‹ Curabilité et traitement de la phthisie pulmonaireChapitre 94 sur 95 · DIVISION NOUVELLE DES* CLIMATS DE PLAINE. U · texte numérisé non relu

DIVISION NOUVELLE DES* CLIMATS DE PLAINE. U

elles suivent, mais de très loin, Méran, Montrcux et Lugano, sous le rapport de l'action constitutionnelle; elles devancent et de beaucoup les stations de Sicile, sous le rapport delà préservation locale.

Après cette introduction nécessaire qui vous a fait connaître mes vues personnelles sur l'action des climats de plaine, j'arrive aux groupes pathologiques, et je vais essayer de vous dire comment j'en établis le rapport avec les groupes climatériques. Nous rencontrerons ici, vous pouvez le pressentir, la même difficulté que je vous ai signalée avec tant d'insistance à propos des climats d'altitude et à propos des eaux minérales ; un exposé dogmatique peut réussir à la rigueur à fixer le groupe climatériquc correspondant à un groupe pathologique donné, mais le choix entre les individualités du groupe désigné est éminemment variable, et il échappe le plus souvent, par sa mobilité même, à toute règle générale. Je ferai de mon mieux pour vous éclairer aussi complètement que le sujet le permet.

Avant d'entrer en matière, je dois vous renseigner une fois pour toutes sur la provenance des chiffres météorologiques que j'aurai à vous communiquer. Ces chiffres ne sont ni empruntés ni copiés; ils sont tous le résultat d'un travail entièrement personnel, pour lequel j'ai utilisé, d'une pari, les renseignements recueillis sur place, d'autre part, les documents publiés, tant français qu'étrangers, je parle des documents d'un caractère scientifique. L'étude et l'appréciation comparatives de ces matériaux et de mes renseignements, la synthèse des résultats fournis par cette analyse, voilà l'origine des chiffres

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que je produis; ils sont donc miens, et il convient, par suite, que la reproduction soit accompagnée du nom de l'auteur. Expressions totalisées d'un grand nombre d'éléments divers, mes chiffres peuvent différer de ceux qui sont contenus dans tel ou tel travail considéré isolément, mais je réponds de leur parfaite exactitude, en raison de la valeur et de la multiplicité des sources d'où ils découlent.

Toutes les indications thermométriques se rapportent à l'échelle centigrade; et, sauf mention contraire, toutes les données météorologiques appartiennent uniformément à la période des sept mois d'octobre à avril inclusivement. Cette uniformité, souvent négligée, est la condition indispensable d'une comparaison vraiment exacte et fructueuse.

Je reprends mon exposé.

Je vous entretiendrai d'abord d'un groupe pathologique des plus nets, pour lequel la solution climatérique est d'une facilité relative tout exceptionnelle; je veux parler de la phthisic pnemnonique, parvenue à la phase de chronicité compatible avec le déplacement des malades.

Sauf l'exception unique et rare que j'ai signalée en étudiant la cure d'altitude, cette forme de la maladie indique constamment le même groupe climatérique, et ce groupe ne comprend que quatre stations, savoir, Madère, Alger, Palerme et Pise. Je n'oserais pas y faire rentrer Pau d'une manière absolue, en raison de l'amplitude plus considérable des oscillations thermomé- Iriques, diurnes, journalières et mensuelles. Ce qui

importe ici, tant pour l'absence de péril que pour l'utilité du traitement, c'est avant tout l'uniformité météorologique; si elle est unie à une action plus tonique que débilitante, les eboses sont au mieux, l'idéal du désirable est réalisé ; cette heureuse association nous la trouvons, à des degrés différents, à Madère et à Alger; elle manque à Pise qui ne vaut ici que par l'égalité des conditions climaLériques ; encore cette égalité estelle déjà notablement moindre que dans les deux autres stations.

Toutes les fois que dans le groupe pathologique en question le médecin a une entière liberté d'action, ce qui n'est pas très commun, il faut le dire, j'estime qu'il doit donner la préférence à Madère ; c'est ce que je fais moi-même, pour plus d'une raison. Avec sa moyenne thermique de 17°, 88 pour les sept mois d'octobre à avril, sa moyenne d'oscillations diurnes de 3,33, ses écarts journaliers presque négligeables de 0,65 à 0,70, et ses écarts mensuels dont la moyenne est de 0,83 et le maximum de l'île de Madère réalise au mieux dans notre hémisphère, et cela sans comparaison aucune, l'ensemble des conditions climatériques nécessaires, tant pour l'uniformité que pour les chiffres thermiques en eux-mêmes.

Mais à cet avantage sans égal qu'il est vraiment illogique de négliger, s'enjoignent d'autres qui, àmon grand étonnement, n'ont pas encore été signalés, quoiqu'ils soient assurément bien dignes d'une sérieuse attention. La règle du séjour prolongé, qui n'est jamais plus impérieuse que dans la phthisie pneumonique, peut être observée avec une facilité sans pareille, grâce au faible écart qui sépare la moyenne thermique estivale delà moyenne

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hivernale (5° à 6°,45), eL grâce à la multiplicité des habitions qui s'élèvent aux environs de Funchal à des hauteurs diverses, depuis le niveau de la mer jusqu'à l'altitude de 650 mètres et plus encore ; il y a là un ensemble de conditions auquel je ne connais pas d'analogue, et qui permet de satisfaire, par la mutation de la résidence, aux indications multiples et dissemblables issues de l'excitabilité et de la réaction individuelles. Cette même circonstance enlève au climat de Madère le caractère uniforme de climat sédatif, qui ne peut lui être attribué que faute de notions suffisantes. Oui, au niveau de la mer ou à peu près, l'action est sédative sans être jamais débilitante; mais qu'on s'élève, qu'on utilise les ressources que je viens d'indiquer, et l'on peut à volonté remplacer l'action sédative par une action indifférente, et enfin par une action légèrement excitante, avec laquelle coïncide une influence tonique des plus marquées, résultant d'une part de l'altitude même, d'autre part de la diminution de la température, qui s'abaisse en moyenne d'un degré par cinquante mètres d'élévation.

