PALMIER NAIN
de Riga est principalement cultivée pour sa fibre, n'appartient guère à la zone méridionale à pluies de printemps et d'été insuffisantes ou nulles et à insolation trop vive. Dans ces conditions la plante est courte et la fibre grossière.
En Algérie de grands efforts ont été faits à diverses reprises pour y implanter la culture du Lin et son traitement industriel. L'impossibilité du rouissage, la cherté et l'insuffisance de la main-d'œuvre, ainsi que l'infériorité du produit ont réduit à néant toutes ces tentatives.
4 1 . Palmier nain. — Le Palmier nain, Chamœrops hunv» lis Lin., maintenant disparu de la Provence, est le seul représentant indigène de la famille des Palmiers dans l'Afrique du Nord, car le dattier ne peut être considéré, même dans cette dernière région, que comme une plante d'importation très ancienne.
Cette plante se présente le plus souvent sous l'aspect d'un buisson bas et sans stipe.
Les peuplements de palmiers nains, parfois très denses, recouvrent encore de grandes étendues sur le littoral africain, jusque dans la région montagneuse : ils occupent souvent des terres de bonne qualité que le défrichement rendrait propres à la culture. Mais l'extraction des souches est parfois très onéreuse et entraîne à des frais supérieurs à la valeur vénale du sol.
Dans le Nord de l'Afrique les indigènes exploitent ce palmier dont ils récoltent la feuille pour en confectionner des paillassons, des paniei-s, des cordes, etc. En outre, de cette feuille on retire par le peignage une matière fibreuse désignée sous le nom de crin végétal et qui fait l'objet d'un certain commerce d'exportation. Ce crin végétal remplace le crin animal, pour le rembourrage des coussins et des sièges ; il est très employé par les tapissiers. La fabrication du crin végétal s'est seulement développée dans les départements d'Oran et d'Alger : elle
est presque inconnue dans la région de l'Est, plus pauvre du reste en palmier nain.
La feuille du palmier est surtout cueillie par les indigènes qui, dans les années de mauvaise récolte, trouvent par ce travail quelques ressources. Les palmes séparées de leur pétiole sont réunies en manoques et portées le plus souvent à dos d'homme à l'usine plus ou moins rapprochée. Le poids de ces manoques est variable suivant l'ouvrier (enfant, femme ou homme) et varie de 15 à 50 kilogrammes.
Le fabricant de crin végétal paie la feuille 1 fr. 50 le quintal, exceptionnellement 2 francs. Si l'on tient compte de la redevance à payer au propriétaire des peuplements de palmiers nains, des fatigues qu'entraînent la cueillette, la mise en manoques et surtout les transports à longue distance de cette matière pauvre, on conviendra que l'exploitation du palmier nain n'est guère luc^tive. Elle apporte aux indigènes quelques ressources péniblement gagnées, appréciables pendant les années de disette surtout : mais il est exagéré de prétendre qu'elle leur assure annuellement un salaire de 2 millions de francs.
La quantité de feuilles de palmiers mise en œuvre par les fabricants de crin végétal est par an de 500000 à 600000 quintaux qui représentent pour les frais de cueillette et de transport à l'usine une somme de 800 000 à 900000 francs, payée pour la plus grande part aux ouvriers indigènes et pour le surplus à des ouvriers espagnols.
Le rendement industriel de la feuille du palmier nain en crin végétal est variable ; on compte 180 kilogrammes à 200 kilogrammes de feuilles pour 100 kilogrammes de crin végétal mis en corde.
Le peignage des feuilles, la mise en cordes et les autres préparations auxquelles est soumis le crin végétal se font presque entièrement mécaniquement, au moyen de tambours à manège, ou à moteurs à vapeur, de peignes mécaniques, etc.
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Le prix du crin végétal est très variable suivant les années et suivant les qualités. 11 est de 8 à 10 francs par 100 kilogrammes franco bord.
L'exportation du crin végétal a atteint dans ces dernières années les chiffres suivants :
1900 325.393 quintaux.
