‹ Cure radicale des hernies, avec une étude statistique de deuxcent soixantequinze opérations [electronic resource]Chapitre 10 sur 94 · EFFICACITÉ DE LA CURE RADICALE. — RÉSULTATS DE MES OPÉRATIONS · texte numérisé non relu

EFFICACITÉ DE LA CURE RADICALE. — RÉSULTATS DE MES OPÉRATIONS

Il est de mode d'opposer une fin de non-recevoir à toute tentative faite pour la cure des hernies, en disant que ce sont, de leur essence, des maladies incurables; et, depuis des années, les chirurgiens ont fait valoir cet argument triomphant plutôt que d'avouer que l'insuffisance ou les dangers de leurs procédés les détournaient de ces sortes d'opérations. Cependant, la curabilité de la hernie, dans de certaines conditions, est un fait démontré. Chez des sujets jeunes, il y a des faits incontestables de guérison même par les bandages. A plus forte raison devrat-on admettre cette curabilité par une opération.

On peut même aller chercher des arguments très favorables à cette thèse dans des cas de kélotomie, faite jusqu'en ces dernières années.

L'opération de la hernie étranglée, même dans les

plus mauvaises conditions, donnait des résultats bien intéressants à examiner. Un très grand nombre d'opérés mourant, les occasions de les constater n'étaient pas très communes. Cependant, on en rencontre encore de temps en temps ; quelle est leur situation?

Malgré les conditions de la kélotomie, détestables pour la cure radicale, les plus heureux sont restés guéris; on en voit même qui ne portent pas de bandages. Mais ceux-là sont les plus rares. Chez le très grand nombre, la hernie a récidivé ; mais alors encore beaucoup vous disent qu'ils en sont moins gênés que par le passé. La hernie se réduit facilement, elle se maintient bien réduite; aucun accident d'ordinaire après l'opération. Les malades insistent souvent sur ce point.

Si nous passons aux opérés de hernie, étranglée ayant été entre les mains de chirurgiens désireux d'obtenir la cure radicale, le tableau est plus favorable encore. Depuis 1874, fai constamment cherché à déterminer la cure radicale de ces opérés par la suture de l'anneau, avec ou sans extirpation du sac. J'ai revu quelques-uns de ces opérés; je puis citer, par exemple, une femme atteinte de hernie crurale étranglée que j'ai opérée à Lariboisière en 1876 et que j'ai revue trois ans après. J'avais extirpé le sac. Elle n'avait pas trace de récidive et ne portait pas de bandage.

J'ai revu tout récemment un homme opéré en 1877 à l'hôpital Lariboisière. Il n'a jamais porté de bandage et la cure radicale est restée parfaite, soit après plus de quatorze ans.

J'en ai rencontré d'autres cas, et je cite ces deuxlà comme remarquables et revus après une longue période.

J'attribue la fréquence relative de la cure radicale, même chez mes plus anciens opérés, à ce que j'ai, de tout temps, eu grand soin de scarifier le collet du sac en faisant des débridements multiples. Ceci joint à la suture de l'anneau constitue une condition favorable pour l'accollement définitif des surfaces.

Si j'ajoutais à cette indication d'opérés anciens celle d'opérés plus récents, j'arriverais sur un aulre terrain, car, depuis 1880, ces derniers opérés ont été traités systématiquement, pour la cure radicale de leur hernie, par des opérations complètes et quelquefois un peu complexes, et ne différant pas essentiellement de l'opération pour la cure radicale de la hernie non étranglée. Mais je puis dire déjà que, chez ces derniers, la cure persistante est la règle.

En somme, les faits autorisent à penser que, dans le cas de hernie étranglée, une opération peut apporter des modificalions telles que cette hernie guérisse absolument ou que le patient soit placé dans des conditions beaucoup pins confortables. Ce qui lui resle de son infirmité est rendu très supportable, la contention

est facile, l'effort musculaire est possible. Sa situation est meilleure que celle des hernieux dont nous parlions au débat et chez lesquels la généralité des médecins admet qu'il est facile de pallier la difformité.

