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PRESSION BAROMÉTRIQUE

Elle dessine plus nettement encore cette action sédative, à laquelle cependant elle ajoute des effets de restauration constitutionnelle, ou effets toniques. La pression barométrique étant très élevée au niveau de la mer, l'air marin « est naturellement de l'air comprimé », selon l'expression du professeur Peter. Cette haute pression tient sous sa dépendance un certain nombre de phénomènes physiologiques, dont les plus importants ont trait aux actes mécaniques et chimiques de la respiration ; et aux phénomènes de la circulation générale et pulmonaire.

La physiologie nous apprend, qu'à chaque inspiration il entre dans le poumon un demi-litre d'air dont l'oxygène vient revivifier le sang. « Au bord de la mer et à la pression normale, 1 litre d'air pèse 65 centigrammes et con-

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tient 16 centigrammes d'oxygène; à une altitude plus considérable, le volume d*air inspiré est toujours le même, mais son poids el celui de l'oxygène qu'il contient sont sensiblement réduits. La quantité d'oxygène introduite dans le poumon étant moins considérable, l'oxygénation et la calorification du sang sont, par suite, moindres qu'au niveau de la mer » (L. Martinet). C'est donc au bord de la mer, que tous ceux, dont le cœur ou le poumon fonctionne mal, trouveront les conditions d'hématose les plus favorables, car, de plus^ Mathieu et Urbain nous ont appris, par leuis expériences, que la quantité d'oxygène absorbé, augmentait plus par l'amplitude des respirations que par leur fréquence. Or, la pression barométrique élevée, ralentit les mouvements respiratoires, mais augmente l'amplitude, tandis que dans les stations d'altitude, où la pression barométrique est très basse, l'amplitude diminue, et la fréquence des inspirations augmente. Dans des termes très heureux, F. Lagrange différencie les effets de la pression atmosphérique au bord de la mer et sur les hautes montagnes : « C'est dans cette différence de condensation des éléments constituants de l'air, que réside la différence essentielle des effets physiologiques du climat marin, au regard de ceux du climat de montagne. L'effort d'adaptation, parfois considérable, que doit fournir l'appareil respiratoire, dans lair raréfié des hauts sommets, est nul dans l'atmosphère condensée des bords de la mer. De là l'acclimatation facile de tous les sujets dont l'hématose est entravée, soit par une infériorité fonctionnelle du poumon, soit par des troubles de la circulation sanguine, tandis que ces mêmes sujets éprouvent des difficultés parfois insurmontables à s'acclimater en montagne. C'est à la condensation de l'air et à la facilité d'hématose qui en résulte, que se rattache le bien-être immédiat accusé par les cardiaques et les asthmatiques,

quand ils quittent un lieu élevé pour descendre sur les .côtes. »

A la mer, le mécanisme des effets de la pression atmosphérique est tout à fait inverse, au moins pour ce qui a trait à l'appareil respiratoire, de celui qui a lieu à la montagne. « L^effort d'adaptation ne se produit pas, puisque la fonction au lieu d'être entravée, se trouve facilitée. Le malade n'a qu'à subir passivement les effets salutaires de Tair marin, tandis que, tout à l'heure, il devait, par une sorte de gymnastique inconsciente, perfectionner le jeu de ses appareils organiques, pour les mettre en état de répondre aux exigences plus grandes du milieu. Or, s'il est des sujets auxquels cet exercice actif, cet entraînement soutenu, font acquérir sans danger les bénéfices d'une plus grande capacité fonctionnelle, il en est d'autres pour lesquels un pareil effort de l'organisme serait impossible ou dangereux. A ceux-là, l'air condensé des côtes supprime tout effort d'adaptation . On pourrait dire, pour caractériser l'action physiologique des deux formes d'aérothérapie que nous comparons, que dans l'air raréfié des altitudes, l'organisme a un rôle actif et travaille à se modifier par luimême, tandis que dans l'air condensé des côtes marines, il subit passivement les influences favorables du milieu. »

