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IV. — Plantes et matières tinctoriales

Les progrès de la chimie industrielle et les produits de synthèse ont déjà fait disparaître la culture d'un grand nombre de plantes tinctoriales : celles qui résistent encore sont fortement menacées et leur exploitation ne sera plus de longue durée.

Une revue rétrospective et l'exposé de la situation actuelle démontrent combien il serait imprudent de fonder dans notre zone quelque espérance sur la production des matières colorantes d'origine végétale et même animale.

D'ailleurs aucune culture de plantes tinctoriales pour l'industrie n'existe en Algérie ni en Tunisie.

On connaît déjà la chute rapide de la Garance dans la vallée du Rhône ; celle de la Cochenille dans les parties tempères chaudes et enfin l'ébranlement de l'exploitation de Y Indigo dans l'Inde, pour ne citer que les principaux colorants.

1. Cawpôcbe, flœmatoxylon Campechianum Lin. Légumineuse de l'Amérique tropicale demi-rustique sur littoral africain.

2. Cartbame ou Safran bâtard. Carthamus tinctonus Lin. Grande Composée annuelle de l'Afrique orientale, répandue dans l'Inde et en Egypte, à fleurs contenant une couleur passant du jaune au rouge ponceau.

3. Cochenille, Coccus cavti, entretenue sur les nopals Opuntia coccinellifera et tomentosa, et sans résistance, quoiqu'on en ait dit, sur VOpuntia ficus indica inerme; les intempéries, les oiseaux, la cherté de la main-d'œuvre ont créé des difficultés d'exploitation qui n'ont pu autrefois être vaincues en Algérie; aujourd'hui la concur-

rence des dérivés de la houille ne laisse aucune place à celte production animale (1).

Coulteria tinctoria H. B. Légumiveuse arbustive du Mexique, peu rustique en dehors du littoral ; contient dans ses gousses une couleur brune sans emploi.

4. Henné. Laxvsonia alba Lam. Petit arbrisseau des Lylhrariacées, cultivé dans l'Orient, mais plutôt confiné dans notre zone aux régions voisines du désert. On retire de ses feuilles une teinture acajou en usage chez les femmes et les enfants musulmans.

On évalue le rendement à l'hectare à 10-15 quintaux de feuilles, ce qui paraît exagéré.

5. Indigotier. Indigo tinctoria Lin., Am.or. Largentea Lin., Inde,I. anil Lin., Antilles. Légumineuses des régions tempérées chaudes, essayées sans succès en Algérie au début de la conquête.

Les couleurs minérales, puis Flndigo synthétique ne permettent plus la culture économique de ces plantes pour lesquelles la fin de leur exploitation dans l'Inde anglaise est prévue à brève échéance.

6. Kermès. Chermes ilicis, sorte de Cochenille vivant sur les jeunes rameaux du Quercvs coccifera Lin., du bassin méditerranéen, contenant une couleur rouge sans intérêt maintenant. Ne pas confondre cette espèce avec le Keimes vermilio.

7. Raisin d'Amérique. Phytolacca decandra Liri. Phytolaccée herbacée à souche vivace, subspontanée aux environs des habitations. Ses baies nocives sont employées comme celles du sureau.

8. Safran. Crocus sativusLin. Iridée bulbeuse délaissée comme tinctoriale.

9. Sureau. SambucusnigraLm.j arbrisseau des Caprifoliacées, également spontané dans le Nord de l'Afrique^ mais y craignant les parties chaudes. Ses baies purga-

(1) Sur les cochenilles el les kermès utiles, consulter Valéry-Mayet, Progrès agricole de Montpellier, décembre 1903.

tives contiennent un jus de teinte foncée servant à renforcer la couleur de certaines boissons, du vin aussi, dit-on.

La zone envisagée ici ne produit pas de plantes textiles : celles-ci ne pourraient y croître qu'avec des irrigations. Or ces dernières sont limitées ou affectées à des cultures plus rémunératrices. Les irrigations du Rhône et de la Durance servent des cultures vivrières, et celles plus partielles et moins étendues du littoral provençal ont pour objet l'entretien d'une horticulture spéciale, souvent de luxe.