Là ne sont point encore bornés les précieux privilèges de cette station; la ville de Funchal et l'admirable amphithéâtre de villas qui l'entoure jusqu'à une hauteur de près de sept cents mètres, occupent le versant méridional de l'île, et sont complètement protégés contre les vents du nord, du nord-est et du nord-ouest, par plusieurs rangées de montagnes, qui atteignent et même dépassent, sur plusieurs points l'allitudede deux millemètres. — Une eau potable, non moins remarquable par sa pureté que par son abondance, alimente toute cette contrée; — enfin,

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et c'est là pour moi un avantage vraiment inappréciable, la poussière est absolument inconnue à Funchal et dans ses environs; ma proposition doit être prise au pied de la lettre ; à la fin d'une journée passée au dehors, il n'y a pas un atome de poussière sur les vêtements; le sol est volcanique, toutes les voies grandes ou petites sont pavées, à une distance qui dépasse la zone habitée, de petites pierres extrêmement serrées, qui les font ressembler à une mosaïque de basalte, de sorte que même durant les jours où le vent de mer présente sa plus grande intensité, il ne peut soulever une poussière qui n'existe pas, et l'atmosphère conserve son inaltérable pureté. — L'excellence des installations et du confortable, tant dans les hôtels que dans les villas, a déjà été signalée, je ne fais que la rappeler; mais il ne sera pas indifférent d'affirmer l'absence totale des moustiques.

Je ne dis rien du charme indescriptible de cette contrée montagneuse, véritable Suisse de l'Océan, non plus que de l'enchantementproduitpar une végétation luxuriante, qui montre aux yeux étonnés et ravis les richesses de la flore tropicale confondues, par une association unique, avec les produits de nos régions tempérées; je ne dis rien de tout cela, car je me borne à l'utile sans songer à l'agréable, encore bien que pour les malades l'agréable soit bien souvent un des éléments de l'utile.

Si, malgré les facilités du voyage, le malade se refuse au séjour de Madère, en raison de l'éloignement, c'est Alger, c'est Mustapha qui sans hésitation doit lui être conseillé. Il perd à cette substitution le bénéfice d'une résidence fixe prolongée, il perd les ressources précieuses résultant de la variété des conditions d'altitude,

mais il conserve les avantages d'un climat sans action excitanteexcessive,plutôtfortifiantquedébilitant,etd'une uniformité thermique qui, sans être aussi exceptionnelle que celle de Madère, est cependant des plus remarquables; en effet, la moyenne des oscillations diurnes pour les sept mois d'octobre à avril ne dépasse pas 4°, 5, la moyenne des écarts mensuels est de 4,93, avec un chiffre thermométrique moyen pour cette même période de 16,62. Mais pour la possession complète de ces influences favorables, il est essentiel que l'habitation du malade soit dans une région tout à fait abritée; il y en a au moins une à mi-hauteur du coteau de Mustapha supérieur.

Du reste, il ne sera pas inutile de redresser une erreur trop répandue touchant l'exposition d'Alger et de Mustapha; un examen, vraimenttropsuperficiel, a pu faire dire que cette ville regarde le nord, cela n'est point exact, et cette assertion vient tout simplement de ce qu'on a omis de tenir compte du contour considérable que décrit la partie occidentale de la baie. En fait, l'orientation d'Alger est directement à l'est; quant à l'orientation de Mustapha, elle est à l'est-sud-est pour la partie occidentale du coteau, au nord et au nord-ouest pour la partie centrale et orientale; or, dans la partie occidentale l'abri contre les vents est aussi complet qu'on peut le désirer, par suite delà présence des montagnes de Bou-Z'aréa et de Fort l'Empereur d'une part, de la chaîne de l'Atlas et de Djurdjura d'autre part. Sous le bénéfice de ces remarques, on peut dire en toute vérité que l'uniformité thermique et la tranquillité atmosphérique sont réalisées à Mustapha d'une manière tellement satisfaisante, que cette station ne

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le cède qu'à Madère sous ces deux rapports. Ajoutons que dans cette même région, mais là seulement, on est complètement préservé de l'inconvénient de la poussière. Je crois pouvoir achever de caractériser le climat de Mustapha, en ajoutant qu'il est plus excitant que Madère, tout en étant un peu moins fortifiant; en fait, il est le moins tonique parmi ceux qui méritent réellement cette qualification, c'est-à-dire que je le place à cet égard après Corfou, Catane, Palerme et Madère, cette énumération étant faite dans l'ordre décroissant. On voit donc que la station de Mustapha est très heureusement appropriée aux indications spéciales fournies par le groupe pathologique que nous étudions; et en tenant compte des nuances qui la séparent de Madère au point de vue de l'excitation et de l'action fortifiante, on peut, au moyen de ces deux résidences, répondre aux variétés les plus importantes de l'excitabilité et de la débilité individuelles; il est seulement bien regrettable, à mon point de vue, que l'Algérie exclue encore aujourd'hui toute possibilité de résidence annuelle, et que les changements d'altitude n'y soient pas accompagnés du confort nécessaire.

Lorsque la phthisie pneumonique présente avec la chronicité, qui est la condition sine qua non du traitement climatérique, un caractère évident de torpidité, je trouve dans cet ensemble, assez rare du reste, une indication positive pour le séjour de palerme; cette station est parfaitement abritée contre les vents du nord; les environs de la ville, et notamment la Concha d'Oro, fournissent de précieuses ressources pour une résidence rurale ; le climat est à mon sens un peu plus excitant et un peu plus

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fortifiant que celui de Madère et d'Alger, et il présente une uniformité sensiblement égale à celle de cette dernière région, les oscillations diurnes en particulier étant inférieures à mon chiffre limite de 5°; mais la moyenne thermique est notablement plus faible, elle est de 4 3°, 79 pour les sept mois d'octobre à avril. La ville et ses environs immédiats ne présentent pas l'inconvénient de la poussière dans les jours de vent; mais, comme en Algérie, la possibilité du séjour estival fait complètement défaut. La beauté du site et de la baie de Palerme est proverbiale, je ne m'y arrête pas.

