‹ Cure marine de la phtisie pulmonaireChapitre 58 sur 101 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET CRITIQUES SUR LA PHTISIOTHÉRAPIE MAMNE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET CRITIQUES SUR LA PHTISIOTHÉRAPIE MAMNE

I. — Unanimité des anciens sur TeflQcacité de la phtisiothérapM marine.

— Opinion contraire presque générale des modernes. — Causes dft cette divergence. — Confusion entre les climats. — Confusion entre les ttèments du climat. — La phtisie pulmonaire au bord de la mer. — Im« possibilité d'une formule unique.

II. — Les adversaires de la phtisiothérapie marine : Rochard, Fonssagrives, Quissac, Ch. Leroux. — Les partisans : Laênnec, prof. Peter, Dujardin-Beaumetz. — La cure marine : A} sur la Méditerranée. — Combattue par Fonssagrives, Daremberg. — Défendue par tianot, Yendremer. — B) sur les plagies du Nord. — Les adversaires : Fonssagrives, Bergeron, Broussais, Pascalin. — Les partisans : Beneke, Fromm, Verhaeghe, Calot, Casse. — La phtisie scrofuleuse. — Unanimité à son égard. — Ferrand, Cazin, Jules Simon. — C) Sur TAtlantiqtte. — Formule a priori erronée. — Climat différent. — Thérapie différente. — Formule exacte. — Hérard, Cornil et Hanot; G. Hameau.

— D) Le groupe des simplistes. — Formule ramenée à un seul élément climatique. — Le chlorure de sodium.

III. — Objection à la cure marine. — Large tribut des marins à la phtisie. — Opinions de Rochard, Jonhson, Laënnec. — Statistiques concluantes. — Le marin de la flotte et le pécheur. — La contagion à bord. — L'immunité à Tair libre.

Tandis que les anciens considéraient la cure marine de la tuberculose pulmonaire comme une méthode de choix, les médecins de la première moitié du dix-neuvième siècle ont formulé, à son sujet, les opinions les plus contradictoires. La majorité lui est hostile. Cet ostracisme a longtemps prévalu et prévaut encore, à raison de l'autorité scientifique des adversaires de la climathérapie marine, autorité, que mettaient en valeur leurs fonctions de médecins de la marine.

il n'est point malaisé de démontrer que cette condamnation est le résultat d'une confusion perpétuelle, et d'opposer au dire de nos prédécesseurs, à côté d'arguments théoriques, des résultats cliniques précis et probants, croyons-nous.

Adversaires et partisans ont plus particulièrement confondu les stations côtières à climat continental avec les stations côtières à climat marin proprement dit ; ou bien encore, ont établi des distinctions analytiques, par trop subtiles et inacceptables, entre l'atmosphère marine et le climat marin.

Je crois avoir démontré que le bord de la mer n'est pas plus climatiquement un, que la phtisie n'est cliniquement une. Le phtisique, soumis à l'action soit de la haute mer, soit des rives de la Méditerranée ou de l'Atlantique, est loin de se trouver dans des conditions de milieu semblables.

D'où confusion grossière, en France, et conséquemment erreur fondamentale, que d'assimiler et d'englober, dans une même formule climathérapique, nos deux régions littorales les plus importantes. Erreur fondamentale née de ce qu'on leur donne pour élément climathérapique

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commun : la mer. Or, nous Tavons vu, à la Méditerranée l'action de la mer est nulle, Tinfluence du continent est tout, alors que sur le littoral atlantique Faction de la mer est tout, et nulle l'influence du continent.

Cette distinction établit l'impossibilité de résumer en une formule de synthèse climathérapique : la phtisie pulmonaire au bord de la mer. Pour avoir tenté cette formule, les auteurs ont maintenu et propagé l'erreur, et donné les conclusions les plus contradictoires. C'est le chaos.