La pression barométrique au bord de la mer n'agit pas seulement en faisant arriver passivement aux alvéoles pulmonaires, la plus grande quantité d'oxygène possible ; elle joue un rôle prépondérant dans les échanges gazeux qui se font entre l'air imprégné d'oxygène et les globules sanguins surchargés d'acide carbonique. On sait que, lorsque les globules sanguins rencontrent l'oxygène, ils s'en imprègnent et se débarrassent de leur acide carbonique, résultat des combustions intimes de la vie intra-cellulaire. « Or, il en est de cette combinaison comme de toutes celles que la chimie nous permet d'observer; elles se font toutes

Laluqui. — Phtisie pulmonaire, 9

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SOUS une certaine pression, variable pour chacune, comme si l'union des deux corps qui vont se combiner avait besoin qu'une certaine compression les poussât en quelque sorte l'un sur l'autre. La combinaison entre l'oxygène et l'hémoglobine, substance fondamentale du globule sanguin, a besoin de la pression atmosphérique. Lorsque cette force diminue, et que la tension de l'air atmosphérique s'abaisse, elle devient insuffisante à provoquer la combinaison de l'oxygène avec le globule, de telle façon que, quand même le poumon, respirant plus souvent, recevrait de l'air plus souvent, quand même la poitrine agrandie recevrait davantage d'air, le sang ne recevrait jamais que de l'air à la même tension, impropre à provoquer la combinaison désirée. La diminution de tension, voilà l'élément important » (Bordier). Les expériences de Paul Bert prouvent bien, en effet, que l'hémoglobine se combine d'autant mieux avec l'oxygène que la pression est plus élevée.

De ces recherches expérimentales, quelles conséquences tirer relativement aux effets physiologiques du climat marin, sinon que, grâce à la haute pression barométrique dont il jouit, le malade se trouve placé dans un milieu tel, que sa respiration, se ralentissant mais augmentant d'amplitude, introduit dans ses voies respiratoires la plus grande quantité d'oxygène possible sous le plus petit volume inspirable ; que, dans ce volume minimum, l'oxygène atteint en poids son chiffre maximum, soit 350 grammes de plus que sur les hautes montagnes (Jourdanet) ; que les conditions les meilleures de la loi des échanges gazeux y sont réalisées. Si bien, que les malades dont la respiration est accélérée, laborieuse, dyspnéique, en conséquence d'un état pathologique, ne tardent pas à voir se calmer cet éréthisme pulmonaire auquel succède, en un temps variable, le calme respiratoire subordonné à l'accom-

plissement facile et entier des fonctions hématosiques.

Nous voyons donc que, par son influence sur la respiration, la pression barométrique, au bord de la mer, a une double action physiologique très nette : action sédative par le ralentissement des mouvements respiratoires, action fortifiante par Toxygénation plus active des globules sanguins.

La circulation générale est également influencée par la pression barométrique, dont les effets sur le cœur sont aisément saisissables. Les pulsations cardiaques sont d'autant plus rapides que l'altitude est plus grande, c'està-dire la pression moins élevée. Ainsi Parrot a constaté sur lui-même :

70 pulsations au bord de la mer.

75 — à 1000 mètres.

Lortet a également compté, pendant une ascension :

64 pulsations à 1000 mètres.

Au dire de G. Sée, il ne serait pas nécessaire d'avoir ces grandes différences d'altitude pour obtenir du fait de la pression atmosphérique, un ralentissement de la respiration et du pouls. Au bord de la mer, un léger ralentissement se produirait comparativement à ce qui se passe dans les contrées situées au-dessus de 100 à 300 mètres. C'est là un fait qu'il m'a été donné d'observer.

Ainsi au bord de la mer, le rythme cardiaque atteint son

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minimum d'accélération, et témoigne de Faction sédative ou calmante du climat marin sur la circulation générale, action calmante qui est un des éléments, secondaires il est vrai, contribuant à Tapaisement de la fièvre, comme nous le verrons ultérieurement.