Si enfin la phthisie pneumonique, tout en étant chronique, éteinte et torpide en ce qui concerne les foyers locaux, coïncide avec un mode individuel plus ou moins voisin de Yérélhisme, alors c'est Madère, à l'exclusion d'Alger et de Palerme, qu'il convient de choisir; et si je rencontre chez le malade une répugnance invincible pour un déplacement aussi lointain, je conseille Pise, qui, à défaut de l'île atlantique, est particulièrement appropriée à cet ensemble complexe d'indications. Mais substitution ne veut point dire similitude, prenez-y garde ; que l'on considère les oscillations diurnes, les oscillations journalières ou les écarts mensuels, l'uniformité, quoique supérieure à celle de Pau, est moins grande qu'à Madère, car la moyenne des oscillations diurnes atteint mon chiffre limite de 5°, tandis qu'elle est à Madère de 3°, 33, et la moyenne thermique est considérablement moins élevée, étant à peine de 10° pour les sept mois d'octobre à avril. Les conditions sont donc à tous égards inférieures, et c'est pour cela que j'ai, rangé Pise parmi les climats indifférents; mais dans le cas supposé, je ne pense pas

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qu'il y ait mieux à faire. Du reste, de notables améliorations ont été réalisées à Pise dans ces dernières années, notamment en ce qui concerne les hôtels, les habitalions destinées aux malades, et les ressources thérapeutiques, la ville possédant maintenant un établissement hydrolhérapique et aérothérapique des plus complets.

Il n'est pas extrêmement rare que les malades affectés de phthisie pneumonique aient souffert, ou souffrent encore de manifestations rhumatismales plus ou moins accusées; cette circonstance restreint notablement le choix des résidences, car en pareil cas, quelles que puissent être d'ailleurs les indications issues de l'excitabilité ou de la réaction individuelle, il faut absolument laisser de côté Palerme et Pise dont la moyenne hygrométrique est notablement supérieure à celle de Madère et d'Alger; ces deux dernières stations présentent au contraire à cet égard une notable analogie, soit qu'on examine le degré hygrométrique moyen pour les sept mois d'octobre à avril, soit qu'on envisage le nombre des jours pluvieux, ou la quantité d'eau tombée durant la même période.

Depuis quelques années on préconise hautement, surtout en Angleterre, l'île de Ténériffe du groupe des Canaries, comme résidence propre aux phthisiques; celte île, située au sud-est de Funchal, n'en est séparée que par une navigation de vingt-huit heures, et comme le climat y est plus sec et plus excitant, ce séjour semble pouvoir utilement compléter et étendre les applications thérapeutiques de Madère; il y aurait même lieu de le préférer dans un certain nombre de cas, notamment pour les

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phlhisiques rhumatisants ou torpides. A ne considérer que le climat, rien de plus juste que ces propositions; l'île de Ténériffe, ou plus exactement la vallée d'Orotava dans l'île de Ténériffe, réalise au même degré que Madère la plupart des conditions nécessaires; la moyenne thermique d'Orotava pour la période octobre-avril est même plus élevée, atteignant 18°, 52; l'uniformité est pareille en ce qui concerne les oscillations journalières et mensuelles, seules les oscillations diurnes sont un peu plus accusées, mais la différence est assez faible pour être négligeable; ajoutons que la configuration de l'île offre les mêmes facilités quant à la résidence prolongée et aux variations d'altitude, et que ces dernières atteignent même des hauteurs plus élevées, où l'on trouve réunis tous les effets des climats de montagne, raréfaction de l'air comprise; et l'on reconnaîtra un ensemble de conditions éminemment favorables pour une station à applications très variées.

Connaissant ces particularités si nettement qualificatives, connaissant, d'autre part, la tendance de nos confrères anglais, j'ai visité cette île pour en apprécier la valeur comme résidence médicale, et je suis obligé de lui refuser absolument ce caractère. Les conditions du climat sont telles que je viens de vous les dire; la beauté de la vallée d'Orotava est vraiment admirable; Humboldt a déclaré que c'est ce qu'il y a de plus beau dans le monde (en quoi je diffère de lui, ce qui importe peu); mais la poussière et les moustiques régnent en maîtres permanents dans cette merveilleuse contrée, et d'un autre côté il n'y a pas dans toule l'île, ni à Orotava ni ailleurs, une seule installation convenable pour des ma-

lades; les ressources alimentaires sont complètement défectueuses au point de vue de la qualité, et il n'y a aucune raison d'espérer un changement quelconque, car les indigènes repoussent, avec une hostilité voisine de l'indignation, l'idée d'adapter leur pays au séjour des phthisiques; ils ne veulent à aucun prix entendre parler d'une semblable transformation. La question est donc jugée, et l'île de Ténériffe doit être rayée de la liste des stations médicales, malgré les avantages exceptionnels de son climat, poussière et moustiques à part.

C'est également l'absence d'installations convenables, l'insuffisance de l'hygiène publique et de l'hygiène alimentaire, qui m'empêchent, malgré les efforts tentés dans ce sens par les médecins anglais, d'admettre au nombre des stations médicales Mogador et Tanger sur la côte occidentale et septentrionale duMaroc; làencore, surtout à Mogador, le climat est admirablement approprié; en un mot, c'est le climat de Madère; mais qu'importe le climat, si tout le reste fait défaut? Or c'est là qu'en sont les choses aujourd'hui; seulement, à l'inverse de Ténériffe, il est possible que des améliorations suffisantes viennent effacer ma condamnation dans un avenir plus éloigné; car l'année dernière à Tanger, j'ai pu voir des constructions encore inachevées, qui, surtout par leur position en dehors de la ville, réaliseront un véritable progrès.

Jusqu'à ce jour, Ténériffe, Mogador et Tanger ne valent que par leur climat, et je pense vous avoir amplelement démontré que cela ne suffit pas pour faire une station médicale.

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J'arrive à la phthisic commune.

