CONDITIONS DE LA PRODUCTION
vençale la division de la propriété est poussée à un degré plus exlrème encore. Le plus grand nombre des horticulteurs, producteurs de primeurs, ne disposent que de quelques milliers de mètres carrés sur lesquels sont installés quelques centaines de châssis et qui sont exploités avec le concours de la main-d'œuvre familiale. Ajoutez à cela que cette population agricole se distingue par son habileté professionnelle, son esprit ouvert à toutes les améliorations et progrès réalisables ; en outre, elle a su reconnaître les bienfaits de l'association et ses syndicats sont très vivants et rendent de réels services.
Le Littoral provençal offre pour la production des fleurs, des fruits et des légumes, des avantages qu'il doit à son sol et à son climat ; le producteur a su en tirer tout ce qu'ils peuvent donner, mais ces avantages ne sont pas sans être accompagnés de défauts; à ceux-ci on s'est efforcé de parer ; l'art est venu au secours de la nature et l'a puissamment secondée.
En Vaucluse les terres qu'occupait autrefois la garance se prêtent admirablement à la culture maraîchère. Dans ce département grâce aux canaux dérivés des cours d'eau et surtout de la Durance, plus de 22000 hectares sont arrosables. Les terres désignées sous le nom de Palluds, de nature alluvionnaire, argilo-calcaires, riches en matières organiques, perméables, meubles, faciles à travailler, sont tout à fait appropriées à la culture maraîchère. L'eau y est en abondance et à bon marché : on la paie au syndicat 20 francs à Cavaillon et 36 francs à Barbentane, par hectare, et on en a à volonté. Si on préfère la prendre sur place, on peut au moyen de norias la tirer d'une nappe inépuisable à 2 mètres de profondeur. Dans la région d'Hyères ce sont les mêmes conditions favorables à la culture ; terres de jardin et eaux abondantes d'irrigation amenées par canaux ou élevées d'une nappe souterraine à très faible profondeur. Il en est de même dans la région de Perpignan.
Rivière et Lecq. — Cultures du Midi. 6
Quant au climat, il est doux en hiver et analogue à celui des autres régions bordant la Méditerranée et particulièrement à celui du Nord de TAfrique; il a cependant ses rudesses, ses vents violents et ses gelées printanières. Les cultures ont plus ou moins, suivant les situations, à souffrir des vents du nord et du nord-ouest et particulièrement du mistral, préjudiciables aux légumes et aux arbres fruitiers; au printemps les variations de température sont brusques et les gelées printanières sont à craindre en mars et avril comme du reste sur la côte africaine.
Pour parer à ces inconvénients on a recours aux abris. Dans le Vaucluse, des claies continues en roseaux sont disposées tous les 10 ou 15 mètres de manière à protéger les plantes contre les vents du nord et du nord-ouest, et sur la côte provençale on se sert, dans ce même but, de claies en bruyère dont la matière première provient des montagnes voisines. Ces claies, outre qu'elles paralysent l'effet du vent, facilitent réchauffement du sol. Partout dans le Midi l'abri a été adopté, son usage s'est généralisé à ce point qu'il semble que toute l'agriculture méridionale repose sur son emploi : abris contre les vents, abris contre les froids, abris pour favoriser le développement des plantes dans le jeune âge. C'est ce qui caractérise la production ; par tous les moyens dont dispose l'art horticole on combat les défectuosités du climat en s'efforçant d'en renforcer les avantages (1).
Non seulement on recherche les meilleures variétés, les plus précoces dont on poursuit incessamment l'amélioration, mais on s'ingénie à réunir toutes les conditions favorables au développement hâtif et normal des plantes ; non seulement on abrite, mais dans certains cas on chauffe et on force, et comme ri faut pourvoir abondamment à l'alimentation de la plante pour obtenir des
(1) Sur les abris, voir Zach.vrewicz, Rev. de Vitic, année 1902, t. I, p. 407, et aussi la Nature (15 avril 1905).