En plus de cette influence sur la circulation générale, la haute pression barométrique manifeste son action sur la circulation pulmonaire. « Nous savons, qu'en tout temps, Taspiration qui existe à Tintérieur du thorax favorise la circulation pulmonaire, en maintenant béants les vaisseaux du poumon lui-même ; cette influence favorable s'exagère pendant f inspiration ^ en permettant au sang d^ affluer plus abondamment dans les réseaux pulmonaires . Le mouvement d'expiration, sans empêcher les vaisseaux pulmonaires de recevoir du sang,facilite leur évacuation ; en effet; le poumon revient sur lui-même en vertu de sa propre élasticité, à laquelle s'ajoute le retrait des parois, suivant, sans résistance, le mouvement d'affaissement du poumon. Celui-ci se vide alors à la manière d'une éponge qui reviendrait élastiquement sur elle-même » (Lalesque). On comprend dès lors combien la haute pression barométrique, en augmentant l'amplitude inspiratoire, et avec elle l'aspiration thoracique, permet une irrigation plus abondante et plus facile des poumons.

On conçoit également, combien les conditions mécaniques du ralentissement de la circulation générale, signalées plus haut, unies aux conditions mécaniques d'une circulation pulmonaire plus facile et plus libre, sont aptes à diminuer les chances de congestion pulmonaire, ou bien même à corriger cet état pathologique lorsqu'il existe.

En résumé, la pression barométrique élevée fait que, en un laps de temps déterminé, le poumon est le siège d'une circulation aérienne plus grande et d'une circulation liquide plus active ; qu'une plus grande quantité d'air pur

est mise en présence d'une plus grande quantité de sang à hématoser. L'amélioration de l'état constitutionnel, effet tonique^ est la conséquence de ces phénomènes de physiologie circulatoire.

QUALITÉS DE l'aIR.

Au nombre des divers facteurs collaborant effectivement aux effets physiologiques du climat atlantique, nous avons signalé, après la pression barométrique, les qualités de l'air marin. Ces qualités sont relatives, d'une part à la pureté de l'atmosphère, d'autre part à sa composition chimique.

a. La pureté de l'air ne saurait nous arrêter longtemps. Que nous considérions cette pureté par son côté bactériologique ou par son côté chimique (richesse en oxygène), nous pouvons affirmer, sans crainte d'être contredit, que pour le phtisique, respirer un air pur, c'est littéralement respirer la vie. Riche en oxygène, l'atmosphère marine fournit aux globules sanguins un précieux aliment tonique et réparateur^ entraînant les modifications constitutionnelles observées chez nos malades. Aux combustions languissantes succèdent des combustions actives, complètes, qui transforment les tissus, directement par action biologique, indirectement par le retour intégral des fonctions digestives.

Par la pureté de son air, le climat atlantique est tonique; c'est là un fait de connaissance vulgaire, mais de plus, et cet effet n'est pas d'une moindre importance, il est aseptique. Théoriquement on comprend que le balayage incessant des surfaces respiratoires irritées, malades, suppurantes, par cet air exempt ou si peu chargé de germes, fasse de Tantisepsie pulmonaire efficace. La dé-

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monstration pratique en ressortira clairement, lorsque nous étudierons les effets thérapeutiques du climat atlantique sur la fièvre de tuberculisation et surtout sur la fièvre de suppuration.

b. L'un des caractères chimiques, saillant et fixe, de Tair marin, est, nous l'avons vu, la présence sur nos côtes et dans les forêts maritimes, d'une grande quantité d'ozone. • Ce corps, dans ces derniers temps, a été l'objet de recherches importantes, entre autres celles de Labbé et Oudin. Ces auteurs en font une substance à effets physiologiques et thérapeutiques importants dans la tuberculose pulmonaire. D'après nombre d'auteurs, les propriétés de l'ozone seraient : son action microphytique, en d'autres termes, ses propriétés désinfectantes, sa puissance d'oxydation bien supérieure à celle de l'oxygène, toutes propriétés qui entraîneraient des effets physiologiques aseptiques et toniques. Mais pour d'autres écrivains, non des moindres, l'ozone serait un danger, la raison d'être et le propagateur de bien des maux, u Reste à savoir, dit Arnould, si l'ozone a quelque importance hygiénique. > Personnellement, je ne sais que penser de l'action physiologique de ce corps. Peut-être ne mérite-t-il ni tout le mal, ni tout le bien que l'on en dit.

