LES SILOS DE RÉSERVE
de rÉtat ; c'est ce qui semble avoir été Tune des principales préoccupations des auteurs de la loi précitée.
Si l'institution en elie-niême est excellente, certains économistes lui reprochent néanmoins d'avoir fait disparaître en grande partie les silos de réserve autrefois si répandus dans toutes les régions de production de céréales et où étaient conservés en nature et sur place les grains nécessaires aux ensemencements et à l'alimentation. Ainsi on évitait au producteur les frais qu'entraîne la conversion en argent de son blé et de son orge, et on était assuré d'avoir au moment des ensemencements, sans transport onéreux, et sans recourir à des intermédiaires ruineux, de bonnes semences bien appropriées à ia région. Dans son rapport à la Chambre des députés, lors de la discussion de la loi du 14 avril 1893, feu M. Bourlier, député d'Alger, s'élevait contre cette suppression : <( Nous devons, appeler l'attention du gouvernement sur les inconvénients qui résultent de la suppression par les conseils d'administration des Sociétés de prévoyance, des silos de réserve et de la tendance à unifier la cotisation, sous forme de versement en espèces. Certes si en Kabylie et dans i'Extrême Sud le silo n'est pas à sa place, il n'en est pas de même dans les régions de céréales. Beaucoup d'indigènes ont protesté contre ces suppressions et les petits cultivateurs partagent cette opinion. 11 ne fait pas de doute que les administrateurs et les trésoriers ont beaucoup moins de travail quand la cotisation est en aident, car leur surveillance et leur gestion sont simplifiées. Mais ce sont des considérations personnelles qui ne peuvent être un seul instant prises en considération, n
M. Bourlier faisait en outre observer que l'Indigène, toujours défiant, s'intéresse davantage à la constitution des réserves en nature qui sont tangibles, qui se trouvent placées sous ses yeux et sous sa garde, qu'à la création de réserves en numéraire, de l'existence desquelles il est porté à douter et pour lesquelles on lui
réclame une cotisation qui a pour lui les apparences d'une taxe et d'un impôt.
Actuellement il n'y a plus de silos de réserves dans la province d'Alger, et dans celle de (ionstanline deux communes mixtes seulement en possèdent (année 4903). L'institution n'a survécu que dans la province d'Oran.
En créant les caisses de prévoyance on a, semble-t-il, voulu surtout épargner les fonds de l'État, moralement tenu, en cas de disette, à secourir les indigènes. On fait ainsi payer par ceux-ci les primes de l'assurance organisée en leur faveur. Aussi est-ce d'office que les indigènes sont inscrits comme membres des sociétés de prévoyance, ce qui fait que le nombre des adhérents va chaque année en augmentant et que les fonds en caisse suivent une pmgression rapide. Ces importantes réserves cependant ne témoignent aucunement, chez l'indigène, d'un esprit de prévoyance et de solidarité; elles ne sont pas même le produit de l'épargne qui suppose un superflu surlequel elle peut être prélevée. En fait, la mutualité des caisses de prévoyance est absolument fictive et il est de notoriété publique, ainsi que le déclare M. van VoUenhoven dans son étude précitée, que « si les administrateurs n'inscrivaient pas d'office les fellahs et ne percevaient la cotisation comme un impôt, les indigènes ne viendraient pas spontanément aux sociétés ». C'est donc une charge nouvelle qui pèse sur la production agricole sans que l'intéressé soit laissé libre de l'acquitter, sans qu'il reste juge si un meilleur emploi ne pourrait être fait de son épargne pour l'exploitation de son champ.
Il est vrai que comme membre de la Société de prévoyance l'Indigène pourrait emprunter à celle-ci des sommes plus considérables que le montant de ses cotisations et réaliser les améliorations agricoles qu'il projetterait. Mais pour avoir accès aux guichets de la caisse il faut être recommandé, et la requête du fellah doit passer « par un trop grand nombre de burnous ». On connaît