CHAPITRE II
I. — L'action directe. — Rôle actif du climat. — Ses éléments producteurs : état hygrométrique, vents, pression barométrique, qualités de l'air.
II. — État hyg^rométrique. — Refroidissement pulmonaire, apanage des climats secs. — Climats humides : toux diminuée. — Expectoration facilitée. — Évaporation cutanée amoindrie. — Sécrétion urinaire augmentée. — Apaisement nerveux : effets sédatifs.
III. — Veots. — Vents secs : énervants, producteurs d'hémoptysie. — Vents humides : apaisants : effets sédatifs.
IV. — Pression barométrique. — Air marin, air comprimé. — Action (a) sur la respiration mécanique : ralentissement, augmentation d'amplitude : effets sédatifs ; (6) sur la respiration chimique : hématose complète : effets toniques. — Action (a) sur la circulation générale : ralentissement du pouls; (6) sur la circulation pulmonaire : aspiration thoracique activée : effets sédatifs et toniques.
V. — Qualités de l'air. — (a) Pureté atmosphérique : effets toniques et aseptiques. — (b) Ozone, incertitude de son action, de sa valeur hygiénique. — (c) Substances chimiques (chlore, brome, iode). — Leur valeur prépondérante (?). — Leur zone d'action. — La doctrine des ajpents physiques de l'atmosphère marine substituée à la vieille doctrine des ag:ents chimiques.
La médecine est en droit d'exiger du climat autre chose que la préservation, quelle que soit d'ailleurs l'importance de cette dernière ; elle attend de lui des résultats plus tangibles, des effets directs, témoignant de son action sur l'état local et sur l'état général. C'est là le rôle actif du climat.
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Ces effets positifs constituent le groupe des effets physiologiques proprement dits.
Les divers éléments : température, humidité, vents, nature du sol, dont nous avons décrit le rôle dans les effets de préservation, interviennent également dans la production des effets physiologiques directs. A ces éléments, s'ajoutent d'autres facteurs : en particulier la pression barométrique et les propriétés biologiques de l'air marin.
ÉTAT HYGROMÉTRIQUE
Des diverses modalités du climat marin, l'une de celles dont l'action physiologique est des plus directes, dépend de l'état hygrométrique. Tout d'abord, on est en droit de se demander si, à côté de l'avantage inappréciable de rendre la température plus uniforme et constante, cette grande quantité d'eau, à l'état de vapeur invisible, n'a pas quelques inconvénients, voire même quelques dangers.
Quelle action l'air humide, au sens scientifique du mot, produit-il donc sur les organes respiratoires ?
Le refroidissement des surfaces respiratoires est-il l'apanage des climats humides, comme on le croit généralement ? Bien au contraire, il est l'inconvénient des climats secs, chauds, instables. Comme, de prime abord, tout cela paraît paradoxal, et cependant comme tout cela s'explique aisément !
Plus l'air est sec, plus l'évaporation pulmonaire est grande; plus grande est l'évaporation pulmonaire, plus grand est le refroidissement des surfaces respiratoires. « Lorsqu'il pénètre danslesbronches, l'air sec leur emprunte beaucoup de vapeur d'eau, les dessèche, les excite, il
paraît rude et même terrible aux poitrines délicates. C'est là une cause de refroidissement des organes respiratoires, dont il faut tenir compte sur la Rivièra, car l'atmosphère en hiver y est presque toujours sèche. De là, des irritations des muqueuses bronchiques et souvent une sorte d'extinction de voix, surtout pendant les premiers temps du séjour » (Onimus). « Dans les climats doux de plaine, l'insuffisance ordinaire du degré hygrométrique, la sécheresse de l'air, favorise et entrelient l'irritation de la muqueuse respiratoire » (Jaccoud). Et, ajoute cet auteur, l'influence de la sécheresse « se fait surtout sentir sur les crachats, dont la viscosité accrue rend l'expectoration difficile ». A l'irritation des muqueuses, il faut ajouter, d'après Daremberg, les dangers de l'hémoptysie provenant de l'extrême sécheresse de l'air ; particularité importante sur laquelle nous aurons à revenir.
Donc, l'air humide ne refroidit point les surfaces respiratoires ; tout au contraire, en réduisant au minimum l'évaporation, il équilibre et stabilise la température des voies respiratoires, leur procurant ainsi une réelle condition de calme et de repos. Il a en outre l'avantage de diminuer la toux (Lindsay, Hayem).
Diminuer la viscosité des sécrétions bronchiques, est également un de ses premiers effets. En lubrifiant la muqueuse bronchique, l'air humide facilite notablement l'expectoration, d'où secousses convulsives de la toux moins profondes, moins longues, moins fréquentes. La fatigue pulmonaire s'en trouve amoindrie, et le poumon tend à un salutaire repos, autant du moins que le lui permettent ses fonctions physiologiques.
La peau, ce grand régulateur de la chaleur animale, est directement influencée par l'état hygrométrique de l'air. Dans les climats secs, les glandes cutanées fonctionnent activement, parfois avec exagération. Le liquide sécrété,
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répandu sur la surface cutanée, s'évapore rapidement, et de ce fait soustrait du calorique à tout le corps. D'où refroidissement physiologique, parfois salutaire, mais susceptible d'exposer le malade à des dangers, faciles à comprendre, si on ne l'entoure de précautions.
L'action physiologique d un milieu à état hygrométrique élevé, s'exercera sur toutes les surfaces d'élimination, atténuant aussi bien le fonctionnement de la peau que le fonctionnement du poumon. Par le ralentissement des fonctions cutanées, l'air humide atténue, à l'état physiologique, le refroidissement du corps, lié à l'évaporation, et à l'état pathologique, les sueurs si préjudiciables aux phtisiques. Ce ralentissement des fonctions de la peau, appelle, à l'état normal, la suppléance des reins. Aussi les urines deviennent-elles abondantes, claires, éliminant tous les produits excrémentitiels qui, obligés de prendre une autre voie, peau ou surface pulmonaire, deviendraient une nouvelle source d'irritation directe, comme l'a signalé Vivenol pour l'air sec. Les recherches de Beneke confirment cette action du climat marin sur l'élimination des produits excrémentitiels par le rein. Il signale, comme l'un des effets physiologiques de ce climat, l'augmentation de Texcrétion de l'urée et de l'acide sulfurique, tandis que l'acide phosphorique et Tacide urique diminuent, ce qui prouve bien que les échanges nutritifs sont activés.
Le ralentissement des fonctions de la peau, est corrigé, dans ce qu'il pourrait avoir de défectueux, par des frictions sèches ou alcoolisées pratiquées chaque jour, sur tout le corps du malade, région par région.
L'air humide a encore pour effet « de détendre le système nerveux des malades, excités ou surexcités, de calmer l'insomnie » (Hayem). 11 apaise l'irritation nerveuse et prévient l'insomnie (Lindsay) . L'action physiologique d'un état hygrométrique élevé est donc sédative ou calmante.