‹ Cultures du Midi, de l'Algérie, et de la TunisieChapitre 36 sur 167 · LA MAIN-D'ŒUVRE · texte numérisé non relu

LA MAIN-D'ŒUVRE

on a exagéré de parti pris la valeur des salaires payés comme main-d'œuvre aux anciens possesseurs du sol (60 millions de francs au moins d'après un document semi-officiel). Ce chiffre manifestement exagéré serait-il réduit à 35.ou 40 millions, estimation du Gouverneur général Gambon, qu'il suffirait à démontrer le rôle considérable de la main-d'œuvre indigène dans la production agricole européenne et l'intérêt qu'il y a à améliorer cette main-d'œuvre par une éducation professionnelle appropriée. Le colon, prétend-on, est au point de vue agricole l'éducateur de l'Indigène : par l'installation de nombreux colons, non seulement on assure du travail aux indigènes, mais on leur montre à mieux cultiver leurs champs et on leur apprend ainsi à y vivre tout aussi aisément sur des surfaces plus réduites. Gette théorie est contestable. « 11 n'est pas vrai, dit M. le sous-préfet Billard, que jusqu'ici les exemples de la colonisation aient été féconds pour l'Indigène. D'abord la colonisation officielle, recrutée presque toujours dans le prolétariat, ne fournit à son entourage aucun enseignement, puisqu'elle se contente de relouer ses terres à l'ancien propriétaire dépossédé. Quant à la colonisation capitaliste, qui semblerait devoir être une puissante école de progrès, c'est sa perfection même qui s'oppose à l'efficacité de ses exemples. Entre ses raffinements et la routine rudimentaire de rin<ligène> l'abîme est trop profond. »

Puisque l'agriculture européenne a un besoin urgent des bras de l'Indigène et que, d'autre part, nous constatons l'accroissement continu du nombre des déracinés, de ceux qui n'ont plus d'autre ressource que le travail salarié, notre devoir est d'améliorer celui-ci tant dans l'intérêt de la colonisation que dans celui de nos populations indigènes et d'organiser l'apprentissage agricole. C'est ce but que se proposait, sans avoir pu donner suite à celte idée, le Gouverneur général Lépine, par la création d'un corps de moniteurs agricoles chargés

d'apprendre aux indigènes le maniement de nos outils, oharrues, faux, sécateui-s, faucheuses, etc. Ainsi l'Indigène serait devenu pour le colon un auxiliaire plus utile encore et peut-être même capable de concurrencer en France la main-d'œuvre étrangère dont certaines régions sont tributaii'es. L'expérience du reste a été faite et a paru concluante.

« Si, comme le fait observer une circulaire ministérielle du 4 janvier 1897, 1 école doit préparer l'enfant à l'apprentissage intelligent du métier qui le fera vivre et lui donner le goût de sa future profession, » on peut se demander pourquoi dans l'Afrique du Nord où l'agriculture est la seule pourvoyeuse des besoins de l'homme, l'enseignement agricole n'a pas une plus grande place dans nos écoles primaires et particulièrement dans nos écoles indigènes, institution si combattue à la fois par les colons et les indigènes, et qu'il serait si aisé de faire accepter par les uns comme par les autres, si par elle on fournissait aux colons de bons ouvriers et on assurait aux seconds les moyens de gagner leur vie.

Dans une région comme l'Afrique du Nord, où en mison de l'irrégularité des pluies le rendement des céréales subit les plus grandes variations et où, par suite, il est nécessaire de faire des réserves pour les années déficitaires, les institutions de prévoyance doivent jouer un rôle primordial.

Pour assurer aux populations indigènes des ressources en cas de famine, il a été créé par la loi du 14 avril 1893 des Sociétés de prévoyance indigènes. Celles-ci par l'accumulation des cotisations possédaient au 30 septembre 1903 un actif de 11567 412 fr. 94, consistant surtout en numéraire, en créances résultant d'avances en argent ou en nature et aussi en grains. Grâce à ces réserves, en cas de disette, il serait possible de pourvoir aux besoins des indigènes sans faire appel comme autrefois au budget

Page 1