‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaireChapitre 4 sur 95 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

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obtenues donnent, au jugement médical une précision, une solidité, qui constituent dans l'espèce de véritables avantages. Ayant acquis non sans labeur cette compétence supérieure, je veux, autant du moins que le sujet le comporte, vous en transmettre le bénéfice; voilà mon second motif.

J'en ai un troisième. Depuis plus de quinze années j'étudie sans relâche la question du traitement climatérique de la PHTHisiE, et je pense vous être utile en vous faisant connaître, les conclusions auxquelles j'ai été conduit, puisqu'elles m'écartent complètement desrègles un peu routinières qui dirigent encore aujourd'hui la pratique delà généralité des médecins. En effet, par suite decesétudcs,j'apporte de notables etprécises restrictions à l'emploi des stations méridionales, je fixe d'après des principes nouveaux les indications générales des climats chauds, et j'établis sur de nouvelles bases les indications particulières des divers groupes climatériques. Il m'a donc paru que je ne ferais point œuvre vaine en vous entretenant de ces questions, dont la solution est trop souvcnttroublée parla préoccupation des intérêts locaux.

Pouvant le faire avec la même compétence, je ne crois pas moinsutile de vous parler des eaux minérales appliquées au traitement de la phthisie pulmonaire, etde vous exposer mes vues et ma pratique personnelles à ce sujet.

Je veux, d'autre part, saisir cette occasion pour fixer voire attention sur l'importance du traitement hygiénique, el sur quelques moyens thérapeutiques, qui, en France surtout, me semblent encore trop négligés : j'entends parler de ['hydrothérapie; — de V aérothérapie on traitement pneumatique; — et de la cure de lait.

J'aurai aussi à vous faire part des résultats de mes études sur une méthode qui a été hautement préconisée dans ces derniers temps, savoir, les inhalations de benzoate de soude, et sur les effets de Y acide salicylique employé comme médicament antifébrile.

Je désire enfin profiter de l'opportunité qui m'est offerte pour affirmer à nouveau avec une énergie fortifiée par une plus longue expérience, un certain nombre de principes que j'ai formulés dès mes premiers travaux sur la maladie qui nous occupe, et que j'ai peut-être quelque titre à revendiquer comme miens. Ces principes ont trait à la pathogénie générale du tubercule et de la phthisie, mais ils renferment en eux d'immédiates applications à la thérapeutique, et par là ils occupent une place légitime dans notre étude actuelle, pour laquelle ils constituent la meilleure entrée en matière.

En ce qui me concerne, le début de cette histoire remonte à '1862. J'ai dit alors que la tuberculisation est toujours le résultat d'une nutrition imparfaite; m'écartant ainsi, et de Graves, qui voyait dans le tubercule le produit d'une nutrition pathologïquement pervertie par la scrofule, et de Hughes Bennett, qui assignait pour cause aux formations tuberculeuses un trouble de la digestion gastrique. Tandis que ces deux médecins éminents, égarés par un point de vue exclusif, ne visaient que l'une des origines possibles de la maladie, et en renfermaient ainsi Pédologie dans des limites tellcmenl étroites qu'elles ne. pouvaient être respectées, ma proposition dans sa formule générale incriminait au même titre toutes les conditions qui, avec des points de dépari différents et par des processus divers, peuvent aboutir

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en fin de compte à rinsuffisance nutritive, ou, comme je l'ai dit plus tard, à l' hypotrophie et à la dystrophie constitutionnelles. Nombreuses, bien nombreuses sont ces conditions, et dans ce vaste domaine, je me trouvais également et heureusement éloigné de la conception trop exclusive de Graves touchant la scrofule, et de l'idée non moins étroite deBennett,sur la digestion stomacale. En fait, il n'est pas un des actes multiples et divers de la fonction de nutrition qui ne puisse créer par une perturbation persistante, l'état d'insuffisance nutritive qui caractérise la diathèse tuberculeuse : digestion, absorption, assimilation, hématose, hématopoïèse, tous ces éléments convergents d'une résultante unique qui est la nutrition, peuvent intervenir avec la même puissance dans la production de l'hypotrophie génératrice du tubercule, et pour ne laisser aucun doute sur la portée absolument générale que je donnais à cette expression de nutrition imparfaite, je formulais en 1869 dans la première édition de mon Traité de pathologie, cette autre proposition : La diathèse tuberculeuse est essentiellement constituée par l'insuffisance de la nutrition, ce terme étant pris dans son sens physiologique le plus étendu.

Tandis que dès 4862 je mettais ainsi au premier rang de l'étiologie de la tuberculose, la débilité constitutionnelle résultant d'une nutrition imparfaite, je montrais à la même époque qu'au point de vue de son mode de production le tubercule doit être rapproché des produits inflammatoires, puisque, quelle que soit la théorie histogénique que l'on adopte, l'exsudation ou la formation cellulaire n'est que l'expression finale d'un processus irritatif; c'est là ce que j'ai appelé V irritation phymato-

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gène. Dans ce môme travail de 1802, j'ai fail remarquer que ces vues nouvelles sur la pathogénie du tubercule condamnent du même coup et la théorie de l'épigénése soutenue par Laennec, et celle de l'hétéromorphisme, tandis qu'elles établissent et qu'elles éclairent un fait d'une grande importance pratique, à savoir, l'influence de l'inflammation sur le développement des tubercules.