Le crin végétal est pour la plus grande partie exporté à rétranger (Allemagne, Belgique, Italie, etc.).
12. Ramie ou Cbina-grass. Urticée de l'Asie orientale, vivace et contenant dans son écorce une fibre fine et soyeuse.
Depuis une cinquantaine d'années ce textile est l'objet des préoccupations de l'agriculture circum-méditerranéenne et même de certaines régions de la vallée du Rhône.
L'industrie européenne, surtout aux époques de crise cotonnière, désire se soustraire pour le China-grass au marché exclusif de l'Extrême-Orient et attend toujours la production économique de cette matière première dans notre zone.
Les progrès dans cette voie sont nuls. A l'heure actuelle, aucune machine detraitementacceptéeparles industriels, peu d'accord du reste sur la préparation préalable à faire subir au produit, n'est encore connue et, d'autre pari, il n'y a pas la moindre culture existant sur une surface assez étendue pour établir des rendements de pratique courante.
Deux espèces principales :
1° Urtica nivea Lin. {Bœhmeria) de l'Asie orientale, est le China-grass des Anglais. Feuilles très blanches en dessous. Tiges monocarpiques, c'est-à-dire disparaissant
tous les ans après la finictification. Plante des pays tempérés.
2<» Urtica utilis Blum, Urtica tenacissima Roxburg (Bœhmeria), Ramie verte de TArchipel indien, c'est la Rainie de Java. Feuilles à peine blanchâtres en dessous. Tiges persistantes, se ramifiant, à rare fructification.
Plante plutôt des régions et des localités chaudes.
Culture. — La culture, des plus simples, repose pour ainsi dire sur une seule opération primordiale qui consiste presque exclusivement dans la préparation la plus parfaite d'un sol de bonne qualité et soumis à des irrigations régulières pendant Tété principalement ; dans des conditions contraires il vaudrait mieux s'abstenir de cultiver.
Le sol préféré par ces Urticées à grand développement herbacé est celui riche en humus, argilo silico-calcaire, mais où l'argile ne serait pas en trop forte proportion audessous de la couche arable, car la souche de ces plantes s'enfonce assez profondément : c'est dire que les soussols où Feau hivernale est stagnante ou salée sont défavorables.
Sur le terrain bien préparé on trace des raies profondes de 0™,10 à 0"",12 au plus, écartées de 0"^,30. Dans ces raies on place tous les 0™,25 ou 0™,30 un rhizome ou un plant : la raie est recouverte puis on arrose.
Après le premier arrosement, binages répétés, puis entretien d'une humidité constante.
Après trois ou quatre mois de ces soins, la végétation dans une plantation compacte est assez toufTue pour rendre impossible tout binage : il n'y a donc plus qu'à arroser et à faire une première coupe.
L'entretien ne se borne plus alors qu'à l'arrosement décadaire en saison sèche et à la fertilisation du sol par des apports de fumier de ferme ou d'engrais chimiques azotés et potassiques.
Les frais de coupe sont très variables suivant les milieux.
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Une plantation dure très productive pendant une douzaine d'années, et elle est en pleine prospérité au bout de deux ans de création.
Multiplication. — La. Ramie est multipliée par divers procédés:
1° Par semis fait au printemps en terre légère;
2» Par bouture de tête, ou de section de tige, du printemps à Fautomne ;
3° Par marcottage ou couchage ;
4* Par section des rhizomes avant ou à la fin de l'hiver ;
5« Par éclats de souche.
Les deux derniers moyens sont économiques et rapides.
Régions de culture, — Sans irrigation d'été la culture de la Ramie est impossible. En dehors de la basse vallée du Rhône où le froid est à craindre, il n'y a plus, surtout sur la Côte d'Azur, que des irrigations horticoles.
La Tunisie n'a pas d'irrigation et en Algérie les périmètres irrigables sont confinés aux plaines de Relizane et des environs d'Oran. Dans la plaine du Chéliff l'eau n'est pas assurée Tété et l'insolation y est trop vive. Les régions sahariennes ne sont pas favorables à la Ramie.