Dans ces cas, il n'y a aucune place ni un volume d'eau suffisant pour entretenir des cultures industrielles, de rendement assez pauvre d'ailleurs, et qui se développent plus économiquement dans des pays à pluies d'été : le Lin et le Chanvre ne sont donc pas à leur place économique dans la région méditerranéenne de la Provence, pas plus que les plantes textiles d'origine exotique.

Ces considérations sont également applicables au Nord de l'Afrique. En Algérie les irrigations estivales sont restreintes à de petits périmètres et ont à servir des cultures vivrières de première nécessité. D'autre part, l'insuffisance de l'eau, souvent sa mauvaise qualité pour les rouissages et l'insalubrité créée par ces derniers constituent des obstacles insurmontables auxquels il faut ajouter les conditions économiques peu favorables du milieu en raison de la cherté ou du manque de maind'œuvre industrielle, de combustible et de force motrice hydraulique.

En Tunisie toutes ces difficultés sont encore plus exagérées par suite de l'absence complète d'irrigations à laquelle on ne pourra jamais remédier, l'orographie et la pluviométrie de ce pays s'y opposant.

L'histoire agricole de l'Algérie rapporte les efforts

i76 PLANTES INDUSTRIELLES.

stériles et coûteux qui y ont été faits à plusieurs reprises pour implanter la culture et l'industrie du Lin et du Chanvre. Des sacrifices non moins considérables de l'État et des particuliei^ ont été consentis par périodes, même avant la guerre américaine de Sécession, pour introduire la culture du Cotonnier qui, malgré les insucct's antérieurs, hante toujours l'esprit des théoriciens oublieux ou ignorants des leçons du passé.

C'est ainsi que depuis quarante ans on engloutit inutilement des capitaux dans l'affaire de la Ramie, qui, encore plus exigeante en eau que toutes autres plantes, n'aurait par cela même que peu d'avenir en Algérie, même si des procédés faciles de défibration étaient trouvés.

On ne peut considérer VHalfa et le Palmier nain comme des plantes véritablement textiles, car leurs fibres sont grossières, peu convenables au tissage et entrent à peine dans la mauvaise corderie ; mais ce sont de précieux produits de cueillette, d^origine spontanée et ne provenant pas de la culture à laquelle ils ne se prêteraient d'ailleurs pas économiquement. La cueillette réglementée (1) de VHalfa assure sinon la protection complète, du moins la prolongation de son exploitation. Quant à celle du Palmier nain, sa disparition n'est qu'une question de temps peu éloigné.

L'utilisation des Agave ou Faux Aloë du bord des routes ou de quelques peuplements subspontanés est sans importance, et le produit ne serait pas de nature à alimenter bien longtemps quelques petites usines régionales, en supposant que ces dernières supportent facilement les frais de coupe, de transport et de défibration.

Les plantes fîlifères de haute exoticilé n'ont aucun intérêt pratique quel que soit le développement relatif de quelques-unes dans des jardins du littoral africain où

<I) Arrêté du gouverneur général de l'Algérie, 14 décembre 1888.

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elles sont d'ailleurs confinées pour la plupart à Tétat de curiosité ou d'ornement et sans aucun autre rôle.

Parmi ces plantes, dans les Palmiers on trouve Arenga saccharifera Labil., Chine; Borassus flabelliformis Lin., Arab., Ind. or. ; Corypha umbraculifera Linné ou Talipot, Indes or., etc. qui sont d'éducation très délicate dans le jeune âge et dont l'état adulte se fait attendre pendant de nombreuses années.

Les Pandanées ne résistent pas aux hivers et les Sanseviera et Bromelia sont de croissance lente, essentiellement du domaine horticole des meilleures régions du littoral.

1. Agavées textiles. Amaryllidées, — Depuis des siècles V Agave americana Lin. est subspontanée dans la région méditerranéenne et s'avance même dans l'intérieur des terres en Europe, plus qu'en Algérie où il craint le climat des Hauts-Plateaux.

Les populations méridionales pratiquent depuis longtemps l'extraction des fibres par divers procédés manuels et en font des objets d'usage courant sans grande importance commerciale.

Depuis une cinquantaine d'années toutes les régions méridionales de l'Europe étudient l'utilisation plus industrielle de cette plante et déjà, en 1843, l'agronome MoU en préconisait l'extension en Algérie.