Rien que celte constatation autoriserait la tentative de la cure radicale pour obtenir ces résultats dans les hernies non étranglées.

Mais, quoi qu'on en ait dit, même après des opéra lions anciennes de cure radicale proprement dite, il y a eu des cas de guérison bien nels. De notre temps encore, parmi les opérateurs de l'étranger, chez lesquels l'opération a été plus en faveur que chez nous, on a cité bien des faits incontestables de succès.

Depuis ce moment, du reste, la chirurgie a marché, l'expérience des années a montré les résultats obtenusp ir les méthodes modifiée-, et la réalité delà cure radicale ne saurait faire de doute que pour ceux qui ne la pratiquent pas ou la pratiquent mal.

En ce qui me concerne, la preuve tirée de mes résullats personnels me paraît évidente, et c'est à celle-là que je m'attacherai, estimant que mes faits sont assez nombreux et assez anciens pour que je m'appuie sur l'opération que j'ai instituée et régulièrement pratiquée.

Je puis dire que, d'une manière très générale, les résultats sont persistants. Mais si l'on veut, pour juger

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Ja question, prendre une statistique en bloc, il devient impossible d'arriver à une conclusion.

Cela tient à des causes multiples. D'abord, dans une statistique qui compte les opérés par centaines, il est impossible de les comparer entre eux ; il faudrait établir des catégories dont les chances de récidive soient très différentes.

Puis, dans les services hospitaliers, on revoit plus souvent les sujets qui n'ont pas guéri que ceux qui n'ont .plus aucun besoin de vous, et l'on a grande peine à avoir des nouvelles des sujets les plus satisfaisants. Même à cet égard-là, on a un véritable élément de jugement par les probabilités en considérant le petit nombre des malades qui sont venus demander un bandage.

Enfin, il faudrait faire deux classes distinctes des sujets qui sont dans la nécessité de porter un bandage et de ceux qui peuvent s'en passer.

Un premier fait très important ressort de tous les résumés que l'on peut lire dans mes tableaux. C'est que, dans un délai assez long, on n'observe pas de récidive primitive. Si l'on parcourt, au contraire, les observations de cure radicale de bien des auteurs ou si l'on examine des sujets ayant subi la cure radicale, au bout de six semaines ou de deux mois, on en trouve déjà un bon nombre qui ont récidivé. Or, dans mon service, les malades restent ordinairement d'un mois à six semaines et, quand ils sont sortis au bout

de trois ou quatre semaines, je fais tout mon possible soit pour les envoyer à l'asile de convalescence de Vincennes, soit pour les obliger à revenir dans un certain délai pour chercher quelque pièce nécessaire. Dans les deux mois en question, je puis dire que je n'observe pas de récidive. J'ai pu, dans ce délai, constater que certaines opérations étaient imparfaites; mais je dois l'aire remarquer que, pour ces cas rares, il s'agissait de sujets que je n'avais pas pu opérer bien complètement et que je ne considérais pas comme des individus définitivement guéris. Je dirai à l'occasion pourquoi un certain nombre de sujets chez lesquels le gros intestin se trouvait dans la hernie ont été dans des conditions de réparation inférieure. Mais ce sont heureusement des faits relativement rares.

Comme je l'ai dit, je n'ai pu avoir d'observation complète d'un grand nombre d'opérations. Sur mon total de 266, je n'en ai que 101 cas où les malades aient été bien revus après l'opération (29 de quatre à six mois et 72 après plus de six mois) avec 14 récidives. Ce chiffre, dont bien des chirurgiens se contenteraient comme proportion définitive de succès et d'insuccès, ne me paraît pas cependant être le chiffre auquel doit s'arrêter le jugement; les insuccès sont évidemment en proportion beaucoup moindre et les résultats définitifs sont bien plus favorables. Bien que la récidive ait été rarement

RÉSULTATS DES OPÉRATIONS ïï

constatée, la proportion dans laquelle elle a été comptée est certainement bien plus élevée que la proportion dans laquelle elle se rencontrerait si l'on pouvait obtenir des nouvelles de la totalité des cas. En effet, la majorité de ceux qui avaient à se plaindre sont venus se plaindre suivant la coutume, et c'est l'infime minorité qui est venue nous faire constater le succès. J'en ai même la preuve complète, pour quelques-uns, par les rapports dus à des parents ou à d'autres malades. Mais, tout naturellement, je ne me suis pas contenté de ces affirmations vagues , et ces on-dit n'ont pas trouvé place dans nos tableaux, quoiqu'ils aient bien quelque valeur.