Rendement, — L'industrie n'ayant jamais acheté, au moins dans la zone envisagée ici, une récolte de Ramie, le rendement en argent est impossible à établir ; d'autre part, il dépendrait du traitement en vert ou en sec et du travail de la machinerie encore à trouver.
En culture intensive, l'hectare produit 400000 tiges par coupe. Pour le traitement envert on compte sur trois coupes, mais seulement sur deux pour le traitement en sec.
Théoriquement, le rendement en fibres s'établirait ainsi : une tige fournissant 3 grammes de filasse, ce serait 3 X 400000 = 1 200 kilogrammes.
La décortication consiste à enlever mécaniquement
iécorce et à la convertir en lanières plus ou moins frictionnées ou dépeliiculées.
Comme conclusion, on doit signaler qu'il n'existe dans la zone aucune culture en exploitation et que la Ramie n'y est pas à considérer comme une plante économique.
Sur Texploilalion de la ramie. consulter : Favier, industriel à Avignon et un des propagandistes les plus zélés de ce textile, et pour la machinerie et les divers traitements, les ouvrages de Mighotte, ingénieur à Paris. — Pour l'ensemble de la question, les actes du Congrès international de la Ramie, publiés par la Revue des cultures coloniales, Paris, constituent le document le plus complet.
La culture des plantes à essences et à parfums dans la Basse- Provence remonte au commencement du siècle dernier : elle est localisée dans les Alpes-Maritimes et principalement dans l'arrondissement de Grasse.
Les plantes récoltées pour la parfumerie sont, par ordre d'importance économique, la fleur d'Oranger y la Rose, le Jasmin, puis viennent ensuite la Violette, la Cassie, la Tubéreuse et enfin le Géranium, la Menthe, la Mélisse, la Jonquille, le Réséda, la Verveine, etc. (1).
D'après M. Chapelle (2), la production industrielle de Tannée 1900 était de 400000 kilogrammes de pommades parfumées très condensées et de 100000 kilogrammes d'huile parfumée produite par enfleurage.
En outre, la distillerie produisait 2000 kilogrammes d'essence de Néroli; 50 kilogrammes d'essence de Rose, 4000 kilogrammes d'essence de Menthe et 4 millions de litres d'eau de rose et de fleurs d'oranger, sans compter les essences retirées des plantes sauvages. Lavande, Thym, Romarin, etc.
Les produits de la culture par suite de la concurrence
(I) Voy. S. PiEssR, Histoire des parfums, éâiiïon française, Paris, 1905. {'2) Ghapellr, Congrès international d'agriculture, Paris, 1900.
ont une tendance marquée vers la baisse. Dans les vingt dernières années on a vu passer la fleur d'oranger de 2 francs le kilogramme à 0 fr. 50 ; la Rose, de 0 fr. 65 à 0 fr. 35; le Jasmin, de 3 fr. 25 le kilogramme à 1 franc, et les autres produits ont suivi la même dépréciation. Or cette chute dans les prix est due en gi'ande partie à la concurrence faite aux produits naturels par les découvertes de la chimie.
Bien que les essences artificielles proviennent souvent de la combinaison d'éléments infects comme odeur, aldéhydes, acétones, alcools, éthers, etc., elles ont une stabilité très grande, et si elles n'ont pas toujours la suavité des parfums naturels, elles ont sur ceux-ci l'avantage d'être à bon marché et d'être fabriquées en toute saison.
En somme,-la production des plantes à parfums dans le Midi semble perdre du terrain, tandis que celle des fleurs pour bouquet y est considérée comme plus rémunératrice.
Les découvertes, les applications de la chimie et surtout les produits de synthèse sont une menace pour la culture des plantes odoriférantes.
Si l'on considère le développement de l'usine d'une part et la restriction de la culture d'autre part, on se demande si cette dernière, dans certaines régions, en Europe du moins, n'y subsiste pas surtout pour la forme et pour perpétuer le prestige bien ébranlé scientifiquement du produit dit naturel.
