I. — Grande culture alimentaire pour l'homme
De toutes les cultures méridionales c'est incontestablement celle des céréales qui est le moins bien adaptée au climat méditerranéen, climat caractérisé par une période hivernale à pluies plus ou moins régulières et abondantes suivie brusquement d'une saison estivale sèche. Pour commencer ses labours d'ensemencement, le cultivateur est obligé d'attendre parfois jusqu'en fin novembre que les premières pluies aient détrempé la terre durcie par six mois de sécheresse, et c'est à un sol sommairement préparé, faute de temps pour mieux faire, insuffisamment labouré faute d'attelages et d'outillage assez puissants, que le cultivateur confie sa semence. Quand la plante a germé, elle a à subir des alternatives de pluies et de sécheresses, de gelées et d'insolations qui se succèdent jusqu'au moment de la maturité, souvent contrariée par l'arrivée hàlive de la saison sèche. Tandis que dans les régions du Nord de la France, en Angleterre, en Belgique, dans des pays où la tranche annuelle d'eau pluviale est moindre que dans certaines contrées du bassin méditerranéen, mais où les pluies sont mieux réparties au point de vue des exigences des plantes, le blé produit couramment 40 hectolitres à l'hectare et constitue une culture riche pouvant donner des bénéfices, cette même céréale rend en Provence 10 à 12 hectolitres et encore beaucoup moins dans le Nord de l'Afrique : aussi cette culture est-
«Ile abandonnée partout où elle ne s'impose pas par une nécessité inéluctable, car le cultivateur a, en général, plus d'avantage à acheter le blé qui lui est nécessaire, qu'à le produire.
Dès le courant du siècle dernier, à Tavènement de l'ère <les chemins de fer et de la navigation à vapeur, un agronome du Midi, Riondet, le créateur de l'École d'horticullure d'il y ères, s'appuyant sur les conditions climalériques <léfavorables dans le Midi à la cultui'e des céréales, déclarait qu'elle était ruineuse : il conseillait de l'abandonner pour se livrer aux cultures arbustives mieux adaptées au climat et partant plus rémunératrices, quitte à acheter avec le bénéfice réalisé au moyen de celles-ci le blé nécessaire aux besoins de la ferme et que d'autres pays plus favorisés pouvaient produire à meilleur marché.
Nous avons assisté à la fin du siècle dernier à ce changement d'orientation dans la production agricole du Midi : elle est aujourd'hui un fait accompli. La vigne, les arbres fruitiers de toutes sortes, les cultures florales et, •dans les régions appropriées, les primeurs ont pris la place des céréales, et Je célèbre blé de Provence, la tuzelle si réputée pour ses qualités, sa richesse en gluten qui la rend supérieure aux blés du Nord, a vu son champ de culture se restreindre de plus en plus au point de ne plus être produite que là où l'on se trouve dans l'impossibilité de faire autre chose.
De l'autre côté de la Méditerranée, où la production des ;grains est encore plus aléatoire, l'agriculture devait fatalement subir la même évolution. Partout où ils ont pu le faire, les colons ont abandonné la culture des céréales pour celle de la vigne qui, mieux adaptée au climat, donne toujours une récolte plus certaine et plus régulière en <iuantité sinon en valeur pécuniaire. Malgré les aléas qu'elle fait courir, malgré l'avilissement du cours des vins certaines années, la vigne a pris la place des céréales
dans tous les terrains qui conviennent à sa culture. Actuellement le blé n'est plus produit par les colons que sur les plateaux élevés qui en raison des gelées de printemps auxquelles ils sont sujets, sont moins favorables à la vigne. Dans les grands centres de production de blé, c'està-dire dans les régions de Sétif et de Sidi-Bel-Abbès,etc., la culture des céréales se poursuit avec des résultats économiques variables chaque année, suivant le temps qu'il a fait. Là en général, quand la saison a été favorable, le rendement est rémunérateur; mais, il faut le faire observer, ces résultats satisfaisants sont obtenus par des procédés culturaux spéciaux tels que labours de plus en plus profonds mettant en œuvre les réserves de fertilité accumulées par l'effet du temps dans le sous-sol, mais limitées. Là le bénéfice réalisé chaque année par le cultivateur se compose pour une part d'un prélèvement sur le capital d'éléments fertilisants, prélèvement qu'aucune restitution ne vient compenser, car dans ces régions il n'y a pas de bétail, partant pas de fumures.
La culture des céréales n'a conservé toute son importance que chez les indigènes qui en Algérie y consacrent 2 millions et demi d'hectares. Si cette étendue n'a pas diminué c'est que ceux-ci doivent, avant tout, assurer leur alimentation : si cher que soit le blé à produire, ils sont obligés de le cultiver, n'ayant pas d'autre moyen de s'en procurer. C'est pour cette raison que dans le Nord de l'Afrique la culture des céréales est et restera toujours de beaucoup la plus importante chez les indigènes.
Dans le Nord de l'Afrique, ce sont comme blés blancs ceux de Provence qui, importés dans un milieu climatérique analogue, ont donné les meilleurs résultats. La tuzelle a fait la réputation des blés de Sidi-Bel-Abbès dont les produits sont recherchés par les minotiers des pays du Nord pour relever la teneur des farines en gluten. Gomme blés durs, les seuls que cultivent les indigènes ou à peu près, l'Afrique du Nord n'a rien à envier
aux autres régions productrices de blés similaires. Ceux qui y sont cultivés, issus de sélections opérées sur les variétés indigènes ou importées depuis des siècles, y sont, autant qu'il est possible, adaptés aux conditions de culture et de climat.
