B) ETUDE SUR LE MECANISME D'ACTION DU CURARE
C’est un chapitre encore très âprement discuté par les physiologistes
Un seul point est admis par tout le monde : l’action du curare se localise au niveau de la jonction neuro-musculaire, la GPLAQUE MOTRICE » des histologistes,.
Mais il restait à expliquer par quel processus agissait le curare au niveau de cette plaque motrice : là s'est engagé un immense débat où deux théories s'affrontent qui marchent de pair avec l'explication que leurs auteurs donnent du mécanisme même de là contraction musculaire,
C’est, ici, un domaine bien éloigné de notre activité habituelle : il a provoqué, du reste, entre savants, un échange de flèches, qui, pour n’être point porteuses du «wourali », n'en étaient pas moins acérées... Nous n’aurions garde de nous interposer dans un tel combat, au
trement qu'en résumant les deux tendances, opposées jusqu à la découverte d'une (théorie mixte ».….
&) THÉORIE (CHR JNAXIQUE ))
Soutenue par le Professeur Lapicque depuis de nombreuses années, elle consiste essentiellement en ceci : le passage de ce que l'on appelle l «influx nerveux » ne peut se faire entre deux segments du système (qu'il s'agisse d'une articulation neuro musculaire ou « plaque motrice », Où d'une articulation en deux neurones ou (CSyYnapses ») que si les deux segments ont même «chronaxie ).
Qu'un facteur quelconque vienne modifier Pune de ces deux chronaxies et la dissociation est produite. On voit la conception particulièrement large que prend, alors, le terme de (curarisation ». Lapicque la définit ainsi
1° Abolition de l'excitabilité indirecte du muscle :
2° Conservation de l'excitabilité directe du muscle :
3° Conservation de l’excitabilité directe du nerf,
Tout ce qui fera varier la valeur d'une de ces deux chronaxies sera dit (Ceurarisant ».
Dans le cas du curare, il Y aurait rupture de F «isochronisme » par augmentation de la chronaxie musculaire : cette élévation, rapide avec les (CORTHOCURARES ») serait précédée, avec les (PARACURARES », d'une baisse passagère (101).
b) THÉORIE (CCHIMIQUE }) OÙ ((HUMORALE »
Mais, déjà, depuis de nombreuses années, ont apparu les (médiateurs » chimiques.
Au premier rang, se place PACETYL-CHOLINE.
En effet, depuis l'expérience princeps de Loewi, les auteurs font jouer à ce COTpS un rôle très important dans le couple neuro-museulaire, et, même, dans la transmission de l'influx nerveux d'un segment à l’autre. Le nombre des publications, sur ce Sujet, est énorme et nous nous contenterons de renvoyer à la thèse de Passouant (126), et à l'article où Nachmanson (120) pousse le problème jusqu'à ses derniers retranchements,
Dégageons-en un schéma : les nerfs commandant aux muscles striés et les nerfs du svtème parasympathique
(peut-être, aussi, ceux du sympathique) produisent, lors qu'on les excite une «secrétion » d’acétyl-choline.
Or, ce corps semble bien être un facteur important, dans la contraction musculaire, car
1° Si on met une fibre musculaire au contact d'acétyl-choline, il se produit une véritable « tétanisation » ;
2° Ni, dans un système neuro-musculaire, on sarrange pour empêcher la production d'acétyl-choline, on n'obtient aucune réponse à l’excitation du nerf.
Normalement, dans l'organisme, les décharges dn (médiateur » sont très brèves, car, aussitôt produite, l’acétyl-choline est détruite sur place par la CHOLI- NESTERASE, enzyme qui assure une hydrolyse rapide et empêche l'action contractante de se prolonger.
Nachmanson pense qu’il existe, ainsi, un véritable «cycle » de l'acétyl-choline; en effet, dans la substance nerveuse, on trouverait un (Ç«CHOLINE-ACETYLASE ;; présidant à la reconstruction de l’acétyl-choline. L'auteur considère ce Corps, du reste, moins comme un vrai médiateur chimique, que comme le facteur Cdépolarisant » qui serait à la naissance de l’inffux nerveux.
Retenons que toute substance qui détruit l'acétylcholine, rompt le fonctionnement nerveux et produit nne <curarisation », dans le sens large que l'on donne, actuellement, à ce terme. On comprend que les auteurs qui admettent l’idée de la transmission chimique n'aient pas été longs à interpréter ainsi le mécanisme d’action du curare.
Néanmoins, comme personne n’a encore prouvé la destruction de l’acétykcholine par le curare, ni Pabaïissement de son taux dans le sang (Cullen = 34) on admet qu'il y à, soit une Cneutralisation » du médiateur (Gray et Halton = 54, Griffith = 59), soit un «blocage » de la réponse musculaire à l'action de ce corps chimique (Co-
le = 27).
Rien n’est donc parfaitement en faveur de l’une où l'autre de ces deux théories. Peu importe, en somme, pour nous.
Retenons, simplement, la synthèse qu’en donne Schlesinger (136), dans une conception presqu’uniciste du phénomène : par quelque mécanisme que ce soit, le curare
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modifie le potentiel électrique de la plaque motrice ft cela suivant un taux variable avec la concentration de la drogue. Ainsi peut-on contrôler le «blocage ». Des fréquences inférieures à une certaine valeur peuvent être «bloquées », alors que d’autres entraînent encore une réponse musculaire. C’est dans ce sens, vraisemblablement, qu'il faut se diriger, pour expliquer les «dissociations » dont nous avons parlé déjà, à propos du tonus musculaire et de la Qlissive action ».
Avant de clore ce chapitre, nous signalerons que Rojas, Szepsennol et Resta (132) ont constaté, après curarisation, des modifications histologiques, au niveau de la plaque motrice : il y aurait une augmentation du volume de la «sole », atteignant 39 % : les granulations <seraient plus grosses et-plus espacées. Cela, par contre, ne se retrouverait pas, après une excitation normale. Ces constatations ont leur importancé, car certains auteurs (Lapicque) en arrivent à nier l'entité histo-physiologique de la plaque motrice.
Avant parcouru toutes les propriétés physiologiques qui peuvent présenter, à un degré quelconque, de l'intérêt, dans les applications pratiques du curare, nous allons étudier, maintenant, les caractères chimiques qu’il est nécessaire de connaître.
ETUDE CHAINIEOU:E
Nous serons brefs sur ces propriétés, car elles intéressent moins le chirurgien : elles sont cependant utiles car elles expliquent les tendances modernes vers les produits de synthèse.