II. — Rôle purificateur des vents du large et de la pluie
m. — Recherches personnelles. — Air de la plage, air de la forêt littorale (Arcachon). — Atmosphère atlantique pure sur la plage^ très pure dans la foiét littorale .
La pureté atmosphérique est rélémenl primordial de la climathérapie, la condition essentielle qui, tant dans la cure d'altitude que dans les voyages sur mer ou dans les stations de plaine, prime toutes les autres. Telle est son importance à nos yeux, qu'un climat hypothétique donnant corps à ce rêve toujours poursuivi des malades, jamais réalisé: d'un printemps perpétuel, mais dont l'atmosphère ne remplirait pas cette condition de pureté, devrait ipso facto être rayé du cadre climathérapique, malgré des aptitudes météorologiques uniques.
L'air est un aliment, le premier des aliments même. Il est aussi le premier des médicaments pour les tuberculeux. En tant qu'aliment, il fournit les matériaux nécessaires à Thématose; en tant que médicament, il introduit dans l'économie des substances absorbables, auxquelles il sert
de véhicule^ et par lesquelles il exerce une action topique sur la membrane respiratoire. Quand on songe que chaque inspiration introduit dans nos poumons un demi-litre d'air, et cela quinze à vingt fois par minute, on comprend la puissance de l'air en tant qu'agent vecteur, on comprend dès lors combien devient capitale sa pureté.
L'air pur ne se trouve qu'aux déserts, à la haute montagne ou à la mer. Mais « pour la pureté absolue, la mer prime tout » (Lindsay). Cette pureté atmosphérique de la haute mer est aujourd'hui un fait indiscutable, acquis, depuis les recherches de Miquel. Ses travaux de 1883, amplement confirmés, établissent que l'air de la mer est pur, d'une virginité absolue, exempt de spores cryptogamiques, de moisissures, lichens, algues, bactéries. La mer ne rend pas à l'air les microbes, elle l'épure, en quelque sorte, des germes qu'il charrie.
A dire vrai, cette pureté de Tatmosphôre marine va s'amoindrissant, au fur et à mesure que l'on se rapproche des côtes. Mais il est non moins vrai, que deux phénomènes météorologiques peuvent, lorsqu'ils se produisent, procurer aux îles et aux côtes, une pureté atmosphérique presque équivalente à celle de la haute mer.
L'un de ces phénomènes purificateurs est le vent marin. Son action est telle, qu'on peut donner comme une loi inflexible, la formule suivante : le nombre des microbes de l'air est bien moins considérable, non seulement sur les côtes, mais sur les continents, lorsque les vents soufflent de la mer. Ces vents refoulent devant eux, jusqu'aux limites de leur action propulsive, tous les germes de l'atmosphère, et traînent à leur suite, une colonne d'air
d'autant plus pure, qu'elle aura plus longtemps balayé la surface aseptique de TOcéan. Plus les terres soumises aux vents du large sont à proximité de cette source pure, plus les vents les purifient. L'air des stations maritimes, dit Germain Sée, est véritablement aseptique, il n'y a là à redouter que les vents du continent, surtout ceux qui ont passé par ou sur les grandes cités ; ces vents portent avec eux des poussières morbigènes. La preuve en est, qu'au parc de Montsouris, par le vent d'Ouest, l'atmosphère contient un moins grand nombre de microbes, et qu'à Paris, sous cette même influence, la mortalité subit une diminution marquée.
Aussi les côtes atlantiques, directement baignées par la haute mer, directement balayées par les brises prédominantes de l'Ouest, doivent-elles être privilégiées, quant à la pureté de leur atmosphère. Le rôle épurateur des vents qui traversent l'Océan, sans heurter sur leur route, ni continent, ni cité malsaine, doit être à son maximum d'action dans le golfe de Gascogne. Nous le verrons dans un instant.
La pluie, est le second élément météorologique susceptible de rapprocher la pureté atmosphérique des côtes, de l'air aseptique de la haute mer. C'est par un double mécanisme, qu'elle donne à notre littoral sa parfaite salubrité. Tout comme le vent, la pluie balaye l'atmosphère. D'après Franckland, un litre d'eau de pluie lave 300 litres d'air, entraînant toutes les impuretés susceptibles d'être respirées par un adulte, en moins d'une heure. La pluie entraîne et abat les microbes et autres éléments microscopiques qui constituent les poussières impalpables de l'air. « Le chiffre des bactéries, dit Mîquel, faible en temps de pluie ^ s'élève, quand toute humidité a disparu de la surface du sol. »
La pluie est donc un obstacle à la présence, dans l'air, de ces infiniment petits, dont la puissance nocive est si grande. Par la simple action mécanique de leur chute.
Oi CARACTÈRES BIOLOGIQUES.
les pluies purifient lair. Ce rôle purificateur s'accroît, lorsque, leau de condensation, abattant les poussières malfaisantes, est reçue et absorbée en hâte par un sol et un sous-sol essentiellement perméables, comme c'est le cas pour la partie méridionale de la bande atlantique. Les impuretés de l'atmosphère n'y sont pas simplement abattues à la surface du sol, elles sont entraînées dans l'épaisse couche de sable qui constitue le sol et le sous-sol de cette contrée.
Si, d'autre part, nous nous rappelons que les pluies de nos côtes ont pour origine 1 énorme évaporation de la surface de la mer, c'est-à-dire d'un milieu aseptique par excellence, nous comprenons par quel double mécanisme, les chutes d'eau doivent réaliser, à leur maximum, les circonstances météorologiques favorables à la pureté atmosphérique du littoral ouest. Aussi, Miquel, a-t-il pu dire que l'atmosphère marine est cent fois moins riche en bac-* téries que celle des habitations parisiennes.
Quelles que fussent la force de ces données théoriques et la valeur des résultats fournis par iMiquel, nous avons entrepris de les eonlroler par de nouvelles recherches, plus particulièrement destinées à nous éclairer sur la teneur en germes d'un district précis du littoral atlantique, comme à nous faire savoir jusqu'à quelle limite la présence de l'homme modifie, en les amoindrissant, les heureuses circonstances météorologiques précitées.
Dans ce but, P. Rivière et moi, avons procédé à l'analyse bactériologique de lair de la plage etdela forêt d'Arcachon, par la méthode des poussières solubles, en faisant usage des tubes de Miquel. Nous avons filtré un volume d'air
BACTERIOLOGIE DE L'ATMOSPHÈRE MARINE ET FORESTIÈRE {littoral cirondin)
LALESQUE & RIVIERE