Dans ces dernières années on a proposé de substituer à ces variétés d'autres blés tendres ou durs d'origines diverses, que Ton présentait comme étant d'un plus grand rendement et sans que du reste on. ait, au préalable > démontré cette supériorité par des essais comparatifs et de durée suffisante pour être concluants. Aucune de ces variétés nouvelles n'a été adoptée par les praticiens européens ou indigènes et elle ne pouvait l'être. C'est en effet se tromper gravement que de croire qu'il suffit d'importer dans une région une variété à plus grand rendement pour que par cela même la production en soit augmentée. Une vache Hollandaise, un bœuf Durham sont sans doute susceptibles de produire plus de lait ou de viande qu'un animal de mce primitive, mais seulement s'ils se trouvent dans des conditions d'habitat et d'alimentation qui leur permettent de développer leurs aptitudes. Transportés dans un pâturage d'Afrique, ils s'y montreraient en tous points inférieurs à un animal indigène, il en est de même des espèces végétales. Les blés à grand rendement ne peuvent se montrer tels que dans des terres bien travaillées, abondamment fumées et dans un milieu climatérique favorisant l'assimilation des éléments utiles à la plante. Pour améliorer dans une exploitation agricole le bétail, il faut commencer par améliorer les pâturages et les conditions d'habitat : pour faire rendre à une espèce végétale tout ce qu'elle peut donner, il faut avant tout perfectionner les méthodes culturales.
Dans le Nord de l'Afrique, la première condition à réaliser pour améliorer le rendement des céréales c'est de mieux préparer le sol avant l'ensemencement : ainsi la
plante supportera plus facilement la sécheresse et se nourrira mieux. Ce n'est que quand on aura réalisé cette amélioration primordiale, et qu'on aura assuré la restitution au sol des éléments fertilisants enlevés par les récoltes antérieures, que Ton pourra tenter l'essai des variétés nouvelles. Et dans ces conditions qui ne sont encore réalisées partiellement que dans de très rares exploitations, l'expérience montre que ce sont les variétés indigènes, celles qui jouissent d'une adaptation séculaire au milieu, qui savent le mieux bénéficier des améliorations réalisées et sont d'un meilleur rapport.
Ajoutons que même dans le Vaucluse, le blé du pays, la Saissette, s'est montrée supérieure comme rendement en paille et en grain à la Richelle, au blé de Bordeaux, etc., qu'on avait tenté de lui substituer.
Dans le Nord de l'Afrique les céréales et les autres cultures alimentaires sont les mêmes que celles de l'agriculture de l'Europe méridionale : elles n'en diffèrent que par la faiblesse de leur rendement.
Les blés durs et l'orge sont principalement produits par les indigènes. L'avoine est de culture presque exclusivement européenne ; on lui reproche d'être parfois ergotée.
Le Maïs appartient plutôt à l'agriculture du sud-ouest de la France ; dans le Nord de l'Afrique, par défaut d'irrigation, il n'occupe qu'une surface très restreinte presque confinée à l'Oranie.
Le Sorgho (Bechna), si résistant aux sécheresses printanières, offre un aliment précieux pour les indigènes africains.
Le Riz ne convient pas aux pays secs et le Riz de montagne est de végétation nulle sans pluies d'été.
LsLJarosse oxxJaraudey Lathyrus saiivus Lin., es tune gesse parfois cultivée dans les terrains et les lieux secs : l'usage de son grain détermine une paralysie dite Lathyrisme,
Le Sarrasin, Polygonum fagopyrum Lin., n'est pas une
S'Z L'AGRICULTURE MÉRIDIONALB.
Polygonée des régions sèches, aussi a-t-elle complètement échoué en Algérie.
Le Soja ou pois de Chine, Soja h'spida Mœnsch, est une pauvi^ Légumineuse des cultures estivales bien inférieure aux nombreuses variétés de pois, de haricots et de fèves.
Les féculents exotiques, Patate^ Igname, et surtout le ManioCy n'ont aucune place parmi les succédanés des <:éréales dans le iNord de l'Afrique.
Parmi les plantes alimentaires de grande culture, en -dehors des céréales ordinaires, il y en a bien peu qui occupent une place de quelque importance ; les pknles tuberculeuses, même la pomme de terre, appartiennent plutôt à la culture maraîchère : Fève et Soi^gho peuvent •être seuls indiqués comme cultures spéciales.
Fève, Faba vulgaris Mœnsch. — La culture de cette Légumineuse occupe une place relativement importante ■dans l'agriculture méridionale ; ses graines à l'état vert ou sec servent à l'alimentation de l'homme et la féverole, au grain plus petit, fournit plus particulièrement au bétail un fourrage vert et surtout une graine sèche très nourrissante. La fève est aussi employée par la meunerie; «a farine très riche en matières azotées est mélangée à celle du blé pour en relever la teneur en gluten. Mais l'Afrique du Nord est bien loin de suffire aux besoins •de la Métropole qui est principalement tributaire de l'Egypte, sonfournisseurpourles4/5<'*deson importation.
La fève ne vient bien que dans les terrains profonds riches, frais et même humides et aussi dans les terres fortes et argileuses qu'elle laisse après la récolte dans un état de friabilité remarquable; en outre la maturité précoce de la fève permet d'exécuter avant la grande sécheresse de l'été des labours préparatoires aux autres cultures. Cette Légumineuse vient très bien en tête ■d'assolement, car elle peut sans verser recevoir, en vue <l3S cultures subséquentes, des quantités importantes