‹ Cultures du Midi, de l'Algérie, et de la TunisieChapitre 42 sur 167 · PRODUCTION · texte numérisé non relu

PRODUCTION

voqua Tafflux des capitaux par centaines de millions de francs. Avant elle le peuplement français était tout artificiel, formé surtout d'immigrants malgré eux, et par de pauvres hères alléchés par Toffre gratuite de concessions territoriales sur lesquelles ils étaient le plus souvent incapables de se maintenir, faute de capitaux pour la mise en valeur ou faute d'aptitudes professionnelles. C'est la vigne qui a fait la conquête agricole de l'Algérie, refoulant devant elle les broussailles de jujubiers, de lentisques et de palmiers nains, envahissant tout le Tell jusqu'à la limite des Hauts-Plateaux où elle devança de longtemps la colonisation officielle.

Actuellement il existe en Algérie près de 170000 hectares de vignes qui, d'après les statistiques officielles, auraient produit en 1904 près de 8 millions d'hectolitres de vin, alors que la consommation locale n'est pas susceptible d'absorber plus de 1 million et demi d'hectolitres par an. C'est donc un excédent de 6 à 7 millions d'hectolitres qui nécessairement doit être exporté.

En Tunisie, où la plantation de la vigne pour la production du vin débuta en 1881, la superficie du vignoble est évaluée vingt-cinq ans après à 14000 hectares ; mais la production est faible et ne dépasse pas, dans les meilleures années, le chiffre de 35 hectolitres à l'hectare. En 1904, l'importation des vins tunisiens en France a été de 115 000 hectolitres. L'extension de la culture de la vigne, par suite des faibles rendements et des bas prix de vente n'est guère à encourager en Tunisie (I).

Nous avons vu que c'est le déficit dans la production du vin en f'rance au temps de l'invasion phylloxérique qui provoqua la création des vignobles dans le Nord de l'Afrique. Comme il fallait produire surtout des vins analogues à ceux du Midi qui étaient ceux qui manquaient le plus, comme du reste il y avait similitude de climat entre

<1) Pkusa, L'avenir de la TunUie, p. 57.

les deux régions, ce sont les cépages méridionaux qui furent répandus en Algérie et presque exclusivement cultivés par les colons originaires, en grande partie, du Midi de la France. Dans l'Afrique du Nord ce sont les cépages du littoral méditerranéen qui furent propagés, et (|ui constituent le fond de la plantation : carignan, aramon, hybrides Bouschet, mourvèdre, etc. On commença d abord par planter les coteaux, mais bientôt quand on s'aperçut que la quantité laissait plus de bénéfices que la qualité, on descendit dans les plaines, de sorte qu'actuellement ce sont les vins de plaine, en général bien colorés, suffisamment riches en alcool, francs de goût, et sans qualité comme sans défaut, qui l'emportent de beaucoup comme production sur ceux de coteau, et comme ils sont tout à fait similaires de ceux du Midi de la France, c'est avec ceux-ci qu'ils se trouvent en concurrence sur les mêmes marchés.

Pour parer à ce grave danger qui fait de l'Algérie une rivale de la Métropole, on a conseillé divers remèdes aussi peu efficaces les uns que les autres et cependant périodiquement proposés, à chaque crise éprouvée par la viticulture. Le climat de l'Afrique du Nord se prêtant, affirmet-on, à la production des vins de liqueur, c'est cette sorte de vins, monopole de l'Espagne et de l'Italie, qu'il faudrait avant tout s'attacher à importer dans la Métropole. Ce conseil n'a guère été suivi et ne pouvait l'être. Outre que l'Afrique du Nord ne jouit pas sur le Midi de la France, autrefois producteur de ces vins, d'avantages naturels spéciaux, on fait observer que l'encépagement actuel ne se prête pas à cette production et devrait être modifié. En outre, la fabrication de ces vins de liqueur, sauf de ceux de marque, n'est guère rémunératrice. Elle exige, outre des compétences spéciales, des avances de fonds considérables dont ne disposent guère les pays neufs, et elle n'a guère donné de résultats financiers satisfaisants aux rares audacieux qui, suivant les conseils

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