Mon précepte est le suivant : Aussi longtemps que cela est possible il faut assurer aux phthisiques les effets salutaires des climats fortifiants. Et quand se présente cette possibilité? Toutes les fois que l'indication constitutionnelle remporte en gravité et en urgence sur l'indication locale. Or, cette éventualité est très fréquente. Qu'il s'agisse alors de catarrhe limité des sommets, ou de noyaux circonscrits plus compacts, silencieusement formés sans orage fébrile, peu importe, la situation est la même, et l'indication constante. Je n'arrive aux climats plus doux que lorsque j'y suis contraint par quelque accident qui modifie le tableau que je viens de vous présenter; car, ainsi que je l'ai dit dans ma Clinique, il y a déjà bien des années, il est parfaitement illogique d'abandonner, à propos du climat, l'indication fondamentale qui est d'aguerrir et de fortifier la constitution.

Or, le groupe des climats de plaine présente trois stations que leur moyenne thermique sépare des climats doux d'hiver; ce ne sont plus tout à fait les climats rigoureux des altitudes extrêmes, mais ce ne sont certainement pas des climats doux ; à ce point de vue, ces trois stations forment à elles trois, dans la série des résidences de plaine, ungroupe distinctque l'on peut envisager comme intermédiaire; je veux parler de Méran, — de Montrelx — et de Lugano, dont les moyennes thermométriques respectives sont comprises entre six et sept degrés pour les sept mois d'octobre à avril. En raison de leur action fortifiante très marquée, ces climats ont, dans cette période, des effets analogues à ceux des climats dits rigoureux, mais ils manquent des effets spéciaux de l'altitude,

car celle-ci ne dépasse pas 385 mètres. Ces climats sont donc moins fortifiants que ceux de mon premier groupe ; mais, sans comparaison aucune, ils sont les plus toniques de tout le groupe des climats de plaine; d'un autre côté, ils sont indifférents au point de vue de l'excitation, ou pluLôt, et pour être plus exact, je dirai que l'action excitante n'est pas assez marquée, surtout à Méran, pour devenir l'objet d'une préoccupation sérieuse, ou l'un des éléments fondamentaux de la détermination.

Il peut donc sembler au premier abord que ces trois stations possèdent une adaptation prépondérante et exclusive pour le groupe pathologique en question; pourtant, Messieurs, il n'en est rien; ce jugement, d'après mon expérience, est une erreur, il me sera facile de vous en convaincre. N'était leur altitude quasi nulle, ces stations devraient être rangées dans mon premier groupe; car par l'ensemble de leurs caractères climatériques d'hiver, elles se rapprochent étroitement des résidences de cette série ; il résulte de là qu'elles manquent à vrai dire d'une appropriation spéciale, et qu'elles répondent en réalité aux mêmes indications que les stations d'altitude. Or, comme ces dernières ont en propre une élévation plus satisfaisante, le fonctionnement régulier du traitement méthodique, et en outre tous les avantages hygiéniques et médicaux qui distinguent le sanatorium de l'hôtel, elles doivent évidemment être préférées. J'ai déjà eu occasion de le dire, mais la chose vaut bien d'être répétée: tout phthisique qui est en état de supporter le climat de Méran, de Montreux ou de Lugano, est également en état de tolérer Davos, PEngadine, et à tout le moins les stations inférieures de mon premier groupe;

et par suite, c'est là qu'il convient de le diriger; j'estime donc que Méran, Montreux et Lugano doivent être réservés, comme stations de suppléance, pour les malades que des raisons personnelles éloigneraient absolument des résidences plus élevées et plus caractérisées.

Je dois dire, pour être juste, que ces localités de la Suisse et du Tyrol présentent, comme Davos, comme l'Engadine, l'avantage de permettre au grand complet et avec toutes les facilités désirables, l'application de ma méthode de la résidence prolongée, et d'offrir dans leur voisinage immédiat des séjours convenables à des hauteurs qui varient de six cents jusqu'à mille et douze cents mètres; d'où résulte qu'à la fin du printemps les malades peuvent échapper à la température estivale, tout en se maintenant dans la même zone climatérique; l'altitude seule est changée. Nous retrouvons ici dans une bien autre sphère, l'un des éléments qui font la supériorité de Madère, et nous en cheicherions vainement un autre exemple aussi complet et aussi caractéristique.

Bien que fort analogues, les stations de Méran, de Montreux et de Lugano ne sont pas tellement semblables qu'elles puissent être indifféremment conseillées; des considérations tirées du malade ou de la station ellemême, constitueront, dans chaque cas particulier, une somme de raisons bien suffisantes pour faire préférer l'une à l'autre, mais nous rencontrons ici ces questions d'individualité climatérique et d'individualité morbide dans le détail desquels il m'est impossible d'entrer. Pourtant je ne dois pas omettre de dire qu'en ce qui concerne le traitement hydrothérapique et le traitement pneumatique, Méran possède des installations très satis-

Taisantes, qui font absolument défaut dans les stations suisses. Toutes trois se valent, en revanche, pour la facilité cl la qualité des cures de raisin, qui sonlparfois d'une réelle utilité chez les phthisiques.

Lorsque, pour une raison quelconque, la période initiale delà phthisie n'a pas été utilisée pour la médication climatérique éminemment reconstituante et salutaire, dont je viens de vous affirmer une fois de plus la supériorité; lorsque l'affection est plus avancée, lorsque les lésions sont plus étendues, plus graves en elles-mêmes; ou bien encore lorsque dès les premières phases de l'évolution morbide, le malade a présenté une disposition manifeste aux poussées congestives ou inflammatoires, aux accidents aigus et fébriles, alors la situation n'est pas moins nette que tantôt, le temps est arrivé de s'adresser franchement, et probablement sans retour, aux climats doux et aux stations méridionales. La préservation locale est au moins aussi urgente que la restauration constitutionnelle.

