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CONCURRENCE

la cueillette jusqu'à la mise en vente ces légumes sont soumis à des variations de température qui compromettent leur conservation, à des transbordements nombreux, exposés dans les cales de bateaux au contact d'une atmosphère surchauffée et chargée de mauvaises odeurs de toutes sortes, et ils n'arrivent à destination qu'après avoir perdu avec leur fraîcheur la plus grande partie de leur valeur. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les primeurs ne trouvent un écoulement facile que pendant la courte période pendant laquelle elles ne sont pas en concurrence avec les produits similaires de la métropole : dès que ceux-ci paraissent ils obtiennent la préférence, môme à prix plus élevé.

On voit, par cet exposé, combien il est préjudiciable aux intérêts bien entendus de la colonie d'entretenir chez nos producteurs du Nord de l'Afrique cette illusion que le climat leur assure le monopole des marchés européens ; rien n'est plus faux, et il faut au contraire entraîner les cultivateurs dans la voie du progrès et des améliorations permettant de soutenir la concurrence. Du reste déjà on constate une baisse sérieuse dans les bénéfices réalisés en Algérie dans la culture des primeure. On ne vend plus comme naguère 5000 francs l'hectare d'artichauts, et les maraîchers d'aujourd'hui ignorent qu'il y a vingt ans les pommes de terre se vendaient jusqu'à 60 francs le quintal, eux qui souvent ne récoltent pas l'équivalent de la semence.

Pour les producteurs du Midi de la France, la concurrence de l'Afrique du Nord n'est pas la seule à considérer. Bien d'autres régions, l'Italie, l'Espagne sur le continent et plus loin la Syrie, l'Egypte, Malte, les îles de l'Atlantique, Madère et les Canaries, jouissent d'un climat et de conditions plus favorables à la production, des primeurs. Déjà la concurrence de ces régions se manifeste sur les marchés métropolitains et étrangers et cette concurrence, il ne faut pas se le dissimuler, ira sans cesse

grandissant avec le développement des moyens de transport et au fur et à mesure que se réaliseront dans ces régions les progrès de l'horticulture, favorisés par le climat, l'abondance des terres appropriées et de la maind'œuvre,

11 faut enfin faire observer que les progrès accomplis dans les procédés de conservation des fruits et légumes tendent à supprimer les difficultés de transport grâce auxquelles chaque pays de producl ion était au moins assuré d'avoir le monopole de son propre marché. Grâce à l'emploi du froid, non seulement on peut conserver sur place certains fruits d'une récolte jusqu'à l'époque de la récolte suivante, mais aussi les denrées considérées auparavant comme essentiellement périssables peuvent aborder les marchés des antipodes. Paris reçoit en mai à l'état frais des pommes et des poires cueillies de l'autre côté du monde. Les pêches du Cap s'y montrent en février; la République . Argentine commence aussi à alimenter l'Europe. Aussi n'est-il pas téméraire de penser que dans un délai plus ou moins proche le commerce des primeurs tendra à prendre commeceluides grains un caractère international, et lorsque les barrières douanières auront disparu, chaque pays se spécialisera dans la production qui s'adaptera le mieux aux conditions dans lesquelles il se trouve. Sous ce rapport le Midi de la France restera un des pays privilégiés, et si pour certains produits il aura à souffrir de cette concurrence, pour d'autres au contraire, dont il gardera longtemps le monopole, il n'aura qu'à gagner à cet échange international qui élargira encore ses débouchés.

Même dans les régions les plus chaudes du Nord de l'Afrique, la production des légumes n'a aucun caractère exotique, ce sont toujours les espèces ordinaires des potagers européens qu'on y voit, sauf que leur végétation est plus précoce.

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Les quelques plantes connues, comme le Gombo et la Chayottey ne sont que des curiosités horticoles; aussi V Igname, d'arrachage si difficile, et la Patate qui a reculé, sinon disparu, devant la Pomme de terre,

L'Embi^evadey Cajànus flavus D. C, est une Légumineuse de fructification nulle sur le littoral algérien, et VArachidey Arachis hypogea Lin., y est une autre Légumineuse peu commune dont les graines sont importées d'Espagne.