Ces 101 opérations me donnent 14 récidives, que j'ai pu observer à assez longue échéance, toutes survenues, sauf une peut-être, pour de très mauvais cas. Si l'on estimait que cela doit représenter 14 récidives sur 101 opérations, on commettrait une erreur grossière. Ces 14 cas doivent, à bien peu de chose près, représenter la totalité des récidives survenues après mes 266 opérations. Que l'on remarque, à ce propos, que non seulement les sujets dans ces conditions sont revenus se présenter d'eux-mêmes, mais que mes collègues me les ont envoyés avec soin, toutes les fois qu'ils ont pu observer des insuccès dans la clientèle hospitalière.

Plusieurs de ces récidives étaient parfaitement prévues par moi. Deux d'entre elles au moins ont eu des

c uises violentes. Je relève, par exemple, le cas de l'an d'eux qui, resté guéri plus d'un an, récidiva à la suite d'une attaque nocturne dans laquelle ses adversaires le piétinèrent, et celui d'un garçon bouclier qui resta bien guéri sept mois et vit sa récidive subvenir un jour qu'il soulevait un demi-bœuf. Ces deux sujets ne porlaienL aucun bandage.

Les autres étaient prévues comme celle du N° 8, porteur d'une hernie énorme , un cas méritant à peine qu'on essayât d'intervenir. J'avais fait une autoplastie spéciale et j'avais recommandé au patient de porter un bandage. Il resta guéri, travaillant fort, jusqu'au jour où, ennuyé de son bandage, il crut devoir le laisser. Après quinze jours de travail, sa hernie récidiva et il continua à travailler sans bandage jusqu'à ce qu'elle fût à nouveau volumineuse De même pour le N° 33, vieillard, hernie énorme, emphysème. Il se refusa à porter un' bandage et même, aussitôt après l'opération, il arrachait son pansement. Cependant, il resta guéri pendant sept mois. Lorsque sa récidive menaça, il refusa encore de porter le bandage.

En étudiant de près les formes de ces récidives, on verrait qu'elles appartiennent surtout à certaines formes d'opérations et que, par conséquent, elles peuvent être prévues dans une certaine mesure. Or connaîtra les cas dans lesquels une opération incomplète est fatale.

Pour les résultats permanents bien constatés, nous en avons 72, revus après plus de six mois. Nous comptons des résultats très éloignes, comme les suivants : deux cas observés après plus de neuf ans. J'écarte de celte statistique le cas que j'ai observé après plus de quatorze ans, parce qu'il appartient à la hernie étranglée ; mais on peut le rappeler avec avant igc, d'autant plus qu'il appartient à une période où ;e ne pratiquais pas l'opération de la cure radicale avec autant de perfection.

Je relève encore un cas après plus de sept ans — un après plus de six — 2 après cinq ans — 5 après plus de quatre ans — 6 après plus de trois ans — 13 après plus de deux ans — 16 après plus d'un an — 28 après plus de six mois.

Les cas augmentent après les années, ce qui tient à une circonstance très naturelle : c'est qu'on a difficilement des nouvelles de ces opérés; mais quand ces opérés arrivent à un chiffre considérable, on finit quand même par remettre la main sur quelques-uns d'entre eux.

A propos des malades revus, j'ai une remarque des plus intéressantes à faire en ce qui concerne ceux de mes opérés qui ri appartiennent pas à la clientèle hospitalière. J'ai là 15 observations assez anciennes pour qu'on puisse affirmer la persistance de la guérison. Dans ces 15 cas, la guérison s'est bien maintenue sans aucun accident de récidive.

