LA PRODUCTION
de l'Exposition de 1900, la valeur de la production indi-
gène serait double de celle de Fagriculture européenne
(150 millions pour l'Européen et 300 millions pour l'indigène).
Cette proportion montre qu'on ne saurait se désintéresser de tout ce qui touche à Tagriculture indigène, aux destinées de laquelle notre situation politique et économique est intimement liée. Aussi notre devoir est-il d'aider à l'évolution de cette agriculture dans une voie de progrès. Pour se dispenser de tout effort dans ce sens, de tout sacrifice, on s'est borné le plus souvent à déclarer qu'il n'y avait rien à faire, que l'agriculture indigène n'était pas perfectible, mais qu'elle resterait routinière et misérable parce que l'Indigène était fataliste et par suite incapable de tout effort dans la lutte pour la vie.
Sans compter que ce fatalisme est discutable, est-il démontré que cette situation de l'agriculture est la conséquence d'un dogme religieux? Ne serait-elle pas plutôt née des circonstances et des conditions de milieu dans lesquelles l'indigène vit depuis des siècles?
De tout temps, avant notre occupation, l'indigène a été opprimé par les peuples conquérants, exploité par eux, surchargé d'impôts, considéré comme taillable et corvéable à merci, jamais assuré de jouir du produit de son travail, soit à cause de l'avidilé de ses oppresseurs, soit à cause de l'insécurité des biens et des personnes. Aussi s'est-il toujours gardé de produire plus que ce qui était nécessaire à ses besoins les plus élémentaires, parce qu'il n'était pas certain de jouir du surplus. Dans ces conditions l'esprit d'épargne pouvait-il se développer et était-il possible d'entreprendre la moindre amélioration qui aurait rendu l'agriculture plus prospère?
Il faut du reste remarquer que dans certaines régions de l'Afrique du Nord où la réussite de la récolte dépend bien plus du temps qu'il fera que de la perfection des procédés culturaux, on ne peut rationnellement pratiquer une autre agriculture que celle d'un caractère extensif.