c. Quant au contenu de l'air, en chlorure, en brome, en iode, c'est, à mon avis, quantité négligeable. L'action de ces substances, sur le phtisique, au bord de la mer, n'est ni bonne, ni mauvaise. Elle n'existe pas. Ce n'est pas que la spécificité de l'air marin, due aux éléments chimiques qu'il peut contenir, n'ait ses partisans résolus. Pour eux, l'action de la mer se borne uniquement à l'action exercée, soit par le chlorure de sodium d'après certains, soit par les substances iodo-bromurées d'après d'autres. Pour G. Sée, les substances iodo-bromurées ont un effet incontestable, en tant que moyens aseptiques, c'est même là le facteur

principal de Fair maritime, et de sa supériorité sur les atmosphères voisines du continent. C'est A ses particules salines que Tair marin doit en partie ses effets toniques (Hayem). Quant à Cazin, il veut que l'air des « côtes de l'Océan ou de la Manche, voire même de la mer du Nord^ l'emporte sur celui du rivage de la Méditerranée », les conditions mécaniques de la houle et du vent y étant plus favorables à son imprégnation par les chlorures.

Au delà de cinq cents mètres d'après les uns, de six cents d'après les autres, et d'une altitude de soixante mètres pour quelques auteurs, l'action de la mer est nulle, l'atmosphère n'y renfermant plus de chlorure. Le D'Aigre est très afBrmatif à ce sujet; il estime que la véritable atmosphère marine ne s'étend pas au delà de cinq cents mètres et encore à la condition que cette zone soit exempte de tout obstacle à la circulation de l'air, rideaux d'arbres, construction, etc.

Quelque autorité qui s'attache au nom des auteurs précités, je ne saurais souscrire à leur manière de voir, car les faits infirment leur théorie. Je n'en veux pour preuve que les relevés cliniques portant sur plus de trois cents observations d'enfants scrofuleux et rachitiques soignés, dans mon service, au sanatorium de MouUeau fondé par mon confrère et ami Armaingaud, intentionnellement construit, à deux cents mètres de la mer, dont un épais rideau de pins le sépare et l'abrite les jours de grands vents et de tempête. Dans un travail ultérieur, je démontrerai à l'aide de ces observations, si vraiment, seuls les hôpitaux marins bâtis dans la mer sont susceptibles de donner de bons résultats, comme on l'écrit, et si des malades séjournant à deux ou trois cents mètres de la mer, sont, de ce fait, soustraits à l'heureuse influence de l'air marin, comme on l'écrit également. Nous n'aurons pas de peine à démontrer, qu'à quelque distance de la mer, et

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à l'abri de son seul inconvénient possible et momentané, le vent violent, les résultats thérapeutiques sont loin d'être inférieurs à ceux obtenus dans les établissements bâtis et défendus à grands frais en pleine grève.

Admettre qu'un rideau d'arbres, un simple mur, supprime, même à la distance de cinq cents mètres, les effets physiologiques et thérapeutiques dus à l'atmosphère marine, c'est faire trop bon marché des éléments importants et normaux du climat marin, tels que pression barométrique, égalité de la température, état hygrométrique, pureté atmosphérique, dont les effets se propagent au delà d'un périmètre de fantaisie, et donner une trop grande prépondérance à des éléments qui loin d'être des facteurs normaux du climat, n'en sont que des éléments accidentels, simplement éventuels.

En d'autres termes, à la doctrine des effets de l'atmosphère marine, basée sur l'action des agents chimiciues, nous substituons la doctrine basée sur l'action des agents physiques.

En résumé, le climat marin par les qualités inhérentes à sa pureté bactériologique, et à sa richesse en oxygène, est à la fois tonique et aseptique.

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