Le critérium fondamental qui doit alors guider votre choix entre les diverses résidences, est le mode réactionnel, à quoi je rattache, vous le savez, la disposition plus ou moins facile aux mouvements fébriles. Cette considération domine tout, absolument tout, même le fait des hémoptysies; car, ainsi que je vous l'ai antérieurement montré, celles-ci ont une signification pronostique et thérapeutique variable, qui estprécisémentsubordonnée à la modalité de la réaction individuelle. Sans doute, et je vous le dis bien hautement, il faut tenir compte en outre des déterminations laryngées et intestinales de ca-

ractère grave; sans doute, il faut se préoccuper aussi des étals constitutionnels qui peuvent être associés à la phthisie, scrofule et rhumatisme notamment; mais tout cela ne vient qu'en seconde ligne; ces éléments de détermination, quelque importants qu'ils soient, ne doivent en aucun cas primer le précédent, leur influence peut aller jusqu'à commander l'individualité climatérique dans le groupe de stations indiqué par le mode réactionnel, elle ne peut pas, elle ne doit pas aller jusqu'à changer le groupe lui-même. En conséquence pour la série de cas qui se présentent maintenant à notre examen, série malheureusement trop nombreuse, les indications primordiales delà restauration constitutionnelle et de la préservation locale étant également et constamment présentes, une classification vraiment pratique des climats ne peut être basée que sur leur appropriation plus ou moins parfaite aux divers modes de la réaction INDIVIDUELLE.

J'en admets trois, vous vous en souvenez sans doute, et après l'exposé analytique que je vous ai antérieurement présenté, il suffira de vous en mentionner à nouveau les désignations distinctives : réaction active, floride ou éréthique; — réaction passive outorpide; — réaction indifférente ou commune; telles sont les trois modalités de l'individu malade en puissance de phthisie. De là trois groupes climatériques nettement spécialisés, au moins pour les deux premières formes. Quel que soit le groupe indiqué par la manière d'être individuelle, il convient, si la liberté est entière, de choisir dans le groupe les climats dont les caractères propres sont le plus accentués; car le groupe étant supposé bien formé et bien

choisi, ces climats fortement caractérisés sont certainement plus efficaces pour le double but poursuivi, que ceux qui , tout en appartenant au même groupe, présentent des propriétés moins accusées. Cette règle de conduite est pour moi une règle générale et absolue; je ne m'en dépars que lorsque je me heurte contre un refus; je me résigne alors à faire le moins mal, ne pouvant faire le bien, mais c'est toujours avec regret, car je sais par expérience que c'est toujours le malade qui fait les frais de cette transaction inopportune.

Ces principes sont les règles de ma pratique ; je passe à l'application.

La situation créée par la réaction floride est tout à fait semblable, au point de vue du traitement climatérique, à celle de la phthisie pneumonique; les indications issues de l'excitabilité névro-vasculaire, de l'impressionnabilité broncho- pulmonaire, de l'existence antérieure d'épisodes aigus plus ou moins fréquents, sont identiques dans les deux conditions, et par suite le même groupe de stations doit être utilisé dans les deux cas. C'est donc Madère, Alger, Palerme ou Pise qu'il faut encore conseiller, en se rappelant que la première de ces stations convient à tous les degrés de l'éréthisme, tandis que Palerme et Alger doivent être exclusivement réservés pour les formes moyennes et légères de ce type réactionnel. Cette distinction exprimée, le choix entre les trois dernières résidences devient une question d'individualité qui ne comporte pas de solution unique; d'une manière générale, je donne la préférence à Alger et à Palerme par suite de mon principe relatif aux climats à caractères plus accusés; mais lorsque le malade présente

déjà des accidents laryngés d'une certaine intensité, ou bien lorsqu'il a souffert de quelque manifestation aiguë encore récente, je conseille Pise, si je ne réussis pas à faire accepter Madère. Quant à la supériorité constante de cette dernière station, elle résulte, comme je l'ai dit déjà, et des conditions climatériques, et de l'adaptation sans pareille pour la permanence du séjour, et de l'appropriation facile aux divers degrés du mode réactionnel actif par les changements d'altitude. On ne peut concevoir une station qui réponde plus complètement à la totalité des indications; mais si l'on veut en retirer tous les avantages qu'elle peut donner, il faut obéir à ma méthode de la résidence prolongée, et j'estime à dixhuit mois ou deux ans la durée la plus convenable du séjour dans l'île.

La phthisie commune, même avec réaction floride, expose moins que la forme pneumonique au développement d'états aigus graves, et la signification de ces incidents est loin d'être la même dans les deux cas; c'est un épisode fâcheux dans la première forme, c'est dans la seconde un retour offensif de l'acuité initiale, qui peut enlever définitivement au malade le bénéfice de la chronicité, et remettre ainsi tout en question. Il résulte de là que les obligations de la préservation locale sont un peu moins impérieuses dans la forme commune que dans la forme pneumonique; et que la nécessité de l'uniformité thermique aussi complète que possible, est un peu moins urgente dans la première que dans la seconde. C'est pour ces raisons que je crois pouvoir, sans rien compromettre, faire entrer Pau dans le groupe climatérique que nous éludions, tandis que je n'ai pu l'y admettre

lorsqu'il s'est agi de la phthisie pneumonique ; la moyenne thermique pour les sept mois d'octobre à avril, y est un peu moins élevée qu'à Pise, étant de 8°,70; les écarts diurnes, journaliers et mensuels sont plus grands, et cela dans une proportion assez notable, surtout pour les oscillations diurnes, dont la moyenne est de 6°, 3, et qui peuvent atteindre 11 et même 12 degrés ; mais les conditions hygrométriques et pluviométriques sont fort analogues; et en somme le climat de Pau comparé à celui de Pise, a une action sédative moindre qui peut répondre aux formes légères de la réaction active, et une action débilitante également moindre; par suite, le séjour de Pau trouvera son opportunité chez les malades qui, se refusant à des déplacements lointains, présentent une débilité constitutionnelle assez marquée, pour qu'il y ait à redouter l'influence plus affaiblissante encore de la résidence de Pise.