Précisément il y a plusieurs de ces observations qui comptent parmi mes plus anciennes et ont déjà neuf, six, quatre, trois et deux ans de date.

On pourrait dire sans doute, à propos de ces cas, que les sujets sont dans des conditions plus favorables que les malades hospitaliers, parce qu'ils n'ont pour détruire les effets de l'opération ni les efforts violents à faire pour le travail, ni la misère à subir, et j'accorde qu'il y a là un point d'une certaine importance. Je crois même qu'en ville, certaines opérations pourraient se faire dans de bonnes conditions qui seraient à laisser de côté dans la clientèle hospitalière. J'ai dit ailleurs que, pour la môme raison, l'opération donnera chez les femmes des résultats encore meilleurs que chez les hommes.

Cependant, si mes opérés de ville n'ont pas de lourds fardeaux à porter, il y en a plusieurs qui se sont fait opérer justement pour pouvoir se livrer à des exercices violents. Deux font beaucoup d'escrime, trois au moins montent beaucoup à cheval et deux très jeunes sujets font de la gymnastique régulièrement.

C'est là un point capital pour l'exercice de certaines professions dont la hernie ferme l'accès. Tel a pu être officier qui eût vu sa carrière brisée par son infirmité; et non seulement il peut avoir accès à celte carrière et passer devant les conseils de revision, mais il peut exercer sans crainte sa profession et

supprimer le bandage, toujours si difficile et si délicat à supporter.

J'ai souvent fait examiner des sujets par des chirurgiens militaires et leur ai posé la question suivante : « Pensez-vous que ce sujet serait pris par les conseils de revision? » Ils m'ont répondu par l'affirmative. Depuis, plusieurs sujets ont été pris par le conseil de revision. Le plus curieux de tous est, sans contredit, celui qui porte les Nos 132 et 249 de la statistique. Ce jeune homme, âgé de dix-neuf ans, après deux opérations heureuses, s'est engagé et a été accepté comme bon pour le service. 11 était, du reste, fort remarquable comme perfection de réparation et ses cicatrices cutanées étaient si petites et si effacées qu'elles devaient même à peine attirer l'attention.

L'étude des opérés de ville, que j'ai eu l'occasion de voir plus souvent et mieux que mes opérés hospitaliers, permet d'apprécier d'une manière générale les résultats de l'opération. C'est, en effet, l'étude du sujet bien plus encore que l'étude de la statistique qui vous permet de dire que la région est solidement défendue et que, dans certains cas, elle peut conserver des caractères de faiblesse. C'est précisément celte étude qui me permet de dire que, s'il était possible de suivre les opérés hospitaliers comme on suit les gens du monde qui ont subi l'opération, on constaterait une solidité dont mes tableaux ne donnent pas une idée suffisante.

Je suis convaincu, pour ma part, que, parmi les opérés qui quittent le service de l'hôpital avec une cicatrice bien Jure en forme de boudin, occupant toute la région herniaire et remontant haut sur la paroi abdominale, la récidive est excessivement rare. Peut-être, en englobant les mauvais cas, cette récidive donne-t-elle 4 ou 5 0/0 de retour de hernie. Mais, si l'on s'en tenait aux bons cas, à ceux qui méritent avant tout d'être opérés, cette récidive serait absolument infime, et j'estime qu'un sujet qui a subi la cure radicale aurait alors bien moins de chance de devenir hernieux pour un effort que bien des gens à paroi jusque-là intacte.

Parmi les opérés dont l'histoire a pu être complètement faite, on trouve le N° 103, sujet dont je dois l'observation finale à M. le docteur Delbet. J'en ai publié l'observation tout au long clans un chapitre spécial, parce que c'est la seule observation anatomique très ancienne que je possède. Mais son histoire était très curieuse : trois années écoulées depuis l'opération; suppression de tout bandage; dévelop pement delà phtisie pulmonaire; toux incessante. Malgré cela, région d'une solidité parfaite. J'avais eu l'occasion de voir le sujet à l'époque où il avait commencé à tousser. Il fut examiné avec soin dans le service de médecine où il vint mourir, et la pièce anatomique fut étudiée par M. Delbet, qui put constater que la région était absolument indemne de

hernie et indemne de toute dépression séreuse.