L'Alkékengey Phy salis peruviana Lin., Solanée presque inconnue sur la côte africaine, se rencontre cependant dans le Midi, consommée à l'état frais ou employée en confiserie.

1. Artichaut. Cynara scolymus Lin. — Cette Composée est une forme améliorée par la culture du cardon sauvage, si répandu dans tout le bassin méditerranéen : dans l'Afrique du Nord le cardon sauvage entre dans l'alimentation de l'indigène qui mange le réceptacle de la fleur et la partie charnue des feuilles.

Dans le Midi, dans les régions d'Hyères, d'Avignon, de Perpignan et dans le Nord de l'Afrique, particulièrement aux environs d'Alger et d'Oran, l'artichaut est cultivé en vue de l'exportation et alimente en hiver et au printemps les marchés du Nord et particulièrement les Halles de Paris.

Les variétés cultivées sont l'artichaut vert de Provence, que l'on mange surtout cru; l'artichaut violet de Provence produit non seulement par le Midi, mais aussi par la région d'Alger; l'artichaut gris ou artichaut violet long cultivé dans la région de Perpignan et en Vaucluse et aussi dans la région d'Oran.

Terrain. — L'artichaut est exigeant au point de vue de la nature du terrain qui doit être de consistance moyenne, frais sans excès d'humidité, substantiel : les terrains argilo-siliceux, ou argilo-calcaires, les alluvions riches des plaines lui conviennent. Il est sensible au

froid aussi dans le Midi de la France doit-on le protéger contre les abaissements de température, et dans l'Afrique du Nord il ne peut, du moins au point de vue de la production des primeurs, être cultivé en dehors du littoral et du voisinage de la mer; en janvier 1905, toutefois il a gelé aux environs d'Oran comme dans le Midi. Le terrain doit être profondément défoncé par un labour de 35 à 40 centimètres de profondeur : ce labour est suivi d'un autre labour exécuté peu de temps avant la plantation. On profite d-e ces labours pour incorporer au sol une forte fumure de fumier de ferme (au minimum 30000kilogs de fumier) complété par des engrais chimiques et particulièrement des phosphates. L'artichaut est en effet une plante épuisante. D'après M. Zacharewicz, une récolte moyenne d'artichauts (15000 kilogrammes) enlève au sol en éléments fertilisants par hectare : azote 120 kilogrammes, potasse 180 kilogrammes, acide phosphorique 84 kilogrammes. Le terrain est disposé en planches et en billons séparés par des rigoles bien nivelées permettant l'irrigation ; car l'irrigation est indispensable pour la culture de l'artichaut de primeur.

Dans le Vaucluse et dans la région d'Hyères les cultures sont abritées au moyen de claies en roseaux ou en bruyère.

Plantation. — La plantation se fait au moyen d'œilletons choisis sur les pieds les plus vigoureux, séparés des pieds mères en déchaussant ceux-ci et en enlevant les rejets à la main. On ne laisse sur le pied mère que deux ou trois rejets, les plus beaux, pour la fructification ; on dispose les pieds en lignes à une distance de 0"^,75 à 0",80 ; entre les lignes on laisse un intervalle de 0",90 à 1 mètre. Dans chaque interligne se trouve une rigole d'irrigation.

En Vaucluse la plantation est faite en automne par rejetons mis directement en place. En Algérie, cette méthode est aussi suivie, mais on plante aussi au moyen

de rejetons élevés en pépinière pendant trois à quatre mois et mis en place en juillet. La plantation avec des rejetons prélevés directement sur les pieds mères se fait en février. On compte 10 à 12000 pieds par hectare.

