‹ Cure marine de la phtisie pulmonaireChapitre 64 sur 101 · CURE LIBRE. — CURE FERMÉE · texte numérisé non relu

CURE LIBRE. — CURE FERMÉE

Telle est la technique adoptée pour la cure marine et forestière de notre littoral. C'est la cure libre, dans toute l'acception du mot, cure libre contre laquelle s'élèvent les nombreux partisans de l'altitude, c'est-à-dire de la cure fermée. Cette dernière, semble-t-il, est l'arche sainte à laquelle il ne faut pas toucher, sous peine de sacrilège !

Est-ce une raison, parce que la méthode nous vient d'Allemagne, où, d'ordinaire, mais pas toujours cependant, on la pratique militairement dans des établissements fermés, pour la transplanter chez nous immuable, irréductible ?

Nous ne le pensons pas ; autre race, autres mœurs ; autre climat, autre adaptation, et surtout autre facilité de la méthode.

La plus grosse objection soulevée contre la cure libre, c'est que pendant la cure « la surveillance ne peut être rigoureuse et efficace que dans les établissements fermés », disent, entre autres, Hérard, Cornil et Hanot.

Quelque autorité qui s'attache à cette objection, à raison de ces derniers auteurs, nous ne saurions y souscrire. D'abord parce que, en clientèle libre, nous obtenons aujourd'hui des malades, beaucoup plus et beaucoup mieux, et qu'ensuite les malades dont nous n'obtenons rien, ne sont pas ceux qui vont jamais grossir la clientèle des établissements fermés. Au surplus, combien les dangers de la cure d'air, réels dans les climats rigoureux de l'altitude, sont-ils atténués dans des climats tempérés et constants, tels que celui du littoral atlantique !

En ce qui concerne la surveillance constante et rigou-

184 GLIMàTHÉRàPIE.

reuse du malade, c'est une erreur que de croire à Timpossibilité de sa réalisation, en cure libre. Certes, je reconnais que lorsque le médecin a bien précisé, bien arrêté la technique de la cure d'air, son rôle ne saurait être terminé. La vie quotidienne du malade, les moindres détails de son existence doivent lui être connus. Voici comment je réalise cette surveillance :

Chaque jour, le malade, à son défaut, une personne de l'entourage, parent ou garde, prend son observation détaillée. Cette besogne est mise à sa portée, grâce à un schème d'observation qu'il faut écrire, en insistant pour qu'il soit répondu à chacune des questions posées. Tandis que ce petit travail quotidien intéresse le malade, et lui montre une fois de plus de quelle sollicitude on entoure les moindres détails de sa cure, de son côté le médecin se trouve renseigné d'une façon précise. Il ne faut pas, en effet, laisser au malade ou à son entourage le soin d'apprécier en bloc les événements qui se déroulent, car impressionnés par les manifestations symptomatiques les plus récentes, ils perdent vite la notion des manifestations remontant à quelques jours. Qu'après une série de bonnes nuits, par exemple, survienne une mauvaise nuit du fait d'un retour offensif de la toux, on peut être certain à l'avance que le malade et son entourage oublieront vite ce qui fut un mieux, pour rester sous l'impression de ce qui vient d'être mauvais. L'inscription quotidienne de chaque symptôme remédiera à ces causes d'erreur.

Voici deux types d'observations, telles que nous les réglons dès les premières visites, et relevées par les malades mêmes :

3 octobre 1894 {troisième jour du traitement).

Nuit, — Meilleure, moins de toux.

Température. — M : 37»,3 ; S : 38%2.

Toux. — Nuit : diminuée.

Réveil : fréquente.

Matinée : sèche et pénible.

Après-midi : diminuée, rauque.

Expectoration. — Réveil : dix crachats, épais, jaunâtres.

Matinée : nulle.

Après-midi : cinq crachats, un rouillé.

Transpiration. — Légère sur la poitrine, vers le matin. Alimentation. — Révalescière au lait, bouillon concentré, poisson, beefsteak, purée de lentilles, 100 grammes de viande pulpée, quatre œufs crus, un litre de lait, une demi-bouteille d'extrait de malt.

Appétit. — Déjeuner : bon.

Dîner : très bon.

Déjections. ^ Urine claire, abondante.

Légère constipation.

Observation. — Selon la prescription du Docteur, les rideaux et tapis ont été enlevés, la chambre largement ouverte de 6 heures du matin à 9 heures du soir. Resté étendu toute la journée dehors sur une chaise longue, abrité par un paravent. Je ressens un mieux sensible sur la veille, je commence à bien manger.

Ce malade, après un an de séjour, a quitté la station, guéri, ayant gagné en poids, dans les cinq premiers mois de son séjour, 12S600 (de 58 kilos à 70^600).

Autre exemple fourni par un malade en cours de traitement :

Journée du lundi 2i décembre 1896 {dix-huitième jour

du traitement).

Nuit. — Bon sommeil.

Toux. — Réveil : un peu de toux.

Matin : petite toux.

Après-midi : nulle.

Soirée : petite toux assez fréquente.

Expectoration. — Réveil : trois crachats épais.

Matinée : trois crachats moins lourds.

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Après-midi : nulle.

Soirée : nulle. Transpiration, — Presque nulle, sans atropine. Intestin, — Très bon.

Alimentation, — 8 heures: deux œufs, deux rôties pain grillé avec

beurre, une tasse de thé.

10 heures : 80 grammes de viande crue.

Midi : potage, beefsteak, céleri, gâteau, deux

verres de lait, café, eau-de-vie.

4 heures : jambon, deux tartines beurrées, demitasse de thé.

6 heures : soupe, escalope, choux-fleurs, fromage,

trois verres de lait.

9 heures : deux œufs crus.

Température. — M : 37*,5 (aisselle) ; 6 heures soir : 38*,8 (bouche).

Observations, — Léger frisson le matin à il heures ; congestionné de la figure Taprès-midi, après digestion au lit. Cure d*air: de 9 heures à midi = 3 heures, deih. l/2à5h.i/2= 4 heures, de 6 h. à 9 heures = 3 heures.

10 heures de jour.

De 10 h. 1/2 soir à 7 h. 1/2 matin.

.. I 9 heures de nuit I 10 heures de jour

19 heures.

Nous ne pensons pas qu'il soit possible de prétendre que, dans ces conditions, le malade échappe à la surveillance active du médecin. Mais je n'hésite pas à reconnaître que tant vaudra l'énergie du médecin, tant vaudra la réalité de cette surveillance.

Et si dans une forme concise, notre maître le professeur Grancher a dit, à propos de la guérison de la tuberculose, que, « pour guérir il faut avant toute chose le vouloir, le vouloir bien, le vouloir longtemps », ce qui est le rôle du malade ; nous ajouterons « qu'il faut le lui faire vouloir,

bien et longtemps», ce qui est le rôle du médecin. Rôle difficile à tenir de part et d'autre, précisément à cause de sa longue durée, mais qui donnera au malade la seule chance de guérison, et au médecin la satisfaction d'un devoir social accompli.

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