OBSERVATION VIII
HERNIE INGUINALE ÉPIPLOÏQUE DROITE, IRRÉDUCTIBLE ET DOULOUREUSE, PAS D’ACCIDENTS D’ÉTRANGLEMENTS, MAIS PHÉNOMÈNES INFLAMMATOIRES. — CURE RADICALE. — REVU APRÈS SIX MOIS (Observation par M. Lavie, interne du service).
Joseph Belson, dix-huit ans, émailleur, entré le 23 décembre 1885, salle Nélaton n° 17, pour une hernie scrotale, douloureuse et irréductible.
La hernie a paru depuis un an à la suite d’un effort. À cette
LUCAS-CHAMPIONNIÈRE, Hernies. 8
époque Belson ressentit des douleurs pendant trois semaines; puis il lui sembla que la tumeur disparaissait. Cette première poussée ne donna lieu à aucun autre accident.
Le 19 décembre 1885, à la suite d’un eflort, nouvelle réapparition .de la hernie; douleurs, mais aucun accident d’obstruction. Le malade entre à l’hôpital le 23. Il est porteur d’une tumeur grosse comme un œuf, située au niveau de l’orifice inguinal externe à droite.
Tumeur allongée, mate, tendue, douloureuse, irréductible sans propulsion pendant la toux. Le testicule est situé au-dessous de la hernie et nettement séparé d'elle.
Cet état persiste, avec une légère atténuation des phénomènes inflammatoires jusqu’au jour de l’opération.
Il s’agit donc d’une hernie inguinale épiploïque irréductible, douloureuse, légèrement enflammée.
Le 31 décembre 1885, chloroforme. Incision sur le trajet du canal inguinal, descendant sur les bourses. Vaisseaux nombreux paraissant appartenir au cordon, au-devant de la tumeur : puis on arrive sur la poche arrondie qui communique avec l’abdomen par un canal étroit. La poche, ouverte, se trouve remplie d’une - masse épiploïque sphérique réunie à l’épiploon dans l’abdomen par une portion allongée très étroite. Cet épiploon est très adhérent à la paroi du sae, il est ecchymotique, de teinte noirâtre; on l’isole du sac, on attire une quantité assez notable d’épiploon qui ne descendait pas dans le sac, puis après avoir fait une double ligature de catgut enchevêtrée au plus haut point accessible, M. Championnière resèque l’épiploon et réduit le moignon.
Les parois du sac sont facilement détachées ; puis, on prépare la résection du sac, dont on poursuit la dissection dans le canal inguinal à l’aide du doigt et de l’ongle; des tractions abaissent la séreuse très mince au dehors ; quand la séreuse résiste à l’effort, une ligature double de catgut est passée sur le point le plus élevé de cette sorte de pédicule au moyen d’une aiguille de Reverdin. Au-dessous la résection est faite.
Aussitôt après, le moignon de séreuse remonte dans le ventre entrainé par sa propre élasticité.
Deux sutures profondes de catgut sont placées tout au fond de la plaie.
Sutures superficielles de erin de Florence, gros tube de caoutchouc souple.
Pansement antiseptique avec gaze iodoformée, sachets de poudre antiseptique et gaze antiseptique, compression à l’aide d’une éponge et spica de gaze.
Le malade a quelques vomissements le jour et la nuit qui suivent l'opération, quelques douleurs abdominales : piqûres de morphine.
Le janvier. — Encore quelques vomissements, dans la matinée, douleurs abdominales un peu atténuées.
2 janvier. — Plus de vomissements ni de douleurs.
1 janvier. — Huitième jour. Premier pansement, suppression des tubes et des sutures ; réunion presque complète.
10 janvier. — Démangeaisons au niveau de la plaie. Deuxième pansement antiseptique avec pommade boriquée, les démangeaisons diminuent.
16 janvier. — Troisième pansement, réunion complète, suppression de la gaze phéniquée : pommade boriquée, lint et ouate salicylée.
18 janvier. — Même pansement.
19 janvier. — Même pansement, moins pour garantir la plaie que pour soutenir la paroi abdominale.
25 janvier. — Application d’un bandage ordinaire qui pèse beaucoup trop sur le canal et sur la cicatrice. Quelques jours plus tard un bandage Rainal est prêt et le malade muni de ce bandage part pour Vincennes. Il est revenu depuis portant son bandage et se trouvant le mieux du monde.
Chez lui, vu l’étroitesse du canal suivi par la hernie, la -cicatrice est bien moins épaisse que chez les précédents, mais elle est très longue, on la sent remonter dans l’abdomen sous la forme d’un cordon dur, et ce patient présente toutes les garanties de solidité pour l'avenir, Revu en juin 1886.