‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 37 sur 89 · DE L'HUILE DE FOIE DE MORUE · texte numérisé non relu

DE L'HUILE DE FOIE DE MORUE

du médicament est nul, et l'on voit en quelques jours une diminution de poids remplacer l'augmentation progressive qui avait été jusqu'alors constatée. J'ai observé ce fait un grand nombre de fois, et cela chez des malades qui continuaient à prendre l'huile avec la même facilité qu'auparavant, et dont les fonctions gastriques restaient parfaitement intactes.

On s'est souvent demandé s'il était préférable d'administrer l'huile de foie de morue dans l'état de vacuité de l'estomac, ou bien au moment de l'alimentation; moimême, dans un enseignement antérieur, j'ai conseillé le premier mode de faire; eh bien! J\lessieurs, c'était un tort, il n'y a pas de règle absolue : certains malades tolèrent mieux le médicament en dehors des repas, d'autres ne le digèrent qu'à la condition de l'ingérer au début même de l'alimentation, d'autres encore aiment mieux le prendre dans le courant du repas; ces variétés individuelles doivent être respectées ; l'essentiel est d'assurer la médication, tout le reste est accessoire; vousvous dégagerezdonc de touteprescriplion uniforme, et vous obéirez pour chaque individu aux exigences de son idiosyncrasie.

Quelques artifices d'administration peuvent faciUter la tolérance de l'huile de foie de morue; je vous ferai part de ceux que j'ai trouvés le plus utiles. Si le malade est tourmenté par des nausées, même alors qu'il prend la précaution de manger aussitôt après avoir ingéré le médicament, conseillez-lui de mordre à pleine bouche dans une tranche de citron ou d'orange. Ce moyen fort simple reste-t-il inefficace, je vous recommande cet autre procédé qui a l'avantage d'aider à la digestion

de l'huile et d'en combiner l'action avec celle de la médication alcoolique : au moment de l'usage, je fais ajouter à l'huile de l'eau-de-vie, du rhum, du kirsch ou du whisky dans la proportion d'un tiers ou d'un quart, suivant les cas, et ce mélange, qui ne laisse dans la bouche que le goût de la liqueur alcoolique, est moins latigant pour l'estomac que l'huile pure. — Lorsque, ce qui est bien rare, ce mode d'administration ne réussit pas, j'ai recours au procédé de Williams qui consiste à ajouter à chaque dose d'huile un milligramme de strychnine. Cette association est sans effet quant à la répugnance, mais elle aide singulièrement à la tolérance gastrique. — On peut enfin dans le même but, et à Fimitation de Foster qui a proposé ce moyen en 1868, ajouter à l'huile une petite proportion d'élher; excitant la sécrétion pancréatique, l'éther favorise incontestablement la digestion du remède. — Au surplus, si vous avez soin de convaincre votre malade de l'importance que vous attachez à ce moyen de traitement, si vous procédez avec la gradation qui est indispensable, si vous respectez les idiosyncrasies relatives au moment de l'ingestion, vous aurez rarement besoin de recourir à ces procédés auxiliaires, car vous ne rencontrerez pas souvent une répugnance insurmontable; la difficulté vraie est bien plutôt dans le dérangement des fonctions gastriques, et celle-là vous pouvez la combattre efficacement au moyen de l'alcool, de la strychnine ou de l'éther. Si pourtant il m'est impossible, pour une raison quelconque, de faire accepter ou tolérer l'huile de foie de morue à une dose vraiment utile, je me garde bien de renoncer pour cela à la médication hydrocar-

DE L'dUlLE DE FOIE DE MORUE. 171

bonée, et j'emploie la glycérine, dont l'administration longtemps prolongée ne m'a jamais présenté la moindre difficulté. Je reviendrai bientôt sur ce sujet.

Lorsque j'ai réussi à instituer la médication par l'huile, je la maintiens imperturbablement, sauf incident gastro-intestinal, jusqu'à l'apparition de la fièvre; ce symptôme est pour moi une contre-indication formelle, en raison de l'altération qu'il cause dans les sécrétions gastriques; l'intolérance de l'huile est par suite à peu près certaine, et je la remplace par la glycérine qui, en revanche, doit à son caractère d'alcool d'être bien digérée dans l'état de fièvre ; c'est là un fait important que j'ai maintes fois constaté, même à l'hôpital, et qu'une expérience étendue me donne le droit de vous affirmer. On signale souvent, un peu par routine, je pense, une autre contre-indication à l'emploi de l'huile, c'est la saison chaude; je ne puis accepter cette distinction dans sa formule absolue ; si après le début de cette saison vous continuez à constater au moyen de la balance l'utilité du médicament, si la digestion est restée bonne, peu importe vraiment la chaleur, il est urgent de continuer; ce qui est vrai, c'est que la tolérance de l'estomac pour les aliments gras est moins grande en été qu'en hiver; mais attendez au moins que l'impatiencedel'organesemanifestepardes signes positifs, avant de vous priver d'un de vos plus puissants moyens d'action. Encore ici les prétendues lois générales, qui, dans l'espèce, ne sont que des présomptions théoriques, doivent céder le pas aux observations individuelles. Lorsque pourtant cette influence de la saison chaude est positive, je la respecte, mais le temps n'est pas perdu

pour le malade, car je trouve à nouveau dans la glycérine un succédané utile et toujours bien toléré.