Les parfums synthétiques déjà sortis du laboratoire et entrés dans la grande industrie, sont relativement nombreux; mais à côté d'eux il y a aussi des principes naturels, des isomères qui, s'ils ne servent pas directement, entrent dans la composition tout artificielle de produits odorants connus.
Parmi les éléments synthétiques qui font que le
(1) Voy. Charabot, Les parfums artificiels, J. Bailiière, Paris, 1900.
Muguet, la Vanille, l'Héliotrope, la Violette, etc., ne sont plus guère à cultiver dans ce but, il faut citer les principes obtenus artificiellement : terpinéol, vanilline, pipéronal, ionone, etc.
Puis rentrent dans la préparation des parfums fabriqués des principes à composition définie, linalol, bornéol, safrol, pour ne citer que les plus employés : c'est déjà une réduction du rôle des orangers, rosiers, géraniums, camphriers, etc., végétaux autrefois de première nécessité pour la production des principes odorants de cette nature.
D'autre part, et c'est là une des questions qui doivent préoccuper la culture méditerranéenne, ces principes sont trouvés, depuis l'expansion coloniale, dans des peuplements d'arborescents séculaires en des milieux intertropicaux de végétation luxuriante, Melaleuca viridipora et cajaputi, Di'yobalanops, etc., ou dans d'immenses étendues de Graminées, Andropogon citratus notamment, ce dernier servant à composer des essences de rose et réduisant ainsi la place du Géranium rosat.
Le Menthol n'est plus demandé aux cultures de Menthe de nos régions, mais extrait d'une menthe japonaise très riche en essence ; pour le Thymol, le Thym et le Serpollet ne sont plus utiles.
Dans les pays intertropicaux, beaucoup de ces principes commencent à être extraits sur place de végétaux spontanés, puis sont importés dans les usines européennes : leur source est considérable, de longtemps inépuisable et l'on ne voit pas bien maintenant l'intérêt qu'il y aurait à cultiver les plantes qui les produisent, surtout dans un autre milieu, où elles ne présenteraient peutêtre pas les qualités recherchées.
Dans cet ordre d'idées on sait déjà que l'essence de géranium rosaï d'Algérie, de composition chimique différente de celle des essences d'origines autres, n'est pas classée dans les qualités supérieures, son produit étant réelle-
ment moins fin, par conséquent à cours plus bas que ceux de TEspagne et du Midi de la France où l'essence de celte plante est très appréciée.
La distillerie provençale emploie encore, mais de moins en moins, le produit de certaines cultures, et déjà on ne ramasse plus les fleurs d'arrière-saison, les roses notamment devenues invendables comme fleurs coupées. On a plus d'intérêt à vendre les violettes pour bouquets et couronnes que de les cueillir pour la parfumerie où, dans l'enfleurage, son parfum est bien atténué sans le secours de l'ionone, etc.
Dans le Nord de l'Afrique la culture des plantes odoriférantes, en dehors du géranium, n'existe pour ainsi dire pas. Depuis longtemps l'Arabe a abandonné en Algérie, comme en Tunisie, la culture et la distillation du rosier musqué. Cependant à Boufarik on rencontre quelques cultures spéciales (bigaradier, acacia farnèse, etc.) exclusivement réservées à une usine dont le siège social est à Grasse.
Quelques petites distilleries locales à fonctionnement temporaire, emploient encore des plantes aromatiques spontanées, lavande, menthe, thym, romarin, etc., ramassées à bon marché par les femmes indigènes.
L'Algérie et la Tunisie importent pour une valeur assez considérable de parfums et d'essences destinés à la fabrication d'alcoolats dangereux, comme l'absinthe, l'anisette, les amers, etc..
La classe des végétaux à essences et à parfums, d'origine exotique ou indigène, ne paraît pas avoir une place indiquée dans le Nord de l'Afrique ; d'ailleurs la faible étendue de son territoire tempéré ne présente pas des conditions favorables à cette culture et à son industrie.
