TROISIÈME LEÇON
DES COIVDITIONS OUI IIVFLUENT SUR LA CURABILITÉ.
(fin)
Données fournies par les phénomènes symptomaliqiies. — Symptômes gastro-inlesLinaux. — Laryngites graves. — De l'hémoptysie et de son caractère apyrétiquc ou fébrile. — Hémoptysie de la tuberculose pneumonique.
De l'amaigrissement. — De la fièvre. — Importance de l'état connu sotis le nom d'éréthlsme. — Des congestions et des inflammations intercurrentes.
Importance prépondérante de l'état général. — Caractère individuel u'pronostic. — D'un élément particulier d'appréciation tiré de la possibilité du traitemenl.
Conclusion. — Division du sujet.
Messieurs,
Poursuivant l'étude des conditions qui influent sur la curabilité de la phthisie pulmonaire, j'ai à vous parler des PHÉNOMÈNES SYMPTOM.\TiQUES dc la maladie. Celte partie de notre sujet est bien digne de votre attention, car dans toutes les conditions, dans toutes les formes, certains symptômes diminuent, jusqu'à les annihiler, toutes les éventualités de curation.
Je vous signalerai en premier lieu la gravité des accidents gaslro-inlestinaux; cette gravité est en raison
directe de leur précocilé el de leur persistance; ces désordres augmentent les déperditions organiques, ils entravent l'alimentation réparatrice qui est un des moyens essentiels du traitement, et ils contraignent à laisser de côté certains agents thérapeutiques dont l'utilité est réelle, l'arsenic, l'huile de foie de morue, la créosote par exemple. Tant que dure cette phase, le temps est perdu pour le traitement de la maladie; il est plus que perdu, c'est un temps nuisible en raison de la spoliation que subit le patient; si cette période se prolonge, on peut perdre en quelques semaines les résultats péniblement acquis d'un traitement de plusieurs mois, et se retrouver, après cet orage, bien en arrière de son point de départ; lorsque enfin les troubles digestifs prennent un caractère définitif de permanence, lorsque les particularités cliniques obligent à rattacher ^a diarrhée à des ulcérations intestinales, alors c'en est ait; quel que soit d'ailleurs l'état des lésions pulmonaires, toute espérance s'évanouit, un arrêt absolu d'incurabilité doit être prononcé.
La situation n'est pas moins malheureusement modifiée par le développement des accidents laryngés, j'entends parler des accidents graves et persistants. C'est un fait d'observation que la laryngite chronique des tuberculeux, quelle qu'en soit la nature, aggrave l'état de consomption, s'il est déjà manifeste, ou bien en précipite l'apparition; ces symptômes sont donc d'autant plus redoutables qu'ils sont plus précoces, car ils peuvent par eux-mêmes, par eux seuls, hâter la détérioration de l'état général, et enlever ainsi au malade les chances relativement favorables que présente d'or-
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dinairc la période initiale des lésions du poumon. Supposée précoce, ce qui n'est pas bien rare, la laryngite de forme ulcéreuse fait plus encore, elle est nuisible par une autre voie qui pour être indirecte n'en est pas moins fatale; elle enlève à la thérapeutique ses armes les plus puissantes à ce moment-là, savoir l'hydrothérapie, le traitement pneumatique, et lès climats d'altitude. En ces conditions la curabilité devient fort problématique, pour ne pas dire impossible.
Les hémoptysies n'ont point à cet égard la signification constante et univoque qu'on est trop souvent porté à leur attribuer; je laisse de côté, cela va de soi, les hémorrhagies d'abondance foudroyante qui, à toute époque, et surtout dans la période d'excavation, peuvent mettre brusquement fin aux jours du malade; mais quant aux hémoptysies moyennes qui surviennent au début et dans le cours de la maladie avant la phase d'ulcération, elles ne sont point une raison suffisante pour abandonner l'idée de guérison possible. Durant la période initiale, alors que le danger réside surtout dans les poussées congestives qui provoquent l'extension des lésions, l'hémorrhagie peut être vraiment critique, et dissiper, pour un temps plus ou moins long, une fluxion menaçante; auquel cas cet incident, bien loin d'être un signal d'incurabilité, est au contraire un phénomène salutaire. Lorsque l'hémoptysie est produite en dehors de ces conditions déterminées, elle est toujours en soi un symptôme inquiétant, mais le jugement à en porter au point de vue de l'évolution finale de la maladie, reste variable, subordonné qu'il est à de multiples éléments d'appréciation. La fréquence de l'hémorrhagie,
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ses effets sur les lésions préexisLanles, effets qui peuvent être rigoureusement mesurés par l'examen de la poitrine avant et après l'accident, le rapport entre le nombre, l'abondance des bémoptysies et l'état de l'organisme qui les subit, telles sont les plus importantes de ces données individuellement variables; il faut tenir compte en outre avec une égale sollicitude du phénomène fièvre. L'hémoptysie, survenant chez un tuberculeux non fébricitant, peut être apyrétique, et par ce seul fait, sa gravité est moindre, toutes choses égales d'ailleurs; elle peut, dans les mêmes circonstances, être l'occasion d'un mouvement fébrile, qui est plus ou moins intense, mais qui prend fin lorsque le processus hémoptoïque est achevé, de telle sorte qu'après cet incident le malade est rendu à l'état d'apyrexie dont il jouissait antérieurement; c'est déjà là une forme plus inquiétante, surtout si l'hémorrhagie se répète avec les mêmes caractères, mais cependant ce n'est point encore l'indice d'une aggravation définitive, et d'une incurabilité absolue,
A l'appui de cette proposition je puis citer le fait remarquable du prince Ou... à qui j'ai donné des soins en 1878 avec l'assistance de MM. Dieulalby et Bezançon. Ce malade, âgé d'une quarantaine d'années, affecté d'une tuberculose en voie de ramollissement dans l'un des lobes supérieurs, fut pris, presque immédiatement après son arrivée de Méran, d'une hémoptysie grave qui le fit passer du jour au lendemain d'un état d'apyrexie parfaite à un état de fièvre, dont le chiffre vespéral, toujours supérieur à 39°, atteignit plusieurs fois ^O". Après quinze jours d'inquiétudes et de luttes, nous avons eu la satis-
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faction de constater, avec la terminaison de l'hémorrhagie, l'apaisement complet du mouvement fébrile, et à la suite d'une convalescence relativement courte, les conditions antérieures étaient rétablies si bien, que le prince put accomplir le voyage deSuisse toutaussi facilement qu'il avait effectué celui deMéran à Paris. Or notez bien ce fait, qui n'est pas le moinsintéressant dans cette histoire, ce n'était pas la première fois que ce malade était atteint d'hémoptysie. Dans les quatre dernières années, il avait éprouvé quatre fois le même accident, généralement au printemps, et toujours à l'occasion d'un changement de résidence qui avait substitué une pression barométrique plus forte à une pression plus faible. D'après les relations des médecins qui étaient intervenus dans ces circonstances, ces hémorrhasfies n'a-