SON DÉVELOPPEMENT
à 96 p. 100 du capital affecté à la culture (1), le Midi vit deux de ses principales productions, celle de la soie et celle de l'huile d'olives, menacées par la concurrence étrangère, par suite du développement de la navigation à vapeur qui favorisa l'entrée en France des graines grasses de l'Inde et des soies de l'Extrême-Orient. Enfin ce fut le phylloxéra qui détruisit le vignoble qui, à la faveur du discrédit dans lequel étaient tombées les autres productions, avait pris un développement considérable.
Malgré ces rudes épreuves qui semblaient devoir ruiner à jamais les départements riverains de la Méditerranée, l'agriculture méridionale est restée debout, plus prospère que jamais, grâce aux ressources infinies que lui offrent sa population agricole, la fertilité de son sol, ses irrigations, la douceur de son climat et sa situation qui lui ^sure l'accès facile des grands marchés européens.
Après la perte de la garance, après les ruines accumulées par l'invasion phylloxérique, malgré l'état de malaise de l'oléiculture et de la sériciculture, le paysan méridional, habile horticulteur, a trouvé de nouvelles ressources dans la production des primeurs et aujourd'hui il n'a, semble-t-il, rien à regretter des anciennes cultures qui faisaient autrefois sa richesse et auxquelles son sort semblait indissolublement lié.
Les mêmes causes qui ont ruiné certaines des productions méridionales ont fait la prospérité des nouvelles. Le développement des voies de communication rendant les transports faciles et rapides, après avoir permi-s l'introduction en France des produits étrangers similaires de ceu;]f du Midi, a ouvert à cette dernière région les grands marchés européens pour sa production de fruits, de légumes et de fleurs : tous les pays du Nord, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche, la Suisse, la Belgique, la Russie, la Suède sont en effet, grâce à l'exten-
<1) GiRARDiN et DO Breuil, Traité d'agriculture y Paris, 1875.
sion des voies ferrées, devenues les clientes du producteur méridional : les départements méditerranéens sont depuis une quarantaine d'années le jardin d'hiver de l'Europe et lui fournissent fleurs, fruits et légumes.
Le développement de ces cultures spéciales a été aussi favorisé par cette circonstance que depuis bientôt un demi-siècle, la côte provençale d'Hyères à Vintimille est devenue la station hivernale des favorisés de la richesse. Sur cette Côte d'Azur transformée en une vaste hôtellerie et en un jardin d'hiver orné des végétaux les plus variés, le producteur Provençal trouve une clientèle riche capable de payer sans compter tout ce que l'horticulture peut produire de meilleur et de plus beau.
En ce qui concerne plus particulièrement la culture maraîchère, M. Zacharewicz (1) comptait en 1900 près de 14000 hectares consacrés à la culture des primeurs : 4 000 hectares environ en Vaucluse, 3 500 dans les Bouchesdu-Rhône, à Chàteaurenard et Barbentane, près de 2 500 hectares dans le Var et environ 4000 hectares dans les Pyrénées-Orientales. A cette époque la production en voie de croissance était évaluée à plus d'un million de quintaux de haricots, tomates, aubergines, melons, asperges, fraises, petits pois, artichauts, pommes de terre, etc. L'augmentation des surfaces cultivées a continué et dans la seule région d'Hyères on estime que dans ces dix dernières années la production des primeurs a triplé. D'autre part, c'est par centaines d'hectares que l'on compte les superficies consacrées à la production de la fleur coupée à Nice, Cannes, Antibes, Menton, Hyères et Grasse.
Dans toute cette région la terre a atteint une valeur considérable ; la propriété est très morcelée : dans la région de Cavaillon, sur 1700 exploitants, environ 1 600 ont moins d'un hectare et dans ces régions l'hectare de terre vaut couramment 7 à 9000 francs. Sur la côte pro-
(l) VI» Congrès international d'agricullure, Paris, 1900.