‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaireChapitre 59 sur 95 · TROUBLES DIGESTIFS · texte numérisé non relu

TROUBLES DIGESTIFS

but, n'a pas compromis les forces du malade, j'interviens au moyen d'un vomitif tout comme dans le catarrhe gastrique vulgaire, seulement je donne l'ipéca seul, sans addition de tartre stibié, afin d'éviter l'irritation de l'intestin. Si le catarrhe est subaigu, ou si l'état du patient me parait contre-indiquer le vomitif, j'ai recours aux purgatifs, répétés selon le besoin, et toujours à petites doses ; quand les signes du catarrhe, notamment l'enduit blanchâtre de la langue et l'amertume de labouch e sont très prononcés, l'existence d'une diarrhée médiocre n'est point un obstacle, tout au contraire, dans ces conditions la diarrhée est l'effet d'un état catarrhal concomitant de l'intestin, et les purgatifs sont encore le meilleur moyen de l'arrêter. Je proscris complètement l'huile de ricin et les drastiques, j'emploie les sels effervescents ou bien les eaux minérales naturelles, dont je fais prendre un demi-verre ou trois quarts de verre chaque matin ou tous les deux jours, selon l'effet produit. Lorsque l'indication est exacte, il s'écoulera généralement moins d'une semaine avant que le retour de l'appétit et de l'aptitude digestive vous permette de reprendre graduellement le traitement de la maladie. Ce catarrhe gastrique revendique leplus grand nombredes cas de dyspepsie dans laphthisie; il survient à toutes les époques, et toutes les fois qu'il se montre, je vous engagea le combattre selon ces principes, à moins que la maladie ne soit déjà à une période avancée, ou que vous ne constatiez des signes positifs d'ulcérations intestinales.

11 est des cas pourtant où l'on ne peut rattacher le dérangement desfonctions gastriques à un état catarrhal de l'estomac, il s'agit bien alors de la dyspepsie prise

dans le sens usuel de ce mol, car les altérations des glandes et des sécrétions, les changements dans l'excitabilité de la fibre musculaire, qui sont la cause véritable de ce désordre dit essentiel, échappent complètement à notre appréciation directe, et ne peuvent être soupçonnés que par une induction toujours un peu vague, basée sur l'analyse physiologique des symptômes. Aucune règle thérapeutique fixe ne peut être assignée aux cas de ce genre ; on retrouve ici toutes les incertitudes, toutes les variabilités, tous les tâtonnements qui caractérisent le traitement de la dyspepsie vulgaire. Je ne pourrais, sans sortir de mon sujet, vous entretenir de ces indications multiples, de ces médicationsconlradictoires; étant admis que vous vous êtes mis en règle avec les phénomènes fébriles et les accidents de résorption putride qui ont une si puissante influence sur les fonctions de l'estomac, la tuberculose ne change point votre situation; vous êtes en présence d'une dyspepsie, il faut la traiter selon sa forme et par les moyens ordinaires. Vous aurez donc à employer suivant les cas les absorbants, les alcalins, les acides (chlorhydrique et lactique), les excitants (gouttes amères, noix vomique), les sédatifs (opiacés, bromure de potassium à petites doses), ou bien encore les sels purgatifs, non plus à dose évacuante mais à dose modificatrice, deux à quatre grammes par jour par exemple; ou bien enfin les préparations de pepsine.

Il va de soi que vous ne donnerez jamais d'huile de foie de morue à un tuberculeux dyspeptique, mais lorsqu'il n'y a pas de gastralgie, vous pouvez tenter le maintien de là créosote; elle n'est absolument

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contre-indiquée que par les phénomènes douloureux, et en leur absence, elle peut continuer à être bien tolérée, il convient donc au moins d'en faire l'épreuve. Si le malade était préalablement soumis aux pratiques hydrotbérapiques, il faut se garder de les suspendre, car elles peuvent aider au rétablissement des fonctions de l'estomac. Quant au régime alimentaire, il échappe comme la thérapeutique à toute règle constante. En ce qui me concerne, j'essaye toujours au début du traitement de conserver le régime ordinaire du malade; mais lorsque après quelque, temps et malgré une médication appropriée, je n'obtiens aucune amélioration notable , alors j'en viens au régime uniforme ; nous rencontrons à son sujet la même variabilité d'indication, car c'est tantôt le régime exclusif du lait, tantôt l'alimentation par la viande crue qu'il convient d'instituer; bien souvent même on n'est fixé dans ce choix que par une observation de quelques jours. Il en est ici comme dans toutes les dyspepsies sérieuses, le meilleur régime est celui qui est toléré, et toute détermination préalable est fréquemment impossible. Dans ces cas rebelles, les révulsifs sur la région de l'estomac peuvent être d'une grande utilité, je ne manque jamais d'y avoir recours, soit sous forme de pointes de feu, soit sous forme de vésicatoires.

Du reste, je tiens à vous le dire encore, ces dyspepsies tenaces qui aggravent si rapidement la situation des malades, parce qu'elles compromettent la nutrition et entravent le traitement, ne sont guère observées que chez les tuberculeux confinés dans les villes, et il suffit bien souvent du séjour à la campagne pour faire justice de ces troubles gastriques, alors qu'ils ont résisté aux

médications les plus rationnelles. On voitaussi ces dyspepsies rebelles chez les malades qui ont été malheureusement dirigés sur une résidence dont les conditions climatériques sont de nature à provoquer et à entretenir les désordres digestifs; en pareil cas c'est une faute que de s'entêtera un traitement dont l'impuissance est cert aine, et le changement immédiat du séjour est la seule mesure vraiment efficace.

Dans les périodes avancées de la maladie, l'alimentation peut, pour des raisons diverses, devenir impossible dans sa forme ordinaire; rarement alors le lait est toléré, il ne l'est jamais d'ailleurs en quantité suffisante pour les besoins de la nutrition, et la viande crue, aiguisée de sel et d'alcool, ou de sucre, selon les cas, reste la suprême ressource. Souvent on réussit ainsi à nourrir le malade, au moins dans une mesure proportionnelle à sa dépense organique qui est toujours bien restreinte en pareille occurrence, et il n'est pas rare qu'après quelque temps, on puisse, grâce à ce régime qui a toute la valeur d'une médication, revenir à une alimentation plus variée et plus attrayante. Si ce moyen échoue aussi, vous avez aujourd'hui la possibilité de recourir aux peptones artificielles de viande, dont le pouvoir nutritif est parfaitement établi par un bon nombre d'observations faites à l'étranger, et par les recherches poursuivies en France, notamment par Daremberg et Galillon ; il est également certain que les peptones ne perdent pas leur valeur alimentaire lorsqu'elles sont administrées en lavement au lieu d'être données par la bouche, et elles offrent donc une précieuse ressource dans les cas où l'on est contraint de renoncer

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