‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 50 sur 89 · PHASES FÉBRILES · texte numérisé non relu

PHASES FÉBRILES

VOUS en dirai autant de l'hydrothérapie; si le malade y a été soumis "déjà depuis un certain temps, il n'y a aucune raison pour le priver du bénéfice de ces pratiques, car elles offrent à ce moment une utilité de plus, celle d'aider aux effets de la médication antifébrile. Parfois cependant on est obligé de céder aux préjugés et- aux appréhensions, mais alors je remplace la douche par une lotion froide faite le matin avec de grosses éponges, et suivie d'une forte friction sèche, ainsi que je vous l'ai expliqué précédemment.

Il est clair qu'on ne choisira pas les heures de l'accès pour les exercices d'aérothérapie, mais celte réserve exprimée, il importe de les continuer ou de les instituer sans délai , puisque l'observation a prouvé que les lésions peu avancées qui existent à ce moment-là, notamment le catarrhe du sommet, peuvent rétrograder et disparaître sous l'influence de cette méthode de traitement; or, comme elle n'exerce aucune action sur le symptôme fièvre, je ne vois pas quel artifice de raisonnement pourrait en justifier l'exclusion dans les circonstances que nous examinons. Les expériences faites par Forlanini au moyen des appareils transportables ont établi que, même pendant la durée de la fièvre, ces exercices n'élèvent la température que d'une fraction de dixième de degré, et que cette modification ne dure pas plus de quatre minutes après la fin de l'inhalation; on peut donc négliger totalement cette influence quasi nulle, qui ne se manifeste point d'ailleurs dans les moments d'apyrexie.

Pour ce qui est enfin de la médication, je la maintiens ou je l'institue entière dans toutes ses parties, ayant

soin seulement de substituer la glycérine à l'huile de I foie de morue, pour peu que j'aie quelque doute touchant ^ fonctions de l'estomac. Dans cette adap-

tation du traitement à la situation nouvelle créée par la fièvre, il y a, vous le concevez, d'infinies nuances individuelles qui ne peuvent être prévues, et je dois nécessairement me borner à vous faire connaître les principes généraux qui dirigent ma pratique.

Dans lesphases fébriles liées aux poussées congestives j et inflammatoires, les obligations sont tout autres : / quelle que soit la lésion anatomique en cause, ces inci- ' dents constituent un état aigu qui transforme le valétudinaire en un véritable malade au sens complet du mot, et le séjour à la chambre, souvent même le séjour permanent au lit, est une absolue nécessité; par suite, tous les moyens hygiéniques et mécaniques du traitement fondamental sont temporairement laissés de côté. Le régime alimentaire doit naturellement être réduit proportionnellement à la tolérance individuelle et à l'intensité de l'état aigu; mais quelque violent que soit ce dernier, il ne faut jamais imposer au patient une diète absolue ; en tout cas, il doit être alimenté au moyen de bouillons, de consommés, de potages, de jus ou de gelée de viande, et surtout au moyen du lait, qui sera maintenu aussi longtemps qu'il ne provoquera ni dégoût, ni fatigue gastrique, ni diarrhée; en revanche, si le malade faisait auparavant usage du koumys il faut le supprimer, car c'est un fait d'observation qu'il ne convient pas du tout aux périodes de fièvre subcontinue ou rémittente. Au total, TOUS le voyez, les règles quant au régime sont les mêmes que dans les maladies aiguës en général; il faut alimen-

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1er les malades, mais dans le cas présent, cette obligation est plus impérieuse que jamais; elle doit être remplie avec insistance au maximum de ce que permet la situation, en raison de la tendance consomptive de l'affection. Alors même qu'ils aboutissent aune résolution parfaite, et disparaissent sans ajouter rien aux lésions préexistantes, ces épisodes aigus amènent toujours une aggravation plus ou moins durable dans l'état du malade, et cela non seulement à cause de la dépense fébrile qu'ils lui font subir, mais encore, et surtout peut-être, à cause de l'interruption ^qu'ils nécessitent dans les pratiques de l'hygiène, dans l'alimentation, et souvent aussi dans la médication.

Relativement à ce dernier point, la conduite à tenir varie avec l'intensité et la nature du processus aigu ; si la fièvre est modérée, s'il s'agit simplement d'une poussée congestive ou d'une manifestation bronchitique légère, il n'y a pas lieu de supprimer ni même de modifier la médication préalablement instituée; je me borne alors à remplacer l'huile par la glycérine; je maintiens la créosote si déjà le malade en faisait usage; bref, l'adjonction du traitement antifébrile est le seul changement que j'apporte dans ma thérapeutique.