1 . Cassie ou Cassier. Acacia Parnesiana Willd, Saint- Domingue. Est un arbrisseau dont la fleur est employée pour la préparation de graisses et d'huiles parfumées par enfleurage ou par macération à chaud. Ce n'est guère
qu'en Provence et en Algérie que la production de cette fleur a cette affectation industrielle.
Cet arbrisseau, haut de 4 à 5 mètres, demande des terrains légers, perméables et profonds et se montre plus
Fig. 15
Cassie.
particulièrement florifère dans les sols granitiques, dans les micaschistes de TEstérel, depuis Cannes jusqu'au golfe Jouan. Comme il est sensible à la gelée, on lui réserve les coteaux secs et exposés au midi, abrités contre les vents et situés au bord de la mer.
Lorsque Taltitude devient sensible, il faut en Provence cultiver le Cassier en espalier et l'abriter contre les murs,
Rivière et Lecq. — Cultures du Midi.
tant pour éviter l'action du froid que celle des vents violents qui brisent les rameaux.
En Algérie quelques plantations se trouvent dans la iVIitidja, près de Boufarik, mais leurs floraisons y sont peu abondantes.
Le Gassier se multiplie de graines et est élevé en pépinière. Au bout d'un an on le plante à demeure en terrain profondément défoncé à 0™,60 ou 1 mètre, en espaçant les sujets à 2 ou 3 mètres en tous sens. Les travaux d'entretien consistent à tailler les arbres en mars, en enlevant les rameaux qui ont fleuri l'année précédente, les bois morts, les gourmands ; autant que possible on donne à l'arbre la forme d'un gobelet ou d'un parasol. On évite de toucher aux racines pendant la taille et ce n'est que 20 à 25 jours après cette opération que l'on applique au pied les engrais, engrais humain, tourteaux ou fumier de ferme. En été on pratique des binages répétés et à l'automne, après la récolte des fleure, on butte les pieds pour les protéger contre la gelée.
En Provence depuis quelque temps on cultive une forme du Gassier, A. semperflorens, plus rustique au point de vue du climat, mais exigeant au point de vue des fumures et des arrosages ; cet acacia donne deux récoltes par an, l'une au printemps (mai-juin) et l'autre à l'automne. On le multiplie par marcottage. L'acacia farnèse fleurit à l'âge de 3 ans ; il n'est pas arrosé.
C'est à l'automne que se fait la récolte des fleurs et leur livraison aux usines. La récolte commence en fin septembre et se continue jusqu'en novembre : ce sont les fleurs d'octobre qui sont les plus parfumées ; quelquefois un coup de vent ou des pluies arrêtent la récolte avant le terme normal.
La cueillette des fleurs se fait deux fois par semaine : elle a lieu le matin, de 8 à 10 heures, après la rosée.
La production de fleurs peut être évaluée, dans la
région de Grasse, quand la récolte est bonne, à 35 000 kilogrammes. Le prix normal est de 4 francs le kilogramme. Toutefois en 4903, par suite du manque de récolte, le prix de la fleur s'est élevé à 8 et 10 francs pour retomber, en 4904, à 2 fr. 50 à 3 francs. On compte qu'un hectare de cassiers peut produire de 500 à 1 000 kilogrammes de fleurs.
2. Eucalyptus. — Diverses espèces d'Eucalyptus donnent, par la distillation des feuilles, des essences dont la plus importante est celle extraite des feuilles de V Eucalyptus glohulus: elles contiennent 1,5 à 3 p. 400 d'une essence de densité de 0,910 à 0,930, d'une odeur camphrée peu agréable. L'£. maculata var. citriodora donne une essence rappelant à la fois les essences de citron, de mélisse et de citronnelle.
En Provence et en Algérie on a distillé les feuilles et les ramilles de VE. ghbulus de la même façon que les tiges du géranium, mais d'une façon plus économique, car les branches dépouillées de leui* feuilles servaient de combustible ainsi que le résidu de la distillation. Dans le Midi cette industrie manque de plus en plus de matière première par suite du discrédit dans lequel, après un engouement injustifié, est tombé VEucalyptus globulus qui ne présente aucun intérêt d'ordre économique ou d'agrément.