Les besoins de l'industrie textile ont engagé à rechercher si les fibres d'Agave de qualité supérieure pour lesquelles nous sommes tributaires de l'étranger, du iMexique notamment, ne seraient pas facilement produites dans notre territoire méditerranéen, puisque VAgave americana s'y développe si rapidement à l'état subspontané.

Les associations agricoles de la Provence orientale et occidentale, où ï Agave s'étend sur de grands espaces, se sont préoccupées depuis vingt-cinq ans environ de savoir s'il ne conviendrait pas d'en agrandir les peuple-

menis et même d'y ajouter les espèces à fibres les plus estimées. Cela était d'autant plus logique que la c6te provençale possède de nombreuses collections d'Agave en merveilleux développement et que même les espèces les plus rares y sont en bordure de roules et de chemins^ jusqu'à des distances assez éloignées de la mer et à certaines altitudes, comme par exemple dans les montagnes qui dominent Grasse, Nice, Menton, etc..

En Algérie, l'utilisation des Agave avait été entreprise en 1880-1885 par les propriétaires de la machine à grand travail Labérie, Berthet-Renaut; puis vers cette époque Madinier, acclimateur distingué, préconisa vivement la culture des Agave de Sisal et de Tampico dont il distribua des graines (1).

Depuis, la question fut reprise vers 1887-1888 par M. Vandermersch. Puis vers 1892, leD"" Weber, botaniste^ qui connaissait le mieux le genre Agave, envoya au Jardin d'Essai d'Alger de nombreux échantillons, mais non nouveaux, car ces espèces se trouvaient déjà en plein développement depuis longtemps dans cet établissement qui s'était rendu acquéreur en 1869 de la belle collection de Gels, à Paris.

G'est ainsi que quand il y a quelques années furent importées à grands frais du Mexique en Algérie les espèces prétendues véritables, on s'aperçut qu'il y en avait déjà un peu partout : on n'introduisit, dit le D' Weber, que de nouveaux noms pour de vieilles plantes.

D'ailleurs une fort belle collection de ces Agave fut plantée par le Jardin d'Essai dans le Jardin des Écoles supérieures d'Alger, loi's de la création de cet établissement, il y a une vingtaine d'années : elle fournit maintenant de précieux éléments de multiplication.

Les Agave résistent dans notre zone à la chaleur, à. l'insolation, aux longues sécheresses : prospères dans

(1) Algérie agricole.

tout le climat marin, elles craignent les altitudes et les régions steppiennes et désertiques.

Quelque étendus que soient les peuplements subnaturels de ï Agave americana en Provence et sur la côte africaine, ils ne suffiraient pas cependant bien longtemps à Talimentation de quelques usines régionales; puis à une certaine distance le poids considérable des feuilles occasionnerait des frais de transport très coûteux, car pour retirer 1 kilogramme de libres sèches, il faut manipuler 100 kilogrammes de feuilles.

Dans le Nord de l'Afrique, beaucoup de routes sont bordées par ces Agave dits improprement Aloë, et l'on y voit souvent des Indigènes ou des Européens occupés à l'extraction des fibres par des moyens primitifs (fig. 14).

Culture, — La culture des Agave est des plus simples : un rejeton bien formé ou un plant fort, issu de bulbille, est mis en terre jusqu'à son collet, vers la fin de l'hiver notamment.

En bonne terre et dans les régions favorisées par quelques pluies, la végétation est assez rapide.

En terrains mauvais, pierreux, dans le sable, dans la dune, en localités pauvres en pluie, le développement est long et médiocre. Les climats de la steppe et du Sahara ne conviennent malheureusement pas à ces plantes.

Multiplication, — La multiplication par le semis est une opération horticole lente et coûteuse pratiquée seulement pour des espèces rares; puis, au point de vue industriel, dans le groupe des Agave de Sisal ne sait-on pas encore si le sujet de semis reproduira le type recherché, comme le rejeton ou la bulbille : ces deux derniers moyens sont rapides et certains.

Les espèces les plus estimées au Mexique, au Yucalan notamment, et dont l'implantion est préconisée en Provence, en Algérie et surtout sur la côte orientale de Rivière et Lecq. — Cultures du Midi, 11

la Tunisie, appartiennent à deux groupes d'Agave ordinairement assez mal connus et qu'il convient de préciser ici :

1° Agave de Tampico ou Lechuguillas,

2<» Agave de Sisal ou Henequen,

L'exposé suivant, bien sommaire, fait connaître la grande variation des plantes composant ces deux groupes, variétés, races ou formes, qui sont de nature différente par leur végétation et leurs produits.