Tels, d'une part Rochard, Fonssagrives, Le Roy de Méricourt, Quissac, Ch. Leroux condamnent la cure marine. Pour eux elle est la mort sans phrase. La simple prédisposition à la phtisie contre-indique absolument la cure marine d'après Quissac, et Ch. Leroux dit en substance : « La tuberculose pulmonaire si légère soit-elle, est à mon avis une contre-indication du traitement marin, et surtout du séjour dans les hôpitaux et sanatoria marins. »

Par contre, Laënnec n'a-t-il pas dit que les bords de la mer, surtout dans les climats doux et tempérés, sont sans contredit les lieux où l'on a vu guérir un plus grand nombre de phtisiques? « Je suis convaincu, dit-il, que, dans l'état actuel de la science, nous n'avons pas encore de meilleurs moyens à opposer à la phtisie que la navigation et l'habitation des bords de la mer dans un climat doux, et je les conseille toutes les fois qu'ils sont praticables. »

De même le professeur Peter se montre partisan déterminé de la méthode. Après avoir rappelé l'opinion favorable des anciens, et cité Pline, il s'exprime en ces termes: « Cette assertion de Pline exprimait l'opinion

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médicale de son temps et n'était que Técho d'une antiquité vénérable. Dix-huit siècles nous l'avaient transmise, non seulement intacte, mais fortifiée. Eh bien! une idée absolument fausse ne saurait aussi généralement s'établir ni surtout le faire d'une façon aussi durable. L'erreur porte en soi des germes de mort qui l'empêchent de vieillir. »

Dujardin-Beaumetz, sans être aussi affirmatif, donne les raisons qui d'après lui militent en faveur de la cure marine : « Je crois que l'air marin ne peut avoir qu'une action favorable sur la tuberculose, surtout aux premières périodes de la maladie. Je ne connais pas de plus puissant excitant de la nutrition, et en particulier des fonctions digestives, que l'air de la mer, et, comme c'est dans l'activité de ces fonctions que je place la clef de la cure de la tuberculose, je suis donc disposé à admettre que cet air marin est favorable. »

Pour Troisier et Berge il est positif que le climat marin est favorable aux phtisiques.

A côté de ces auteurs à formule générale, nous trouvons ceux qui ont étudié la cure marine en la circonscrivant à un district côtier. Si la littérature médicale est pauvre en ce qui concerne la climathérapie atlantique, en revanche les stations de la Méditerranée, de la Manche et de la mer du Nord ont donné lieu à de multiples travaux. Mais là encore, que de contradictions !

A. — Pour la Méditerranée, Fonssagrives dresse un véritable réquisitoire, lorsque parlant du malade il s'exprime en ces termes : « Sa peau imprégnée de moiteur dans une rue échauffée par le soleil, à l'abri du vent, se crispe sous le contact du froid dès qu'il subit le contact agressif de la brise du large, et de là ces bronchites intercurrentes qui se succèdent sans relâche et qui abrègent chacune, pour leur part, la carrière déjà si courte des

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tuberculeux. Certes, nous convenons que lair vif, pur et stimulant du littoral exerce une influence favorable sur les sujets débilités, convalescents d'une maladie longue, mais nous nions que les phtisiques qui vont habiter Nice ou Menton doivent le mieux qu'ils éprouvent à l'inhalation de l'air marin. La cause unique de ce changement favorable gtt dans une bonne température, qui leur épargne les épreuves de l'hiver et leur permet un exercice régulier. L'air du littoral, quand il n'est pas attiédi par une latitude méridionale, est préjudiciable au phtisique. Non seulement nous ne croyons pas que l'air marin ajoute aux stations hivernales, sur lesquelles il passe, le moindre élément thérapeutique, mais nous croyons certaines de ces stations utiles aux phtisiques, non parce qu'elles sont au bord de la mer, mais quoiqu'elles soient au bord de la mer. » Daremberg, tout en reconnaissant que les phtisiques peuvent facilement vivre sur les côtes ensoleillées, jouissant d'une température douce, n'étant jamais visitées par les brouillards et rarement par les pluies, partage entièrement la manière de voir de Fonssagrives, car, dit-il lui aussi, « ce n'est pas parce que ces stations sont au bord de la mer qu'elles sont utiles aux phtisiques ».

Différente est l'opinion de Hanot, pour lequel les stations delaRiviera doivent une partie de leur utilité à leur position maritime. De même, Vandremer eslime-t-il que les individus de souche tuberculeuse et les tuberculeux au début, recueillent de réels bénéfices de la cure d'air marin à Cannes. A son avis et à celui de Buttura, la supériorité, pour les tuberculeux, du séjour au bord de la mer, sur les cures d'altitude, n'est point douteuse.

