RECONSTITUTION
dans l'œuvre de la reconstitution : pour éviter la replaniation on a tenté de remplacer par des vignes américaines les souches françaises au fur et à mesure qu'elles disparaissaient sous l'action du phylloxéra ; puis pour éviter le greffage on a essayé les producteurs directs, des hybrides divers qui n'ont pas tardé à fléchir comme le Seibel bien imprudemment préconisé dans la région de Bône. Ce n'est qu'en dernier lieu qu'on en arriva aux plants américains réellement résistants que l'on tenta d'abord de greffer sur place, jusqu'au jour où l'on reconnut enfin qu'il était plus pratique de recourir pour la reconstitution aux plants préalablement greffés et enracinés, suivant la méthode consacrée dans le Midi par l'expérience.
Mais tous les problèmes qui se posent en matière de reconstitution sont loin d'être résolus. Les terrains à replanter sont de natures très diverses : dans les terres fraîches, profondes et peu calcaires des régions de Philippeville, de Jemmapes et de Bône^ ce sont les hybrides de Riparia et de Rupestris qui conviennent : 3306, 3309, 406^. Le Rupestris du Lot est actuellement le portegreffe le plus en faveur surtout à Philippeville : on greffe sur ce planten plaine surtout l'Aramon, le Petit-Bouschet, le Carignan et le Mourvèdre et sur les coteaux ces deux derniers cépages et en plus l'Alicante-Bouschet.
Dans l'Ouest les terres présentent, au point de vue de leur teneur en calcaire, une composition moins homogène. Dans les terres occupées actuellement par la vigne française à Oran, Saint-Cloud, Sidi-Bel-Abbès, Tlemcen, Mascara, à côté de terres pauvres en calcaire, on en trouve de très calcaires. En outre le sol comme le climat y est plus sec. Pour la reconstitution, là où elle est autorisée, ce sont les porte-greffes plus résistants à la chlorose tels que ceux du type Berlandieri qui sont à conseiller. Notons du reste que la replantation n'est encore qu'à ces tout premiers débuis.
A l'heure actuelle, tant dans le département d'Oran que
dans celui de Constanline, la vigne reconstituée n'occupe encore que quelques milliers d'hectares (2052 en 1902, 4798 en 1903 et 6288 en 1904); Tentreprise est à peine ébauchée et il serait bien téméraii^e, dans les circonstances actuelles, d'émettré^ une appréciation sur le plus ou moins de succès qui lui est réservé.
Néanmoins, il faut le reconnaître, de toutes les plantes cultivées dans le Nord de l'Afrique c'est la vigne qui semble être la mieux adaptée au milieu. Plus que toute autre culture, elle donnedesrendements réguliers comme quantité sinon comme valeur vénale, et, malgréTavilissèment du prix des vins, elle restera peut-être quand même une production rémunératrice dans l'Afrique du Nord. Sans doute il ne faut plus tabler Sur les bénéfices entrevus naguère et estimés théoriquement à 1000 francs nets et plus à l'hectare, du moins dans certaines conditions. Dans les régions à faible rendement,dans celles où, à la suite de l'infection phylloxérique, la reconstitution est impossible en raison de la nature du sol, sans doute bien des vignobles disparaîtront ; mais là où les rendements sont élevés, là où il est possible d'obtenir une certaine qualité alliée à la quantité, la culture de la vigne semble devoir être longtemps encore conservée par le colon européen.