Comme la première coupe des feuilles ne peut avoir lieu que six ou dix ans après la plantation, remarquons qu'il ne convient pas de débuter par une fausse manœuvre qui annihilerait les efforts et les dépenses antérieurs.

Groupe des Tampico ou Ixtle ou Lechuguillas. — Les Agave qui produisent le Crin de Tampico appartiennent à V Agave univittata, Haworth, aux nombreuses variétés ou races, différentes d'aspect et de forme : elles sont toutes drageonnantes et caractérisées par leur inflorescence spiciforme et non bulbillifère.

Ces plantes sont du groupe des Agave marginéSy c'està-dire que les bords de leui's feuilles ont une marge épineuse, lisérée et cornée pouvant se détacher tout d'une pièce de la masse charnue, caractère propre aux Lechuguillas et qui par conséquent sert à les différencier des autres Agave textiles, notamment des Sisal,

Ces plantes sont de petites formes : elles dépassent rarement 60 centimètres de hauteur et quelques variétés ont peu de feuilles.

Le type Agave univitlata est celui qui a le plus de feuilles, de 30 à 40 environ.

Une variété à teinte grisâtre, A. miiUilineata,

Enfin, il y a d'autres formes grisâtres, même bleuâtres, à feuilles droites, plus longues et à face dorsale très convexe.

Toutes ces plantes, à fibres de nature analogue, sont dites Lechuguillas (petite laitue) au Mexique.

AGAVE. i83

Quoi qu'il en soit, les Agave à crin de Tampico ont des fibres dures, coriaces, brillantes, mais particulièrement fortes, flexibles et épaisses surtout à leur base.

Le rendement en fibres sèches est de 4 p. i 00 du poids des feuilles vertes.

Ces espèces des régions tempérées, même froides des hauts plateaux mexicains, résistent bien dans les collections de la Provence littorale : elles s'en éloignent même dans certains cas et semblent préférer cette région à celle des Hauts-Plateaux algériens aux duretés climatériques beaucoup plus accusées.

Ces plantes ne sont pas d'une croissance rapide. Leur multiplication est également lente, elles drageonnent fort peu en mauvais sol, et leurs inflorescences ne portent pas toujours beaucoup de graines.

En terrain dur, sec, sableux, on obtiendra forcément une maigre végétation, des feuilles peu nombreuses et courtes, par conséquent des coupes très éloignées et insuffisantes comme rendement.

Dans tous les cas, étant donnée la cherté du plant et de sa plantation directe, l'hectare exigera une certaine dépense de premier établissement, puis une mise en défens et des frais d'entretien.

Groupe des Sisal ou Henequen. — Les Agave dits Chanvre de Sisal paraissent issus d'une même espèce Agave rigida Miller, mais qui a subi de nombreuses variations. Aussi convient-il de rappeler que ces plantes toutes drageonnantes, mais à faciès absolument différents, ont cependant une caractéristique botanique immuable dans leur inflorescence candélabriforme portant des graines et en même temps des biitbilles.

Les synonymies du Chanvre de Sisal sont nombreuses, mais leur dénomination est à conserver pour préciser la variété ou la race sans oublier l'origine.

En résumé, au point de vue de la production filifère, quelques formes seules nous intéressent et il faut savoir

les déterminer au milieu de ces confusions de noms et même d'espèces voisines.

1° Agave rigida, grande forme à larges feuilles, épineuses, à aspect de petit Fourcroya,

2° Agave rigida, même plante que la précédente mais à feuilles inermes, c'est V Agave sisalana, de Perrine, et VAgace HouUetiana, de Jacobi.

Mais dans ce groupe à feuilles larges, il y a des plantes plus ou moins épineuses, souvent simplement dentées en scie, réflexes, molles ou dures, vertes, glauques ou argentées, épaisses ou plates, à face dorsale nulle ou accusée, avec ou sans talon, etc.

3*» Agave Ixtly et elongata, à feuilles nombreuses, ensiformes, épineuses, etc.

Au milieu de cette variation, quel est le type à choisii*, le mieux à la convenance de la région envisagée, étant donné que l'on connaît les qualités de sa fibre et les facilités de son extraction ?