B. — Les régions côtières de la Manche et de la mer du Nord ont donné lieu aux mêmes controverses. Parmi les adversaires nous retrouvons Fonssagrives : « Les villes du littoral de la Manche sont plus meurtrières encore pour les

phtisiques que celles du littoral de l'Océan. J'ai pratiqué pendant quatre ans à Cherbourg, et j'ai pu me convaincre de la rapidité avec laquelle la phtisie y marche. Les conditions de ce climat, rendent d'ailleurs très bien compte de cette influence aggravatrice. » Bergeron n'est guère plus enthousiaste : « Quant à moi, dit-il, je redoute l'air vif de la plage de Berck, comme de toutes les plages du Nord, pour des poumons atteints d'infiltration tuberculeuse, fûtelle à la période initiale et circonscrite dans les plus étroites limites ; aussi me suis-je fait une loi jusqu'à ce jour, de n'envoyer au bord de la mer aucun enfant portant tracesde tubercules pulmonaires, tandis que je n'hésiterais pas à y envoyer, le cas échéant, des malades chez lesquels j'aurais constaté l'existence d'adénites tuberculeuses des mésentères ou des bronches, à la condition toutefois qu'il n'y ait alors aucune complication phlegmasique. »

Broussais avait précédé ces deux auteurs, dans la formule de malédiction contre les plages du Nord. Conclure, disaitil, que l'air maritime des côtes, surtout celle de Bretagne, est favorable aux phtisiques, c'est trop se méprendre. a Étant de ce pays, ajoutait-il, j'ai observé des phlegmasies de poitrine et des phtisies, et j'ai vu qu'elles étaient plus nombreuses sur les côtes que dans l'intérieur des terres. »

D'autres encore se déclarent adversaires non moins résolus de la climathérapie sur les côtes du Nord. Signalons Pascalin, pour qui l'envoi d'une tuberculose sur ces plages est non seulement inutile, mais nuisible et fatal à brève échéance, à quiconque a le poumon touché. La mer convient aux enfants tuberculeux, sous condition expresse de n'être ni pulmonaires ni laryngés.

Mais il ne faut pas chercher longtemps pour trouver des enthousiastes de la climathérapie de la phtisie sur ces mêmes plages. On sait quel optimisme professent les

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Allemands à ce sujet, et combien ils exaltent l'île de Norderney et les petites îles de la mer du Nord, comme très propices à la guérison de la phtisie. Beneke et Fromm surtout ne sauraient en dire trop de bien.

Beneke reçoit dans sa maison d' « Atlantic City » les tuberculeux au début et les améliore. Verhaeghe est convaincu de Theureuse influence qu'exerce sur les poitrinaires, à la première période, le séjour de la côte d'Ostende ; et Cazin reconnaît que « loin de hâter Téclosion de la phtisie, le traitement marin en prévient le développement ».

Tout récemment, le nombre de ces partisans s'est accru de Calot, pour qui les lésions de la tuberculose pulmonaire, lorsqu'elles sont au début, se modifient presque toujours favorablement. « C'est en m'appuyant, dit-il, sur un nombre déjà considérable de faits, que j'émets cette opinion qui va à l'encontre de l'opinion classique. Souvent c'est la guérison complète et durable que les malades trouvent à Berck. » A Calot, se joint Casse pour lequel les phtisiques se trouvent à la mer dans les meilleures conditions, et Houzel qui dit : « Envoyez à la mer les phtisies scrofuleuses non ulcérées, elle vous les rendra améliorées, souvent même guéries. »

Cette variété, la phtisie scrofuleuse, est celle au sujet de laquelle les appréciations sont le plus nettement formulées, et celle qui a trouvé grâce devant quelques adversaires de la cure marine.

