RÔLE DES SYNDICATS
produits précoces, on a recours aux fumures abondantes, fumures organiques au fumier de ferme ou au tourteau, complétées par addition d'engrais chimiques.
Nous avons vu plus haut les avantages considérables que tire la production des primeurs de cette circonstance qu'elle a à sa disposition, pour porter ses fruits et légumes sur les marchés les plus éloignés de TEurope, des trains spéciaux et rapides sur lesquels elle peut directement charger ses marchandises qui parviennent à •destination sans rupture de charge. Toutes dispositions «ont prises pour conserver aux produits toute leur fraîcheur, et bientôt l'emploi plus généralisé de voitures frigorifiques permettra d'étendre encore davantage les relations commerciales tout en satisfaisant aux exigences des consommateurs les plus difficiles.
Tous les autres moyens qui peuvent aider la production, même accessoirement, ne sont pas négligés. Des syndicats ont été créés pour fournir au cultivateur, dans les meilleures conditions de bon marché et de qualité, tout ce qui peut lui être nécessaire ; engrais, emballages, outils, semences, etc. ; ces syndicats ont dans chaque centre de culture un représentant autorisé, choisi parmi les meilleurs cultivateurs, qui non seulement dirige la succursale du syndicat pour la vente des divers produits, mais est en outre en mesure de donner aux intéressés tous les renseignements techniques qui peuvent lui être utiles sur les meilleurs procédés de culture, les maladies des plantes, les cours des diverses denrées, les tarifs de transport, etc. Ces syndicats s-abstiennent toutefois de propos délibéré delà vente des produits. Ils estimentavec juste raison que les négociants en primeurs sont mieux que personne au courant des besoins des divers marchés, des variations de cours dans les centres de consommalion qu'ils peuvent approvisionner en évilanl Tencombrement qui entraîne Tavilissement des prix, ol qu'en somme ce sont d'utiles auxiliaires du produrleur et
non, comme on semble le croire de l'autre côté de la Méditerranée, des parasites vivant aux dépens du cultivateur.
Enfin, notons que dans toute cette région méditerranéenne la pix)ductibn est très utilement aidée par une main-d'œuvre abondante, habile et à bon marché de femmes, italiennes pour la plupart, indispensable pour la cueillette des tleurs, le conditionnement et l'emballage des primeurs.
C'est grâce à la précocité due au climat, mais plus ou moins favorisée par des procédés horticoles spéciaux, que le cultivateur du Midi peut en hiver et au printemps alimenter les marchés du Nord qu'il est presque seul à pourvoir jusqu'à présent. Mais le Midi n'a pas seul le monopole de ce climat favorable en hiver à la production des fleui*s et des légumes, et à ce point de vue une partie de l'Afrique du Nord par sa position géographique semble encore plus favorisée que lui. En Algérie, sur le littoral exclusivement, la moyenne thermométrique de l'hiver est plus élevée qu'en Provence et la végétation y est en avance de quinze jours à trois semaines, délai pendant lequel toute concurrence semble impossible.
Les statistiques douanières accusent pour les primeurs d'Algérie les chiffres d'exportation suivants pour la période 1901 à 1903 :
Exporfalion totale
Fort d'Alger.
de rAlgérie.
Quintaux.
Quintaux.
Pommes de terre..
Légumes frais
Raisins de table —
Les publications administratives évaluent pour la seule région d'Alger le bénéfice net réalisé parles primeuristes en 1903 au chiffre de 6 737760 francs : il est vrai que ce total est obtenu en comptant le bénéfice net par quintal à 20 francs pour les pommes de terre, à 30 francs pour les légumes frais et à 35 francs pour les raisins (1), chiffres exagérés, plus près en général de la valeur du produit brut, que de celle du bénéfice net.
Il faut ajouter que l'Algérie est importatrice chaque année de légumes frais pour plusieurs centaines de mille fmncs.
Cette exportation des primeure d'Algérie a une tendance à augmenter.
Aussi dans le Midi les primeuristes ne sont pas sans s'inquiéter de la production algérienne : ils se préoccupent de l'arrivée des pommes de terre, des artichauts, des haricots d'Afrique qui bien que de qualité moindi^e provoquent par leur apparition sur les marchés la baisse des cours.
En Algérie la culture maraîchère se trouve monopolisée par les cultivateurs espagnols, des M abonnais surtout, et par les Italiens, en majorité Napolitains, qui la pratiquent avec une certaine habileté. Établis dans la banlieue des grandes villes, surtout à Alger, Oran, Philippeville et Bône, ils y produisent des légumes pour l'exportation et pour l'alimentation des marchés algériens où viennent s'approvisionner les colons ; car chez ces derniers le jardinage n'est guère pratiqué et les produits maraîchers, même les gros légumes comme la pomme de terre, sont achetés sur les marchés et non produits sur la ferme. Du reste dans le Nord de l'Afrique en général le légume est cher, à un prix inabordable pour la classe ouvrière qui trouve avantage à s'alimenter de pâtes, de conserves salées et même de viande fraîche relativement
(1) Bull. Mensuel de l'Office des renseignements agricoles, septeirbre et novembre 1904. Minislère de l'agriculture.
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i02 PRODUCTIOxN DES PRIMEURS.
meilleur marché. La pomme de terre par exemple est presque une deni^ée de luxe à cause de son prix deux et trois fois plus élevé qu'en France. Certains légumes sont cependant à bon marché^ mais pendant une courte période, quand Texportation se trouve arrêtée par la baisse des prix : mais cette période est de peu de durée car le légume mûrit vite et monte rapidement à graines.
En dehors de ces circonstances le légume est rare et cher.
C'est que dans le Nord de l'Afrique les conditions de production sont à bien des égards moins faciles qu'en Bi*ovence. On n'y remarque pas de ces terres riches, meubles, faciles à travailler, abondamment ârrosables, en si grande quantité sur l'autre rive de la Méditerranée. En effet les eaux doivent être élevées par des norias, il est vrai perfectionnées, qui ont remplacé l'antique noria arabe (fig. 8), mais ce système d'arrosement est toujours cher. L'alimentation des marchés en légumes est difficile, car, à cause, des chaleurs de l'été, le légume dure peu: les semis doivent sans cesse être renouvelés. 11 semble que cette infériorité soit largement compensée par les avantages dus à la précocité qui permet de produire toutes sortes de légumes et de fruits avec une avance de quinze jours à trois semaines sur les autres régions de production. C'est là sans doute un avantage énorme, mais ce serait se tromper étrangement que de croire qu'il suffit à lui seul à assurer la prospérité de la culture maraîchère et à lui conserver le monopole des grands marchés européens.
C'est qu'en effet ces avantages se trouvent de plus en plus annihilés par les procédés horticoles perfectionnés en usage en Provence, fe'ous un climat moins favorable, l'art en venant au secoui^ de la nature a permis au producteur du Midi de triompher de son concurrent plus avantagé, au moins pour certaines primeurs. Les jardiniers du Midi, pour obtenir plus de précocité, outre qu'ils recherchent sans relâche les variétés les plus