TRANSMISSIBILITÉ DE LA TUBERCULOSE
phthisiques cl de l'eau il prépare une émulsion bien H aide, et il soumet des chiens chaque jour pendant une heure el demie à l'inhalation de ce liquide pulvérisé; il a choisi le chien en raison de sa très faible disposition à la tuberculose, et il a traité de la sorte onze animaux pendant un temps qui a varié de trois à six semaines. A l'exception de deux, ces chiens ont conservé pendant l'expérience toutes les apparences de la santé, ils n'ont subi aucune diminution de poids; mais à l'autopsie on a constaté chez tous, sauf un cas un peu douteux, une tuberculose miliaire des deux poumons, et chez la plupart une granulose moins abondante dans les reins, le foie et la rate. La veille du jour où devait avoir lieu la première autopsie, Tappeiner a mêlé au liquide de l'inhalation du carmin finement pulvérisé, et il a trouvé chez l'animal de nombreuses taches de carmin à la surface des deux poumons. — En même temps qu'il procédait à ces expériences par la méthode de l'inhalation, l'auteur nourrissait d'autres chiens avec des aliments mêlés à des crachats de même provenance ; la plupart de ces animaux ont échappé à l'infection; ce n'est que dans le plus petit nombre qu'on a pu constater une tuberculose miliaire généralisée, avec prédominance dans l'intestin.
11 résulte de là que l'inhalation des particules tuberculeuses a une puissance pathogénique plus grande que l'ingestion de ces mêmes éléments ; par ce côté de l'enseignement qu'elles fournissent, ces expériences acquièrent un haut degré d'intérêt pour la transmission humaine, dont l'inhalation est la voie la plus ordinaire ; et elles fonl comprendre en outre la diversité des résul-
lats obtenus parles expérimentateurs qui ont eu recours à la méthode de l'alimentation; cette diversité n'implique point l'absence de transmissibilité, elle est simplement la conséquence d'une inégalité de puissance entre les divers modes de l'infection artificielle.
Je vous signalerai en outre comme pouvant être rapprochées des remarquables recherches de Tappeiner, les expériences, à résultais conformes sur bien des points, entreprises à la même époque, en 1878, par Scliottelius et par Corning.
Si, poursuivant cette enquête, nous quittons le terrain de l'expérimentation pour le domaine de la clinique, nous rencontrons, indépendamment des documents rappelés plus haut, les faits de YVeber et de Rohden, relatifs à la transmission de la phthisie du mari à la femme, et les cas par lesquels Webb répond affirmativement à la question qui sert de titre à son travail : La phthisie pulmonaire est-elle contagieuse? Dans tous ces cas d'ordres divers, la maladie acquise par un sujet jusque-là bien portant, semble bien positivement le résultat d'une transmission, et, chose remarquable, tous ces cas concernent des femmes; ce fait trouve peut-être une explication rationnelle dans la débilité constitutionnelle, dans le défaut relatif de résistance du sexe féminin. A côté de ce groupe de cas, je dois appeler votre attention sur les relations terriblement significatives, produites par Flindt en 1875 et par Reich en 1878.
Voici le résumé de la première : dans l'automne de 1872, un ouvrier, sa femme et cinq enfants (quatre garçons, de trois ans et demi à quatorze ans, et une fille de quinze ans) viennent habiter, dans un village
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de Danemark, une petite chambre où vivait, déjà une autre famille composée du mari, de la femme, el d'un fHs adulte affecté dephtbisie fébrile ((lorida). Ils restent, dans ce milieu que l'encombrement, et, le confinement, rendaient vraiment toxique par suite de la présence du malade, jusqu'au 3 janvier 4873, époque à laquelle ils peuvent se retirer dans une habitation plus salubre; mais déjà, au temps de Noël, les cinq enfants, qui avaient toujours été bien portants, qui n'étaient point scrofuleux, étaient affectés d'une maladie pulmonaire à évolution destructive, qui les a tués tous les cinq, aprèsune durée respective de sept semaines, trois mois, trois mois et demi, six mois, et sept mois. La jeune fille de quinze ans, qui n'avait séjourné qxCun seul jour clans celte chambre infecte, fut atteinte comme ses frères, c'est elle qui succomba en trois mois et demi. Une autopsie fut faite, celle du plus jeune garçon qui survécu i sept mois; elle montra des cavernes multiples dans le poumon droit, de nombreux foyers d'infiltration jaune daos la raie, des ulcérations tuberculeuses dans l'intestin grêle; les glandes mésentériques étaient tuméfiées cl en dégénérescence caséeuse.
.le ne sais, Messieurs, ce que vous penserez de ce fait trop peu connu; pour moi, je le considère à lui seul comme une preuve suffisante de la Iransmissibilité possible de la pblbisie pulmonaire; sans doute, el. je me liâte de le dire, cette Iransmissibilité a acquis ici une puissance exceptionnelle par suite de la concentration non moins insolite des éléments morbigènes; mais il n'est pas moins certain que la maladie n'eût pu cire transmise, quel que fût le milieu, si elle n'était pas
Iransmissible par elle-même et de son essence, de sorte que, toute réserve faite de la question secondaire de degré, la relation de Flindt est à mes yeux une démonstration malheureusement trop irréfutable de la contagiosité de la maladie.
