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COTONNIER

Dans un rapport en date du 16 octobre 1853, adressé à Tempereur Napoléon 111, le ministre de la Guerre appelait de nouveau l'attention du Gouvernement sur rintérèt qu'il y avait, au cas où pour une cause quelconque nosfilateurs ne pourrraient plus s'alimenter aux États- Unis, d'encourager la culture du coton en Algérie. L'éventualité prévue devait se réaliser quelques années plus tard : pendant la guerre de Sécession (1861-1865) les usines européennes furent insuffisamment approvisionnées de cette matière première dont le prix quintupla : ce qui provoqua momentanément le développement de la culture du coton dans tout le bassin méditerranéen, développement qui fut vite arrêté après la guerre par la reprise des relations commerciales avec les États-Unis.

Aujourd'hui la même crainte de manquer de matière première s'est emparée du monde industriel par suite de l'intention manifestée par les États-Unis, qui produisent les onze quatorzièmes du coton récolté dans le monde entier, de restreindre leur exportation en mettant en œuvre eux-mêmes la plus grande partie de leur production. Aussi à nouveau, comme en 1853, pose-t-on la question de la culture du cotonnier dans l'Afrique du Nord.

■ Contrairement à l'opinion généralement admise, c'est bien avant la guerre de Sécession, bien avant la hausse du coton, que la culture de cette plante fut implantée et prit un certain développement en Algérie. Ce développement, né non de l'état du marché à l'époque, mais provoqué artificiellement par des encouragements officiels et des attributions de primes, fut aussi éphémère que l'intervention administrative; il s'arrêta complètement quand celle-ci cessa. La prospérité de la culture du coton en Algérie correspond non à l'époque où les conditions économiques étaient le plus favorables, mais à celle où les subventions gouvernementales étaient le plus élevées et où l'État se montrait le plus libéral. C'est en effet en

1858, avant la guerre de Sécession, que la culture du colon atteignait son apogée avec une surface plantée de 2052 hectares. C'est alors que Toptimisme administratif se traduisait par les termes suivants d'un rapport officiel : « L'Algérie deviendra dans un temps plus ou moins proche le pays du cotonnier, puis se transformera en un marché immense où viendront s'alimenter toutes les fabriques de la métropole. »

A partir de cette époque la culture du coton entre en décroissance et lesprixélevésducoton furent impuissantsà conjurer sa ruine, que les mêmes rapports officiels constataient comme définitive une dizaine d'années plus tard.

Pourtant, jamais depuis en Algérie, aucune introduction de culture nouvelle ne fut tentée, semble-t-il, avec plus de méthode, plus de persévérance dans les efforts et dans les sacrifices ni avec un concours de circonstances plus favorables au moins en apparence.

Il s'agissait moins d'innover que de donner de l'extension à une culture déjà ancienne dans l'Afrique du Nord, au moins à l'état embryonnaire. En effet, le cotonnier existait à l'état subspontané et en arbrisseau en Algérie dans diverses localités, notamment dans les environs de Mostaganem et sur quelques points de la province de Constantine. Bien avant la conquête française les indigènes récoltaient du coton sur quelques points et en récoltent encore dans la région de Bizerte (Tunisie). Les vieux auteurs arabes, particulièrement Edrisi et Bekri, déclarent que cette plante a été cultivée en grand au Moyen Age dans l'ancienne régence d'Alger, à M' Sila, où, d'après Bekri, la qualité du coton était excellente : cette culture était aussi florissante à Sétif du temps d'Edrisi, ainsi que le déclare ce dernier.

Malgré ces antécédents avantageux l'administration, soucieuse de ne pas lancer inconsidérément les colons dans l'incertain, avait cru devoir, dans les pépinières gouvernementales, procéder à des essais préliminaires :

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