Les résultats, au point de vue du bandage, sont moins difficiles à déterminer que ne l'ont dit la plupart des observateurs. Il n'y a pas, du reste, une question générale du bandage. L'expérience vous apprend que, quelles que soient vos intentions, même si vous le conseillez, l'immense majorité des opérés guéris ne porteront jamais un bandage quelconque. Je puis dire, pour ma part, que je ne fais pas porter de bandage, en indiquant cependant quelques réserves pour certains cas exceptionnels.

Cette question du bandage ne saurait être jugée d'une manière uniforme. Pour les gens qui ont eu une grosse hernie ou une très mauvaise paroi abdominale, il est sage de porter un bandage. Il en est de même chez les gens dont le gros intestin formait partie de la paroi du sac. Mais, dans la très grande majorité des cas, lorsque tous les temps de l'opération ont pu être bien complètement accomplis, je fais porter au-dessus de la cicatrice el de la région herniaire une pelote avec ceinture sans ressort. Cet appareil, qui n'a rien de commun avec un bandage ordinaire, a pour but d "éviter à la région opérée les gros chocs et de permettre aux cicatrices qui défendent la région herniaire d'achever en paix leur consolidation.

Lorsque quelques mois se sont écoulés, je ne tiens

plus à ce qu'un opéré porte cette ceinture, et il n'a

plus qu'une chose à faire: c'est de se surveiller de façon à bien saisir le moment où il serait menacé d'une récidive. En effet, si à ce moment on peut lui appliquer un bandage, il est parfaitement possible d'obtenir l'arrêt dans la progression de la formation de la hernie, et l'on conserve alors, avec quelques précautions les résultats de l'opération.

Après une bonne opération, \q bandage est nuisible à la cicatrice.

Pour bien apprécier les résultats de l'opération, les chances de conservation de la cure radicale, il faut étudier séparément chaque variété de hernie.

Hernie inguinale.

La plus commune de toutes, la hernie inguinale, mérite d'être considérée selon l'époque de sa production et suivant son volume.

La hernie congénitale est, de toutes les variétés, celle qui a chance de donner les meilleurs résultats. Souvent, le sujet est vigoureux, bien musclé. En réalité, il a plutôt un trou dans une bonne paroi qu'une paroi abdominale effondrée. On conçoit donc que si le canal séreux qui la traversait est bien détruit, si la cicatrice qui oblitère la paroi est bien solide, les chances de retour de la hernie sont médiocres.

Bien des hernies, du reste, qui ne sont pas classées anatomiqucment parmi les congénitales, parce qu'elles necontiennentpas le testicule, sont, en réalité, de cette variété. Ce sont souvent celles qui, ayant subi dans l'enfance un travail de réparation, ne communiquent plus avec la vaginale. Elles ont semblé guéries pendant une période plus ou moins longue, mais elles sont revenues. Elles diffèrent des hernies qui dépendent de l'extrême faiblesse de la paroi et qui surviennent chez l'adulte en ce qu'elles sont très adhérentes à l'épididyme et se présentent chez des sujets relativement vigoureux. Elles donneront encore de très bons résultats. On trouve dans les mêmes conditions certaines variétés de la hernie qui n'existaient pas au moment de la naissance, mais se sont faites dans des fissures péritonéales persistantes. Au point de vue de l'excellence de la cure radicale, elles présentent les mêmes bonnes conditions que les précédentes et, à cet égard, comme nous le verrons, appartiennent bien à la hernie congénitale.

Les petites hernies sont ordinairement favorables. Cependant, il ne faut pas trop compter avoir chance d'éviter la récidive si l'on aaffaire à ces petites hernies peu saillantes, mais effondrant la paroi du canal très haut. Si ces hernies sont doubles, il vaut mieux ne pas s'en occuper si des accidents herniaires ne vous pressent, car, dans ces cas, on se verra fatalement amené à soutenir par un bandage une paroi abdomi-

nale absolument insuffisante. Il ne faut pas, du reste, s'exagérer la fréquence de ces cas et, en dehors d'eux, il en reste un nombre bien considérable auxquels on peut porter un remède très efficace.