L'air marin, d'après Ferrand, est l'air vital pour les malades atteints de phtisie scrofuleuse. C'est également l'opinion de Cazin : « Les plages du Nord sont utiles à certaines formes de tuberculisation pulmonaire se rattachant, en grande partie, à ce que l'on appelait, il y a une vingtaine d'années, la phtisie scrofuleuse, et cela depuis Morton. La forme fébrile exclut impérieusement

ridée d'un séjour au bord de la mer. La forme torpide s'en trouve au contraire souvent très bien. Fréquemment, à l'hôpital de Berck, j'ai été témoin du fait suivant : A l'arrivée, certains enfants présentaient des lésions des organes respiratoires qui s'étaient probablement développées entre l'époque d'inscription et le départ pour l'hôpital, et qui avaient passé inaperçues. On se proposait de renvoyer l'enfant dans un prochain convoi ; mais au moment d'exécuter cette décision, un nouvel examen la faisait modifier; on le conservait sous réserve et on voyait le petit malade se relever peu à peu, l'appétit se développer, les forces renaître, Tembonpoint s'accuser, les chairs se colorer. En même temps, la toux diminuait et les lésions locales restaient silencieuses ou même rétrocédaient manifestement » (Cazin).

Jules Simon n'est point partisan de la mer pour ses petits phtisiques. 11 en excepte toutefois ceux porteurs de cette variété de tuberculose pulmonaire. « Les affections des voies respiratoires, d'après lui, ont, en général, peu à gagner au bord de la mer; j'ai vu néanmoins des sujets scrofuleux, atteints de bronchite chronique et même de tubercules pulmonaires, éprouver un réel soulagement par le fait d'une saison annuelle au bord de la mer. Je connais des enfants et des adultes manifestement tuberculeux, dont la santé s'améliore par un séjour prolongé sur les plages de la Manche. Je m'empresse d'ajouter que ce sont là des exceptions qu'il faut savoir interpréter, et dont il faut tirer un sage enseignement. Voici ce que je veux dire : si ces malades ne prenaient au bord de la mer les plus grandes précautions pour éviter les refroidissements de l'humidité du matin et du soir, les bénéfices qui résultent de la respiration d'un air pur et tonique seraient acquis en pure perte. »

« Chez eux, l'état général s'améliore sans que l'état local

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s'aggrave ; tout au contraire, les lésions s'arrêtent momentanément sous l'influence d'une nutrition et d'une oxygénation réparatrices. »

C. — Mais, nous le voyons, toutes les conclusions qui précèdent, hostiles ou favorables à la climathérapie marine de la phtisie, ont trait aux deux régions côtières de la France inhabiles à se réclamer d'un climat marin. Si bien qu'elles ne sauraient s'étendre, a priori^ aux stations du littoral atlantique, dont les conditions climatiques sont si spéciales.

Aussi, est-ce en nous basant sur cette différenciation, que nous pouvons préciser, pour la France, l'action de la cure marine, proprement dite, dans la tuberculose pulmonaire. Nous aboutirons de la sorte à des conclusions identiques à celles des auteurs qui évitant la confusion, sur laquelle nous ne cessons d'insister, arrivent de ce fait à des formules à la fois plus précises et concordantes. Hérard, Cornil et Hanot sont dans le vrai en reconnaissant que les seules conditions véritablement avantageuses de la cure marine sont celles dans lesquelles la température se maintient douce et uniforme. Quoique basée sur un seul élément climatique, cette opinion est juste. En pareil cas, ajoutent-ils « l'air marin nous parait d'une utilité incontestable ». G. Hameau différencie plus nettement les stations maritimes à effets excitants des stations maritimes à effets sédatifs. Les premières correspondent à notre classification, stations maritimes à climat continental, les secondes à nos stations maritimes à climat marin. Aussi notre confrère affirme-t-il avec raison, u que les stations maritimes sont favorables aux phtisiques, à la condition de choisir parmi les stations maritimes, excitantes ou sédatives, celles qui peuvent convenir à chacun d'eux ».

En poursuivant cette étude critique, on rencontre un autre groupe d'auteurs partisans ou adversaires de la cure

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marine, mais dont les opinions reposent non plus sur l'action exercée par l'ensemble des éléments climatiques de la mer, mais seulement sur l'action d'un de ces éléments : le sel marin. C'est le groupe des simplistes, pour lesquels l'air salé est tout ! Là encore que de contradictions ! Bon nombre redoutent pour la muqueuse aérienne le contact du chlorure de sodium et des substances iodo-bromurées que contiendrait l'atmosphère marine. D'autres, tels que Calmettes, prétendent que la tuberculose pulmonaire est bénigne, par exemple à Belle-Isle-en-Mer, grâce au sel marin contenu dans l'air.

