‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaireChapitre 41 sur 95 · DU LAIT · texte numérisé non relu

DU LAIT

sphère spéciale sur la toux et l'irritation bronchique.

Chaque pas en avant que nous faisons dans l'étude du i raitement de la phthisie doit être pour vous, Messieurs, une nouvelle preuve de la nécessité du séjour à la campagne, puisque indépendamment de l'action salutaire qu'il exerce par lui-même, ce séjour estla condition quasi indispensable de l'accomplissement facile et complet des mesures thérapeutiques les plus importantes.

Le lait peut offrir une ressource utile pour faire prendre de l'alcool aux personnes qui le refusent absolument en ses formes ordinaires ; il suffit alors de mêler à une des tasses de lait du matin et de l'après-midi quelques cuillerées à café d'une liqueur alcoolique de bonne qualité, cognac, rhum, kirsch; on a ainsi un breuvage très agréable au août, l'indication de l'alcool est satisfaite dans la mesure du possible, et de plus cet agent peut aider à la digestion du lait, et diminuer le météorisme momentané auquel il donne lieu chez certains malades. Aussi je vous recommande le même procédé dans les cas où vous rencontrerez à propos du lait une intolérance digestive, qui pourrait vous faire renoncer à ce précieux médicament; avant de l'abandonner, essayez du mélange précédent, vous verrez bien souvent disparaître toutes les difficultés ; s'il n'en est pas ainsi, vous devez encore, avant de céder, recourir à l'addition d'eau de chaux, ou de Quelques cuillerées d'une eau minérale alcaline.

Malgré tout, je ne dois pas vous céler que vous pourrez voir des malades auxquels il est impossible de faire accepter ou tolérer le lait; d'un autre côté, il en est dont la résidence est inconciliable avec la cure de lait à l'établc tcllcqucjevousl'ai indiquée; d'autres enfin peuvent être,

dès celte période initiale, assez débilités pour qu'il soit utile d'associer au lait une médication alcoolique plus accusée que celle dont je vous ai parlé jusqu'ici; le koumys vous donne le moyen de répondre aux exigences de ces situations diverses.

Originaire de laTartarie où il paraît avoir été employé dès le xme siècle (d'après Landowski), le koumys est le lait fermenté des juments qui habitent en liberté les steppes des Kirghises, et la Russie compte plusieurs établissements consacrés à la préparation de ce produit, et à la cure spéciale basée sur son emploi. On a cru longtemps que les juments de ces régions devaient à leur patrie même un lait possédant des propriétés particulières, et que l'origine des animaux était ici le point fondamental; mais les recherches de Biel l'ont conduit à une autre conclusion : ce n'est pas la patrie par elle-même qui est en cause, c'est le mode de vie, c'est-à-dire la liberté et l'absence de travail. Toutes les fois que ces conditions sont réalisées, le lait des juments, quelle qu'en soit l'origine régionale diffère de tous les autres laits par la constitution chimique de sa caséine qui présente une étonnante similitude avec celle du lait de femme; cette analogie disparait si les juments sont à l'état de domesticité et soumises au travail. 11 résulte de ces faits intéressants que dans les pays où l'on est obligé de préparer le koumys avec du lait de vache, il est nécessaire, si l'on veut se rapprocher autant que possible du produit type de la Tartarie, de maintenir les animaux en liberté et dans des conditions de vie voisines de l'état de nature. Moyennant cette précaution, le koumys de la vache peut avoir sensiblement les mêmes propriétés que celui de la jument, et l'on peu!

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utiliser cet agent thérapeutique dans les contrées les plus diverses, alors qu'il y a peu d'années encore, on se croyait obligé d'imposer des déplacements souvent irréalisables aux malades que l'on voulait faire bénéficier de cette cure. D'un point de vue théorique, le lait d'ânesse est supérieur au lait de vache pour la préparation du koumys, car par la proportion faible du beurre et de la caséine, et par la proportion forte du sucre de lait, il se rapproche étroitement du lait de jument; mais ce serait apporter une restriction quasi stérilisante à cette méthode que de la limiter au koumys d'ânesse, et cette restriction n'est même pas nécessaire, car il est facile, par quelques artifices de préparation, d'augmenter la proportion du sucre de lait dans le koumys de vache, et de le débarrasser d'une grande partie de la caséine en excès par desfiltrations répétées aussi longtemps que cette substance forme des congula dans la liqueur. C'est d'après ces principes que le koumys est préparé aujourd'hui avec le lait de vache dans toutes les grandes villes de l'Europe, Paris, Londres, Berlin, Vienne, etc., et dans les circonstances multiples que j'ai énumérées il y a un instant, il constitue pour le médecin et pour le malade une ressource véritablement précieuse.