L'essence d'E. glohulus a été produite en Algérie à raison de 6 000 à 7 000 kilogrammes par an. Le prix varie de 4 à 6 francs le kilogramme. On estime que 4 000 kilogrammes de feuilles rendent industriellement 5 à 6 kilogrammes d'essence. Les arrivages de l'Australie ont déprécié cette essence qui n'a été d'ailleurs produite en Algérie que très exceptionnellement.
3. Géranium rosat. — Le géranium rosat {Pelargonium capitafum) donne par la distillation une essence très employée en parfumerie pour remplacer l'essence de rose dont elle est loin cependant d'avoir la valeur ; à l'essence de géranium elle-même on substitue celle de palmarosa,
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appelée aussi géi'anium de Vlnde, tirée d'une Graminée {Andropogon scfiœnanthus). L'essence de citronnelle, celle de térébenthine et d'autres essences moins chères sont parfois employées pour falsifier l'essence de géranium.
C'est vers 1847 que la culture du géranium a été introduite en Algérie en vue de la production de l'essence, par des colons originaires de la région de Grasse.
Le géranium n'occupe dans le Midi que des surfaces peu étendues. C'est dans le Var, seulement dansla partie basse de la vallée de la Siagne et dans les terres d'alluvion à l'embouchure du Loup et de la Cagne que se trouvent les plantations les plus importantes. Celles-ci ne sont guère cependant comparables comme étendue à celles de l'Algérie où le géranium est très cultivé dans la région d'Alger, mais beaucoup moins dans celles de Philippeville et de Bône.
En Algérie c'est dans le Sahel d'Alger (Chéragas, Staouëli, etc.) et dans la plaine de la Mitidja (Rovigo, Bouinam, Boufarik, etc.) que l'on rencontre la plupart des cultures sur de& étendues considérables, puisque la commune de Rovigo à elle seule en possède environ 350 hectares.
L'essence produite dans la province de Constantine passe pour être plus fine que celle d'Alger. Dans cette dernière province on ne fait guère de différence entre les essences produites dans le Sahel et dans la plaine. L'essence d'Algérie à 15° C. a une densité de 0,895 à 0,898, les variations extrêmes sont de 0,890 et 0,900.
L'Espagne produit, dans les provinces de Valence et d'Alméria, de l'essence de géranium qui est très estimée. Les îles de Bourbon et de la Réunion sont aussi un centre de production: mais leurs produits sont moins appréciés que ceux d'Algérie et subissent une moins-value de quelques francs au kilogramme.
Terrain, — Le géranium demande des terrains frais,
meis non humides en hiver, riches et perméables : aussi réussit-il mieux dans les terres profondes des vallées que sur les coteaux secs à faible couche de terre végétale. 11 aime les terrains bien ameublis par le labour: aussi n'hésite-t-on pas dans certaines localités, à Rovigo par exemple, où les terres sont formées d'alluvions sablonneuses ou graveleuses, à procéder avant la plantation à un défoncement du sol à une profondeur de 50 centimètres. Ce travail y est fait à raison de 150 francs par hectare par des entrepreneurs de défoncement à vapeur, dont le matériel est, dans ces dernières années, devenu disponible par suite de Tarrêt dans les plantations de vignes.
En Algérie où, à la différence de ce qui se passe en Provence, la plantation est conservée pendant plusieurs années et où par suite la plante a à subir les froids de l'hiver, la culture ne s'étend que sur les coteaux du Sahel et dans les plaines basses du littoral où les abaissements de température ne sont pas assez accentués pour détruire la plante assez sensible à la gelée; certaines années, cependant, dans les parties basses de la Mitidja les jeunes plantations plus délicates sont éprouvées par le froid.
Plantation . — La plantation se fait à l'automne au moyen de boutures prélevées sur les pousses de l'année. Ces boutures, longues de 25 centimètres environ, sont préparées en pépinière et mises en place aussitôt que les radicelles commencent à se montrer. On se sert du plantoir : on enterre la bouture de 15 centimètres environ. Les plants sont disposés à 35-40 centimètres sur des lignes distantes entre elles de 70 à 80 centimètres. On compte en moyenne 40000 pieds à l'hectare. La plantation dure en général 7 à 8 ans; après ce laps de temps elle est supprimée, son rendement devenant insuffisant.