C'est une erreur, en effet, Messieurs, et une erreur qui me semble assez fréquente, que d'associer l'idée de réaction fïoride à l'idée de force organique, et de conclure, par suite, qu'il suffit en pareil cas de l'action sédative du climat, sans qu'il y ait à se préoccuper de son action fortifiante ou débilitante. Dans la grande majorité des cas, la situation est précisément inverse; l'activité réactionnelle, l'excitabilité qui n'a de l'énergie que l'apparence, est liée à un état de faiblesse plus ou moins prononcé, eteonséquemment l'action fortifiante, ou tout au moins l'absence d'action débilitante dans le climat, est tout aussi nécessaire que l'action sédative; c'est précisément là la raison de l'incontestable supériorité que présententpour notre groupe pathologique actuel les stations de Madère,

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d'Alger et dePalerme, qui, possédant à des degrés divers l'influence sédative, présentent en outre, à des degrés également variables, une action plus tonique que débilitante.

J'ai déjà eu l'occasion de vous dire que les phthisiques avec manifestations rhumatismales actuelles ou antérieures, ne doivent être dirigés ni sur Pise, ni sur Pau; je ne m'arrête pas davantage sur ce point, ceprécepte est absolu quelles que soient les autres conditionsdes malades.

Le type réactionnel passif ou torpide n'a point pour correctif unique l'action excitante du climat; la passivité, l'inertie de l'organisme, est liée avant tout à l'hypotrophie constitutionnelle, et le correctif vrai, le correctif efficace doit être cherché dans l'action tonique. Ce serait donc, à mon sens, une faute préjudiciable aux malades que de considérer les climats les plus excitants comme les meilleurs qu'on puisse opposer au mode torpide de la réaction; je pense qu'en pareil cas, il faut s'efforcer de sauvegarder autant que possible l'indication constitutionnelle, en choisissant des climats qui joignent à leur action excitante une action fortifiante plus ou moins marquée, mais positive; Catane et parfois Gorfou trouvent alors, selon moi, leur opportunité la plus certaine; l'action excitante est moindre à Gorfou qu'à Catane, mais l'influence tonique prépondérante appartient à la première de ces stations, dont la moyenne thermique pour les sept mois d'octobre à avril ne dépasse pas 10°, 5, tandis qu'elle est à Catane, pour la même période, de 14°,12; les oscillations de la température sont d'ailleurs comparables, sauf pour les écarts mensuels qui sont plus grands à Corfou qu'à Catane. Dans les deux localités la moyenne des oscillations diurnes dépasse le chiffre

limite de 5°; à Gatane elle est voisine de 7°. L'appropriation respective de la station grecque et de la station de Sicile ressort clairement de ces données climatériques ; j'ajoute que les accidents laryngés et le rhumatisme imposent le choix de Gatane, parce que l'humidité y est beaucoup moindre. — L'ile de Corfou, et surtout la ville et ses environs doivent à la domination temporaire de l'Angleterre des installations très acceptables; à Gatane, des progrès considérables ont été réalisés récemment, tant pour les habitations urbaines que pour celles de la campagne environnante; le parfait entretien des rues et le sol volcanique mettent à l'abri de la poussière ; et à une petite distance, à Acireale, il y a une résidence qui joint à l'avantage des mêmes conditions climatériques, lecaractère d'une station véritablement rurale. Inutile encore ici d'insister sur l'admirable beauté de cette région, que domine le cône majestueux de l'Etna.

Pour la catégorie de malades dont nous nous occupons en ce moment, torpidité avec obligation d'une préservation locale aussi complète que possible, je place au dernier échelon de la série climatérique convenable, la contrée à laquelle on attribue très généralement le premier rang, je veux parler de I'Égypte. Sans aucun doute, ce séjour peut rendre de grands services chez les phthisiques torpides, mais il ne convient qu'à un groupe très restreint de malades, et il exige certaines précautions que je considère comme indispensables. La moyenne thermique élevée, 16°, 91 au Caire pour les sept mois, la rareté exceptionnelle des jours de pluie dont on ne compte que sept à neuf pour la même période, font de ce climat le type extrême des climats excitants ; mais il pré-

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sente au grand complet tous les inconvénients précédemment étudiés delà sécheresse absolue; à son action excitante exagérée, il joint une action débilitante qui ne me paraît pas contestable; et, tandis que par ces caractères il va directement à rencontre de la restauration constitutionnelle, il ne remplit que très imparfaitement l'œuvre de la préservation locale, vu qu'avec sa moyenne thermique élevée, il a des écarts diurnes et journaliers d'une amplitude et d'unebrusquerie véritablement excessives, et que le vent et la poussière n'y ménagent point leur influence fâcheuse. On peut atténuer, dans quelque mesure, ces inconvénients en évitant les quartiers populeux à rues étroites, et en reportant autant que possible la résidence au sud de la ville, mais le correctif est de mince valeur.

En celte situation, le séjour du Caire ne doit être conseillé qu'aux malades qui présentent avec une torpidité extrême, un état constitutionnel encore satisfaisant, et des lésions locales peu avancées, n'ayant jamais donné lieu à aucun épisode aigu. Certains phthisiques torpides, à fond scrofuleux ou arthriLique, répondent parfaitement à cet ensemble de conditions. Mais même alors j'estime que cette station ne doit être permise qu'autant que les malades ont la possibilité d'interrompre la résidence au Caire par un séjour de quatre à six semaines sur le Nil; ce voyage peut êlre effectué dans des conditions de confortable très suffisantes au moyen des bateaux connus sous le nom de dahabyah, qu'on loue à cet effet ; et pendant toute sa durée, on a le bénéfice d'une atmosphère plus humide, d'une uniformité thermique plus marquée, de sorte qu'on échappe aux inconvénients

les plus nuisibles du séjour prolongé dans la ville ou dans ses environs ; mais ce voyage, qui ne peut êlre réellement utile qu'à la condition d'être accompli de cette manière, est extrêmement coûteux, et cette précaution, qui est à mon sens indispensable, restreint singulièrement dans la pratique le recours au climat d'Egypte. Je tiens du reste à vous dire encore que, même avecla ressource du séjour sur le Nil, ce climat est un de ceux qui exigent de la part du médecin la plus grande attention, la plus grande réserve, car comme tous les climats fortement qualifiés, il n'est jamais indifférent, il agit toujours ou pour le bien, ou pour le mal. Je vous ai indiqué les caractères distinctifs du petit groupe de malades auquel ce climat peut convenir; mais même dans ce groupe, ne l'oubliez pas, les accidents laryngés d'une certaine gravité apportent une contre-indication absolue.