Aucune expérience pratique n'a encore été faite dans notre zone; n'empêche que certains auteurs aient déjà conseillé en première ligne le Sisal h feuilles larges et non épineuses : c'est d'ailleurs la plante actuellement préconisée dans le monde entier, ainsi que le confirment les photographies qui accompagnent les nombreux mémoires sur cette question. Dans l'espèce, 1 es épines ne sont pas seules à considérer, mais bien la fibre, étant connus le poids et l'épaisseur du' talon au point d'attache. En outre certaines variétés au nombre de feuilles relativement réduit occupent en diamètre une grande place.

Dans certaines de ces variétés les feuilles épineuses ou non, à pulpe épaisse, à face dorsale dure et à talon développé, résistent à l'action de la défibreuse : il faut deux traitements mécaniques, l'un aplatisseur, l'aulre défibreur. Ensuite, pour un rendement égal ou même inférieur, on manipule un poids considérable.

Dans les essais algériens, les Sisal inermes ou épineux ont donné 2 p. 100 du poids de leurs feuilles.

11 y a dans ce groupe les formes A. Ixtly et A. elongnta, plus ou moins épineuses, mais à feuilles en lattes, longues de 1°^,30, larges de 8 centimètres, pçu épaisses et sans talon, précieux avantage.

Le groupe des Sisal est moins rustique que celui des Tampico ; il habite des régions très chaudes du littoral mexicain plutôt que les altitudes et ne remonte pas en Floride : c'est dire que les Hauts-Plateaux algériens avecleurs neiges et leurs froids constants et accusés pendant l'hiver ne sont pas plus à sa convenance que les régions désertiques. Les Sisal ne trouveraient guère une place sur la terre africaine que dans la zone basse et restreinte du climat marin, lieu des cultures intensives, parfois seulement progressives. Or les Agave ne paraissent pas même devoir être comprises dans ces dernières, eu égard aux frais de premier établissement, d'entretien, à la dale éloignée de leur rendement, à leur récolte et à leur traitement.

Quel que soit le coût de la main-d'œuvre et du terrain, variable suivant les milieux, une plantation d'Agave de Sisal impose à l'hectare les charges suivantes : préparation du sol, achat de plants, plantation, entretien annuel, loyer du sol, etc.

Le semis direct est impossible; il faut planter un sujet de 3 ans de semis, ou un rejeton, ou une bulbille de deux ans. :

Dans des terrains non mauvais mais passables, une coupe n'est pas à prévoir avant 6 ou 8 ans; le matériel de défibration est coûteux, puis après la floraison, quand la plante centrale meurt, un nouvel aménagement est à pratiquer.

Voisin des Agave se trouve le genre Pourcroya qui renferme une grande espèce, F. gigantea {Agave fœlid'i) de

l'Amérique centrale : c'est le Pite ou chanvre de Maurice, peu rustique en Algérie.

Fourcroya Deledevanti des montagnes du Pérou, est une plante intéressante, pour la zone basse.

Aucune plantation d'Agave n'existant encore, il n'est pas permis d'émettre une opinion sur le caractère économique de cette opération qui paraît plus que douteux.

Toutes les espèces n'ont pas tendance à la subspontanéité • comme ï Agave amer icana et peut-être comme une plante voisine, souvent confondue avec ce dernier. Agave mex> cana, qui possède des fibres plus belles et plus nombreuses (3 p. 100).

Engelmann, Saint- Louis, Missouri, 1876, pour caractères botaniques. — Notes du D' Wëber. Société nationale d'acclimatation de France^ 1901, 190â, 1903. — Ch. RiviÈRB, Cultures coloniales, juillet et août 1902. — Mann et HuNTER, Sisal, Hemp culture in the Indian Tea Districts, Calcutta, 1904*

2. Alfa ou Halfa. Stipa Unacissima Lin. — Graminée vivace et spontanée poussant en peuplements plus ou moins denses sur la côte africaine, notamment sur les Hauts- Plateaux oranais et sur certains points de la côte orientale de la Tunisie. C'est une touffe à feuilles jonciformes, contenant une fibre grossière : elle ne se plaît que dans les terrains silico-calcaires non humides.

