CONCURRENCE DES PRODUCTIONS
Khammès est un serf... Tinfluence d'un pareil état de choses sur le régime économique du pays en général et sur son agriculture en particulier ne peut être que funeste. » L'agriculture tunisienne souffre des mêmesmaux que l'agriculture algérienne, et cette situation ne saurait laisser indifférents ceux que préoccupe l'avenir de nos possessions nord-africaines.
Des deux côtés de la Méditerrannée les production» agricoles sont les mêmes et se trouvent en présence sur les mêmes marchés. Ce sont les mêmes vins, les même» grains, les mêmes huiles, le même bétail, les même» primeurs, et de cette similitude de production est née une certaine concurrence, une opposition d'intérêts peutêtre plus apparente que réelle, qui n'est pas sans préoccuper les économistes et inquiéter ceux qui en redoutent quelqu'effet fâcheux pour l'union cordiale qui doit exister entre la Métropole et ses possessions de l'Afrique du Nord. Il ne faut pourtant pas exagérer cette divergence d'intérêts : en effet, les primeurs d'Afrique arrivent sur les marchés français quand ceux-ci sont libres et ne se sont pas encore alimentés par les produits méridionaux. Les productions de l'agriculture indigène suppléent au déficit de la production en France. Les huiles d'olives du Nord de l'Afrique ne prennent que la place des huiles étrangères, et les blés durs, les orges ainsi que le bétail ne font qu'assurer le complément nécessaire à la consommation métropolitaine. Par contre, il y a certains intérêts communs entre les producteurs des deux régions qui souhaitent également de voir, par des abaissements de tarifs, des facilités de transport, les marchés plus accessibles, plus ouverts, tant en France qu'à l'étranger^ Les uns et les autres ont un égal intérêt à une répression plus énergique des fraudes sur les denrées agricoles (vins, huiles, etc.).
Mais, si la Basse-Provence, abandonnant la grande
culture à rendements aléatoires, a pu se livrer à l'exploitation la plus intensive du sol par une horticulture variée, grâce au milieu climatologique et économique qui s'y prétait, cette évolution paraît moins possible dans l'Afrique du Nord, dans son ensemble plutôt pays de céréales à pauvres rendements et de parcours limités à une courte saison.
L'affirmation que, par des cultures arbustives et de primeurs maraîchères, cet état de choses pourrait être changé, ne repose pas sur les données de l'expérience : des tentatives semblent fournir des indications contraires.
La culture arbustive, dont la principale est la vigne, se trouve depuis quelques années dans une situation précaire, après avoir absorbé peut-être outre mesure toutes les forces vives de la colonie ; il ne resterait donc que l'arboriculture fruitière qui a pris une si large place dans la Provence.
Mais, dans le Nord de l'Afrique, les arbres à pépins ne sont pas dans leur milieu et les espèces à noyaux n'y ont, dans une zone même très limitée, qu'une fructification éphémère et souvent insuffisante.
D'autre part, si l'on envisage ces productions au point de vue de l'exportation, il convient de savoir quelle place importante occupent actuellementles vergers méridionaux où, en Provence, les époques de maturité sont à peu près les mêmes que dans le Nord africain, quand elles ne sont pas plus précoces : en effet, l'altitude de l'ensemble du territoire algérien constituant un immense hautplateau, n'est pas favorable aux arborescents fruitiers à cause des gelées printanières auxquelles succèdent brusquement de fortes insolations et des vents desséchants.
Quant aux cultures maraîchères de primeurs, confinées exclusivement au littoral bas et arrosé, elles exigent, pour être rémunératrices, des conditions spéciales qui semblent limiter leur extension. 11 faut en outre tenir
compte de la concurrence d'autres pays méditerranéens, pour ne parler que de ceux-ci, tout aussi favorisés, peut-être plus, par le climat et la main-d'œuvre.
Les chapitres suivants analyseront, préciseront et documenteront cet exposé général.