La modalité réactionnelle que j'ai appelée indifférente répond aux réalités les plus fréquentes de la pratique, car les deux types précédents sont en somme assez rares, surtout avec leurs caractères complets. Les cas qui composent le groupe vague de la réaction indifférente peuvent être vraiment intermédiaires, en ce sens qu'ils sont réellement à égale distance des formes opposées de la réaction floride et de la réaction torpide; ou bien par quelques-uns de leurs traits, ils se rapprochent de l'un des modes plus que de l'autre, il y a là une foule de nuances, dont je dois nécessairement me borner à signaler l'existence. Lorsque cette tendance vers l'un des types extrêmes est assez marquée pour que l'on ne puisse douter de sa réalité non plus que de sa persistance, il convient, dans la détermination du traitement par les

climats, de se rattacher exclusivement au groupe indiqué par cette analogie, et de s'en tenir fermement à l'une ou à l'autre des séries climalériques que j'ai assignées àl'éréthismeetàlatorpidilé; on pourra seulement, en raison de l'atténuation des caractères réactionnels, choisir dans chaque série les stations les moins accentuées, si toutefois les autres éléments de jugement permettent une semblable liberté ; sous le bénéfice de cette réserve, Païenne, Pise et Pau dans la série pour la réaction floiïde, Calane, dans la série opposée, pourront alors être conseillés.

Dans le groupe vraiment intermédiaire dont la caractéristique réactionnelle est sensiblementneutre et indifférente, toute indication issue de laréaction individuelle fait défaut, et la situation est uniquement dominée par les intérêts de la préservation locale et par les obligations de la restauration constitutionnelle; la question reste donc entière pour le traitement climalérique ; les éléments de détermination sont ceux-là mêmes que j'ai signalés dans mes considérations générales, et suivant que les deux indications fondamentales ont une importance égale ou une valeur respectivement différente, on doit choisir, entre les climats, ceux qui répondent le mieux à la dualité des indications ou à la prépondérance de l'une d'elles. L'étude que nous avons faite vous donne les moyens de jugement pour ces diverses éventualités; je dois toutefois ajouter une remarque importante.

L'indifférence réactionnelle est le plus souvent un état instable, dont la mutation vers la torpidité ou vers l'éréthisme est toujours imminente ; or, d'après mon expérience, ces deux mutations ne sont pas également

STATIONS DE PLAINE. — l'IITIUSIE COMMUNE. il]

fâcheuses, et je liens la transformation d'une réaction indifférente en réaction active, pour beaucoup plus redoutable que le changement inverse. Il résulte de là que nous devons soustraire le malade à toutes les influences qui pourraient favoriser cette substitution regrettable, et qu'au point de vue particulier des climats, il est à la fois plus prudent et plus vrai de rattacher ces cas mal déterminés au groupe de la réaction active, en ayant soin de proportionner l'adaptation climatérique aux conditions individuelles, et de laisser de côté les stations qui joignent à leur action sédative une influence plus ou moins débilitante, c'est-à-dire Pau et Pise. Nous retrouvons ici l'opportunité précise, et à mon sens incontestable, de Madère et d'Alger; cette supériorité résulte du caractère sédatif ou presque neutre de ces climats, en ce qui concerne l'action excitante, de leur action plus fortifiante que débilitante, et des conditions thermologiques qui sont éminemment propres à accomplir l'œuvre de la préservation locale.

Pour des motifs analogues, mais moins nettement accentués, on peut, à défaut, recourir aux stations de Sicile, en tenant compte des quelques nuances qui les différencient; Palerme est moins excitant que Catane, par suite de ses conditions pluviométriques, et l'uniformité thermique, surtout quant aux oscillations diurnes et journalières successives, y est certainement plus complète. Au reste, la proximité relative de ces deux villes, et lafacilité des communications permettent de les utiliser toutes deux dans le cours d'un même hivernage, et j'ai eu l'occasion de constater que celte manière défaire présente de réels avantages : l'excitabilité individuelle détermine

l'ordre chronologique des deux stalions; Palerme d'abord pour les malades un peu excitables, Catane en premier lieu pour ceux dont l'indifférence réactionnelle confine à la torpidité.

Je termine par deux remarques générales d'une importance pratique réelle. De même que les symptômes laryngés doivent être pris en sérieuse considération, de même les symptômes intestinaux imposent une attention toute spéciale dans le choix des stations climatériques; si ces accidents tiennent à des ulcérations intestinales, ils constituent par eux-mêmes une contre-indication absolue à tout déplacement; lorsqu'ils sont l'expression d'un simple catarrhe intestinal ou d'un fonctionnement vicieux de l'estomac, on peut passer outre, sans réserve si le malade doit être dirigé vers les stations élevées, moyennant une certaine précaution s'il s'agit de stations méridionales; la précaution consiste à s'adresser aux climats qui sont le moins aptes à entretenir ou à exagérer le désordre gastro-intestinal; or, même en l'absence d'observations pathologiques préalables, la question peut être jugée par les effets de l'acclimatement dans les diverses régions: celles où l'accoutumance s'établit ordinairement sans troubles digestifs, doivent être préférées dans le cas particulier que nous examinons ; et d'après mon expérience, malgré les prévisions inverses que la théorie pourrait suggérer, c'est Madère, puis Mustapha et la Sicile qui méritent la première place.

Enfin, Messieurs, gardez-vous de faire voyager les malheureux phlhisiqucs qui en sont arrivés aux dernières phases de la consomption, et dont l'état n'auto-

rise plus aucune espérance d'amélioration, même passagère; il est trop tard alors pour qu'un traitement climatérique quelconque produise un effet utile; le moins qui puisse résulter d'un déplacement dans ces tristes conditions, c'est une aggravation momentanée et sans profit compensateur de l'état du patient; mais trop souvent aussi cette aggravation est définitive, votre conseil antiniédical ou votre tolérance coupable ne fait que précipiter le terme fatal, et vous condamnez peut-être le pauvre malade à mourir loin des siens, dans un lamentable isolement.