Façons culturales. — Les façons consistent en Algérie en labours faits à la charme et en binages pratiqués à la houe : après chaque coupe (et celles-ci sont au nombre de 3 par an) on fait dans les interlignes un labour au
moyen d'une charrue dépourvue de yersoir; on trace 3 raies dans chaque interligne et on parfait à la houe à main le travail autour des souches; s'il y a lieu, on herse. Dans les terrains en plaine s'enherbant facilement, une façon supplémentaire à la charrue avant la première coupe est souvent nécessaire.
En Provence la plantation a lieu après la période des gelées, en mai, au moyen de boutures que l'on a fait enraciner en hiver sous des abris en bruyère : on irrigue ; on récolte les feuilles en septembre-octobre. Le géranium gelant tous les hivers, la plantation n'est conservée qu'une année, tandis qu'en Algérie elle dure sept à huit ans. On ne fait qu'une seule coupe, tandis qu'en Algérie, dans les plantations en plein rapport on en fait trois, si l'on a recours à l'irrigation : ce qui est toutefois exceptionnel.
Sans irrigation on compte 5 coupes en deux ans. A la première année de plantation on n'a d'ordinaire qu'une faible récolte de feuilles.
Récolte, — La première coupe se fait en avril mai, la deuxième à fin juillet ou en août, la troisième en automne, en octobre-novembre, plus ou moins tôt selon la précocité des pluies d'automne.
Le rendement en essence des diverses coupes est variable selon que les pluies ont été plus ou moins abondantes. C'est à la première coupe que l'on récolte le plus de feuilles : celle d'été est moins abondante ; celle d'automne occupe un rang intermédiaire. Le rendement en essence est lui-même très variable selon les coupes.
La première coupe rend en essence 1 pour 1000 kilogrammes de feuilles.
La deuxième coupe rend en essence 1 pour 500 kilogrammes de feuilles.
La troisième coupe donne un rendement intermédiaire plus ou moins rapproché de celui de la première ou de la seconde coupe selon la quantité d'eau tombée à l'automne.
Le rendement moyen par hectare et par an est, pour la
région de Rovigo, de 28 kilogrammes : la moyenne générale de l'Algérie ne dépasse guère 20 kilogrammes.
La cueillette des feuilles se fait à la faucille ; autant que possible, il faut la pratiquer par temps sec.
Distillation. — On distille les tiges et les feuilles pour la production de Tessence. On se sert pouf cela d'alambics d'une capacité de 1400 litres environ et pouvant recevoir à chaque chauffe 450 kilogrammes de feuilles.
Pour distiller, on verse au fond de la cucurbite 10 centimètres d'eau environ que l'on chauffe au moyen de vapeur produite par un générateur. Au-dessus de cette eau se trouve une claie supportée par une grille mobile et sur laquelle repose la masse de feuilles à distiller. Après la chauffe, qui dure en moyenne une heure et demie, on retire au moyen d'un palan la grille mobile qui porte la masse de feuilles et ces feuilles épuisées sont portées au fumier et remplacées par des feuilles fraîches. On opère pour celte deuxième chauffe comme pour la première. On emploie pour le chauffage le charbon, meilleur marché que le bois.
Rendement. — Nous avons vu que le rendement en essence pouvait être estimé en plaine, et en bonne culture, à 28 kilogrammes par hectare et par an, mais que la moyenne générale ne dépassait guère 20 kilogrammes. Le prix de l'essence varie chaque année et a beaucoup baissé. H était autrefois de 60 et même de 80 francs le kilogramme, et de 150 francs à Alger en 1853; en 1898 il est tombé à 28 francs; aujourd'hui il oscille entre 35 et 45 francs.
Voici pour les huit dernières années la série des prix de vente sur les lieux de production :
1897 35 francs le kilogramme.