Les^rès grosses hernies, en général, sont de mauvais cas pour l'avenir. Je ne saurais trop répéter que le problème est beaucoup plus, pour le chirurgien, d'empêcher la hernie de devenir grosse que de la réparer une fois grosse. Alors, en effet, on se trouve en présence d'une baie énorme à combler, de viscères en excès pour la contenance de l'abdomen et souvent d'importantes portions du gros intestin qui créeront un obstacle à l'achèvement complet de la réparation de la région. Cependant, on peut arriver à de bons succès ; j'en ai donné nombre d'exemples. Ces succès seront d'autant plus faciles que l'opération aura pu supprimer d'importantes portions.d'épiploon.

La hernie inguinale chez la femme est un terrain éminemment favorable. Elle est habituellement congénitale, ce qui est à considérer. Elle est opérée sans ménagements pour les parties périphériques, ce qu'on ne peut faire chez l'homme. Enfin, elle est souvent l'occasion de l'ablation de trompes ou d'ovaires et du ligament rond qui jouent un rôle dans les accidents qui lui sont imputables.

Hernie crurale.

Chez l'homme et chez la femme, la hernie crurale est une variété qui doit donner de très bons résultats. Mais il y a pour cela une condition à remplir: c'est que le chirurgien ne se contente pas d'une opération superficielle. L'infundibulum dans lequel se loge le sac est beaucoup plus profond qu'on ne le croit et l'on s'imagine souvent avoir dépassé le niveau de l'anneau crural dans sa dissection, alors que l'on n'a pas été au delà du fascia crébriforme. L'infundibulum séreux ou supérieur est ici, en réalité, plus difficile à atteindre que pour la hernie inguinale ; je montrerai pourquoi en exposant le procédé opératoire.

Hernie ombilicale.

La variété de hernie qui semble appelée à donner les résultats les plus franchement heureux est certainement la hernie ombilicale. Non seulement elle ne paraît pas devoir exposer à des accidents plus graves que les autres hernies lors de l'opération, mais il semble que la persistance des résultats soit pour elle particulièrement assurée. J'ai opéré seulement un petit nombre de hernies ombilicales, comparé au grand nombre de mes autres opérations, et je n'ai eu devant moi que de très mauvais cas. Malgré cela, j'ai eu pour tous, sans exception, les

résultats les plus satisfaisants. Toutes mes opérées ont guéri et, si certaines me semblent moins satisfaisantes, c'est qu'il s'agissait de sujets vraiment dans de très mauvaises conditions.

Je suis absolument convaincu que, sans la mauvaise>éputation de cette hernie, sans la persistance avec laquelle la pluparj; des médecins détournent les malades de se faire opérer, on aurait, avec les hernies de moyen volume, les succès les plus constants. On serait maître en quelque sorte de détruire cette infirmité qui empoisonne la vie de bien des femmes et contribue puissamment à les mener à une mort prématurée.

En parcourant mes tableaux, on trouvera la mention des cas de hernie ombilicale toutes grosses el l'une d'entre elles gigantesque. Il n'y eut pas jusqu'à celle-ci qui n'ait donné des résultats satisfaisants et persistants dans une mesure suffisante.

Il est sage, sans faire porter de bandage ombilical, de recommander aux femmes de porter une ceinture ordinaire. Ce sont, pour laplupart, des femmes obèses, à gros ventre, et, sans cette précaution, elles risquent de laisser déchirer la paroi non uniformément soutenue.

Hernie épigaslrique.

La hernie épigastrique ne donne pas moins de satisfaction ; j'en présente cinq cas. J'ai eu l'occasion de

suivre quelques opérés et de constater la persistance, la conservation de la solidité de la paroi et la disparition des troubles assez communs dans cette variété de hernie. Ici, l'opération est généralement facile ; et, sauf les cas de hernie du ligament suspenseur du foie que j'ai signalés, elle peut être faite par une franche dissection et sans crainte de blesser quelque organe important. Toutefois, il faut, comme pour la hernie crurale, faire remarquer qu'il est très facile de faire une opération insuffisante, parce que la dissection doit être portée fort loin et parce que le pédicule de la hernie est beaucoup plus long qu'on ne le croit au premier abord.

