‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 36 sur 89 · DE L'HUILE DE FOIE DE MORUE · texte numérisé non relu

DE L'HUILE DE FOIE DE MORUE

camenteusc unique l'action du fer et celle de l'alcool.

Je ne prolonge pas au delà de deux mois la médication ferrugineuse; après ce temps, les phénomènes imputablesàl'anémie globulaire sont ordinairement amendés ; mais même s'ils ne le sont pas, je n'insiste guère au delà de ce terme, et j'en viens à la médication arsenicale, que j'institue d'emblée dans les cas où l'indication spé- ' ciale du fer fait défaut, c'est-à-dire dans la grande majorité. Je vous parlerai bientôt de l'arsenic dont je vous ai déjà signalé l'utilité à propos de la prophylaxie; mais, suivant l'ordre logique dicté par l'importance relative des choses, je dois avant tout vous entretenir du médicament que je considère comme l'agent le plus puissant du traitement pharmaceutique, à savoir de l'huile de foie de morue. /■ ,

On pourrait croire, et l'assertion a été plus d'une — fois formulée, que ce remède ne convient qu'à la phthisie scrofuleuse; il n'en est rien; qu'il soit alors plus étroitement approprié à la forme étiologique de la maladie; qu'il soit par suite plus rapidement efficace, cela est certain; mais ce fait ne porte aucune atteinte à l'utilité du médicament dans les autres circonstances; la tuberculose une fois confirmée, quelle qu'en soit la cause, implique une déchéance organique, une insuffisance de la nutrition, et comme l'huile de foie de morue est un reconstituant, un eutrophique par excellence, elle répond en réalité à une indication qui est constamment présente dans la totalité des cas. De plus, en raison de sa composition chimique, elle exerce une action altérante, ou pour mieux dire résolutive, sur les lésions locales, et dans les cas les moins heureux

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elle les maintient pendant longtemps à un étal stationnaire; ce qui est certain, c'est que j'ai souvent observé la diminution partielle des lésions, Ijmarchant de pair avec l'augmentation depoids du corps, chez les malades qui avaient pu suivre le traitement dans les conditions nécessaires à sa complète efficacité; ce qui n'est pas moins certain, c'est que je n'ai presque jamais constaté l'extension des lésions durant le temps où la médication était en pleine activité. Je ne parle toujours, bien entendu, que de la phase initiale apyrétique.

Malheureusement l'emploi de cet agent rencontre dans la pratique d'incessantes difficultés, les unes réelles provenant d'une, véritable intolérance gastrique, les autres imaginaires résultant de la répugnance que provoquent l'odeur et le goût du remède; déplus, et j'appelle fortement votre attention sur ce point trop méconnu malgré mes efforts, ce n'est pas en petite quantité que l'huile agit, et les insuccès nombreux qui ont amené le discrédit dans lequel ce traitement est tombé, ont eu le plus souvent pour cause une mauvaise application du remède, c'est-à-dire l'insuffisance des doses ; luttez contre le dégoût de votre malade, ayez recours à tous les artifices qui peuvent aider à l'accoutumance, et donnez ensuite une ou deux cuillerées à bouche d'huile par jour, vous ne ferez rien de bon; vous pourrez pendant des mois fatiguer votre patient et son estomac, sans obtenir aucun des effets que donne la médication à doses efficaces. Cette obligation des hautes doses*, voilà la véritable difficulté du traitement; car vous êtes par cela même contraints de donner le médicament en nature, et de laisser complètement de côté certaines formes pharma-

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ceuliques, la forme capsulaire par exemple, qui ne vous permettraient jamais, sous peine d'indigestion immédiate, d'administrer le remède en quantité suffisante.

Toutefois, Messieurs, difficulté n'est point synonyme d'impossibilité; c'est le début surtout qui est scabreux, mais quand vous aurez réussi à faire accepter deux cuillerées à bouche par jour, vous n'aurez guère plus de peine à arriver au double, puis à six cuillerées qui est le minimum de la dose que je considère comme vraiment utile. Mêm.e, dans le milieu défectueux de l'hôpital, j'ai réussi à faire prendre pendant des mois des quantités beaucoup plus considérables ; à plus forte raison ce résultat est-il possible chez des malades vivant à la campagne, dans les conditions les plus favorables à la digestion et à l'assimilation.

Je procède toujours graduellement, débutant avec une cuillerée par jour ; au bout de quelque temps, une semaine en moyenne, j'ajoute une seconde cuillerée; après un nouvel intervalle j'augmente encore la dose, de manière à arriver plus ou moins rapidement à quatre cuillerées, que je fais prendre deux par deux dans un petit verre, de manière que le malade n'ait pas l'ennui de cette ingestion plus de deux fois par jour. C'est là l'étape vraiment difficile ; l'observation m'a prouvé que la dose de quatre cuillerées une fois acceptée et maintenue, on n'a presque jamais aucune peinepour l'accroître encore et pour arriver à 100 grammes, ce qui représente en moyenne huit cuillerées à bouche. Bien souvent j'ai pu aller au delà; s'il est en effet des individus particulièrement rebelles, il en est en revanche qui présentent une tolérance exceptionnelle, et qui arrivent à boire l'huile de

foie de morue à plein verre, le mot n'est que juste, en consommant ainsi de 2 à 300 grammes par jour.

En 1876, j'ai pu observer pendant plusieurs mois dans mon service trois malades qui étaient arrivés à prendre chaque jour sans difficulté, en outre de l'alimentation ordinaire, des quantités vraiment considérables d'huile; ils ont pu ingérer jusqu'à vingt-cinq cuillerées, soit 300 gr. vpar jour,etcelapendant quaranle-huitjours consécutifs; ils ont quitté l'hôpital avec un état général des plus satisfaisants.et chez deux d'entre euxleslésionslocalcs étaient notablement diminuées. Malgré mes recommandations, ils ne se sont pas de nouveau présentés à mon examen. Certes une pareille capacité d'assimilation est exceptionnelle, mais ces faits intéressants peuvent vous montrer la possibilité et l'utilité des hautes doses. Il résulte aussi de là qu'il n'y a ici aucun chiffre constant à formuler; je donne le médicament en aussi grande quantité que je le puis, considérant la dose de lOO grammes comme le minimum nécessaire. L'amélioration de l'habilus extérieur, la diminution de la toux, l'augmentation de poids du corps qui dans quelques-unes de mes observations de 1876 a été de plus de '100 grammes par jour, sont les signes des bons effets de la médication; l'intégrité des fonctions digestives est la preuve que la limite utile n'est pas dépassée. Dans cette appréciation, il ne faut pas seulement considérer l'état de l'appétit et de la digestion gastrique, il faut aussi tenir compte de la tolérance intestinale ; l'apparition de la diarrhée contre-indique toute augmentation nouvelle de la dose, et même si néanmoins

elle persiste, elle dénonce l'opportunité d'un pas en arrière; tant qu'il y a de la diarrhée, l'effet eutrophique

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