J'ai longuement expliqué ma manière de voir à ce sujet, en traitant des caractères chimiques du climat atlantique et de ses effets physiologiques. Je n'y reviendrai pas.

Un des arguments importants invoqués contre la cure marine, est tiré de la prétendue fréquence de la phtisie pulmonaire parmi les populations maritimes. Cette doctrine a trouvé un trop durable appui dans les travaux de Rochard et de Jonhson. Plus que les autres, prétendaientils, les populations marines sont décimées par la tuberculose pulmonaire; et l'opinion contraire soutenue par Laënnec était qualifiée de pieuse illusion Wimmortel auteur de V Auscultation avait cependant bien vu. Les statistiques les plus récentes confirment pleinement sa doctrine.

Sur 1000 pêcheurs, 108 succombent à la phtisie, tandis que cette mortalité s'élève à 167 chez les merciers, à 301 chez les peintres, à 371 chez les couteliers, à 435 chez les fabricants de limes, à 473 chez les potiers (Lindsay).

Cette immunité relative de la population marine est un fait d'observation sur le littoral atlantique. Mais encore y

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a-t-il lieu, pour bien comprendre cette immunité, d'établir une distinction marquée entre le pêcheur proprement dit, et le marin qui voyage au long cours. Si tous deux passent la journée en plein air, soumis aux mêmes vicissitudes atmosphériques du beau et du mauvais temps, par contre le pêcheur ne séjourne point la nuit dans Tair confiné et trop souvent contaminé des entreponts.

Pour la population maritime de la baie d'Arcachon, cette distinction capitale est démontrée par les faits. Les pêcheurs ne passent guère que la journée sur le bassin, et si, par exception, ils restent dehors la nuit, ce n'est point dans une cabine mal ventilée et agglomérée, mais simplement à Tabri des voiles disposées en forme détentes, audessus du bateau non ponté. De plus, l'action de ramer développe singulièrement leur puissance inspiratrice, et donne à leurs poumons une activité fonctionnelle peu commune; de telle sorte, qu'avec un terrain pulmonaire mal préparé à l'ensemencement bacillaire, ils vivent dans une atmosphère pure. Eh bien ! malgré ces heureuses conditions, j'ai vu déjeunes marins indemnes de toute tare héréditaire ou acquise, partis robustes sur les navires de l'Etat, revenir atteints de tuberculose pulmonaire, quoique ay^nt, pendant leur temps de service, mené une vie moins rude que chez eux, et bénéficié d'une alimentation souvent plus abondante et plus saine que dans leur famille toujours très pauvre.

Faute de n'avoir pas établi cette distinction, les auteurs ont formulé, sur cette question, des opinions diamétralement opposées, dont la contradiction même confirme notre manière de voir. Tandis que Laënnec et Wiesdach affirmaient la fréquence moindre de la phtisie dans les lieux maritimes, Jonhson et Rochard soutenaient l'opinion contraire. Mais, alors que les deux premiers auteurs faisaient allusion aux populations maritimes, leurs contradicteurs

avaient en vue les marins confinés dans les grands navires de guerre. Ainsi Wiesdach affirme que, dans l'espace de quatorze ans, aux bains de Norderney sur la mer du Nord, il ne s'est présenté que quatre cas de tuberculose pulmonaire, et encore sur des enfants de baigneurs. Jonhson, qui étudie sur les marins de la flotte, tout comme Rochard, nous dit qu'en quatre ans la flotte de la Méditerranée donna 151 décès par phtisie sur 45!2 morts.

Pour apprécier l'influence du climat marin sur la tuberculose pulmonaire, tout repose sur cette distinction, que la doctrine delà contagion éclaire d'un jour tout nouveau, et tranche en faveur de l'immunité climatique et innée des populations marines, immunité pouvant se perdre par la création d'un milieu factice et contaminé — le grand navire — mais dont le climat ne saurait être rendu responsable.

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