Soins culturaux, — Les travaux de culture consistent en piochages et binages. Au cours de la végétation on enlève les rejetons au fur et à mesure qu'ils se développent de manière à ne laisser que deux ou trois rejets par souche. En hiver on chausse les souches pour les protéger contre le froid; buttage à la charrue fini à la bêche. Au printemps on supprime les buttes et après la récolte, en été, on coupe au ras du sol les inflorescences sèches. L'arrosage pratiqué alors en août fait repartir la végétation suspendue par la sécheresse de Tété, et, en Algérie, il est continué jusqu'à la saison des pluies et même en hiver si ce dernier est sec. Dans la région d'Alger on arrose toutes les semaines, comme on fait en Vaucluse pour les plantations qui, arrivées à leur dernière année de production, doivent être remplacées. Production, — La production commence en Vaucluse fin février dans les endroits bien abrités, sauf pour les plantations mises en végétation par arrosage en juillet et qui produisent dès fin octobre pendant tout l'hiver, s'il n'est pas trop rigoureux. Chaque plant d'ar- . tichaut produit une douzaine de têtes à la première année de récolte, le double en second année ; à la troisième année le rendement diminue déjà sensiblement et après la troisième récolte la plantation est détruite pour être renouvelée.

Culture à Hyères. — Dans la région d'Hyères on met en pépinière les œilletons, bien arrosés jusqu'à reprise ; à partir de ce moment les arrosages sont suspendus et les plants se dessèchent extérieurement. En juillet on met ces œilletons en pleine terre abondamment fumée, puis on arrose tous les huit ou dix jours : on applique des matières fertilisantes dès que la plante est en pleine végétation . Rivière et Lecq. — Cultures du Midi. 7

liO PRODUCTION DES PRIMEURS.

Au premier froid on butte la plante du côté de l'ouest et du nord, en la laissant au midi bien exposée au soleil. On commence à récolter dès novembre pendant tout Thiver.

Culture à Perpignan, — Aux environs de Perpignan Tartichaut constitue la principale production maraîchère : on l'y cultive dans des terres légères, faciles à travailler, et arrosables. Pour le protéger contre le froid, dès novembre on chausse petit à petit les pieds, en ramenant la terre au fur et à mesure que s'avance la saison des froids. L'ados, qui a 60 centimètres de hauteur, est plus relevé du côté du Nord qu'à l'exposition du Midi. 11 est supprimé en mars, après les froids. La cueillette des télés commence en novembre pour se prolonger jusqu'en mai.

Les planls d'artichauts sont renouvelés chaque année. Divers insectes causent des dommages : une larve blanche en se développant dans l'intérieur des feuilles les fait sécher, occasionnant plus de mal que les pucerons noirs ou verts.

Résultats financiers. — Les diverses régions se succèdent dans l'approvisionnement des marchés et particulièrement de celui de Paris. En hiver ce sont l'Algérie, la Provence et le Roussillon qui les alimentent ; en été et en automne ce sont la Bretagne, l'Anjou et la vallée de l'Oise; mais en ce qui concerne plus particulièrement l'artichaut primeur, les divers pays du Midi se font une concurrence de plus en plus vive. Aussi les rendements en espèces ont sensiblement diminué. Il y a quelque vingt ans on parlait en Algérie de cultures d'artichauts ayant donné jusqu'à oOOO francs de revenu net par hectare ; ce chiffre est bien loin d'être atteint actuellement, en Algérie du moins. Dans le Vaucluse M. Zacharewicz accuse, pour une plantation d'artichauts durant trois ans, un rendement brut moyen de 15 120 francs (504000 têtes à 3 francs le 100) et une dépense de 2 461 francs de frais de culture pour les trois ans. Il resterait net 12 659 francs, soit plus de 4000 francs par an. Ces résultats ne sont pas

atteints en Algérie, actuellement : on y a même vu dans ces dernières années des propriétaires renoncer à la culture de l'artichaut pour se consacrer exclusivement à celle de la vigne. M. de Saintfoix, primeuriste à Hussein-Dey (Alger), accuse un millier de francs de frais de culture pour la première année et un peu moins pour les années suivantes : le rendement net semit de 1200 francs environ.