Je reproduis les termes mêmes de cet exposé, afin de donner à cette vue rétrospective toute la précision nécessaire : « Les phlegmasies des organes respiratoires, disais-jc dans une de mes annotations à la clinique de Graves, ont ici un double mode d'action : tantôt elles hâtent l'évolution de tubercules préexistants, tantôt elles favorisent la genèse de ces produits anormaux dans des poumons restés indemnes jusque-là. La première influence n'a jamais été niée, elle ne pouvait l'être ; mais la seconde a donné lieu à de nombreuses discussions qui ne sont même pas encore terminées, et il devait en être ainsi; car aussi longtemps qu'avec Laennec on a regardé le tubercule comme un tissu nouveau, comme un véritable tissu vivant, possédant en lui-même les causes des changements qu'il éprouve, il était impossible, même en tenant grand compte de la prédisposition individuelle, de concevoir la moindre corrélation entre l'existence d'une pneumonie, par exemple, et l'apparition de ce tissu tuberculeux tout spécial. Cette difficulté n'existe plus aujourd'hui, et nous pouvons aisément comprendre comment une exsudation pneumonique qui se fait chez un sujet prédisposé, peut être modifiée dans sa constitution intime par cette prédisposition même, cl déviée ainsi de son évolution naturelle Nous pou-

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vons retarder, sinon empêcher la genèse des tubercules chez les individus prédisposés, en prévenant chez eux, autant qu'il est en nous, le développement des affections inflammatoires de l'appareil broncho-pulmonaire. Telle est l'application pratique de ces nouvelles données de pathogénie. »

Plus tard, en 1869, dans mon Traité de pathologie, j'ai affirmé cà nouveau l'influence nocive des irritations et des inflammations broncho-pleuro-pulmonaires, en les faisant figurer à titre de causes occasionnelles dans l'éliologie de la maladie, et j'ai proclamé l'importance et l'application pratiques de mes principes de pathogénie, dans cette proposition qui est elle-même à mes yeux la loi fondamentale de la thérapeutique : Les seules bases solides du traitement prophylactique et du traitement curateur sont fournies par fa notion de nutrition imparfaite, et par la connaissance de l'influence nocive des phlegmasies. Enfin en 1872, dans mes Leçons cliniques j'ai formulé les mêmes principes en des termes fort analogues, que je liens aussi à vous rappeler textuellement :

« I. La caséification est à tout âge un processus de débilité.

» IL La genèse du tubercule vrai est un processus de débilité.

» III. Les irritations accidentelles communes, de quelque genre qu'elles soient, qui atteignent le larynx, les bronches ou les poumons, exercent sur la tuberculose et les lésions phthisiques une influence mauvaise, et cela à trois points de vue différents : chez les individus encore sains mais prédisposés, elles favorisent l'éclosion des tubercules ou des altérations pneumoniques phthisio-

gènes; — chez les individus déjà alTcctés, elles provoquent des. poussées nouvelles; — elles aggravent et précipitent la marche des désordres préexistants.

» IV. La fièvre est un processus de consomption.

Ces quatre principes, disais-je à la suite de .cet énoncé, dominent toute la thérapeutique des phthisies, car ils renferment les raisons d'exclusion de certaines méthodes de traitement, et en même temps ils indiquent et précisent la voie dans laquelle vous devez maintenir votre intervention. »

Depuis 4862, ces idées ont fait leur chemin, elles sont devenues l'objet d'un assentiment général, les observateurs les plus éminents se sont rencontrés sur ce terrain, et cela devait être puisqu'il est celui de la vérité; seulement la filiation historique de ce progrès n'a pas toujours été fidèlement reproduite; dans l'entraînement croissant de ce concours unanime, on a pu perdre, on a perdu de vue la participation respective de chacun, de ceux-là surtout qui ont été les premiers en date; de ce que ces principes sont universellement admis et appliqués, on a conclu sans doute qu'il en avait été toujours de même, et qu'il n'y avait point à se préoccuper ici d'une phase d'évolution; volontaire ou involontaire, l'oubli est devenu complet (i). Je ne puis approuver cette méthode qui, poussée à l'extrême, aurait pour effet de supprimer l'historique de toutes les questions, et de les faire dater par chaque écrivain successif du moment précis où il

(1) Tel, par exemple, Lcbert, qui, dans son livre de 1879, non seulement défend les mêmes principes d<' pathogénie, mais emprunte aussi les désignations que j'ai créées, irritation phymatogène, diathèse pliymatogène, hypotrophie et dystrophie constitutionnelles, sans se soucier d'en indiquer l'auteuV.

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