Le document fourni par Reich en 1878 est d'un autre ordre, mais il n'est pas moins probant.
A Neuenburg, village de 1300 habitants, exerçaient deux sages-femmes qui se partageaient à peu près également la pratique obstétricale de la localité. Une d'elles devint phthisique dans l'hiver de 1874, et elle succomba en juillet 1876 aux progrès de sa maladie. Or, sur les enfants à. la naissance desquels elle a assisté depuis le 4 avril 1875 jusqu'au 10 mai 1876, dix sont morts de méningite tuberculeuse dans la période du 11 juillet 1875 au 29 septembre 1876; aucun de ces dix enfants n'était sous le coup d'une disposition héréditaire. Dans la clientèle de l'autre sage-femme pour la même période, pas un seul enfant n'a été atteint d'une maladie tuberculeuse quelconque. Voilà qui est déjà bien étrange; les détails suivants complètent la démonstration. La première sage-femme avait l'habitude d'enlever par aspiration les mucosités qui encombrent les premières voies chez les nouveau-nés, et dans les plus légers degrés d'asphyxie elle pratiquait l'insufflation directe. — Ajoutons que la méningite tuberculeuse n'est point endémique à Neuenburg, et qu'elle y est même très rare; dans la période de 1866 à 187 i, sur quatre-vingtdouze enfants morts dans leur première année, Reich n'a observé que deux cas de cette maladie, et en 1877 sur dix enfants qui ont succombé dans ce même âge, il
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n'en a vu qu'un exemple, et cet enfant provenait de parents tuberculeux.
Vous trouverez sans doute comme moi que ces faits peuvent se passer de commentaires, et je terminerai cet examen en signalant à votre attention le groupe des cas nombreux et importants qui sont relatifs cà l'action infectante du lait provenant de vaches tuberculeuses. Je vous ai parlé des recherches expérimentales de Klebs sur ce sujet; celles de Gerlach, de Bollinger, de Fleming, concluent dans le même sens; eh bien ! l'observation semble établir que les résultats annoncés peuvent être réalisés dans l'ordre pathologique, car nous voyons Foot en 1877, Kommercil et Lochmann en 1878, proclamer hautement la transmission possible de la maladie par le lait tuberculeux; ce dernier écrivain nous apprend en outre qu'un vétérinaire distingué de son pays, Thesen von As, a fait lui-même, à cet égard, de nombreuses expériences qui lui ont toujours donné des résultats positifs. Leube, dont l'opinion est citée dans le travail de Foot, admet aussi la transmissibilité de la tuberculose par le lait des vaches phthisiques, et il pense que, dans ces conditions, la lésion porte d'abord sur l'intestin. L'ingestion pure et simple du lait suffît-elle pour produire l'infection, ou bien faut-il, comme le pense Ghauveau, que le trayon de l'animal porte une lésion tuberculeuse? C'est là une question subsidiaire pour la solution de laquelle les éléments font défaut.
11 est bien certain, en revanche, que l'injection souscutanée ou intra-veineuse du lait tuberculeux peut être, comme l'ingestion stomacale, suivie d'infection; les expériences faites par Semmer en 1875 sur des cochons
cl sur des moutons ne laissent pas de doute sur ce point; car ces expériences ont été au nombre de onze, et cinq ont donné des résultats positifs. Ajoutons que Semmer a recherché également les effets produits par l'injection du sang d'une vache tuberculeuse, et que sur dix-neuf expériences ainsi conduites, onze ont été positives, c'est-à-dire suivies du développement d'une tuberculose, qui s'est toujours montrée plus étendue chez le cochon que chez le mouton.
La transmissibilité de la tuberculose par le lait d'animaux phthisiques est à peu près universellement niée ou méconnue en France; c'est à tort selon moi, cette transmissibilité, établie depuis dix ans sur des expériences et des faits positifs, est admise dans tous les autres pays de l'Europe par les observateurs les plus compétents et par les professeu rs des écoles vétérinaires. Sans doute la transmission n'est pas constante ; sans doute, il y a des expériences négatives, celles de Schreiber et quelques-unes de cellesde Semmer entre autres, mais qu'importe; est-il une maladie infectieuse qui soit constamment transmise lorsque les conditions de transmissibilité sontprésentes? Il n'enestpas une seule, et pourquoi exiger plus de l'infection tuberculeuse que de toute autre? La raison de cette inconstance dans les résultats n'a rien de mystérieux ni d'insaisissable; c'est la diversité de l'état organique de l'individu contaminé; c'est déjeà ce qu'exprimait Klcbs à la suite de ses expériences, quand il disait que la tuberculose expérimentalement produite par l'ingestion du lait peut être surmontée par un organisme vigoureux. Et dans cetleinfluence individuellement variable de l'organisme, il n'y a encore rien, notez le fait, qui soit