‹ Cure marine de la phtisie pulmonaireChapitre 59 sur 101 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— Littoral atlantique girondin et landais. — Son double correctif climatique : sol perméable, dunes boisées.

II. Forêts de pins. — A) Leur valeur climathérapique. — Guéneau de Mussy, Germain Sée, Lahilonne, Grancher et Hutinel, Jules Simon, J. Renaut. — Leur importance : 1» aux stations d'altitude. — Richar-

' dière, Knoif, Léon Petit, Espina y Capo, Lardier ; 2» aux stations maritimes. — Lindsay, Vidal. — B) Leur action sur la température. — L*humidité de Tair. — Du sol. — Drainage souterrain. — Le pia maritime dans les Landes. — Son rôle hygiénique. — Leur pureté atmosphérique. — C) Leur rôle en thérapie pulmonaire. — Les atmosphères artifîcielles. — L'atmosphère naturelle. — La floraison des pins.

— Les pluies de soufre. — L'immunité des résiniers. — Hameau, Pereyra, Lalesque.

Si, nous l'avons vu, les stations maritimes recommandées aux tuberculeux, valent, d'après certains auteurs, bien plus par l'uniformité de la température que par Tair salé, tandis que, pour d'autres, elles ne valent que par l'air salé, nous estimons, nous, que le littoral atlantique vaut doublement : d'abord par son climat, dont je crois avoir démontré la triple action préservatrice, sédative et tonique ; ensuite par son air, à raison de son asepticité, et non de sa teneur en sel.

Mais pour qu'un point déterminé du littoral atlantique puisse prétendre au rang de station hivernale, c'est-à-dire présenter tous les caractères d'un bon refuge climatique ,

il est de toute nécessité que des circonstances topographiques spéciales obvient aux inconvénients possibles de certains de ses éléments météorologiques. Si des abris réels, efficaces et constants, remédient à l'intensité du vent de la mer, si l'extrême perméabilité du sol pallie la trop grande abondance des pluies, la station bénéficiera, dans toute leur plénitude, des heureuses conditions climatologiques du littoral atlantique.

Comme cela ressort des chapitres précédents, seule la partie méridionale du littoral trouve ce double correctif dans la nature de son sous-sol sablonneux d'une part, dans la présence de hautes dunes boisées d'autre part.

Bien plus, et pour porter à leur maximum, semble-t-il, les heureuses conditions climatiques de la contrée, ces dunes y ajoutent un élément thérapeutique important, lié à l'essence des forêts dont elles sont couvertes : forêts de pins maritimes.

A. — Ce n'est pas d'hier que la climalhérapie apprécie les bienfaits des forêts résineuses, et les auteurs modernes confirment, en cela, l'opinion des anciens. Rappelons que Guéneau de Mussy attache la plus grande importance à l'air des forêts de sapins. Pour Germain Sée, « lorsque les bois sont de nature résineuse, ils peuvent être utiles aux malades ». Lahilonne n'hésite pas à dire que la station médicale de Pau tire un de ses principaux avantages des émanations résineuses venues des forêts des Landes, pourtant déjà fort éloignées. Grancher et Hutinel reconnaissent qu'Arcachon emprunte à ses forêts de pins des propriétés spéciales. Jules Simon dit de cette station, que n'étant pas « au bord même de la mer, mais derrière un pli de terrain qui la garantit des brises d'une mer forte, possède une tem-

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pérature élevée et une atmosphère particulière due à la présence des sapins ». Pour le professeur J. Renaut, « Tair balsamique inspiré a, il est vrai, une action bien légère ; cependant il s'en faut qu'elle soit tout à fait négligeable, étant donné qu'on fait en moyenne douze inspirations par minute ».

1° Les stations d'altitude, si en vogue de nos jours, ne dédaignent pas de se prévaloir d'un pareil avantage. « Les précieux avantages, dit Richardière, que présente Davos, au point de vue de la régularité du climat et de la pureté de l'air chargé de senteurs balsamiques empruntées aux sapins et aux mélèzes qui couvrent les montagnes, ont été appréciés pour ainsi dire de tout temps, et ont fait recommander le pays comme un séjour d'été utile aux personnes faibles de la poitrine. »

Dans la description de tous les sanatoria qu'il a visités, Knoff ne manque pas de signaler la présence des forêts de sapins ou de pins, soit au voisinage immédiat, soit à proximité de ces établissements. Tels ceux deFalkenstein, de Gœbersdorf, de Leysin, de Reiboldsgrûn, de Saint-Blasien, et 1' « Adirondack-Cottage Sanatorium » de l'État de New-York. Léon Petit obéit à la même préoccupation. Il cite entre autres Gœbersdorf, Hohenhonnef, Saint-Andréasberg, Reiboldsgrûn avec sa magnifique forêt de pins; Saint-Blasien, climat merveilleux grâce à une immense forêtde même essence ; Schômberg qu'entourent de toutes parts de grands bois de pins ; Davos, Arosa, dont les chalets éparpillés sur les versants Sud et Ouest de la vallée, sont comme perdus au milieu d'une forêt semblable ; Leysin construitàlalisièredegrandsbois, et Schwendi, Braunwald, entourés de toutes parts d'une vaste ceinture de forêts de pins. Espina y Capo ne dédaigne pas dans la cure d'altitude «. l'atmosphère embaumée par les émanations résineuses des pins, le roi et le géant de la végétation arborescente

des hauteurs ». D'après Lardier, le tuberculeux peut trouver un réel bénéfice à vivre au milieu des vapeurs térébenthinées forestières. « Il convient, dit-il, de signaler aussi la présence, sur les flancs des montagnes vosgiennes, d'immenses et de majestueuses forêts de sapins. Nous n'insisterons pas sur les beautés grandioses de ces paysages forestiers, mais seulement sur les effluves aromatiques^ qui s'échappent d'une façon continue de ces vastes profondeurs. Ces effluves balsamiques, que, selon l'expérience vulgaire, Ton fait entrera pleins poumons jusque dans les dernières ramifications des organes pulmonaires, ont une vertu thérapeutique incontestable. »

