Les fils sont croisés
Ces trois figures sont importantes, parceque le point ainsi décrit se répèle partout : seul ordinairement pour le pédicule séreux; multiplié pour l'épiploon;
Fig. 21. — Fils croisés et fermés sans être serrés.
multiplié aussi pour les grands sacs. Et, même lorsqu'il s'agit de certaines hémorragies difficiles à arrêter, de groupes vasculaires intéressés, ce point sera encore fait avec succès.
Nettoyage des aiguilles.
J'ai dit tout à l'heure que le nettoyage au chloroforme me paraissait suffire à toutes les nécessités de purification. En effet, depuis bien des années, je l'ai adopté pour tous les instruments délicats, et je l'ai fait adopter par beaucoup de mes amis.
Je fais procéder à un nettoyage minutieux de l'aiguille avec le chloroforme et je la laisse ensuite baigner dans du chloroforme bien propre. On la tire de
là pour la placer dans le bain antiseptique, solution d'acide phénique au vingtième, pour en pratiquer la purification définitive. Pour se rendre compte de l'utilité qu'il y a à nettoyer l'aiguille avec l'aide du chloroforme, il n'y a qu'à regarder le liquide qui a servi à opérer ce nettoyage et les nombreuses impuretés qu'il renferme toujours.
C'est en insistant sur ces soins qu'on voit disparaître de sa chirurgie les points de suture donnant de la suppuration, les fils qui coupent prématurément et surtout les accidents graves qui peuvent résulter du passage de ces aiguilles insuffisamment purifiées à travers l'épiploon ou à travers le pédicule séreux de la hernie.
En dehors des aiguilles qu'il fallait étudier en détail, quelques-uns des instruments que j'ai l'habitude d'employer pour cette opération méritent une mention.
Ciseaux fins.
J'emploie partout, au cours de mes opérations, les ciseaux. J'estime qu'on peut en tirer un meilleur parti que ne le font beaucoup de chirurgiens. Mais en outre, pour cette opération, je leur fais jouer un rôle particulier. Jusqu'à l'arrivée sur le sac, j'emploie
des ciseaux de dimensions ordinaires ; mais, pour faire la dissection du sac, j'emploie des ciseaux de dimensions et de forme particulières. Ce sont de petits ciseaux analogues à ceux qu'on emploie en chirurgie
Fig. 22. — Ciseaux fins et mousses du Dr Championnière.
oculaire, mais avec des extrémités mousses et même larges ; la figure 22 en donne les dimensions réduites environ de moitié.
Ces ciseaux peuvent être tenus comme un instrument mousse qui permet de refouler les tissus et il peuvent être employés pour couper comme des ciseaux ordinaires. Mais, grâce à l'absence de pointe, on peut couper avec une très grande précision sur une membrane tendue, même sur la paroi intestinale, sans risquer de la pénétrer. Il est seulement très , important que les ciseaux soient] parfaitement serrés, de façon à couper très exactement jusqu'à la pointe. Oi\ les ciseaux à vis ou les ciseaux à tenon que j'ai eus d'abord ont toujours été un peu défectueux sous ce
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rapport. Depuis que M. Collin à muni ce modèle de l'articulation à pivot avec doigt métallique latéral, j'ai eu des ciseaux qui sont restés indéfiniment bien ajustés, malgré un emploi très fréquent.
Pince ecarteiir.
J'emplo'e pour toule ma chirurgie des pinces qui répondent à une habitude opératoire que j'ai toujours préconisée : se passer d'aides dans la mesure du possible, et, quand l'a'de devient indispensable, le tenir aussi éloigné que possible du champ opératoire. J'ai fait construire des pinces à larges griffes du modèle indiqué par la figure 23. Ces pinces ont des usages multiples, dont le principal est de saisir et d'écarter leslèvres delà plaie. La pince mise en place peut le plus souvent écarter par son propre poids. Dans le plus grand nombre des cas, ce poids suffit à maintenir l'écartement nécessaire. Mais, dans les cas où cela ne serait pas suffisant, on peut faire tirer par un aide sur les anneaux de la pince et il est inutile de lui faire placer les mains à proximité pour assurer ce service.