Pour en apprécier les avantages il suffit de connaître les principales modifications déterminées par la fermentation: formation d'alcool, d'acide carbonique libre et dissous, d'acide lactique, élimination d'une notable partie de la caséine, voilà les résultats fondamentaux; la proportion d'alcool varie de 20 à 30 pour 1000; elle était de 22,53 et de 30,31 dans le koumys de vache analysé par Kokosinsky, de 17 à 20 dans le koumys de

lfiO TRAITEMENT DE LA PI1TIIIS1E COMMUNE.

jument analysé par Stahlberg; la proportion totale de l'acide carbonique a varié de 6 à 13 dans le koumys de vache préparé à Paris, dont il vient d'être question, et de 9 à 11 dans le produit examiné par Stahlberg à Pétersbourg; du reste, ce dernier observateur amontré que ces éléments varient pendant un certain nombre de jours à dater du moment delà préparation : l'alcool augmente quotidiennement du premier jusqu'au seizième jour; quant à l'acide carbonique, laproportion de gaz en solution ne varie pas notablement à partir du deuxième jour, mais laproportion de gaz libre présente son maximum vers le quatrième jour; elle a été trouvée alors de 9,06 pour 1000, tandis qu'au seizième jour elle n'était plus que de 7,99. — L'acide lactique a été compris entre 7,02 et 8,87 dans le koumys de Paris ; dans celui de Pétersbourg il s'est élevé du chiffre initial de 4,75 à celui de 8,31 qui a été atteint le seizième jour.

Par suite de cette composition spéciale, le koumys a un goûtaciduleetalcooliquequinerappelle en rien la saveur du lait, il ne laisse point après l'ingestion l'empâtement et l'amertume de la bouche qui rendent ce dernier si désagréable à bon nombre de personnes, et en fait, je n'ai pas encore rencontré un malade dont la répugnance pour ce breuvage ait duré plus de deux à trois jours ; le plus ordinairement, il est accepté d'emblée sans aucune difficulté.

D'une digestion facile, le koumys n'a pas les inconvénients du lait au point de vue du météorisme et des flatulences; il maintient et excite l'activité des fondions digestives lorsqu'il est pris en petite quantité, à raison de deux ou trois verres par jour, pour remplacer le lait dans les périodes initiales de la maladie ; par suite il pré-

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vient et il combat les accidents dyspeptiques; par l'alcool et l'acide carbonique il exerce sur l'organisme une stimulation générale, qui ne va pas cependant jusqu'à l'excitation, et lorsqu'il est pris à hautes doses ou môme à titre de régime exclusif, ainsi qu'il arrive souvent dans des périodes plus avancées de la phthisie, il démontre son pouvoir nutritif par l'augmentation depoids du corps, et son influence sur les combustions organiques par les modifications de l'urine ; les recherches de Biel ont établi en effet que pendant la phase d'alimentation uniforme par ce produit, la proportion quotidienne de l'urée, de l'acide phosphorique et de l'acide sulfurique, est accrue relativement aux phases antérieures et subséquentes, tandis que l'excrétion de l'acide urique subit une diminution à la fois notable et rapide. Avec ce phénomène coïncident un abaissement de la température centrale et une amélioration des symptômes locaux et généraux.

C'est surtout lorsque la tuberculose, parvenue à la période de fièvre et de ramollissement, est compliquée de dyspepsie, qui entrave à la fois l'alimentation et la médication, que le traitement exclusif par le koumys peut rendre d'importants services, à condition pourtant que la fièvre ne soit point continue ; il faut compter de cinq à six semaines pour une semblable cure, la quantité consomméevariant, selon les cas, de deux à cinq bouteilles par jour. Après cette période, il est de règle que la dyspepsie soit domptée, la fièvre diminuée ou cessée, que le malade ait gagné des forces et du poids, que les lésions locales soient réduites parla disparition desphénomènes contingents de catarrhe ou d'inflammation; le bénéfice

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est donc double : il y a une amélioration réelle, de plus on a regagné la possibilité de l'alimentation commune et de la médication jugée utile. Dans les conditions que je viens de préciser, je ne pense pas qu'on puisse faire mieux que de recourir pendant quelques semaines à l'administration exclusive du koumys. En revanche, lorsque la pbthisie, tout en étant parvenue à la période de fièvre et de ramollissement, n'est pasaccompagnée de dyspepsie rebelle, je ne crois pas devoir conseiller ce traitement uniforme; tant qu'elle est tolérée, l'alimentation ordinaire me paraît préférable; tant qu'ils sont possibles, certains médicaments me semblent supérieurs, je les conserve donc, mais j'institue volontiers un régime mixte dans lequel le koumys, remplaçant le lait qui est rarement supporté alors par les personnes habitant la ville, entre pour une proportion de trois à quatre ou cinq verres par jour. L'action stimulante et eutrophique de cette substance est ici d'une réelle utilité. A l'inverse du lait, le koumys ne doit pas être pris le matin à jeun, en raison de ses propriétés alcooliques ; il faut le boire dans l'intervalle des repas, et en cesser l'ingestion une heure au moins avant le moment de l'alimentation.

Lorsque la maladie, moins avancée, en est encore à cette phase apyrétique que nous avons particulièrement en vue jusqu'ici, le koumys ne doit entrer dans le traitement que dans la proportion même où je vous ai conseillé le lait, et j'estime que son usage est indiqué : 1° en cas de répugnance ou d'intolérance invincible pour ce dernier; 2° lorsque les malades présentent déjà un affaiblissement inquiétant ; 3° enfin et surtout, lorsque les malades habitent une grande ville; alors en effet le

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