LE PROLÉTARIAT
population qui s'accroît plus rapidement que celle-ci, grâce aux mesures d'hygiène prises pour prévenir les épidémies de variole, de typhus, etc., grâce à l'état de paix établi qui a fait disparaître les luttes de tribu à iribu, grâce aux subsides généreusement accordés par la France pour conjurer les effets des famines meurtrières; €n un mot, grâce aux bienfaits de la civilisation, l'élément indigène augmente rapidement en nombre, tandis que le rendement de la terre reste à peu près le même ou du moins ne suit pas la même progression.
En effet, la colonisation a pris à l'indigène ses meilleui's terrains, et ceux qui lui restent sont forcément exploités abusivement, par des procédés culturaux qui ruinent le sol.
L'équilibre entre la production et la cx»nsommation se trouve rompu et ce ne sont pas les défrichements opérés par l'Indigène dans certaines régions naturellement peu fertiles qui pourraient le rétablir. Avant l'occupation française l'Indigène vivait exclusivement sur sa terre qui suffisait à le nourrir tant bien que mal. « Pour la race arabe et plus génémlement pour la catégorie propriétaire le fait caractéristique de la situation, dit M. Billard, sous-préfet d'Orléansville, est la descente continue de toutes les classes jadis aisées vei*s un niveau de plus en plus bas, dont le terme fatal semble devoir être le prolétariat. Dans un pays tel que l'Algérie, les meilleures terres sont dans les vallées, toutes aujourd'hui occupées par l'élément européen. Il reste à l'Indigène des steppes ou des montagnes. Quand on y fait la part des forêts, des broussailles, des rochers, des ravins, des crêtes pierreuses, abruptes, stériles, on voit que toutes les comparaisons fournies par les chiffres officiels reposent sur de pures fantasmagories. La vérité est qu'étant donnée la pauvreté de l'Indigène, il lui faut toute sa sobriété pour ne pas mourir de faim.... En même temps que le propriétaire indigène voyait diminuer le chiffre
brut de ses ressources, il sentait s'alourdir le poids de ses charges... Il paie au moins le double, peut-être le ti'iple des impôts traditionnels... » De plus en plus Tlndi- ^ène est obligé de chercher en dehors de son champ des moyens d'existence ; la main-d'œuvre qu'il offre à l'agrirulture européenne est aussi abondante que peu habile ; le propriétaire terrien devient un salarié et ainsi grandit le prolétariat agricole qui n'existait pas avant notre •>ccupation, prolétariat qui, d'après Fauteur précité, constitue un grave danger pour l'avenir, parce que ce changement d'état nous enlèverait notre moyen d'action le plus puissant sur la race vaincue, qui est la crainte du séquestre des biens ruraux, et qu'il ouvrirait dans la rolonie une question sociale d'autant plus farouche qu'elle se grefferait sur des antipathies de race et de religion.
Cette main-d'œuvre indigène à laquelle l'agriculture européenne a recours et qui lui est nécessaire, indispensable même pour tous ses travaux des champs, est abondante et à bon marché; c'est là l'un des principaux avantages que pré ente pour la mise en valeur du soi le Nord de l'Afrique sur Je Midi de la France qui doit compter avec les salaires élevés et les exigences de plus en plits grandes des ouvriers agricoles. Mais cette maind'œuvre est inhabile, inexpérimentée faute d'une éducation spéciale et pour tous les travaux plus difficiles (taille de la vigne et des arbres, maniement de la faux, conduite des charrues françaises, des moissonneuses, etc.), l'agriculture européenne a recours dans une large mesure à la main-d'œuvre étrangère, composée surtout d'Italiens et d'Espagnols, qui vient pendant la saison faire la campagne, tout en restant profondément attachée à son pays d'origine.
Pour justifier les mesures prises pour accroître le domaine de la colonisation au détriment de l'Indigène,