Ce n'est pas le lieu d'indiquer les autres usages de cette pince. Cependant, je note en passant qu'à cause de ses larges mors et de ses griffes puissantes
aucun instrument n'est plus propre à saisir et à retenir une partie de tissu importante et ayant une ten-
Fig. 23. — Pince écarteur du Dr Championnière.
dance à fuir, et en même temps à assurer la fermeture de gros vaisseaux difficiles à saisir (Fig. 23).
Pinces allongées à pointes.
Une autre pince à griffe est celle que j'emploie pour saisir et repérer la paroi antérieure du canal inguinal lorsque j'en fais l'ouverture.
Deux pinces semblables appliquées parallèlement dans le canal me permettent de le fendre dans toute sa hauteur en conservant les parois bien repérées. Ce sont des pinces un peu longues et terminées par
une griffe simple. On peut s'en passer sans doute et je m'en suis passé bien longtemps, mais elles sont
Fig. 24. — Pinces allongées à pointes.
vraiment commodes et simplifient sérieusement la manœuvre (Fig. 24).
Pinces hémostatiques avec et sans pointes.
Avant de les employer,, je me servais, pour cet usage, des pinces hémostatiques à pointe, une forme d'instrument que j'ai demandé, depuis longtemps à M. Collin. Sur des tissus durs, fibreux, sur un vaisseau réolable, la pince hémostatique ordinaire a trop de chances de glisser, surtout toutes les fois qu'on est dans la nécessité de ne saisir qu'une très petite quantité de tissus. J'ai toujours un groupe de ces
l0 t INSTRUMENTS ET SUTURES
pinces hémostatiques qui me rendent des services
Fig. 23. — Pinces hémostatiques, mors à pointes et sans pointes.
très importants pour certains temps de l'opération et que je garde en réserve (fig. 23).
Petites pinces clamp.
Pour saisir solidement l'épiploon en l'étalant, oj pour tenir solidement la paroi du sac, j'emploie des pinces longues et droites comme on en met en usage dans l'ovariotomie : des pinces clamp de petit calibre. Pour les tractions sur le sac ou sur l'épiploon qu'il faut maintenir lorsque le chirurgien termine ses ligatures, je ne connais rien de plus commode que ces
pinces, dont j'ai toujours deux ou trois exemplaires à ma disposition (Fig. 26 et 27).
Fig. 26. — Petites pinces clamp. Fig. 27. — Mors de la mêmepince.
Pinces à larges mors.
Pour saisir les lèvres du sac séreux lorsque je viens de l'ouvrir et pour Je repérer sûrement, j'ai fait faire des pinces plus larges que les pinces hémostatiques à
Fig. 28. — Pinces à larges mors du Dr Championnière (le mors dessiné seul est de grandeur naturelle).
bords bien mousses et un peu épais. Les mors de ces pinces sont de plus du double plus larges que ceux des pinces hémostatiques ordinaires ; de plus, la face qui saisit, au lieu d'être creusée de sillons assez profonds, n'a que des sillons très fins, suffisants pour retenir une membrane fine mais non assez gros pour la déchirer (Fig. 28).
Pince à fourche.
Enfin, je termine cette énumération instrumentale par la description d'une pince que l'on m'a vu employer dans toutes mes opérations, pince dentée à fourche avec laquelle je saisis toutes les membranes que je vais traverser avec une aiguille. C'est une manière de les tendre au-devant de l'aiguille qui
Fig. 29. — Pinces à fourche du Dr Championnière.
va les traverser. On facilite beaucoup les sutures par celte petite manœuvre. Pour le péritoine et pour la peau, on obtient des résultats 1res satisfaisants. J'ai adopté cette pince dans ma pratique après avoir vu mon confrère et ami, le DrBruch, d'Alger, employer, dans le même but, une pince à fourche à mors ordinaires. J'ai eu l'idée de la remplacer par une pince à fourche dont l'extrémité des branches porte de petites griffes, et cette pince a été, depuis, adoptée par un grand nombre de chirurgiens. J'ai appris depuis que Desmares père employait, pour faciliter la suture des paupières, une pince absolument semblable, mais de très petite dimension. Elle avait été, je crois, singulièrement oubliée (Fig. 29).