GÉNÉRALITÉS
confinés seulement sur les montagnes fet se présentant à Fétat de parcours.
La flore fourragère ne se distingue guère par des espèces spéciales, quoique mêlée à une végétation méditerranéenne assez caractéristique, mais plutôt par ses arbustes.
De rinsuffisance des pluies, surtout pendant une longue période, résulte forcément un rendement fourrager assez réduit, et de là le faible effectif du gros bétail dans ces régions qui par la nature du pacage sont plutôt à la convenance du mouton et de la chèvre.
D'ailleurs d'immenses espaces, comme la plaine de la Crau, par exemple, sont affectés à Tentretien des moulons qui sont soumis à une véritable transhumance vers les montagnes de l'est et de l'ouest.
Dans le Nord de l'Afrique les fourrages naturels occupent de très larges surfaces dans les grandes plaines du climat marin à faibles altitudes ; là ils sont de plus ou moins grande végétation, suivant la plus ou moins bonne répartition des pluies au premier printemps.
Les plantes fourragères, en dehors des régions steppiennes et désertiques, n'ont pas de caractère spécial et ont beaucoup d'analogie avec celles qui composent le pâturage de la plus grande partie de la France. On trouve même nombre d'espèces communes aux environs de Paris, au milieu de plantes méditerranéennes, mais non de nature fourragère.
Cependant, dans les bonnes terres du climat marin, ces mêmes plantes ont, les années de pluie, une plus grande végétation ; mais souvent dans les périodes sèches leur développement est faible et même nul, ainsi que cela se remarque dans les plaines d'Oran.
Les Graminées et les Légumineuses sont la base des prairies naturelles, mais elles sont diversement réparties suivant la nature du sol et le milieu.
Cette répartition est donc variable : en terre sèche, en
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terre forte, en terre humide, dans les pâturages de chaume, de broussailles et de forêts (1).
En général, ces fourrages spontanés des plaines, quoique un peu grossiers, sont de bonne nature, sauf dans les localités où dominent par trop le faux chardon bleu [Eryngium), les vrais chardons jaunes {Kenlrophyllum et Scolymus) les Inula, quelques Crucifères à tiges très dures, etc., etc., et surtout des plantes vénéneuses comme Thapsia et Mandragore,
Quand on s'avance vers les Hauts-Plateaux ou dans les plaines salées, comme dans certaines parties de rOranie, ou dans de grandes régions de la Tunisie centrale, des Halophytes peu utiUsables accaparent le sol, très souvent impropre â toute autre végétation : ce sont principalement des Salsolacées, des Chénopodées et Thymelacées, surtout le genre Thymelea ou Passerina,
Sur les Hauts-Plateaux et les versants sahariens le pâturage est fugace, nul certaines années à cause des sécheresses, du froid continu et souvent du revêtement de neige, conditions météoriques qui créent aux troupeaux les plus grandes difficultés d'existence et les déciment par le manque de nourriture.
Dans ces régions hautes et de nature steppienne sont quelques grands peuplements composés presque exclusivement d'une même plante, Armoise blanche, Artemisia herba alba, Asso, puis des nappes de Stipa, notamment l'Halfa, Slipa tenacissima Desf., parfois sur des étendues immenses, comme le peuplement dit mer d'Halfa, dans le sud oranais : c'est entre les touffes de cette Gr aminée que les moutons trouvent un pacage souvent de bonne composition, mais assez fugace.
La flore désertique n'offre temporairement qu'un pacage restreint, et pour nourrir leurs troupeaux les
(1) Voir la nomenclature botanique de cette répartition : Ch. Rivière et Lecq, Manuel de l'agriculteur algérien, Paris, 1899, Ghallaniel.
GÊiNÉRALITÉS. ^■^; ' ' '
transhumants sont forcés de parcourir de longues distances dans les lignes des points d'eau.
Les essais de culture des plantes spontanées de nature fourragère n'ont donné aucun résultat, notamment le Melilotus speciosa D. R. de grande taille dans les bonnes terres, mais qui est annuel. En général les Mélilots, de bonne végétation les années humides, durcissent après la coupe et ont une odeur trop prononcée ; ils ne sont pas sans danger pour les animaux.
Il faut également ranger parmi ces essais infructueux, incertains dans beaucoup de cas, celui du Sulla ou Sainfoin d'Espagne et de la Luzerne sauvage, et pour cette dernière plante on se demande s'il est bien utile d'en recommencer l'amélioration .
La luzerne en arbre, Medicago arhorea Lin., des rives de la Méditerranée, n'est pas intéressante à cause de la caducité de ses feuilles en saison sèche.
Les essais de Graminées spontanées n'ont pas été plus heureux et, en résumé, ces herbes annuelles ou vivaces semées dans les régions à pâturage pauvre ne s'y sont pas développées. On peut conclure de là combien est irrationnelle la prétention si souvent émise de régénérer les pâturages du Sud par une végétation empruntée à l'exoticité et sujette à la sub-spontanéité.
En règle générale, plus on s'éloigne du littoral pour aller vers le Sahara, moins le pâturage naturel est abondant, de bonne qualité et il finit par disparaître : c'est le contraire qui se produit de l'autre côté de la Méditerranée en Provence, où en remontant vers le Nord on trouve des régions à pluies plus marquées et des altitudes où le revêtement herbeux du sol est en pleine pousse pendant la saison estivale.
Les plantes fourragères cultivées appartiennent à deux divisions : la culture en terrain sec et la culture en terrain soumis à une irrigation régulière.
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Dans le premier cas, en terrain sec, il ne faut guère espérer de résultats normaux avec les plantes actuellement connues. Certaines, comme les resecs et les gesses, ont quelque rendement les hivers humides, mais leur végétation est bientôt arrêtée dès la fin des pluies. Ce n'est que dans les bonnes terres à céréales et sur forte fumure que le semis d'avoine et de vesce mélangées fournit une récolte fourragère quand le temps est favorable ; mais de nombreuses vesces et gesses, Vieia et Lathyrus ne sont pas sans danger pour les gens et les animaux (lathyrisme) et le Lathyrus tingitanus Lin., des environs d'Alger, est un fourrage sans valeur. De même le Galegaofficinalis Lin. et surtout le fénugrec, Trigonella fenum graecum Lin. à tiges dures : Sikemberger, au Caire, avait cherché, il y a une vingtaine d'années, le principe excitant de cette plante.
Quant à l'exoticité, elle n'a, dans cette question de l'utilisation des terres sèches, apporté aucun contingent intéressant : tels les Anthistina et les Chenopodium australiens, de même le Tagasaste des Canaries et le Polygonum, de Sakhalin, la Consoude rugueuse {i), etc., et tant d'autres plantes de vogue passagère oubliées jusqu'à une nouvelle exhumation.
Dans la haute Provence, les prairies à composition de Graminées et les Trèfles, sont encore de bonne végétation avec des arrosements ; mais il y a surtout une plante qui se signale par sa rusticité, son développement et son rendement, c'est la Luzerne, principalement la race de Provence. Quand on a une espèce aussi précieuse, réunissant tant de qualités, et surtout résistant à la chaleur et au froid jusque dans le Sahara, on se demande véritablement pourquoi dans le Midi, comme en Algérie, on rechercherait, avec beaucoup de frais et de déboires, une autre plante.
(1) Barbct, Quelques plantes fourragères dans l'Aude (Vesce velue, consoude rugueuse, persicaire) (Progrès agric, Montpellier, t. II, année 1896). — Tallavignes, la Vérité sur la veâce velue c^ans le Midi {Loc. cit.).