essences, etc.), avec les procédés agricoles perfectionnés qui s'y appliquent, il y a une agriculture Indigène, celle qui est pratiquée par nos sujets musulmans. Cette dernière, plus importante encore que la précédente par le chiffre de la population qu'elle fait vivre et par la valeur de sa production, est caractérisée par son état stationnaire, par sa fidélité aux traditions, son immuabilité dans la nature de ses productions et les méthodes de culture, et cela malgré les exemples donnés par lescolons et une occupation française de trois quarts de siècle. (Vest toujours l'antique charrue romaine en bois qui compose à elle seule tout le matériel agricole de l'indigène. Comme au temps de la plus haute Antiquité, c'est par le dépiquage à l'aide du piétinement des animaux, que se fait le battage des céréales et c'est en projetant contre le vent, le mélange de grain et de paille, que l'un est séparé de l'autre. L'huile est encore extraite de l'olive au moyen de l'antique pressoir à vis en bois (fig. 7), et pour tondre ses moutons, l'indigène emploie la même faucille qui lui sert à couper le blé. A peine signale-t-on, sur quelques points de l'Afrique du Nord, l'usage des charrues modernes par quelques grands propriétaires musulmans,.

usage trop restreint pour modifier de façon appréciable le caractère général de l'agriculture indigène.

On peut juger de l'état stationnaire et primitif de celle-ci en considérant les chiffres de la statistique offl- <*Jelle, chiffres pourtant à tendances optimistes.

En 1902, la valeur du matériel agricole (cheptel mort) n'atteignait pas pour tous les indigènes de l'Algérie la valeur de 6 millions de francs : or ce chiffre s'applique à environ 2 500000 hectares de culture. Ce n'est donc pas 2 fr. 50 par hectare cultivé, alors qu'en France on compte ■en moyenne 40 francs pour la même surface et jusqu'à 350 francs dans les pays de culture intensive (1).

Néanmoins, malgré les faibles moyens d'action dont -elle dispose, malgré les procédés primitifs auxquels elle a recours, l'agriculture indigène occupe une place considérable dans la production totale. C'est l'Indigène en •effet qui produit la plus grande quantité de blé et d'orge (trois fois plus que l'Européen); il est l'éleveur unique de bétail, c'est lui qui alimente d'olives nos huileries et qui aussi assure à l'agriculture européenne la main-d'œuvre dont elle a besoin. Par sa production, l'Indigène entretient un important commerce d'exportation (céréales, huiles, moutons, etc.) et par les impôts qu'il paie et qu'il est le seul à payer sur les produits de la terre, et par les différentes autres taxes qu'il acquitte, il fournit aux budgets de l'État, des départements et des communes, la moitié •environ de l'ensemble de leurs recettes (soit environ 40 millions de francs payés par l'indigène).

Burdeau attribuait à la production agricole de l'Algérie, une valeur de 800 millions par an : ce chiffre est manifestement exagéré. M. J. Saurin le réduit de moitié (2). D'après une évaluation contenue dans l'une des ^brochures (3) publiées par l'administration, à l'occasion

(1) CoNVERT, L'industrie agricole.

(2) J. Sacrjîï, L'avenif de V Afrique du Nord, p. 19. Paris, 1896. <i) Lecq, L'agriculture algérienne et ses productions. Alger, 1900.

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