LES AGENTS DE LA SUTURE. — AIGUILLES ET FILS EMPLOYÉS. — INSTRUMENTS
Les opérateurs de hernies ont discuté sur la valeur des matériaux de suture à employer. En réalité, ces matériaux ne diffèrent pas beaucoup, et leur choix dépend beaucoup des habitudes de chacun. Peu de chirurgiens, sauf Mitchel Banks, de Liverpool, ont pensé à laisser dans la plaie un fil métallique destiné à former barrière. Du reste, pour qu'un corps métallique séjourne dans les tissus mous, sans amener leur section, il faut qu'il n'exerce pas de tension sur eux. Aussi, je pense qu'on se ferait une illusion singulière en supposant que, dans une région constamment tendue comme celle des parois abdominales, les fils métalliques peuvent constituer un support quelconque, une défense contre la pression abdominale.
Au cours des opérations de cure radicale, on
emploie deux ordres de fils : ceux qui, placés dans l'intimité des tissus, doivent disparaître et ceux qui, passant à l'extérieur, peuvent ( tre retirés du dehors.
Fils résorbables.
Pour les sutures destinées à disparaître, on cm ploie tantôt la soie, tantôt le catgut. La soie ne me semble pas disparaître des tissus avec la même facilité que le catgut; et son élimination, même quand elle est parfaitement aseptique, se produit quelquefois (1). Je me borne donc exclusivement au catgut, et, loin de redouter de le voir se résorber et disparaître trop tôt, j'estime qu'il y a avantage à ce qu'il se fonde rapidement dans les tissus. C'est là ce qui m'a éloigné des catguts préparés spécialement pour durer quelque lemps. C'est pour cela que je n'ai pas poursuivi une expérience que j'avais faite anciennement pour la préparation du catgut par l'acide chromique. Je n'avais obtenu qu'un catgut ii régulier et résistant
(1) Dans la séance du l«r juillet 1891, à la Société de Chirurgie, M. Gérard Marchant a rapporté un exemple fort curieux d'un fil de soie, saus microbe, ayant provoqué un travail d'élimination et ayant mené à l'ablation du testicule qu'il avait fixé à une époque beaucoup plus ancienne. Le professeur Lister avait déjà indiqué cet accident pour les fils de soie perdus daus les tissus, et c'était celle constatation qui l'avait conduit à utiliser la ligature animale ré-orbable, le catgut.
trop longtemps, ce qui l'amenait quelquefois à être éliminé.
En réalité, je suis resté 'fidèle au catgut préparé suivant la formule primitive de Lister, parce que je n'en ai trouvé aucune donnant des produits aussi réguliers et aussi régulièrement absorbables. Sa préparation est sans doute un peu longue, mais on en est quitte pour la faire à l'avance.
C'est donc toujours la formule :
Huile d'olive
Acide phéuique cristallisé
Eau .
En poids 122
Macération du catgut dans cette émulsion, au moins six mois.
Le catgut obtenu par cette préparation est baigné, avant l'emploi pour l'opération, pendant un quart d'heure dans l'eau phéniquée à 20 pour 100.
J'emploie toujours pour mes sutures, comme pour mes ligatures, un catgut plus volumineux que celui qu'on emploie généralement. Pourquoi chercher des fils si fins, puisqu'ils sont destinés à disparaître? On les a donc immédiatement plus solides.
Mais, en outre, je crois que, pour les sutures perdues, il y a un autre avantage à avoir des fils un peu gros. On sait que Lister a émis cette opinion, que les fils de catgut s'organisent, assertion fort mal
accueillie d'ailleurs. Cependant, l'éminent chirurgien n'affirmait là que quelque chose de vraisemblable, car il ne voulait point dire que le fil s'organise au sens propre du mot et prend de la vie pour son propre compte ; mais il considère le fil comme une sorte de gangue que vont infiltrer les éléments jeunes et qui leur forme comme une carapace protectrice. Les éléments de la cicatrice se rassemblent à l'abri de ces fils et cette cicatrice ne s'en forme que plus puissante et plus épaisse.
Je n'ai pas d'autopsie qui donne la preuve indiscutable de cette formation, mais le soin que j'ai toujours mis à faire avec de bon catgut bien préparé ces assemblages de fils et le succès que j'ai eu en obtenant ces cicatrices puissantes me permettent de penser que c'est bien là un des modes de formation de ces cicatrices.
Fils non résorbables.