Hernie traumatique et éventralion.

Parmi les cas rares et difficiles dont j'ai eu à rechercher laguérison, il y aune hernie traumatique très considérable, consécutive à une large plaie pénétrante de l'abdomen, qui m'a donné des résultats très satisfaisants.

Je puis rapprocher de ce cas un cas d'évenlration suite de la laparotomie ne manquant pas d'analogie. L'éventration est opérée dans des circonstances identiques. J'ai eu l'occasion de les opérer et guérir plusieurs fois dans des réouvertures du ventre; une seule fois j'ai fait une opération dirigée uniquement contre l'éventration.

Permanence et solidité des résultats.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, dans les cas où la guérison est franchement assurée, elle a plus de chance de se perfectionner avec le temps que de s'affaiblir. La cicatrice, d'abord trop large, se rétracte et se durcit. Le résultat se consolide. On observe cela surtout sur les sujets jeunes qui donnent le meilleur terrain pour la cure radicale.

C'est là une raison de proscrire le bandage toutes les fois que faire se peut. On a tout intérêt à ne pas troubler l'évolution naturelle, la formation de la cicatrice. C'est la raison pour laquelle je ne conseille que le port d'une ceinture sans ressort, avec pelote, n'ayant d'autre but que de subir l'effort au-dessus de la région de la cicatrice. Je ne vois aucun inconvénient à ce que les opérés l'abandonnent au bout de quelques mois ou d'une année lorsque la cicatrice est bien constituée, alors que je la considère comme à l'abri des effets des efforts prématurés.

Quand, au contraire, je recommande le port d'un vrai bandage à ressort, ce n'est pas que je croie qu'il existe encore une hernie. Elle est bien détruite. Mais c'est qu'il s'agit de cas où la défense de la région me paraît insuffisante, où la hernie est trop près, et j'estime que le bandage doit avoir la fonction de compléter la paroi, de prévenir la récidive.

Disparition des couleurs.

Au point de vue du bien-être des opérés, peu d'opérations donnent des résultats plus frappants, plus satisfaisants. Beaucoup de hernieux sont en élat de douleur ou tout au moins de malaise perpétuel. Dans les livres comme dans renseignement classique, on exagère à plaisir l'indolence de ce mal, probablement pour se consoler d'être impuissant à le guérir. Mais, quand on a pu le guérir, on se rend bien compte des accidents herniaires qui ont disparu ; et le patient le premier vous signale les souffrances antérieures et vous montre toute la différence entre les deux états par lesquels il a passé.

Or, ce qui doit encourager absolument, c'est que cet état de bien-être se montre même chez des sujets dont la guérison n'est pas parfaite. Il suffit d'avoir détruit des adhérences ; il suffit même que les viscères ne puissent plus faire issue derrière un bandage, pour que ce soulagement soit marqué chez beaucoup de gens. Un soulagement se voit même chez des patients ayant subi une des opérations imparfaites que j'ai critiquées. Ils sont satisfaits des résultats immédiats. Ils ne sentent plus ni gêne ni douleur et, comme ils ne peuvent se rendre compte que leur situation n'est pas destinée à rester permanente,

ainsi que cela aurait dû résulter d'une bonne opération, ils expriment toute leur satisfaction.

Il n'y a donc pas de doute : la cure radicale est obtenue, persiste dans des condi lions fréquentes après une bonne opération. Quant aux troubles fonctionnels, ils disparaissent si complètement qu'un bienêtre extrême s'ensuit pour les patients.

Tout naturellement, je n'insiste pas sur les accidents proprement dits de la hernie, qui disparaissent. Si des accidents d'engouement, des menaces d'étranglement s'étaient présentés, s'il y avait des vomissements habituels, tout cela cesse une fois la cause disparue.

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