Mais lorsque les phénomènes, tout en étant de même nature, sont plus accentués, lorsque la fièvre est haute le soir avec une rémission matinale faible, lorsque la poussée G ongestive aboutit à des crachats teintés de sang, lorsque la bronchite, bien que gardant la signification d'un épisode intercurrent, gagne les bronches de moyen et de petit calibre et donne lieu à une dyspnée continue plus ou moins forte, alors je supprime tous les

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i médicaments, arsenic, huile, glycérine, créosote, non pas parce qu'ils sont nuisibles dans ces conditions, mais parce qu'il faut Taire la place à une médication plus urgente dirigée contre le mouvement fluxionnaire, qui r'^^st l'origine de la fièvre et des autres accidents; les antimoniaux répondent à cette indication temporaire. Je \^ donne la préférence au kermès que j'administre dans un julep à la dose de 15 à 80 centigrammes par jour W selon les cas; l'oxyde blanc d'antimoine, qui doit être donné, comme vous le savez, à dose bien plus élevée, i gramme et demi à 2 grammes en vingt-quatre heures \,1 chez l'adulte, m'a toujoursparu moins efficace, soit quant aux effets contro-stimulants, soit quant à l'action expectorante; il peut cependant prendre utilement la place ,j du kermès lorsque ce dernier commence à produire I des nausées ou des vomissements, même à petite dose, et que cependant l'opportunité de la médication n'est pas épuisée. C'est dans ce même groupe de cas, dont je précise une fois encore les conditions anatomiques, fluxion pulmonaire pérituberculeuse, catarrhe bronchique Il aigu, quel'émétique à doses fractionnées rend aussi de ' véritables services; la dose quotidienne est de 5 à 10 centigrammes par jour dans un julep de 120 à 130 grammes, qui est donné par cuillerées à bouche dans l'espace || de vingt-quatre heures. L'effet nauséeux doit être évité ; aussi sera-t-il bon pour les deux ou trois premiers jours d'ajouter à la potion 20 à 30 grammes de sirop diacode; après ce délai, on pourra généralement s'en dispenser, car il s'établit à l'endroit du tartre stibié administré de la sorte une accoutumance qui en amène la tolérance. Quelle gue soit la préparation antimoniale, il

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faut surveiller atLentivemenl les fonctions de l'inteslin; si de la diarrhée survient, on peut, pendant un jour ou deux, la combattre par les opiacés; mais si elle persiste après cette tentative, il faut immédiatement et sans hésitation renoncer au traitement.

Lorsqu'elle est bien tolérée, cette médication épisodique doit être continuée jusqu'au déclin de l'incident qui l'a provoquée; tant qu'elle est maintenue, il n'y a pas lieu de recourir à la quinine : d'une part, parce que les antimoniaux, même à petites doses, lorsque l'usage en est prolongé, ont une action positive sur l'élément fièvre ; d'autre part, parce que cette association créerait une véritable confusion thérapeutique, et que cette faute grave doit être constamment évitée. En revanche, lorsque ces agents ont terminé leur œuvre, l'indication de la quinine se présente et doit être remplie, au cas où la fièvre survit au processus aigu qui l'avait allumée; or ce cas n'est point rare; les tuberculeux sont de par leur maladie toujours en imminence de fièvre, ils sont tous des fébricitants virtuels, et la moindre excitation suffit pour transformer l'imminence en réahté; une fois l'impulsion donnée, le mouvement fébrile persiste, il s'éternise tant qu'il n'est pas directement et énergiquement enrayé. Aussi voit-on souvent des malades conserver après la résolution de l'état local une fièvre intermittente vespérale, qui n'est plus la fièvre symptomatique de la fluxion ou du catarrhe, mais qui est la fièvre de tuberculisation à laquelle ils avaient jusqu'alors échappé; l'organisme a fébricité à l'occasion d'un état aigu accidentel, et en raison de sa prédisposition pyrétogène, il continue à fébriciter pour son compte et selon le type

delà maladie fondamentale, encore bien'quela condition provocatrice intercurrente ait totalement épuisé son action. Dans ces circonstances qui, je le répète, sont loin d'être insolites, ce n'est pas sur les antimoniaux qu'il faut insister, ils ont fait leur temps, c'est sur les agents antithermiques proprement dits, et cette fièvre doit être régulièrement combattue parles moyens et les procédés que nous avons précédemment étudiés.