En résumé, je donne l'huile de foie de morue aussi longtemps que je le puis ; lorsque pour une cause quelconque l'intolérance se manifeste, je donne la glycérine, mais je fais prendre invariablement l'un ou l'autre de ces médicaments.

Je considère cette alternance comme un véritable progrès thérapeutique; jusqu'au jour où l'observation m'a démontré l'utilité de celte méthode et les bons effets de la glycérine, j'étais contraint de priver mes malades des bénéfices de la médication hydrocarbonée du moment que l'huile n'était plus supportée; j'en étais encore là à l'époque de la publication de mes Leçons cliniques ; aujourd'hui une étude prolongée pendant près de dix années me permet de vous affirmer que la glycérine peut suppléer l'huile dans une mesure vraiment utile, et que l'usage permanent de l'un ou de l'autre de ces deux agents assure aux patients, d'une manière continue, les avantages de cette médication eutrophique par excellence. Il est bien entendu que tant qu'on a le choix, il faut donner la préférence à l'huile de foie de morue, parce que, indépendamment de ses propriétés d'aliment gras, elle doit à l'iode, au brome, au soufre et au phosphore qu'elle renferme, une action spéciale qui ne peut être remplacée.

La glycérine, alcool tri atomique dont la formule est C^H^O", est, comme tous les alcools, un agent d'épargne, mais en outre elle exerce une influence directe et positive sur le processus nutritif dans son ensemble; est-ce simplement en excitant l'appétit et en stimulant les fonc-

DK LA GLYCÉRINE. 173

lions gastriques? est-ce aussi par un accroissement d'activité dans les combustions organiques, ainsi que tendent à l'établir les intéressantes recherches de Catillon, qui a constaté sous l'influence de ce médicament une augmentation relative et absolue de l'acide carbonique dans l'air expiré? Je ne sais; ou plutôt je pense que tous ces éléments concourent à la production de l'eff'et final, qui est un effet d'eu trophie, bien indiscutable celui-là, puisqu'il est incessamment démontré par l'augmentation de poids du corps. Bien des fois j'ai répété l'expérience suivante : le régime alimentaire et les conditions de vie du malade restant les mêmes, je donne la glycérine selon le procédé que j'indiquerai bientôt et cela pendant quinze jours; au bout de ce temps la balance dénote un accroissement pondéral, faible ou fort peu importe, mais positif; je supprime la glycérine pendant la quinzaine suivante, après quoi une nouvelle pesée montre que l'augmentation de poids n'a pas progressé; il est même rare qu'on retrouve un chiffre égal à celui de la mensuration précédente; je reviens à la glycérine aux mêmes doses que la première fois, et au bout de deux semaines, je constate une reprise dans le gain de l'organisme. Toutes les autres circonstances capables d'agir sur le mouvement nutritif étant demeurées identiques dans ces diverses phases de l'observation, il est bien clair que le bénéfice acquis est imputable à la glycérine, et que cette substance possède, comme l'huile de poisson, la propriété d'activer la nutrition au profit de l'organisme, et d'augmenter le poids du corps. L'action fondamentale, l'action que j'appelle eutrophique, est donc vraiment commune aux deux médicaments, et c'est ce fait qui justifie ma proposition de tan-

tôt : la glycérine peut suppléer l'huile dans une mesure vraiment utile.

La glycérine destinée à l'usage interne doit être parfaitement pure, il faut notamment qu'elle soit tout à fait neutre aux réactifs, complètement incolore et inodore, d'une saveur douce et sucrée, sans arrière-goût quelconque. La dose quotidienne ne doit pas être à beaucoup près aussi élevée que celle de l'huile, en raison des effets alcooliques qui peuvent aller jusqu'à l'ivresse ; j'ai observé cet accident chez deux malades qui se trouvant bien du remède en avaient pris une quantité supérieure à ma prescription; je donne de 40 à 60 grammes par jour, réservant la dose maximum pour les personnes qui ne présentent aucun signe d'excitabilité névro-cardiaque. De l'agitation, une loquacité insolite, une insomnie persistante, voilà les phénomènes qui vous révéleront que la dose utile a été dépassée; je puis vous signaler du reste un autre critérium dont la précision est plus grande encore : c'est l'augmentation de la température. Elle est de règle chez tous les individus qui font usage pendant quelques jours de la glycérine aux doses précédemment indiquées, mais elle ne dépasse pas un ou deux dixièmes de degré par rapport à la température moyenne de la période antérieure à la cure; dans ces limites, et même jusqu'à trois dixièmes, l'hyperthermie est simplement l'indice de l'action physiologique du remède, vous devez la négliger.

Lorsque, au contraire, en l'absence de tout incident pyrétogène, vous constatez une élévation persistante supérieure à cinq dixièmes, lorsque surtout vous observez que cette ascension se prononce encore davantage après

Page 1