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CONDITION DU CULTIVATEUR

celle qui réduit au minimum les sacrifices d'argent et de travail.

Là au contraire où les facteurs naturels sont plus favorables, l'Indigène sait se montrer un cultivateur passable, non réfractaire au progrès; parfois même il se révèle travailleur opiniâtre, acharné dans la lutte pour la vie. N'est-ce pas l'Indigène qui a planté ces magnifiquesvergers d'oliviers et de figuiers en Kabylie, pays pauvre en terre cultivable, où grâce à une mise en valeur inten^ sive du sol, grâce aussi à la sobriété de ses habitants qui se contentent de la nourriture la plus grossière et satisfont à peine aux besoins les plus élémentaires de la vie^ la densité de la population atteint celle des pays les plusriches ? N'est-ce pas l'indigène qui a créé les belles orangeries des contreforts de l'Atlas? NVt-il pas, par l'aménagement des eaux et la plantation du dattier, mis en valeur les oasis du Sud dont certaines sont des créations purement artificielles ?

Ces constatations n'autorisent-elles pas à penser que l'état actuel de l'agriculture indigène ne tient pas à la race ni au dogme, mais plutôt aux conditions économiques, sociales et politiques qu'il n'est pas impossible d'améliorer? La situation du cultivateur indigène, si misérable qu'elle soit, n'est-elle pas analogue à celle du paysan français alors qu'il était lui aussi écrasé par l'impôt, et le tableau que fait La Bruyère du paysan français n'est-il pas celui du cultivateur berbère d'aujourd'hui ? « L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides, et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée et quand ils se lèvent sur leurspieds, ils montrent une face humaine. Us se retirent la nuit dans des tannières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines. »

Quand on considère le chemin qu'avait à parcourir Rivière et Lecq. — Cultures du Midi. 4

l'agriculture française pour arriver à son état actuel, est-il téméraire d'espérer pour nos sujets français Témancipation et la renaissance dont ont bénéficié nos pères? N'est-ce pas la tâche indiquée des Pouvoirs publics que d'aider à cette évolution, malgré les difficultés à surmonter?

Mais il faut le reconnaître, jusqu'ici il ne semble pas que Ton y ait songé. Posant en principe que l'Algérie Avait été conquise au profit des colons, sans souci des intérêts supérieurs de la Métropole et encore moins de ceux des populations soumises, le parti de la colonisation s'est, dans nos assemblées délibérantes, exclusivement attaché à faire rendre à l'impôt arabe tout ce qu'il pouvait donner et à faciliter la mobilisaion des terres pour permettre, aux dépens de l'Indigène, l'extension du domaine possédé par les Européens. C'est surtout dans l'intérêt de ceux-ci que les grands travaux publics, routes, ■chemins de fer, ports, etc., ont été exécutés, et ce n'est qu'indirectement et dans la faible mesure de sa situation économique précaire, que l'agriculture indigène a pu en profiter.

Parmi les causes qui rendent stationnaire l'agriculture indigène, il faut citer comme l'une des principales l'importance des charges fiscales qui pèsent sur la production, charges fort lourdes qui font obstacle à tout progrès, moins peut-être encore par leur poids que par la façon défectueuse dont elles sont réparties.

Après l'occupation française nous avons conservé tous les impôts établis par les Turcs qui avaient grevé au maximum la production agricole.

Nous avons même aggravé certains d'entr'eux tels que VAchour qui représente en principe le dixième de la récolte revenant au fisc : tandis qu'autrefois il était acquitté en nature par l'abandon du dixième de la récoltç, il doit être actuellement payé en argent d'après un tarif

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