La fièvre, que j'ai appelée pour la commodité du langage fièvre d'inflammation, peut être liée à un travail local plus grave, à des formations pneumoni-

Kï^ues, bronchopneumoniqucs ou granuleuses; dans ce cas la conduite à tenir est encore autre, ou du moins j'en tiens une autre. Je n'ai point recours alors aux préparations stibiées qui m'ont toujours paru plus nuisibles qu'utiles, je supprimela médication ordinaire, j'institue le traitement parle bromliydrate dequinineet I par l'alcool, dont je fais prendre de 40 à 60 grammes par jour selon les individus, soit dans un julep simple, soit de préférence dans une potion cordiale additionnée d'extrait de quinquina; en même temps, si la gêne respiratoire est notable, si les lésions en évolution amènent de la stase dans les portions saines des poumons, je fais . \ appliquer matin et soir des ventouses sèches, aunombre ide quarante à soixante, sur les membres inférieurs et à la base de la poitrine; j'alimente le malade au moyen du lait, du bouillon, de la viande crue, s'il est possible; en un mot, je mets en œuvre la même médication que dans les périodes initiales de la pneumonie tuberculeuse, car ces incidents de pneumonie, de bronchopneumonie ou de granulose aiguë introduisent tempo-

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rairemenl, dans le cours de la phlhisic commune, la mèine situation qui est constante au début de la phthisie pneumonique.

Dans toutes les variétés de ces phases fébriles congestives et inflammatoires, il faut insister plus que jamais sur les révulsifs; de même que nous combattons sans relâche la fièvre et le mouvement fluxionnaire par les moyens internes, de même nous devons attaquer sans trêve les altérations locales, afin de restreindre et d'éliminer au plus tôt celles des lésions qui sont susceptibles de résolution; il faut faire tout le possible pour que le processus aigu n'apporte pas une addition définitive aux désordres préalables. Entre les divers procédés de révulsion que nous avons examinés, ce sont les vésicatoires coup sur coup qui me paraissent ici mériter la préférence; dans bien des cas, il pourra même être utile de provoquer et d'entretenir la suppuration de la surface ; celte pratique est pénible sans contredit, mais lorsque les lésions locales récentes, extensives ou stationnaires, menacent d'éterniser l'état aigu, elle rend de véritables services que l'on attendrait vainement d'une révulsion moins énergique et moins- prolongée. Encore ici c'est par expérience que je vous parle, et je ne puis approuver la désuétude et le discrédit qui ont frappé cette méthode de traitement; elle ne trouve de contre-indication absolue que dans une débilité consti-' tutionnelle très accusée.

Dès que cet orage, malheureusement sujet à retour, est apaisé, je reviens par une transition ménagée au traitement antérieur que je rétablis dans son intégrité; je reviens même aussi aux pratiques hydrolhérapiques, sous

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forme de pluie fine très courte, si les installations nécessaires existent dans la maison même qu'habite le malade, ou dans une dépendance accessible par un passage couvert; sous forme de lotions faites à la chambre, dans le cas où les conditions matérielles sont moins favorables. Douche et lotion sont suivies d'une friction sèche, et tant que l'organisme le permet, c'est à la marche que je demande la réaction; lorsque cet exercice est impuissant, ou impossible sans fatigue dans la mesure nécessaire au rétablissement de la calorification, je prescris le séjour au lit pendant trois quarts d'heure ou une heure, et il est bien rare qu'au bout de ce temps la réaction ne soit pas établie complète et durable. Du reste, sur ce point, comme sur bien d'autres, il y a une foule de variétés individuelles qui échappent à toute description synthétique. Ce qui est constant et invariable, dans ma pratique du moins, c'est la proscilption absolue, définitive, de tous les exercices aérothérapiques, lorsque le malade a traversé, ne fût-ce qu'une fois, l'une des phases aiguës que nous venons d'étudier; le travail congestif ou inflammatoire qui est le point de départ de ces périodes d'acuité, modifie les conditions physiques des vaisseaux et du tissu pulmonaires, et ces exercices se- I raient alors singulièrement redoutables au point de vue de l'hémoptysie.

La fièvre de résorption, quelle que soit l'époque à laquelle elle se montre, n'impose aucun changement notable dans le traitement préalable, tant que les fonctions gastro-intestinales sont intactes. Il convient, comme dans toutes les périodes fébriles, de remplacer l'huile de foie de morue par la glycérine, mais il faut maintenir

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