,2"* Un auteur anglais, Lindsay, dont nous avons donné une traduction annotée, dit que Bournemouth vaut surtout par sa forêt de pins. Vidal (d'Hyères) manifeste le désir de voir le sanatorium maritime de Giens, se compléter « d'un pavillon isolé au milieu de la forêt résineuse, et spécialement aménagé pour le traitement des candidats à la tuberculose ».

B. — Quoi d'étonnant à cette unanimité d'appréciation, lorsqu'on songe aux multiples effets de ces forêts? Si nous avons longuement fait ressortir, précédemment, l'importance de ces bois en tant qu'agents préservateurs du vent, nous devons nous arrêter sur d'autres particularités qui leur sont propres.

On sait que la température d'un sol boisé est inférieure de plusieurs degrés à celle des environs non boisés, et que les forêts sont humides. Pour les bois de pins, rien de semblable n'est à crain.dre. Ils font l'office de serre chaude. Tandis que, d'ordinaire, on est pénétré par une sensation de froid humide lorsqu'on arrive dans une forêt, c'est au contraire une sensation de douce chaleur tiède que l'on ressent en s'enfonçant dans les pins. Ce rôle des forêts de sapins dans la conservation et l'uniformisation du calorique

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entre le jour et la nuit, se rencontre dans tous les climats. « En Angleterre, nous avons eu plusieurs fois l'occasion de constater que des arbustes, exotiques, plantés au-dessous des sapinières, étaient épargnés par les froids, tandis que les mêmes arbustes sur un versant sans abri, étaient gelés. Nous nous expliquons ce phénomène par la raison que le courant froid qui descend de la colline pendant la nuit, était retenu ou tempéré par la forêt de sapins, tandis que le versant nu de la colline ne possédait aucun abri » (Hermann Weber).

En mars et avril, il ne gèle jamais la nuit dans la forêt littorale du Sud-Ouest, tandis qu'au pied même des dunes, les végétaux, et plus particulièrement les vignes, subissent des gelées meurtrières.

C'est un fait bien connu, et bien démontré dans nos contrées, que la température de la forêt est plus chaude que celle de la plage même, et que, surtout la nuit, les oscillations du thermomètre y sont moins amples.

L'humidité est un inconvénient bien connu de la présence des forêts. « Elles entretiennent surtout une humidité extrême dans le sol qu'elles recouvrent et dans l'atmosphère qui les entoure » (Layet) . Ce sont là des conditions, on ne peut plus fâcheuses, d'insalubrité. Rien de semblable n'existe dans la forêt de pins maritimes du littoral atlantique et cela pour des raisons multiples, faciles à comprendre. Les feuilles du pin, qui sont des aiguilles, ne forment pas un feutrage serré et impénétrable. Aussi laissent-elles passer, en les tamisant, les rayons du soleil qui vont sécher le sol, et d'autre part elles ne mettent point obstacle à l'évaporation.

Le pin n'agit pas seulement sur l'humidité de l'air, mais également sur l'humidité du sol, et c'est là un de ses rôles hygiéniques les plus importants. Car l'effet de la présence des arbres sur un sol perméable, déjà sec.

est de drainer autour de lui le peu d'eau qui reste dans les couches superficielles de ce sol revêtu d'un feutrage de feuilles et d'herbes mortes. Le pin maritime fait plus que ce drainage superficiel; grâce à sa puissante racine pivotante, il pratique le drainage le plus sûr, le plus efficace : le drainage souterrain. Ce que l'eucalyptus a fait dans la campagne romaine, le pin maritime l'a fait dans nos contrées landaises.

Jadis, les monticules en marche déplaçaient incessamment les eaux dormantes qui se trouvent à leur base orientale, dans ces vallons sans nombre, que le jeu des souffles de l'air a creusés dans la dune avantsa fixation, et connus sous le nom de lèdes ou lettes. En certains endroits, des fonds vaseux, emplis et desséchés tour à tour, étaient insalubres. Les grandes plantations faites sur la côte des Landes ont eu pour résultat de faire disparaître ces nappes d'eau, dans un laps de temps assez rapide, comme l'indiquent les chiffres du tableau de la page 160, empruntés aux notes inédites du D' A. Lalesque, notes relevées à l'époque même de l'ensemencement des dunes.

Ces chifl'res démontrent qu'il a fallu dix années, en moyenne, pour que les forêts de pins assèchent les eaux des lèdes. Assèchement complet, assèchement rapide, si l'on songe que certaines de ces nappes stagnantes étaient assez étendues et assez profondes pour que leur traversée nécessitât l'emploi d'un bateau, les hautes échasses des bergers n'y suffisant pas.

L'assèchement ainsi produit a été absolument définitif ; car depuis l'ensemencement des dunes jamais les eaux n'ont reparu dans ces lèdes. « C'est un bien beau pays que ces dunes, où l'Océan sonne, où le pin murmure, où le vent qui jadis éparpillait les collines, trace à peine des raies dans le sable fin des lèdes » (0. Reclus).

CLIMATHÉRAPIE.

Date de la disparition des eaux marécageuses après

Fenseineiiceinent des sables.

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