A TArba (plaine de la Mitidja) M. Al. Chouillou accuse une dépense annuelle de 820 francs par hectare pour une recette en produits de 1 485 douzaines de tètes au prix moyen de 0 fr. 65 la douzaine, soit 995 francs. Les frais se décomposent ainsi qu'il suit:

Labour 25 francs, piochage 60 francs, rechaussage 50 francs, fumier et épandage 250 francs, binage 25 francs, nettoyage des pieds 25 francs, arrosage et eau 60 francs, cueillette 20 francs, garde 50 francs, location 65 francs, transport, frais de marché 190 francs : total 820 francs. La première année on compte 100 francs de frais en plus pour défoncement et plantation.

La récolte commence de fin décembre au 10 janvier et se continue jusque fin mars. La plantation dure de deux à trois ans.

Maladies et parasites, — Dans le Midi les cultures d'artichaut sont quelquefois dévastées par les mulots. On a à redouter aussi le Peronospora glangliformis, analogue au mildiou de la vigne et pouvant être traité de la même manière. En Algérie une chenille Gortyna flavago ronge les tiges à l'intérieur ; on signale encore, comme parasit ecryptogamique, Ramularia cynarœ.

21A.CHARKWICZ, Culture de l'artichaut de primeur (Revue de Viticulture, 1902, t. I, p. 521, procédés de culture en usage en Vaucluse, fumures, rendements, prix de revient). — De Saintfoix, Production des primeurs en Algérie: l'artichaut (culture, rendement, prix de vente), dans le Bulletin de la Société des agriculteurs d'Algérie, 16 octobre 1902. — Schilling, Culture et exploitation des primeurs dans le département d'Alger (Bulletin de la Direction de l'Agriculture, Tunis, octobre 1900). — Hussard, Culture potagère et culture maraîchère (Encyclopédie agricole).

2. Asperge, Asparagus officinalis Lin. — La culture de cette Asparaginée dans la zone ne présente d'autre particularité que la précocité de ses produits. Cette précocité est due au climat : grâce à une végétation plus hâtive le Midi peut, pendant un certain temps, alimenter avec ses asperges de pleine terre les marchés du Nord sans avoir à subir la concurrence des produits similaires obtenus sur place. Toutefois, même dans le Midi, on a recours au forçage pour augmenter celte précocité et obtenir des produits plus hâtifs. Mais dans ce cas, sur le marché de Paris, il faut compter avec la concurrence des maraîchers de la banlieue qui se livrent à la production en grand de l'asperge de primeur.

Nous n'indiquerons ici que les procédés de culture spéciaux à la région méridionale. Dans le Vaucluse, on cultive l'asperge en plein- champ, soit seule, soit associée à la vigne dans des terres convenant admirablement à cette plante : ce sont des alluvions profondes, légères, un peu sablonneuses et perméables. Quoique naturellement riches en azote, potasse et acide phosphorique, elles sont abondamment fumées. Les centres de production sont surtout Lauris, Cavaillon, Cadenet, Aubignan, Mondragon, Avignon. On y cultive la grosse violette de Hollande et l'asperge d'Argenteuil très précoce.

Pour la plantation, la terre est complètement défoncée à 20 ou 30 centimètres de profondeur, si elle est meuble naturellement : sinon le défoncement est poussé jusqu'à 50-60 centimètres. Si le sous-sol était imperméable il faudrait drainer, car l'asperge craint l'humidité hivernale. La plantation se fait en mars au moyen de plants élevés en pépinière et mis en place en plein champ à des distances de 1 mètre sur 1™,50. Pendant les deux années qui suivent la plantation on bine, on sarcle, on arrose ; à la troisième année commence la récolte et à la quatrième année la plantation est en pleine production : celle-ci

dure dix à quinze ans.

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