Vous avez remarqué sans doute, Messieurs, que les diverses localités de la Rivlera méditerranéenne ne figurent pas dans l'exposé que je viens de vous présenter; cela est vrai, et cette omission est volontaire. Est-ce à dire que je ne les utilise pas, et qu'elles n'ont pas droit au rang de stations médicales? Non certes; pour la phthisie, qui est seule en cause ici, quatre de ces localités ont des titres suffisants à cette qualification, savoir Cannes et Menton dans la Riviera française, San Remo et la Spezia dans la Riviera italienne; le motif de mon omission est tout autre, c'est mon devoir de vous en rendre compte.

Malgré les desiderata qu'elles présentent au point de vue de l'hygiène publique et particulière, au point de vue des ressources thérapeutiques, notamment de l'hydrothérapie et de l'aérolhérapie, desiderata que je ne signale que dans l'espoir de contribuer à les faire disparaître, ces quatre localités tiennent une place utile dans le grand groupe des stations de plaine; il est

même à remarquer qu'elles offrent respectivement, au point de vue climatérique, certaines différences qui répondent à des modalités diverses de la réaction individuelle ; ainsi Cannes et Menton sont plus excitants que San Remo et la Spezia; de sorte que les deux premières stations sont appropriées aux malades à réaction torpide ou indifférente, tandis que les deux autres conviennent mieux aux phthisiques à réaction plus vive. Au surplus, ce n'est pas seulement deux par deux que ces localités diffèrent à cet égard; elles sont individuellement caractérisées, si bien que l'on peut dire en toute vérité que l'action excitante diminue régulièrement et graduellement de l'ouest à l'est; Cannes est en effet plus excitant que Menton, Menton l'est plus que San Remo, qui l'est à son tour plus que la Spezia.

Il est donc bien évident que ces stations peuvent rendre des services réels, et en fait, pour le bien-être et l'amélioration des malades, il n'y a aucune comparaison possible entre l'hiver lumineux de ces régions et le séjour triste et sombre des villes de l'Europe centrale ou septentrionale; si je n'ai pas admis ces localités daus mon étude précédente, c'est que je leur trouve à tous égards des caractères faiblement accusés, et que par suite de cette banalité climatérique, je suis contraint de leur assigner une valeur de second ordre; en fait, j'estime que ces stations, comme Pise et Pau dans une autre série, doivent prendre dans la pratique le rang de stations de réserve ; je dirai, pour bien préciser ma pensée, et sans aucune intention désobligeante, que ce sont des stations faute de mieux, pour les cas où les malades se refusent à un déplacement plus lointain et

plus difficile vers des climats plus fortement qualifiés.

Pénétrez-vous bien de la situation, je vous en prie. Le moment vient où l'état du patient ne permet plus de songer aux altitudes et aux climats froids, où il interdit également les stations intermédiaires du Tyrol et de la Suisse, que distingue entre toutes leur action fortifiante; le traitement climatérique n'a plus à compter qu'avec les stations méridionales. Qu'est-ce que cela veut dire ? cela veut dire qu'il n'est plus possible de se préoccuper exclusivement de l'indication constitutionnelle, et que l'obligation de la préservation locale est au moins aussi urgente, si ce n'est plus encore. Que demande donc alors l'intérêt bien entendu des malades? Je vous l'ai dit à satiété, il demande les climats qui peuvent donner le maximum d'effet possible en vue de l'indication locale, tout en sauvegardant au mieux l'indication générale; or cette condition n'est réalisée dans son intégralité que par les climats à propriétés nettement tranchées quant à l'uniformité météorologique, à propriétés suffisantes quant à l'action fortifiante. Est-ce le cas pour la Riviera? non, cent fois non: car quelque point de vue que j'envisage, je suis toujours ramené à la même conclusion d'infériorité relative.

Tentons un rapprochement complètement artificiel parce qu'il est contraire à la réalité, et comparons ces localités aux stations plus méridionales du groupe ; supposons, pour un instant, que de lointaines analogies permettent de placer en regard Cannes et Catane, Menton et Païenne, San Remo et Alger, laSpeziaet Madère. Cesimplc énoncé justifie ma conclusion, car il démontre entre ces localités groupées deux à deux, le vrai parallélisme ma-

47G TRAITEMENT CLIMATÉIUQUE •

thématique; pas de rencontre possible. Étudiez comparativement ces climats dans l'arrangement que je vous indique, ou dans tel autre que vous croirez plus fidèle, et vous constaterez invariablement pour les quatre stations de la Riviera une moyenne thermique moindre; une uniformité thermique moindre pour les trois sortes d'oscillations; une uniformité hygrométrique quasi nulle, puisque à Cannes par exemple, dans un même mois on peut observer les chiffres extrêmes 22 et 94 et même 21 et 98; vous constaterez en outre, toujours pour la Riviera, une plus grande fréquence des vents, et l'inconvénient marqué de la poussière, lequel est inconnu à Madère et à Mustapha, et à peu près négligeable à Catane et à Palerme. — Que si, au lieu d'opposer la Riviera à l'ensemble des quatre stations plus méridionales, on la rapproche exclusivement, ainsi qu'il convient de le faire, des deux stations types, c'est-à-dire de Madère et d'Alger, alors le jugement est bien plus défavorable encore, car l'infériorité qu'il prononce est totale et absolue sur tous les chefs.

Tels étant les résultats incontestables, je l'affirme, de cette comparaison climatérique, est-il possible de songer à une parité quelconque, et de mettre indifféremment sur le même rang toutes ces régions disparates? Je ne le crois pas; quant à moi, je m'y refuse énergiquement, et ce sont précisément les résultats de cet examen comparatif qui m'obligent à distraire des stations méridionales un groupe particulier, composé des quatre stations de la Riviera. Les conditions climatériques utiles et nécessaires y sont moins bien réalisées qu'ailleurs, l'uniformité thermique par exemple;

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