LA FÈVE
d'engrais, et comme plante sarclée, elle permet le nettoyage de la terre pour la culture de céréales qui la suit.
La fève exige une terre bien labourée à une profondeur de 25 centimètres au moins. On fait le semis dès la fin d'octobre jusqu'à décembre; de préférence sous raies de charrue en. lignes espacées de 60 à 80 centimètres, pour permettre le binage à la houe à cheval; pour cela on ensemence une raie sur trois. La graine, répartie grain à grain à 10 centimètres d'intervalle, doit être enterrée peu profondément (5 à 8 centimètres).
Quand la plante est déjà bien enracinée on doit, sans crainte de lui causer quelque dommage, donner un coup de herse pour détruire les herbes adventices. Les façons culturales consistent en binages, en un léger buttage et en un écimage. L'écimage que Ton pratique au moyen de la faucille quand les gousses du bas de la tige commencent à se montrer, a pour effet non seulement de favoriser le développement des cosses déjà formées, mais aussi de supprimer la partie la plus tendre de la lige sur laquelle se multiplie le puceron. , La cueillette des gousses vertes commence dès avril, la récolte en sec a lieu de mai à juin. On coupe quand la plus grande partie des cosses est mûre et sans attendre davantage. On porte les tiges sur l'aire pour laisser pendant quelques jours la maturité s'achever et l'on dépique ou l'on bat à la machine.
La récolte en grain peut s'élever à 15-20 hectolitres.
La fève est avide d'acide phosphorique et surtout de potasse ; elle assimile l'azote de l'air. Toutefois, malgré cette puissance d'assimilation, l'apport d'engrais potassiques et même azotés est utile au premier âge de cette légumineuse.
Les principaux parasites de la fève sont : l'Anguillule, la Rouille ((/romi/ces /'aôae) et l'Orobanche (i).
(1) Culture, emploi et commerce des fèves en Tunisie {Bulletin de la Direction de V agriculture, Tunis, 15 octobre 1899).
Pois chiche ou pointu, Cicer arietinum Lin. — Légumineuse annuelle cultivée dans les terrains secs. Semée en lignes, sur terre fumée, elle donne une abondante récolte : culture hivernale.
Ce pois sec est une précieuse ressource pour les Kabyles et les Arabes.
Quoique assez étendue dans la zone méditerranéenne, celte culture est insuffisante et la France est importatrice de cette graine utile à la nourriture de l'homme et des animaux.
Sorgho. Sorghum vulgare Lin., S. cernuum Willd, S. saccharatum Lin., etc. — Genre de grandes Graminées à nombreuses variétés, inférieur comme grain au maïs, mais plus rustique par rapport à la sécheresse et aux sols médiocres.
Les Arabes, principalement les Kabyles, cultivent le Sorgho y surtout dans les années où la récolte des céréales s'annonce pauvre. Quelques pluies de printemps suffisent à assurer un rendement passable sur les coteaux et satisfaisant en plaine.
Au premier printemps, on sème à la volée, mais le semis en lignes convient mieux. La maturité a lieu en été, mais il est difficile de défendre la récolte contre les oiseaux.
La quantité de graines récoltées varie entre 12 et 18 quintaux ; cependant en bonne terre et surtout avec des arrosements la fructification est considérablement augmentée.
Le grain blanc, Bechna, est plus estimé : le Dra, à grain noir, l'est moins.
Une dessiccation absolue des graines est nécessaire avant la mise en magasin ou en silo.
Le Sorghum cernuum^ Sorgho penché, est plutôt destiné aux oiseaux et à la volaille.
Le Sorghum saccharatum exige une culture plus soignée ; cette espèce est délaissée.
Le charbon et les ravages de la Sésamie sont à craindre parfois. (Voy. Fourrages et plantes saccharifères.)
Madimer, Algérie agricole, 1888.
Dans les régions méditerranéennes la culture de la vigne est de beaucoup la plus importante de toutes par l'étendue des terres qu'elle occupe, par l'importance des capitaux qu'elle met en œuvre, par la nombreuse population qu'elle fait vivre et par le mouvement commercial auquel donnent lieu ses produits. Néanmoins dans ce traité des cultures méridionales nous ne nous occuperons pas de la viticulture, à laquelle du reste est réservé un volume spécial de l'Encyclopédie agricole (1). Nous nous en tiendrons à un très rapide aperçu sur la situation économique de la viticulture dans le bassin méditerranéen.
Des deux côtés de la Méditerranée, dans le Midi de la France comme dans le Nord de l'Afrique, il y a une circonstance qui a eu sur le vignoble, sur son extension, sur son orientation, sur les procédés culturaux appliqués, sur le commerce des vins, en un mot sur l'exploitation de la vigne, une influence capitale et prépondérante : c'est la crise phylloxérique. Dans le Midi quand le vignoble fut ruiné par le fléau, on se proposa surtout, lors de la reconstitution par l'emploi des plants résistants, de produire les vins ordinaires, ceux de consommation courante, pour lesquels la France était devenue tributaire de l'étranger, particulièrement de l'Espagne et de l'Italie. Par le choix des terrains, des cépages, par les méthodes de culture et de vinification on chercha avant tout à produire beaucoup, puisqu'il fallait combler un déficit énorme, au risque de perdre sur la qualité qui avait fait naguère la
(1) P. Pàcottbt, Viticulture. (Encycix)pédie agricole).
réputalion des vins français sur le marché étranger et grâce à laquelle ceux-ci auraient pu maintenir leur posilion. Bientôt le vignoble du Midi de la France produisait autant sinon plus de vin qu'il n'en avait jamais donné avant l'invasion phylloxérique, avec celte différence toutefois que les crus naguère cotés, mais à faible production, avaient disparu pour faire place aux seuls vignobles de haut rendement. Aujourd'hui, vingt-cinq ans après la période aiguë de la crise phylloxérique, le déficit a fait place à la pléthore, à la surabondance des produits.
Dans le Nord de l'Afrique, avant l'invasion phylloxérique en France, la culture de la vigne avait une minime importance : la production locale était loin de suffire à la <!onsommation à laquelle pourvoyait le vignoble métropolitain qui bénéficiait ainsi d'un débouché non sans importance. Mais vers 1880, alors que le vignoble français était ravagé par le terrible fléau et que le commerce payait un tribut énorme à la production étrangère, on pensa avec raison que l'Algérie, indemne de phylloxéra, favorable à la culture de la vigne, pouvait subvenir aux besoins de la métropole et l'affranchir du lourd tribut payé à l'Espagne et à l'Italie. A partir de 18801e vignoble algérien prit un rapide essor que l'on favorisa, du reste, par tous les moyens. On encouragea les planteurs, on leur fit des avances considérables et on décida les plus iimides à se lancer dans des entreprises viticoles souvent •disproportionnées avec leurs propres moyens d'action, et |)eu en rapport avec leur compétence et leurs aptitudes agricoles. Et comme les bénéfices réalisés grâce aux cours -élevés des vins étaient des plus encourageants, on planta de plus en plus jusqu'au jour où, comme dans le Midi, arriva la surproduction.
Cette période de développement du vignoble fut la l)elle époque de la colonisation libre en Algérie ; la vigne iui par excellence la plante colonisatrice de l'Afrique du JNord : c'est elle qui y appela l'élite des colons et y pro-