Cette plante est principalement recherchée par l'industrie anglaise pour la fabrication du papier ; aussi a-t-on tenté depuis plus d'un demi-siècle la fabrication sur place de la pâte : de sérieuses expériences en ont toujours démontré l'impossibilité.

Dans la publication officielle État des Établissements français en Algérie, 1859-61, p. 333, la fabrication de la pâte à papier sur les lieux de production était déjà condamnée comme une fausse manœuvre. Le rendement industriel en cellulose est de 40 p. 100 du poids de l'alfa.

On a voulu retirer de TalcoM des feuilles riches en matières amylacées : c'est un produit infect.

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On a parlé de la plantation de Y Bal fa et du repeuplement par le semis et par la transplantation d'éclats de souche, pratiques des moins certaines. D'autre part, il faut à celte Graminée des sols spéciaux : opération totalement à rejeter au point de vue économique.

3. Bananiers textiles. Musacées diverses. — On avait pensé retirer un sous- produit des fibres des Bananiers comestibles qui occupent une très faible place sur le littoral africain.

Outre que cette défibration est fort difficile, les expériences du Jardin d'Essai d'Alger ont démontré que les fibres de ces plantes étaient de qualité inférieure, surtout après la fructiliation.

Le Chanvre de Manille ou Abaca [Musa textilis Lin.), espèce séminifère des Indes orientales, de végétation assez normale aux environs d'Alger, ne se signale pas sous ce climat par la qualité de ses fibres.

4. Chanvre. Cannabis sativa Lin. — Grande Cannabinée annuelle ne convenant guère à l'agriculture des côtes provençales ni du climat africain pour les causes générales constamment consignées dans ce chapitre : irrigations chères ou impossibles, difficultés de rouissage et de traitement industriel.

Si l'on trouve quelques pieds de chanvre chez les Arabes, c'est pour préparer un stupéfiant, le kyf : c'est ordinairement une variété courte.

5. Dyss, des Arabes. Arundo festucoides Desf. [Ampelodesmos). — Grande Gr aminée indigène, vivace, poussant en forte touffe, autrefois assez commune sur le littoral africain, mais en décix)issance par suite d'une exploitation un peu abusive et de l'extension de la colonisation :

6. Jute ou Coréte. Corchwus capsularis Lin. — Grande Malvacée annuelle que les Arabes cultivaient autrefois comme légume et qui dans ces dernières années a pris comme textile une place considérable notamment dans l'industrie anglaise. Son extension a été rapide dans

188 PLANTAS TKXTILES.

rinde, une des localisations les plus favorables à son développement.

En Algérie, dans de bonnes terres, et avec des irrigations régulières, la végétation et le rendement ont été insuffisants; même obsei*vation pour la basse vallée du Rhône.

7. Ketmie à feuilles de Chanvre. Hibiscus cannabinus Lin. Ind. or. Grande Maîvacée annuelle, atteignant jusqu'à 3 mètres et cultivée dans toutes les bonnes terres humides ou arrosées de F Asie et de l'Afrique. On la trouve en Egypte sur certains points, où la culture en est faite pour obtenir des liens pour empaqueter le coton principalement.

En Algérie sa culture serait estivale : la plante se développe bien en bon sol avec des arrosements réguliers.

8. Lin de la Nouvelle-Zélande, Phormium tenax Forst. — Liliacée vivace des terrains frais et marécageux, également résistante à des périodes de sécheresse quand sa souche est bien constituée, qui a des feuilles longues de 4°», 50 environ, plates etensiformes, contenant une bonne libre mais d'extraction difficile.

Sa plantation, conseillée dans les parties humides de l'Algérie, n'est cependant pas à recommander; elle est coûteuse.

9. Cotonnier, — Dès le commencement du siècle dernier sous le Premier Empire, la question cotonnière se posait déjà : pour préparer l'affranchissement de l'industrie nationale, tributaire de la production étrangère, le Gouvernement encouragea la culture du coton dans le Midi de la France. Une circulaire adressée aux préfets à la date 27 mars 1807 les informait qu'il serait accordé une prime de 1 franc pour chaque kilogramme de coton récolté, nettoyé et prêt à être filé. Des essais furent faits dans divers départements du Midi et particulièrement dans les Bouches du-Rhône, le Gard, l'Hérault, le Var, le N'aucluse, etc., mais ils ne tardèrent pas à être abandonnés.

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