Quant à mon fil non résorbable, invariablement, depuis nombre d'années, j'ai toujours employé le crin de Florence, le fil des pêcheurs, c'est-à-dire le fil fait avec la glande sétigère du ver à soie. Ce fil est stérilisé tout simplement par l'immersion, pendant quelques jours ou pendant quelques heures,
dans la solution phéniquée aqueuse au vingtième. Ce fil est supérieur à la soie parce qu'il est lisse. C'est, de tous les fils que j'ai employés, celui qui a le moins de tendance à couper les tissus et il est très facile à enlever lors des premiers pansements.
Aiguilles.
Pour passer les fils de soie ou de catgut, je me sers invariablement d'aiguille à chas mobile. Je trouve que leur emploi est très expéditif, et je ne leur ai jamais vu d'inconvénient. La plus ancienne, l'aiguille de Reverdin, droite et courbe, me paraît répondre à tous les desiderata, surtout pour passer les fils de calgut, même un peu gros (Fig. 14 et 13).
Pour les chirurgiens qui emploient exclusivement cette aiguille, il est prudent d'avoir, outre l'aiguille droite et courbe de gros calibre une aiguille, très fine. Il est très précieux de l'avoir sous la main si on vient inopinément à la nécessité de faire quelques sutures intestinales. J'ai fait figurer l'aiguille fine qui peut rendre cet office (Fig. 16).
Pour passer les crins de Florence, surtout si j'ai de grandes épaisseurs de tissus à traverser, je me sers très volontiers de l'aiguille de Lamblin. Celle-ci, qui est beaucoup moins connue, est beaucoup plus
Pig. 14. — Aiguille droite de Fig. 15. — Aiguille courbe
Reverdin. de Reverdin.
Fig. 16. — Aiguille Fig. 17. — Aiguille de Reverdin, très du Dr Lamblin.
fine.
Fig. 18.— Aiguille mousse du Dr Charupionnière.
simple que la précédente, car elle n'a aucun mécanisme. Le chas ouvert est bouché par une petite pièce mobile que les tissus eux-mêmes chassent en place lorsque l'aiguille est retirée en arrière (Fig. 1 7).
Une petite difficulté de nettoyage est peut-être la seule objection à lui faire; encore, si l'on nettoie ces aiguilles avec le chloroforme, ainsi que je l'ai conseillé et exécuté depuis bien des années, pratique imitée aujourd'hui par beaucoup de mes collègues, ce nettoyage devient facile et sûr. Or, l'aiguille de Lamblin a l'avantage d'être fabriquée aussi solide qu'on le désire et de toutes les formes possibles.
Pour passer les fils à travers les parois du sac ramassées en pédicule ou pour traverser l'épiploon et, d'une manière générale, tous les tissus qu'on ne veut pas pénétrer avec une aiguille pointue, j'ai fait fabriquer une sorte de grosse aiguille de Reverdin, mousse. On l'a déjà réinventée deux ou trois fois depuis que je l'ai fait construire par M. Gollin et fait connaître, non seulement pour les opérations de cure radicale, mais pour l'employer dans toute ma chirurgie abdominale, pour éviter l'emploi de l'aiguille mousse non ouverte, qui était si longue à charger et à décharger. En particulier, pour le passage des fils dans la confection des pédicules pour ablation des annexes ou des kystes de l'ovaire, cette aiguille m'a toujours permis une action facile et rapide (Fig. 18).
Sans doute, on peut remplacer les aiguilles que je
recommande par des aiguilles d'autre forme. Mais je n'en sais aucune qui soit aussi commode et d'un maniement aussi sûr. Je ferai remarquer, par exemple, que, comme je passe des fils très profondément, ces aiguilles, avec leur manche gros et long, me permettent beaucoup de force et de précision. Je ne cours guère le risque de les briser, comme cela m'est arrivé autrefois avec des aiguilles ordinaires, montées sur le porte-aiguille. De plus, il n'y a aucune difficulté pour enfiler les fils et pas d'aiguilles à préparer à l'avance.
Pour cette opération du passage des fils à l'aiguille mousse, de façon à amener deux fils à s'associer en les croisant, j'ai fait dessiner trois figures qui me paraissent représenter très exactement les temps de cette opération.
Voici d'abord la figure 19, qui représente l'extrémité de l'aiguille chargée du fil double qui vient de passer à travers l'orifice que le fil double doit traverser. L'aiguille avait été plongée vide à travers la partie, elle avait accroché le fil double, elle l'a entraîné dans le trou.
Dans la figure 20, l'aiguillée de catgut a été coupée ; cela fait deux fils simples de catgut mis en place et que l'on croise pour les associer.
Dans la figure 21, les fils croisés ont été liés et les deux anses prises l'une dans l'autre, serrant, sans pouvoir glisser, les points intermédiaires aux deux fils.
INSTRUMENTS ET SUTUHES
pig> 19, — fil double attiré dans l'orifice fait par l'aiguille.